Théodoric LEGRAND

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ESSAI SUR
LES DIFFÉRENDS DE FONTARABIE
AVEC LE LABOURD
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DU XVme AU XVIIIme SIÈCLE
par
THÉODORIC LEGRAND
Ecole des Chartes
mémoire 94 pages
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PAU
IMPRIMERIE-STÉRÉOTYPIE GARET, RUE DES CORDELIERS, I l
J . EMPBRAUGER J IMPRIMEUR
PARIS SAN SEBASTIAN
HONORÉ C H A M P I O N , Éditeur J. BAROJA, Libraire-Éditeur
9, Quai Voltaire (VIIe). 1905 ‘ Plaza de la Constitucion, 1-2-
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INTRODUCTION

Nous n’avons nullement l’intention de présenter ce travail comme une étude complète et définitive des différends qu’eut jadis Fontarabie avec notre province française de Labourd.
Complète, — cette étude ne saurait l’être ; nous ne la commençons qu’avec le quinzième siècle, faute de documents suffisamment explicites, et cependant, bien avant cette époque, l’héroïque et valeureuse cité guipuzcoane se dressait déjà superbe sur les rives du large estuaire qu’elle domine encore de ses ruines majestueuses.
Définitive,.— elle l’est encore moins ; car si, non sans profit d’ailleurs, nous avons consulté d’autres dépôts d’archives, nous avons tiré la plus grande partie des éléments de cette étude des archives municipales — encore non classées — de la ville même de Fontarabie ; c’est dans un monceau de documents entassés dans une salle basse attenant à la sacristie de Santa Maria qu’il nous a fallu distinguer ceux qui pourraient nous fournir d’utiles renseignements ; c’est dire que de grandes difficultés matérielles sont venues paralyser notre travail et rendre nos recherches quelque peu hasardeuses. Bien que nous ayons fait tout notre possible pour que rien ne nous échappât qui fût important, nous n’affirmerions pas qu’un examen plus minutieux des documents n’eût pu — sur certains points — nous fournir de plus amples détails.
Nous dirons enfin qu’en faisant cette étude nous n’avons

— 2

pas tant eu le désir de raconter les différends de Fontarabie avec le Labourd que d’attirer l’attention des historiens sur une région dont l’histoire est encore trop imparfaitement connue.
Chaque ville guipuzcoane de quelque importance possède des archives anciennes ; ces archives, la plupart du temps, ne sont pas encore classées, mais elles le seront bientôt ; il nous semble qu’il y a là matière à toute une série d’intéressants travaux sur les relations du Guipûzcoa avec le Pays Basque français, rentrant parfaitement, d’ailleurs, dans le cadre de la Revue du Béarn et du Pays Basque.
Nous terminerons cette brève introduction en remerciant toutes les personnes qui nous ont largement aidé dans nos travaux.
Tout d’abord, nous adresserons l’expression de notre sincère et respectueuse reconnaissance à M. Morel-Fatio qui, dès le début, a bien voulu nous guider de ses savants conseils ; nous remercierons D. Juliân Paz, archiviste à l’Archivo General de Simancas, qui a eu l’obligeance de nous fournir par correspondance les quelques renseignements qui pouvaient nous être utiles ; D. Antonio de Cerrageria et D. Francisco Lupiani, attachés à la Bibliothèque nationale de Madrid qui, lors de notre séjour dans la capitale espagnole, nous ont si aimablement aidé dans des recherches d’ailleurs malheureusement restées infructueuses ; D. Esteban Sors de Arzuaga, qui nous a si courtoisement reçu aux Archives Municipales de la ville d’Irun, confiées à sa garde. Nous adresserons enfin l’expression de notre affectueuse reconnaissance à l’affable et distingué inspecteur des archives municipales de Guipûzcoa, Sr. D. Serapio de Mugica, — de l’amitié duquel nous nous honorons, — qui, non content de nous ouvrir bien grandes les portes des Archives Municipales de Fontarabie, s’est encore fait un plaisir de nous aider maintes fois dans nos recherches. Grâce à lui, grâce aussi à bien d’autres sympathiques personnalités Ondarabiarres, dont nous ne citerons que l’excellent Sr. D. Olegario de Laborda, alors alcalde de la Cité, nous avons fait un délicieux et inoubliable séjour dans ce pays enchanteur dont la magnificence des sites n’a d’égale que l’exquise bonté de ses habitants.
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CHAPITRE PREMIER

XVme Siècle.

Nous ne pouvons guère parler d’une façon précise et détaillée des relations de Fontarabie avec le Labourd avant le quinzième siècle. Ce n’est pas qu’antérieurement à cette époque, des traités ne se soient pas conclus entre les provinces de Guipûzcoa et de Labourd, mais de ces documents plus anciens, le rôle de Fontarabie ne se dégage pas assez nettement pour que nous puissions l’exposer ici .
A peine quelques maisons avaient-elles été bâties sur la rive française de la Bidassoa, que Fontarabie, jalouse de ses droits, fit sentir sa toute-puissance aux quelques pêcheurs labourdins qui se hasardèrent à naviguer dans la baie.
Il dut y avoir, de la part des Hendayais, quelques vives protestations suivies très probablement d’un appel au roi de France, mais rien ne nous permet de préciser ces faits. Une tour dut être construite dès 1455 environ, soit sur l’emplacement actuel du port de Hendaye, soit sur celui du fort aujourd’hui en ruines qui fut construit en 1665 Toujours est-il que, le 28 septembre 1458, Henri IV de Castille écrivait au corregidor de Guipûzcoa, D. Juan Furtado de Mendoza, que, malgré ses instances auprès du roi de France, la
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1. — Consulter sur les traités conclus antérieurement entre le Guipûzcoa et le Labourd
l’ouvrage de D. Pablo de Gorosabel, Memoria sobre las guerras y tratados de Guipuzcoa con Inglaterra en los siglos XIV° y XVe,Tolosa, 1865, in-8e.
2. — Sur la date de la fondation de Hendaye, voici ce que disent les commissaires
envoyés, en 1 5 1 8 , par le Roi d’Espagne pour régler les différends de la Bidassoa : « . . . Item est praesupponendum quod non sunt elapsi septuaginta anni quod Galli in termino et territorio suo ab illa parte fluminis de Vidassao juxta villam Fontîs Rabiae aeadificarunt locum quem vulgariter nuncupatur de Hendaya. » — A r c h i v es municipales de Fontarabie. Traslados de las Ynformaciones en derecho que por el derecho del Reyno de Castilla y de la villa de Fuenterrabia se dieron â los comisarios de Francia… 1 5 1 8 , fol. 5 r°.
3. — Le 10 janvier 1456, Henri IV chargea trois de ses conseillers, Ortun Velasquez de Cuellar, D. juan Manuel et le docteur Alfonso Alvarez, de régler ces premiers différends. — Cf. G. DAUMET, Etude sur l’alliance de la France et de la Castille au X I V e et au XVe siècles, Paris, 1898, in-8°. p. 97.
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tour de Hendaye allait être achevée et qu’en présence d’une telle provocation, il fallait, de la part de Fontarabie, une attitude plus qu’énergique.
Tout Français devait, à son passage sur la rive espagnole, en faire la déclaration à l’alcalde du lieu où il débarquait, lequel transmettait à ses collègues des villes voisines la promesse faite sous serment par le Français de se bien conduire et de respecter les lois du pays. Si le Français causait quelque dommage, nul besoin n’était de le juger, il fallait le tuer sur le champ ; et non seulement le roi conseillait à ses sujets cette mesure violente, mais encore il la leur ordonnait
1.
Le mandement royal fut lu sur la place publique de Fontarabie et les pêcheurs de Hendaye et des autres villages labourdins se rendirent compte ainsi que le séjour dans la ville guipuzcoane pouvait devenir dangereux.
Il dut y avoir — là encore, malheureusement, nous manquons de données certaines — une résistance assez vive de la part des habitants de Hendaye et d’Urrugne, d’ailleurs excités par le sire d’Urtubie, tout-puissant alors sur la rive française du fleuve.
Le corregidor, effrayé de la révolte générale des Labourdins et des altercations sanglantes qui se produisirent sur la Bidassoa, fit poster aux environs d’Irun, dans la tour dite de Guardiagana, une troupe de mille fantassins
2. Cet état de défiance et de perpétuelles menaces ne pouvait durer longtemps. Au mois de novembre ou de décembre suivant, Charles VII et Henri IV d’Espagne, de commun accord, résolurent de régler les différends entre Labourdins et Guipuzcoans, au
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1. — Archives de Fontarabie. Relacion de lo que al reverendissimo P. M. Juan de Mariana de la Compania de Jésus pone en consideracion el capitan Miguel Sanz de Venesa y Esquivel en nombre de la muy noble y leal villa de Fuenterrabia sobre la enmienda que piden al cap. V del libro XXIX de la segunda parte de la historia de Ëspana, quetratadel rio Vidasoa (26 de noviembre de 1 6 2 1 ) , cap. 2. Ce curieux manuscrit se trouverait également, selon D. Angel Allende Salazar, à l’Académie d’Histoire de Madrid, dans le tome XLIV de, la Collection Vargas Ponce. Nous ne l’y avons point trouvé, non plus que notre excellent ami et confrère D. Antonio de Cerrageria qui, après nous, l’a vainement recherché tant à la Biblioteca National qu’à la Real Aèa- demia de la Historia. Bien .que nous ayons largement utilisé ce document qui nous paraît assez digne de foi, nous ferons remarquer que tout au moins son objet n’est point celui indiqué dans le titre ci-dessus, car il n’est nullement question de la Bidassoa au •chapitre V du livre XXIX de l’histoire de Mariana.
2. — Ibid., id., cap. 3. <•
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moyen d’une commission mixte, inaugurant ainsi un système qui sera fréquemment employé par la suite, avec plus ou moins d’efficacité d’ailleurs. La commission fut composée de délégués de Castille et de Guipuzcoa, d’une part — c’étaient le Docteur Fernan Gonzales. de Toledo, habitant de Valladolid, le Docteur Diego Garcia de Burgos, habitant de Salamanque, le Docteur Palos de Ondarroa délégués de France et de Guyenne, d’autre part, — c’étaient Me Martin, habitant et chanoine de Dax, et Me Nates, de Dax conservés
1. Les commissaires, assistés de deux notaires royaux, déclarèrent que toutes les terres recouvertes par le fleuve depuis Endarlaza, jusqu’au cap du Figuier appartenaient au roi de Castille et décidèrent qu’un mât de pin destiné à délimiter la frontière entre les deux royaumes serait placé à Ondaraltzu, sur la pointe actuelle d’Ondarraïtz, qui devait s’étendre alors moins loin vers la barre du Figuier
3. La sentence fut transcrite sur parchemin par les soins de Juanot de Vera, alcalde de Fontarabie, et placée dans les archives de la ville où elle fut brûlée lors du terrible incendie de 1498
En avril 1463 , la paix se fit sur la frontière. Pendant quelque temps, les habitants des deux villes oublièrent leurs querelles, occupés qu’ils étaient des préparatifs de la prochaine entrevue des deux rois de France et de Castille, entrevue qu’avait rendue nécessaire l’attitude prise récemment par Louis XI dans les
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1. — Arcb. de Fontarabie, Reiaciôn de Sanz de Venesa, cap. 3 .
2. — Endroit où la Bidassoa entre actuellement en France, à 13 kilom. de Fontarabie ; frontière de Navarre et de Guipuzcoa.
3 . — « . . . declararon que todo quanto el rio y brazo del mar alcanzavan a cubrir
desde Endaralatza al Higuer era del Rey de Castilla que a la sazon se hallaba en Segovia pasando el verano. Pusieron de conformidad a la orilla de Ondarralzu a la parte de Francia, ribera de mar, un mastil de pino que sirviese de mojon y limite entre los dos reinos y que del asta Endaralatsa por toda la margen del rio, orilla de Endaia, Zubernoa y Biriatu se entendiese lo mismo ; duro muchos dias asta que el tiempo lo consumio. » Arcb. de Fontarabie. Reiaciôn de Sanz de Venesa, cap. 3 .
4. — Ibid., id., id.
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affaires d’Aragon
1. Le 8 mai 1463, les rois accompagnés d’une suite nombreuse d’illustres personnages se virent sur les bords du fleuve, à Hendaye.
L’accueil, de part et d’autre, fut fort courtois. Entre autres choses, Henri IV prit soin de faire remarquer à Louis XI que le royaume de France commençait seulement à la rive de Hendaye et que la Bidassoa dans toute sa largeur appartenait à la Couronne de Castille.
Le roi de France, d’ailleurs fort malencontreusement préoccupé par de plus graves questions, y consentit.
2 ; cet aveu peu réfléchi fut pour les Espagnols comme un nouveau gage de leurs droits.
Treize ans plus tard, la guerre éclata dans le pays basque. Alphonse V, roi de Portugal, avait su persuader le roi de France d’envahir le Guipuzcoa tandis que lui-même et les partisans de la Beltraneja s’occuperaient d’attaquer la Castille.
Le 14 février 1476, quarante mille hommes, sous la conduite d’Alain, sire d’Albret, traversèrent le pas de Béhobie et se dirigèrent sur Irun qu’ils pillèrent et incendièrent.
Durant plus de deux mois, ce furent de sanglantes escarmouches entre les bandes guipuzcoanes et les détachements français postés dans la campagne environnante.
C’est seulement le 8 avril que le siège fut mis devant Fontarabie. Les assiégés se défendirent valeureusement, tant et si bien d’ailleurs que l’ennemi partit, le troisième jour, ravager les bourgs laissés sans défense d’Oyarzun et de Renteria.
Cependant, le 1 1 mai, Fontarabie, de nouveau, fut attaquée. La place, merveilleusement défendue par D. Juan de Gamboa, était ravitaillée par mer ; elle aurait pu soutenir ainsi longtemps le choc de l’ennemi, quand le 15 du même mois, les Français, désespérant de jamais s’en emparer, repassèrent la frontière
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1. — Cf. G. DAUMET, op. cit., pp. 1 0 7 – 1 0 8 , et J . CALMETTE, Louis XI, Jean II et la Révolution catalane. Toulouse, 1 9 0 2 , in-8°, pp. 1 7 0 et suiv.
2. — ZURITA, Anales de Aragon, Zaragoza, 1 6 1 0 , in-fol. t. IV, p. 1 2 4 , et MARIANA,
Historia général de Espaiia (Bibl. de Autores Espanoles), Madrid, 1854, in-8°. t. II, cap. V , p. 156.
3. — GARIBAY, Compendio historical de la… historia de… Espana, Amberes, 1 5 7 1 ,
in-4°, lib. XVIII, cap. VI.
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CHAPITRE DEUXIEME
XVI me Siècle.

Trente années se passèrent, sinon de paix absolue, tout au moins de querelles moins vives et moins bruyantes.
Au mois de juillet 1 5 0 9 , des marchands navarrais venant de Vera, montés sur des gabarres chargées de sacs de laine qu’ils transportaient à Fontarabie, descendaient la vallée de la Bidassoa, quand, arrivés vers les hauteurs d’Aritz-Makur
1. Ils furent attaqués par une bande de Labourdins armés, habitants de Hendaye, d’Urrugne et de Biriatou. Les pillards, supérieurs en nombre, maltraitèrent fort les marchands et se sauvèrent sur la rive française en emportant la cargaison
2. Ce fut un cri d’indignation quand les bateliers navarrais détroussés et blessés vinrent amarrer leurs gabarres vides au port de Fontarabie. On parla aussitôt de brûler Hendaye et d’en massacrer les habitants ; un avis plus sage prévalut cependant qui fut, puisque la ville avait été atteinte dans ses droits officiellement reconnus, d’avertir le chef civil de la Province, D. Francisco Tellez de Ontiberos, corregidor de Guipuzcoa.
Le corregidor se rendit à Fontarabie ; à peine arrivait-il sur le port qu’on lui vint annoncer un nouvel attentat de la part des Labourdins : une gabarre d’Irûn venait d’être saisie par les gens de Hendaye ; toutefois, désireux de ne pas aggraver le conflit, le corregidor résolut de ne pas saisir le Régent d’une question qu’il pensait pouvoir régler lui-même. Il s’efforça de calmer les esprits et, de retour à St-Sébastien, se contenta de faire procéder à une enquête par les soins de Martinez de Ayerdi, habitant de Hernani, assisté de Domingo de Alcega, notaire royal en cette même ville
3. Des témoins français furent entendus, qui déclarè-
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1. — Aritç, chêne, Makur, tordu. Ce lieu devait être l’endroit appelé aujourd’hui Puntia, à près d’un kilomètre du Pont International de Béhobie.
2. — Arch. de Fontarabie. Testimonio dado por Domingo de Aramburu sobre las

diferencias del rio Vidasoa [XVII* sïecle].
3 . — Arcbivo général de Simancas. Patronato Real, alacena I, legajo I y 2, fol.
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rent que nul d’entre eux n’avait la prétention de discuter les droits de l’Espagne sur la Bidassoa et qu’il s’agissait selon eux d’une simple vengeance personnelle que le chef de l’expédition, Esteban de Echeverri, habitant de Hendaye, voulait exercer contre les gens de Navarre qui, récemment, lui avaient dérobé un cheval
1. Dans ces conditions, le différend semblait devoir se régler facilement. Martinez de Ayerdi se rendit à Urrugne pour y demander publiquement au sire d’Urtubie et aux habitants assemblés la restitution des sacs de laine volés aux marchands de Vera.
Le sire d’Urtubie refusa net, déclarant qu’à partir de ce jour, il niait absolument les droits de Fontarabie et revendiquait pour le. royaume de France la propriété de la moitié du fleuve.
Forts de l’appui de ce puissant seigneur, les habitants de Hendaye et d’Urrugne redoublèrent d’audace. En septembre, un convoi de marchands navarrais fut de nouveau attaqué dans la vallée de la Bidassoa ; trois pièces d’artillerie furent logées dans la tour qui faisait face à Fontarabie et ce fut, dès lors, un bombardement continuel ; une barque d’Irun fut coulée, l’équipage périt.
Le corregidor résolut, cette fois, d’avertir officiellement les autorités françaises qui, jusqu’alors, semblaient ignorer ces incidents. Il envoya des messagers au sénéchal des Lannes, Guillaume de Laduchs, au maire de Bayonne, au maire d’Urrugne et à Jean de Montréal, seigneur d’Urtubie
Le 20 octobre, le roi de France enjoignit au sénéchal des Lannes de se rendre à Hendaye, pour conférer avec les délégués que, de son côté, Ferdinand le Catholique devait y envoyer
1. — Arch. de Fontarabie. Testimonio dado por Domingo de Aramburu. — Cet Etcheverri, prêtre à Hendaye, avait emmené de Castille un cheval de prix. En passant à la frontière de Navarre, il se refusa à payer les droits de passeport ; les gardes lui confisquèrent son cheval. Cf. Arch. de Fontarabie. —Relacion de Sanz de Venesa, cap. 5.
2. — Sur la Maison d’Urtubie, cf. J. DEJAURGAIN, Châteaux basques : château d’Urtubie dans Bulletin de la Société des Sciences et Arts de Bayonne, 1 8 9 6 , Ier trim., p. 1 2 9 – 1 4 9 .
3 . — Arch. de Fontarabie. Testimonio dado por Domingo de Aramburu. . .
4. — îbid.j id.
5 . — îbid., Traslados de las Ynformaciones en d e r e c h o . . f o l . 1 0 8 r°.
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L’affaire fit, d’ailleurs, quelque bruit à la Cour de France et de longs pourparlers eurent lieu, à ce sujet, entre le Chancelier Robertet et les deux ambassadeurs castillans, D. Jaime de Albion et D. Geronimo Cabanillas
.Néanmoins, le sénéchal des Lannes ne se hâta point d’aller sur les rives de la Bidassoa à la rencontre des commissaires que, malgré les instances de D. Francisco Tellez de Ontiberos et de la commune de Fontarabie, le régent du royaume de Castille hésitait à nommer
Cependant, les conflits éclataient sanglants et continuels, menaçant de rendre encore plus mauvaises les relations pourtant déjà bien tendues qui existaient alors entre les deux pays. Le 15 novembre, enfin, Ferdinand le Catholique se décida à faire enquêter le Conseil de Castille sur les différends survenus entre Hendaye et Fontarabie
Son intention était de nommer par la suite deux commissaires qui, conjointement avec ceux du roi Très Chrétien, prendraient les décisions nécessaires pour éviter le retour de si regrettables querelles. En même temps, il dépêchait à Fontarabie l’ordre de cesser toute hostilité avec les Français et donnait plein pouvoir au corregidor de Guipuzcoa pour conférer dès ce moment avec le sénéchal des Lannes.A ce dernier, le corregidor fit demander, à plusieurs reprises, de lui fixer le lieu et la date de leur première réunion
N’obtenant pas de réponse précise, le 13 décembre, D. Francisco Tellez de Ontiberos se rendit à Fontarabie, puis, portant la baguette haute
se fit transporter sur la rive fran çaise de Hendaye. Le sénéchal des Lannes qui, par ordre du roi, s’y trouvait déjà, fut averti ; il se rendit au port, accompagné
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1. — Arch. de Fontarabie. Traslados de las Ynformaciones en derecho.,. fol. 1 3 9 r°. 2. — Ibidid., fol. 1 3 7 , 1 3 9 et 1 4 1 .
3 . — Ibid., id., fol. 1 3 4 r°.
4. — Ibid. Relaciôn de los papeles que esta M. N. y L. Villa… embia à S. M. 1 6 1 9 . 5 . — Mandement royal signé de Jeanne la Folle, à Saldana, le 22 novembre 1 5 0 9 .
Arch. de Fontarabie. Testimonio dado por Domingo de A r a m b u r u , . .
6. — Arch. de Fontarabie. Traslados de las Ynformaciones en derecho… fol. 165 r°.
7. — 11 s’agit de la bara, insigne que portaient le corregidor, les alcaldes ordinaires
de Guipuzcoa et leurs représentants.
8. — . . . diciendo era de su jurisdiccion toda la agua y que salto en tierra con la
dicha su vara alta. — Arch. de Fontarabie. Testimonio de Lazaro de Oronoz, 1 6 6 3 .
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⦁ IO —
du sire d’Urtubie et de quelques officiers municipaux de Bayonne.
Le corregidor se montra arrogant ; il demanda d’abord au magistrat français s’il possédait une commission écrite de son souverain et, si oui, de la lui communiquer. Le sénéchal se soumit, mais, quand, d’un ton impérieux, le corregidor voulut fixer le lieu de leur prochaine conférence, Guillaume de Laduchs répondit sèchement que chacun d’eux saurait faire isolément son enquête et qu’il n’avait, pour sa part, nul besoin des conseils de personne.
Le corregidor se retira ; une entente à l’amiable était absolument impossible ; il fallait attendre la décision du Conseil de Castille et remettre le règlement des différends à des commissaires spécialement nommés par les deux rois.
La mauvaise volonté du sénéchal des Lannes s’explique par ce fait que le roi de France, depuis le mois d’octobre, avait complètement changé d’avis.
Il est probable que, tout d’abord, Louis XII avait ignoré l’importance des querelles survenues entre les pêcheurs de Hendaye et de Fontarabie et qu’il n’avait pas supposé qu’elles pussent dégénérer un jour en un véritable conflit international.
Quand il vit cependant les ambassadeurs castillans lui faire à ce sujet, de la part de leur souverain, des représentations officielles, il voulut qu’on procédât à une enquête plus approfondie que celle qu’il avait ordonné de faire à son sénéchal des Lannes et manda à ce dernier de se refuser à toute entrevue avec le corregidor de Guipuzcoa.
D’autre part, Gratien d’Urtubie, qui travaillait plus encore pour la défense de ses propres droits que pour ceux du roi de France, et qui désirait voir anéantir la richesse et la prospérité d’une ville rivale, vint, le 11 décembre, trouver le roi a Paris et lui porter contre les Espagnols des griefs dont la fausseté fut d’ailleurs reconnue plus tard .
Dès les premiers jours de janvier 1510 , les commissaires des deux royaumes furent nommés ; c’étaient, pour la France, Me Mondot de la Martonie, président du Parlement de Bordeaux,
1.-Arch. de Fontarabie. Traslados de las Ynformaciones en derecho… fol, 142 r°.
11 –
et Me Guillaume de Laduchs, sénéchal des Lannes ; c’étaient, pour la Castille, D. Cristôbal Vasquez de Acuna, membre du Conseil Royal, et D. Francisco Tellez de Ontiberos, corregidor de Guipuzcoa
1 Cependant les querelles continuèrent sur la Bidassoa ; les Labourdins, non contents d’avoir fortifié la tour qui, menaçante, s’élevait face à Fontarabie, munirent également d’artillerie le pas de Béhobie : ce qui était rendre impossible le passage par la Bidassoa, à cet endroit très étroite
2. Le 15 février, arriva à Fontarabie, un jeune seigneur français, Domerion de Lurbida
3, roi d’armes de Louis XII, qui demanda à voir le corregidor. Il venait, de la part des commissaires français, demander au magistrat espagnol de bien vouloir lui fixer le jour et la date qui, à lui et à son collègue le licencié Acuna, leur conviendraient le mieux pour la tenue d’une première conférence. Tellez de Ontiberos répondit qu’il attendait des ordres du Conseil, et que, dans quelques jours, il avertirait le Président du Parlement de Bordeaux de sa décision. On en vint à parler de l’attitude nouvelle des belligérants, de la fortification entreprise récemment au pas de Béhobie, contre laquelle le corregidor protesta. Domerion de Lurbida, qui arrivait directement de Paris et n’avait fait que traverser rapidement Hendaye, riposta, répétant ce qui avait été dit au roi par le sire d’Urtubie, à savoir que les gens de Fontarabie avaient brûlé l’hôpital de Santiago et détruit des moulins français bâtis sur la Bidassoa. Le corregidor
1. — Nous n’avons pu trouver les lettres nommant les commissaires français ; les
commissaires de Castille furent nommés le 8 janvier et reçurent une confirmation e t
prolongation de leur commission, le 3 février. Cf. Arch. de Fontarabie. Testimonio de Lazaro de Oronoz.
2. — Le 1 5 février 1 5 1 0 , les deux alcaldes ordinaires, Juan Perez de Unza et Pero
Sanchez de Gamboa, reçurent la déposition de Bernard de St-Martin, habitant du bourg d’Hasparren, et de Pedro de Lundais, sujet castillan, qui déclarèrent être passés la veille au pas. de Béhobie et avoir demandé à des ouvriers qui travaillaient sur la rive française ce qu’ils construisaient. Ceux-ci répondirent : « Ce que nous installons là sonnera quelque prochain jour. » . — Arch. de Fontarabie. Traslados de las Ynformaciones en derecho, fol. 125 et suivants.
3. — Ce nom est évidemment défiguré dans le document espagnol que nous suivons
ici ; il s’agit peut-être du héraut d’armes Lorrière, dont parle Jean d’Auton dans ses Mémoires (édit. de Maulde, pour la Soc. de l’histoire de France), t. IIÏ, p. 264.
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s’indigna et, désireux de démontrer au gentilhomme qu’il ne s’agissait là que d’une méchante invention d’un ennemi héréditaire de Fontarabie, lui offrit de venir constater de visu la fausseté de pareilles allégations
. Tous deux descendirent sur le port ; la foule des pêcheurs les entourait, eux et leur suite, et, quand le corregidor voulut monter dans la barque, ce fut un cri de protestation.
Tous lui déclarèrent qu’il ne fallait pas quitter en ce moment le sol espagnol et qu’on pouvait tout attendre d’ennemis déloyaux et surexcités.
Le corregidor délégua à sa place le merino mayor qui, la baguette haute, partit avec le roi d’armes vers la rive française.
La marée basse les obligea, au milieu du fleuve, à continuer leur route à pied sur le sable ; on les aperçut de Hendaye et, du port, accourut aussitôt une bande d’hommes armés, criant et gesticulan
1. Le roi d’armes eut de la peine à se faire reconnaître et put constater ainsi que les esprits étaient bien échauffés de part et d’autre de la Bidassoa. A Hendaye, assisté du merino mayor, il interrogea quelques habitants qui déclarèrent que l’hôpital de Santiago n’avait souffert aucun dommage et quand il les pressa de lui dire les motifs de leur animosité contre Fontarabie, ils ne surent quoi répondre
2. Ce qui semblerait prouver une fois de plus que les gens de Hendaye agissaient plus pour complaire aux ordres d’un suzerain autoritaire et puissant que pour se venger d’injures personnelles. Il est vrai que la relation ci-dessus rédigée par ordre des. commissaires espagnols est fort susceptible de partialité.
C’est seulement à la fin de mars, selon toute vraisemblance, que les commissaires français et espagnols commencèrent à délibérer. De ces délibérations, les procès-verbaux ont disparu et il ne nous est resté qu’un seul document, — le plus important,
1• — • . . Llegando en tierra de Francia, salto el merino con su bara en la mano y andobo en lo que inundaba la agua, a quien salieron doce hombres armados de Endaya y Iuego el dicho Rey de armas prendio al que venia delantero deciendoles : « Agora conozco que sois ladrones. —- Arcb. de Fontarabie. Testimonio dado por Domingo de Aramburu….
2. — lbid<, Traslados de las Ynformaciones en derecho… fol. 127 et suivants.
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il est vrai — la sentence provisionnelle prononcée à Saint-Jean-de-Luz le 10 avril 1510 .
Il y était décidé que l’état de choses serait ramené à ce qu’il était dix ans auparavant et que, comme alors, les habitants de Fontarabie et de Hendaye devraient vivre en paix, respectueux de leurs droits réciproques.
C’eût été évidemment un excellent conseil, plus encore toutefois qu’une décision durable, si les droits de chacune des deux villes avaient été définis avec précision et si les commissaires français, dans l’ignorance où ils étaient des questions qu’ils étudiaient, n’avaient pas, tout en ramenant les choses à dix années en arrière, reconnu et donné à Hendaye des droits qu’elle ne possédait pas alors et que, par cela même, Fontarabie ne pouvait naturellement pas admettre.
La sentence reconnaissait notamment à Hendaye le droit d’avoir un port, alors que, depuis fort longtemps, Fontarabie avait le monopole du commerce sur la Bidassoa. Le fleuve, sans être partagé par moitié entre les deux royaumes, comme le
1. — « Donec aliter et alias per predictos Reges et Reginam fuerit ordinatum. »
2. — Cum per antea mota et orta fuisset controversia inter manentes et habitantes
ville Fontisrabidi subditos Catholicorum Régis et Regine Castelle et alios eorum consortes provincie de Ypuscoe, ex una parte, et manentes et habitantes loci et parrochie de Handaye subditos Christianissimi Francorum Régis, ex altéra, ad causam fluminis nuncupati de Bidassoe, pretendentes et dicentes predicti habitantes Fontis Rabidi et alii eorum consortes quod totum dictum flumen ab eius exitu regni Navarre usque ad introitum magni maris erat et intégré pertinebat dicto regno Castelle et quod non erat licitum nec permissum predictis habitantibus dictorum loci et parrochie de Handaye nec quibuscumque aliis posse nec debere in predicto flumine nec in aliqua sui parte, tani ex parte regni Francie quam Castelle, facere portum pro anchorando aliquam magnam navem nec parvam portantem quillam nec eas onerare nec exonerare absque licencia et permissione predictorum habitantium Fontis Rabidi nec pariter habere naves vocatas pinasses aut alias habentes quillam pro eorum piscatura nec alios quoscumque usus nec debere piscari in dicto flumine nec in loco vocato Le Figuier cum retibus, et illud erat solum dictis habitantibus Fontis Rabidi fîeri licitum et permissum et de hoc erat in possessione et saysina per tempus inmemoriale, dictis vero habitantibus de Handaye contrarium dicentibus et asserentibus, scilicet quod ipsi habebant jus et erant in bona possessione et saisina saltem de medietate tocius predicti fluminis ab ejus exitu Navarre usque ad eius introitum magni maris inclusive tam navigandi, piscandi quam alios jus faciendi, de et super quibus premissis fuissent inqueste facte hinc inde, omnibus visis et aliis titulis et peciis per quamlibet dictarum partium respective exhibitis pluribusque aliis magnis causis et rationibus, tam in jure quam in facto, consideratis per nos commissarios subscriptos ad hoc per predictos Christianissimum et Catholicos Reges et Reginam deputatos pro evitandis litibus, debatis et scandalis que ex inde possent mover et pro conservatione pacis et concordie longe diu inter ipsos observate et hoc per modum provisionis et donec aliter et alias per predictos Reges et Reginam fuerit ordi-

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demandaient les Français, fut déclaré — quant à l’usage — appartenir indifféremment aux habitants de Hendaye et de Fontarabie qui pouvaient y poser des nasses, y pêcher avec toutes sortes d’engins et cultiver les îles avoisinant le pas de Béhobie. Cependant— clause bien préjudiciable aux Hendayais, à laquelle les habitants de Fontarabie tenaient beaucoup, — il fut interdit aux pêcheurs labourdins de se servir de barques à quille ; c’était, surtout par les gros temps, assez fréquents en ces parages, leur rendre très dangereuse sinon impossible la sortie en pleine mer.
La sentence trop courte, trop peu explicite, empreinte d’ailleurs de mauvaise foi, ne devait guère contribuer à rendre plus amicales les relations entre riverains de la Bidassoa.
Le 11 avril, les commissaires espagnols se rendirent à Fontarabie pour notifier leurs décisions aux habitants assemblés en conseil général, en présence des deux alcaldes Juan Perez de Unza et Pero Sanchez de Gamboa,du prévôt Martin Sanchez de Venesa
natum, fuit dictum, concordatum et appuntatum quod predicti habitantes hinc inde vivent inter se quo modo in antea in bona unione et transquilitate, insequendo voluntates et beneplacita predictorum Regum Christianissimi et Catholici modo et forma ante suscitationem et exordium presentis controversie assueta, et insuper quathinus tangit usum et possessionem predicti fluminis ipsi habitantes hinc inde gaudebunt et utentur in ipso flumine modo et forma quibus uti et gaudere consueverunt a decem annis ultime preteritis citra scilicet predicti habitantes de Handaye et alii subditi predicti Régis Christianissimi tenebunt et possidebunt nassas seu piscarias, insulas, passacgium de Vehobie, moiendinum de l’ospital, molendo et terras dictarum insularum et alias ipsis contiguas pro laborando et cultivando et nichilominus portum ad passandum et vehendum cum gabarris, tilholis et aliis navibus sine quilla in dicto loco de Hendaye et utentur omni piscatura retum et alia cum navibus predictis, tam in predicto flumine quam alibi ubi ipsis bonum videbitur faciendum ac aliis secundum quod consueverunt, etiam in mari ; et predicti habitantes Fontis Rabidi et eorum consortes similiter poterunt uti et gaudere in predicto flumine navibus ad passandum et vehendum atque etiam cum gabarris, tilholis et aliis quibuscumque navibus necnon insulis atque nassis sive piscariis ac passadgio de Vehobie ac aliis, prout consueverunt a decem annis citra et hoc, absque prejudicio possessions antique jurisque predictorum regum et partium hinc inde aliorumque jurium per ipsos in predicto flumine et mari pretensorum, reser- vata eis facultate lacius probandi tam per testes quam per instrumenta jus possessions, proprietatis et dominii omnium premissorum et posse facere jus predictis partibus hinc inde super excessibus, dampnis et interesse per quamlibet dictarum partium passis et pretensis, inhibendo subditos utriusque regni, sub pena confiscations omnium bonorum ac banni perpetui, de non contraveniendo huic nostre ordinationi de jure nec de facto quovis pacto. Actum in loco Sancti johannis de Luz, die Xa mensis aprilis, anno domini millesimo quingentesimo decimo. Sic signatum : M. de la Martonie} G. de la Duchs, El Licenciado Alcuna, El Licenciado Telles. (Arch. Nat., j . 867, n° 7. — Une traduction
espagnole de ce document se trouve aux Arch. des Affaires Étrangères, Mémoires et
documents, Espagne, tome 2 1 7 , foL 5 7 , r° et v°.)

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et des autres magistrats municipaux. Le corregidor traduisit la sentence en langue castillane ; quelques protestations s’élevèrent dès ce moment, notamment quand il s’agit du droit accordé à Hendaye de pêcher au filet dans la Bidassoa.
Les deux jours suivants, la sentence fut lue publiquement, à son de trompe, dans les rues de la ville. Le 13 avril, Vasquez de Acuna retourna à Madrid et le corregidor regagna Tolosa, siège de sa résidence.
1.
Le mécontentement fut grand sur la rive française et, dès la fin d’avril, le sire d’Urtubie, se faisant l’interprète intéressé des habitants d’Urrugne et de Hendaye, écrivit au roi de France pour protester contre la défense faite aux Labourdins de posséder des barques munies de quilles.
Louis XII pria D. Geronimo Cabanillas, ambassadeur d’Espagne, de transmettre ces plaintes à son souverain. Ferdinand répondit que non seulement il n’était nullement disposé à accorder aux Labourdins un droit qui serait la décadence, sinon la ruine complète de Fontarabie, mais qu’encore il regrettait beaucoup que ses commissaires eussent consenti à pe ne leur appartenait point
2.
Louis XII ne fit que transmettre cette réponse intransigeante aux habitants des communautés d’Urrugne et d’Hendaye.
Ceux- ci, espérant que d’autres commissaires sauraient mieux faire valoir leurs droits méconnus, décidèrent d’appeler l’attention des souverains par un nouveau coup de main.
Le Ier juillet, une bande armée, commandée par un hobereau des environs, Pierre de Buniort, se posta dans la vallée haute du fleuve et détroussa une caravane de marchands aragonais et navarrais qui se rendaient à Fontarabie.
Naturellement, les gens de Fontarabie portèrent plainte au Régent de Castille et l’ambassadeur espagnol fit transmettre ces plaintes au roi de France.
Le 23 juillet, Louis XII manda au bailli de Labourd de faire restituer les marchandises dérobées et de réprimander les délinquants. Triomphant, Ferdinand envoya,
1. — Arch. de Fontarabie. Relation de Sanz de Venesa, cap. 6.
2. — Ibid.j id.? cap. 7,
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16
le 6 août, à Fontarabie, le texte traduit de ces lettres royales qui devaient constituer désormais une preuve irréfutable des droits de la vieille cité sur toute l’étendue du fleuve
1 Louis XII avait eu soin de recommander à son bailli de régler lui-même ce différend, si toutefois l’affaire ne lui semblait pas devoir nécessiter une enquête plus approfondie
2. Les Labourdins, saisis de cette clause du mandement royal, en profitèrent pour faire entendre leurs doléances et protester contre le jugement inique de 1510 . La réunion d’une nouvelle commission fut décidée ; malheureusement, les documents nous manquent pour être, sur ce point, quelque peu précis. Ce dut être au début de l’an 1511 que le roi de France nomma commissaires de la Bidassoa Me Compaignet d’Armendaritz et Me Jean d’Ibarrole, et que le Régent de Castille délégua à nouveau D.Cristobal Vasquez de Acuna et D. Francisco Tellez de Ontiberos.
Les commissaires français durent recevoir, cette fois, l’ordre de se montrer plus exigeants dans leurs désirs et de faire prononcer une sentence qui exprimât d’une façon plus précise et plus étendue les droits du royaume de France, tant sur la Bidassoa que sur la rade du Figuier.
Les délégués espagnols protestèrent, alléguant qu’ils n’avaient à s’occuper que de la navigation sur le fleuve. Le 16 avril 1 5 1 1 , les quatre commissaires se réunirent à Hendaye en présence de Juan de Casadevante, syndic de Fontarabie et procureur du Régent de Castille et de deux envoyés spéciaux du roi de France, Mes Charles de la Barrière et Pierre de Brus, qui vinrent au nom de leur souverain demander aux dits commissaires de procéder immédiatement à l’examen des questions soumises à leur jugement. Le licencié Acuna, au nom des commissaires de Castille, allégua qu’ils avaient envoyé à la Reine un messager chargé de
1. — Arcb. de Fontarabie. Relacion de Sanz de Venesa, cap. 8.
2. — . . . Vos mandamos y encargamos e injungimos que si vos constare sumaria-
mente e de piano e sin figura de processo de la dicha presa por nuestros subditos contra aquella dîcha sentencia, vos en eî dicho caso fagais rendir e restituir las dichas lanas, mercaderias e otras cosas qualesquier, constreniendo a facer e sufrir esto a todos
aquellos a quien pertenece por todas las vias en tal caso requeridas,
3 . — Arcb. Nat.} j . 867 et suiv., Bibl. Nat.} Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 15 et suiv.
et Coll. Brienne, vol. 55, fol. 1 2 4 .
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leur faire donner plein pouvoir pour délibérer tant sur l’usage du fleuve que sur celui de la rade, mais que, jusqu’à son retour, il leur était formellement interdit de s’étendre sur toutes questions autres que celles comprises dans leur commission.
Les commissaires français acceptèrent d’attendre le retour du messager, fixant cependant comme dernier délai le lundi 28 avril, auquel jour, à neuf heures du matin, ils se trouveraient de nouveau au lieu de Hendaye pour y prendre les mesures qu’ils jugeraient alors nécessaires.
Le 22 avril, les commissaires et les procureurs spéciaux de France et de Castille se réunirent à Fontarabie, en présence de Ochoa de Haramburu, prêtre, et de Thomas Betcoq, sujet anglais, habitants de Fontarabie, de Jean Lopez de Sabando, de Martinon de Hunburu et de Saucin de Hiriburu, habitants de Saint-Jean-de-Luz ; Charles de la Barrière et Pierre de Brus déclarèrent avoir ouï dire que les commissaires espagnols avaient reçu la réponse qu’ils attendaient de la reine de Castille et leur demandèrent de bien vouloir, dans ce cas, commencer leurs délibérations avec les commissaires français.
Les commissaires espagnols avaient, en effet, reçu la réponse expédiée de Séville, le 25 mars précédent, mais Ferdinand le Catholique s’y refusait absolument à étendre le pouvoir des commissaires sur des questions où, selon lui, il n’y avait pas matière à discussion. Il pensait d’ailleurs que Vasquez de Acuna et Tellez de Ontiberos sauraient facilement persuader leurs collègues français qu’il y avait là abus de leur part et que le plus sage était de délibérer seulement sur les questions reconnues litigieuses. Le mandement royal fut lu aux commissaires de France et, en conséquence, le procureur, Juan de Casadevante, les pria de
1. — Bibl. Nat., Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 15 v° et 16 r°.
2. — . . . estoy maravillado desta ynovation porque, como vedeys, si sobre semejantes
Cosas en que nunca obo dubda del drecho et antigua possession de la Corona Real destos reynos, agora se dyesse lugar que la obiesse, séria poner mala voz en todo, quanto mas seyendo este juyzio por consentimiento de las partes. Por ende yo vos mando que ableys a los dichos comissarios y les mustreys la justicia et razon que ay para que assi se hagua y sobre todo deys orden como solamente se entende en aquellos casos e cosas sobre que al principio obo la differentia et no en otros ningunos y, conforme a esto, continuad vuestro processo. — lbid.} id., fol. 15 v° et fol. 16 r°.
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vouloir bien commencer à délibérer immédiatement sur la seule et unique question de l’usage de la Bidassoa. Ceux-ci, naturellement, protestèrent ; une nouvelle réunion fut fixée au lendemain, 23 avril, dans laquelle les commissaires espagnols émirent le vœu de ne rien faire que les deux rois de France et de Castille ne se fussent, de nouveau, entendus à ce sujet. En outre, ils demandèrent à leurs collègues français d’assurer, en attendant, de la part des Labourdins, l’observation de la sentence provisionelle de 15 102 et de ne procéder à aucune enquête, sans leur consentement, les commissaires français déclarèrent qu’obéissant aux ordres de leur souverain, ils feraient eux-mêmes une enquête isolée, en conseillant toutefois aux gens de Hendaye et d’Urrugne d’observer la sentence d’avril 1510 et de ne rien faire qui pût troubler la paix entre les deux nations
Les Espagnols acceptèrent cette conclusion et promirent d’agir pareillement de leur côté. Ainsi se termina sans presque avoir commencé la commission royale de 1511 .
1 . — Bibl. Nat., Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 17 r° et v°.
2. — . . . lesdicts licenciez de Accuna et Francisco Tellez dirent qu’ilz demandoient et requeroient ausdicts Docteurs Mes Compaignet d’Armendaritz et Jehan d’Ibarrole, commissaires dudict Roy treschrestien et aussi ausdicts advocat et procureur, qu’ilz lais- sassent en suspens jusques a tant que lesdicts Roys se escrivissent et confermassent pour ce qu’ilz cognoissent, comme dit on, que les royaulx vouluntez des Catholiques Roy et Royne estoient qu’ilz procureroient la dicte conformité par le service de Dieu nostre seigneur et par la conservation de la amitié qu’ilz avoient avec lediçt treschrestien Roy de France et qu’ë pendant le temps de ladicte suspension, ilz demandoient et requeroient qu’ilz fissent garder aux subjectz dudict Roy treschrestien l’appoinctement et accord qui fut donné par les commissaires desdicts Roys a dix d’avril l’an 1 5 1 0 , lequel commence en ceste maniéré : Cum per antea. . . e t c . . . duquel, si estoit nécessaire, ledict Jehan de Casedavant, scindic de Fontarrebie, faisoit présentation et lequel estoit mandé estre gardé par les deux Roys et que ilz demandoient et requeroient que, en ensuivant ledict commandement ne consentissent aux subjectz du dict treschrestien Roy toucher en port ne mer ne droictz d’iceulx sinon tant seulement en ce que ledict accord et appoinctement les donnoit en ladicte riviere de Bidassoua ou fleuve jusques a tant que se fisse la finale expédition, protestant ainsi qu’ilz protestoient que si pour toucher ou ancrer en lesdicts port et droictz et mer survenoient aucuns murtres, insulz ou escan- dalles, que ce soit a coulpe et charge desdicts docteurs en nom dudict seigneur Roy Treschrestien, Roy de France et non desdicts licenciez de Acuna et Tellez, en nom de ladicte Serenessime Royne et dudict Roy Catholique son p è r e . . . — Bibl. NatColl.
Dupuy, vol. 42, fol. 20 r° et \v°.
3. — . . . les commissaires du Roy Treschrestien respondirent persévérant en leur premier dire et délibération qu’ilz procéderont ainsi que dict est, attendu les longs delays et subterfuges prins par lesdicts commissaires et sindic de ladicte Royne de Castille et que de leur cousté avoient desja adverti leur Roy et eu les provisions sur ce requises ensuivant lesquelles procéderont- comme dict a esté sans toucher par le present la sentence de laquelle dessus a esté faicte mention, protestant que si aucun escandale
19
Néanmoins, comme il avait été précédemment décidé, une enquête continua à laquelle procédèrent séparément de chaque côté du fleuve les commissaires français et espagnols, en attendant que les deux rois eussent déterminé d’une façon plus précise les questions sur lesquelles il y avait lieu de délibérer. D’extraordinaire, la commission devint, en quelque sorte, permanente. Malheureusement, les documents nous manquent pour pouvoir dire ce que firent alors les délégués ; il est à supposer, cependant, qu’ils travaillèrent avec lenteur ; car rien d’important ne paraît avoir été résolu avant septembre 1517 , date à laquelle une lettre adressée par les commissaires français au chancelier Duprat nous apprend que Me François de-Belcier remplaçait Compaignet d’Armendaritz, décédé, et que les commissaires espagnols et français n’avaient encore pu se mettre d’accord sur l’étendue même de leur commission .
Cependant, les Labourdins, du haut de la tour fortifiée de
Munjunito, située sur la rive de Hendaye3, continuèrent de

ou dommage y survient ne soit a leur coulpe, ains desdicts commissaires et scindic
ladiçte dame qui ne veullent procéder avec eulx sur lesdicts ports, mer, havre et po du Figuier, disans en outre qu’ilz feront inhibitions et deffences aux subgects dudi seigneur habitans de Labourt qu’ilz ne provoquent de parolle ne de fa.ict a l’encont des subjeçts de ladicte dame ne usent aussi encontre eulx par aucune voye de faiç requérant que lesdicts commissaires de la dicte dame fassent le pareil de leur cous et sur le demourant, disent qu’ils se garderont de mesprendre ; desquelles choses l dictes parties en requisdrent acte et instrument… —Ibididvol. 42, fol. 21 v° et 22 r°

1. — Nous savons toutefois que la sentence provisionnelle de 1 5 1 0 était toujours en vigueur. Le 13 mars 1 5 1 7 , le sénéchal des Lannes manda à Bartholomé de Fagoaga et Adam de Buniort, habitants de Biriatou, qui avaient établi une forge sur territoire français, pour laquelle ils utilisaient l’eau du fleuve, d’avoir à cesser leur industrie. Cf. ‘Arch. de Fontarabie. Relaciôn de los papeles que esta M. N. y L. Villa embia â S. M . 1 6 1 9 et Ibid., Compulsas que dimos los très escribanos para el Consejo en la causa sobre las nasas de esta ciudad en pleito con Irun. 1683.
2. —• Cf. lettre originale des officiers du Roi à Hendaye ; les commissaires terminent
en’demandant de nouveaux subsides : « . . . Monseigneur, comme sçavez, sommes ici en pays limitrophe, a grans frais et mises et avons avec nous l’advocat et procureur dudict seigneur, ung notaire, ung interprete et ung sergent et plusieurs tesmoings sans lesquelz personnages ne pouvons procéder, a quoy les pouvres subjectz dudict seigneur ne peuvent frayer, car ilz sont pouvres, bruslez et destruictz pour la guerre. A ceste cause, vous prions, Monseigneur, que y vueillez avoir esgard et nous faire délivrer par le comptable de Bourdeaux ou autre qu’il vous plairra, de l’argent. » — Bibl. NatColl. Dupuy, vol. 42, fol. 39 et suiv.
3 . — . . . et prope juxta inferiorem ipsius loci partem per negligentiam vel inadver-
tentiam nostrorum construxerunt, non sunt elapsi 40 anni, praefactam Domum de Munjunito in solo et littore nostro. — Arch. de Fontarabie. Traslados de las Ynforma- ciones en derecho,… folio 5 r°. — C e t t e tour était donc, semble-t-il, sur le lit du fleuve, c’est-à-dire sur territoire espagnol, d’après les sentences de 1458 et de 1 5 1 0 .
______________________________________________
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bombarder impitoyablement toutes les barques espagnoles qui pénétraient dans la baie.
Ce fut, d’ailleurs, de part et d’autre, un échange d’excellents procédés. Le 17 avril 1 5 1 8 , le duc de Nâjera, vice-roi de Navarre, alla même jusqu’à mander au majordome de l’artillerie, en résidence à Fontarabie, de prêter à cette ville toutes les munitions dont elle pourrait avoir besoin pour se défendre contre les attaques des Français
1. C’était la guerre ouvertement déclarée sur la frontière basque, guerre que rendait, d’ailleurs, plus naturelle l’inimitié chaque jour grandissante des deux souverains. Toutefois, le 15 août 15 8
2 , Charles Quint dépêcha de nouveau à son corregidor de Guipuzcoa D. Pedro de Nava et au licencié Vasquez de Acuna l’ordre de délibérer conjointement avec les commissaires du Roi de France sur les différends de la Bidassoa
3. Sept années de délibérations, fort espacées les unes des autres, tenues d’ailleurs sans méthode et sans que le sujet en fût, une fois pour toutes, définitivement établi et accepté par les commissaires des deux royaumes, avaient singulièrement fait dévier les questions à étudier. En 1511 , les délégués français avaient voulu étendre leur commission sur la question de la propriété du fleuve et de la rade et sur la permission qui pouvait être accordée à Hendaye de posséder un port.
Les Espagnols avaient refusé, ne voulant délibérer que sur la question de l’usage des barques à quille, interdit aux riverains français en avril 1510 . En 1 5 1 8 , il ne s’agit plus que d’amener Hendayais et Ondarabiarres à cesser
1. — Arch. de Fontarabie. Relaciôn de los papeles que esta M.N. y L. Villa… embia â S . M. 1 6 1 9 .
2. — Bibl. Nat. Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 23 et suiv. et Coll. Brienne, vol. 5 5 ,
fol 1 3 4 et suiv.
3 . — . . . sur certains ediffices que l’on dict que lesdicts françois voloient faire et
reediffier de l’autre costé de la riviere de Bidassoua et sur aucun bras d’icelle et sur autres choses que lesdicts françois pretendoient qu’ilz pouvoient faire et que sur ce, a cause de ce, et de l’une part a l’autre, et de l’autre a l’autre, se sont tirez de traictz d’artillerie et faict aucuns dommages et maulx et pour ce que nous avions commandé a nosdicts subjectz qu’ilz ne facent nouveauté aucune et que toutes les choses de voye de faict cessent et facent bon accord et voisinage ausdicts françois et semblablement entre nous et ledict Roy de France est accordé que nommons juges et qu’ilz entendent ausdicts debatz et qu’ils se informent commant et en quelle maniéré -a esté faict et passé tout ce que clict est et qu’ilz pourvoyent en façon que entre lesdïctes parties cessent lesdictes d i f f e r a n c e s . – — Bibl. Nat. Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 23 v° et 24 r°.
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leurs feux croisés, et de la propriété du fleuve, de la délimitation de la frontière entre les deux royaumes il ne saurait plus être question.
François Ier, de son côté, confirma ses commissaires dans leurs pouvoirs, sans qu’il nous soit possible de dire exactement à quel moment ce fut de l’année 1518. Un jour d’octobre, en l’église Santa Maria de Fontarabie1, le licencié Vasquez de Acuna et Me François de Belcier se réunirent et, après audition de témoins, décidèrent d’envoyer un rapport détaillé des faits à leurs souverains qui prendraient alors les mesures nécessaires. Ils établirent, en outre, que jusqu’à ce moment toute hostilité devait cesser entre Basques espagnols et français
2. Néanmoins, les querelles continuèrent sur la Bidassoa, mais, cette fois, ce fut dans la vallée intérieure du fleuve, entre Irun et Béhobie, que les différends éclatèrent. En janvier 1519 , l’alcalde du château de Béhobie, accompagné d’hommes armés, vint procéder à la plantation de petits chênes dans l’île dite Insura
3 propriété jusqu’alors non contestée, paraît-il, du royaume de France ; puis les Espagnols y firent paître leurs troupeaux. Pierre et Adam d’Urtubie vinrent porter plainte au capitaine qui, pour toute réponse, quelques jours plus tard, fit tirer sur eux, alors qu’ils se trouvaient sur la rive du fleuve, en territoire français. Sur la plainte du syndic de la communauté d’Urrugne, riveraine du fleuve à cet endroit, le lieutenant du bailli, Jean de

1 . — Arch. de Fontarabie. Traslados de las Ynformaciones en derecho,… fol. 2 r°.
2. — « . . . y no se labre ni edifique ni se haga en ella (il s’agit de la tour de
Munjunito) cosa alguna, mas antes el dicho edificio e todas las otras cosas esten suspensas y en el punto, lugar y estado en que estavan antes y al tiempo destas dichas différencias, hasta que lo suso dicfro se determine y que todos esten y vivan en p a z . . . » Arch. de Fontarabie. Traslados de las Ynformaciones en derecho…, fol. 2 v°. — Il nous a été impos- sible de retrouver les procès-verbaux des délibérations successives qui durent avoir lieu a ce moment. Un inventaire sommaire des archives de Fontarabie de 1683 (Compulsas que dimos los très escribanos… ) les mentionne ainsi : Ano 1 5 1 8 . Testimonio de los autos hechos en dicho ano por los comisarios de Espana y Francia sobre el derrocamiento de una casa que los de Endaya intentaron fabricar 0 redificar en la margen del rio Vidasoa. De las comisiones que los respectibos soberanos, de la demanda y querella puesta por los de Endaya y el Procurador de el Sr. Christianissimo Rey de Francia con Fuenterrabia, respuesta de esta ciudad y de las sentencias que dieron los comisarios en discordia ; se han omitido las informaciones por ser muy largas, e t c . . .
3 . — Articles présentés par le syndic au lieutenant du b a i l l i . — A r c h . Nat., ) 867? n° 10.
4. — Cf. La Isla de los Faisanes, VI, par D. SERAPIO DE MLJGICA dans La Frontera
d’Irun, n° du IER septembre 1 9 0 1 .
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— 22 –

Saint Pé, se rendit en cette paroisse, le 7 mars 1519
1 accompagné de son greffier, Me Pierre d’Echegoyen, notaire royal, pour y entendre lire le rapport détaillé des faits incriminés aux sujets du roi Catholique. Le 8, il se transporta sur les bords de la Bidassoa, à la dite île Insura, pour y constater de visu les délits commis et procéder à l’audition d’habitants de Hendaye, cités comme témoins par Michelco d’Arregaray, procureur ou merin d’Urrugne. Puis, l’enquête terminée, le procès-verbal détaillé en fut envoyé au roi.
La question de la Bidassoa fut examinée dans la Conférence interrompue d’ailleurs brusquement par le décès du ministre français — qui eut lieu, à la fin de 1519 , à Montpellier, au sujet du royaume de Navarre
2. La réunion d’une nouvelle commission dut y être décidée, car le 14 juin 1 520 , en vertu, semble-t-il, d’un accord antérieur avec le roi de Castille, François Ier nomma commissaires Jean de Calvimont et François Cadenet, tous deux conseillers au Parlement de Bordeaux, leur enjoignant de se trouver le 15 juillet suivant à la frontière où, par ordre des souverains, les hostilités avaient dû cesser dès le 15 mai précédent.
De son côté, l’Empereur nommait deux commissaires, le corregidor de Guipuzcoa et D. Cristôbal Vasquez de Acuna. Les quatre commissaires devaient, à leur choix, se rendre d’abord, pendant deux mois, dans l’une des deux villes de Bayonne ou de Fontarabie pour y enquêter et délibérer et séjourner ensuite dans la seconde deux autres mois. Le 15 juillet, les deux conseillers au Parlement de Bordeaux se trouvaient à Bayonne, prêts à commencer leur enquête ; mais, suivant un système adopté dès 1510 par les autorités espagnoles, les commissaires de Charles Quint ne se présentèrent pas. Le Ier octobre, Me Martin de Naguile, notaire royal en la ville de Bayonne, vint, de la part des commissaires français, trouver à Fontarabie le licencié Vasquez de
1 . — Arch. Nat., J 867, ti° 10, et Bibl. NatColl. Dupuy, vol. 42, fol. 27 et suiv.
2. — Bibl. Nat., Mél. Mezerai, ms. fr. 2 0 7 7 1 , fol. 223 r° ; Coll. Dupuy, vol. 42,
fol. 43 v°, et Coll. Brienne, vol. 55, fol. 153 v°. Les deux délégués étaient, pour l’Espagne, le sire de Chievres et, pour la France, le sire de Boisy ; ce dernier mourut au cours de la Conférence. Cf. FAVYN, Histoire de Navarre, Paris, 1 6 1 2 , in-fol., p. 704.
3 . — Arch. Nat., j 9 1 6 , nos 24 et 25.
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— 23
Acuna et lui représenter que ces derniers étant las d’attendre et considérant d’autre part que le délai de leur commission allait expirer, Jean de Calvimont s’était, ce jour même, rendu à Hendaye, désireux de l’entretenir immédiatement de cette affaire
2. D. Cristôbal Vasquez de Acuna refusa de traverser le fleuve et le procureur de Naguile, après avoir énergiquement protesté contre la conduite des délégués espagnols, retourna à Hendaye où l’attendait Jean de Calvimont
3. Ainsi échoua cette nouvelle commission que, comme les précédentes, le mauvais vouloir des Espagnols avait rendue impossible.
L’année suivante, la guerre éclata sur la frontière. Vers la fin de septembre 1521 , François 1er, désireux de venger la défaite
4 des troupes qu’une première fois il avait envoyées au secours d’Henri d’Albret, dirigea sur Saint-Jean-de-Luz une armée
1. — Arch. NatJ 9 1 6 , n° 26.
2 — . . . a cause de quoy mesdicts seigneurs de Calvimont et Kadenet considérant
qu’ilz avoient asses longuement actendu lesdicts commissaires dudict Roy Catholicque et aussi que le temps presigné pour vacquer audict affaire estoit presque expiré et dedans le temps restant oii ne pourroit metre fin audict affaire, si ç’estoit mondict seigneur de Calvimont transpourté ce jour d’uy au lieu de Handaye viz a viz la ville de Fontarrabie, la riviere de Bidassoe entre deux, où il estoit encores de present et envoyé lettre missive audict Basques pour lui faire savoir sa venue et par icelle lui prioit qu’il passast ladicte
riviere aux fins qu’il luy demonstrat ce que d e s s u s . . .
— Arch, Nat., J 9 1 6 , n° 26.
3 . — . . . Et le mesme jour, environ une heure après que ledict de Naguille et moy
notaire ensemble lesdicts tesmoings avons eu passé ladicte riviere de Bidassoa et retournez audict bourg et lieu de Handaye où mondict seigneur de Calvimont nous actendoit, acompaigné de monseigneur maistre Jehan de Segure, lieutenant général du Senneschal des Lannes au siege de Bayonne, et de Messire Jehan de le Lande, liccencié fez droictz, chanoyne de l’eglise cathedrale de Bayonne, ou estoient aussi Raymond Duhalde, sergent royal, ensemble Choane Delissalde, johannes de Soppite, Estienne de Lecunboro, Jehannot de Lecunboro et Miguel Darroppe, habitans dudict Handaye, ainpres que ledict de Naguille a relaté audict de Calvimont les remonstrances et protes- tations par lui faictes audict Basques, icelluy, tant par luy que pour ledict seigneur de Kadenet absent a ratiffiées et eues pour agreables et a d’abundans faict telles et semblables protestations et remonstrances que dessus ez presences des dessusdicts et qu’il n’avoit tenu a luy qu’il ne les fist a la personne dudit Basques, car ç’estoit illec transporter expressement pour ce faire, mais ledict Basques n’avoit jamais voulu passer ladicte riviere, jaçoit que par cidevant tous les commissaires depputez par le Roy Catholicque ou ses predecesseurs eussent acoustumé passer icelle riviere pour venir parlamenter la premiere foys aux commissaires depputez par le Roy nostre souverain seigneur, comme de ce il estoit devenu informé et adverty et desdictes protestations, ensemble des autres choses dessusdictes, ledict seigneur de Calvimont requist acte ê.t instrument a moy susdict et audict de Naguille, comme notaire et personne publique, ce par nous leur fut octroyé les an, moys, jour et es presences que dessus. Boyresse, notaire royal ; Denaguile, notaire royal. — lbid.} id.
4- — Bataille de Noain, 30 juin 1 5 2 1 . Cf. BOISSONNADE, Histoire de la réunion de la
Navarre à la Castille, Paris, 1.893, in-8% pages 544 et suiv,
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_ 24 —

commandée par Guillaume Gouffier, sire de Bonnivet, amiral de France et gouverneur de Guyenne.
Après avoir feint de se diriger sur Pampelune, Bonnivet, d’Ascain, dont il avait fait son quartier général, partit vers les premiers jours d’octobre au pas de Béhobie.
Il s’y empara sans grand effort du château de Gazteluzar, dont il confia la garde au capitaine Beaufils ; et, le dimanche 6 octobre, vint mettre le siège devant Fontarabie
1. Le gouverneur de la place était D. Diego de Vera, capitaine qui s’était particulièrement distingué lors des dernières guerres de Navarre. La ville n’était pas prête à soutenir le siège des Français. Les vivres manquaient. Dès le troisième jour, la famine se déclara. Dans ces conditions, la résistance devenait inutile. Déjà, D. Diego parlait de reddition ; mais ce fut une protestation indignée de la part des habitants qui, cependant, après dix jours d’une héroïque défense, vaincus seulement par la famine, durent se rendre à l’ennemi. Le vendredi, 18 octobre, les portes de la ville s’ouvrirent et, devant le front des troupes françaises, les vaillants assiégés défilèrent, tambours battants et drapeaux déployés.
Fontarabie était française. Bonnivet se retira, laissant comme gouverneur Jacques de Daillon, baron du Lude, avec trois mille Gascons.
Les Espagnols, retranchés dans Irun, que commandait un gentilhomme des environs, D. Pedro de Urdanivia, sire d’Aranzate, entreprirent contre les Français une guerre meurtrière d’embuscades et d’escarmouches. La garnison de Fontarabie devint insuffisante. En janvier 1 5 2 2 , quinze cents soldats y arrivèrent, sous la conduite d’un transfuge espagnol — d’origine française, il est vrai, — Juan de Aeza, sire d’Ibarrola.
L’entretien d’un détachement dans le fort de Béhobie, que commandait toujours le capitaine Beaufils, dispersait inutilement les troupes françaises, qu’il devenait plus que jamais nécessaire de concentrer dans Fontarabie que les Espagnols continuaient d’assiéger.
1 . — Cf. BORDENAVE, Histoire de Béarn et de Navarre, édit. P. Raymond, Paris, 1873,
i n – 8 ° , . P . 1 7 e t s u i v . ; G A R I B A Y , op. cit., lib. X X X , cap. V I I , e t M O R E T , Anales del reino
de Navarra, Pamplona, 1684-1715, 5 vol. in-40, lib. XXXVI, cap. IV.
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— 25
Le démantèlement et l’abandon du château de Gazteluzar
fut donc décidé ; par prudence, on décida de ne rien laisser soupçonner de cette entreprise aux Espagnols. Un traître s’en fut malheureusement avertir D. Beltrân de la Cueva, capitaine général de la Province, qui, un jour d’avril, à l’improviste, put facilement s’emparer du fort dont l’artillerie avait déjà été retirée.
Un nouvel alcaide, Ochoa de Asua, y fut laissé avec une petite garnison destinée à repousser le premier choc de l’ennemi qui, certainement, essaierait de reprendre la forteresse.
En effet, le samedi 28 juin 1522, l’avant-garde française,
composée des vaillantes milices labourdines et de troupes mercenaires allemandes, apparut au pas de Béhobie, décidée à passer à gué le fleuve que la marée basse rendait alors moins profond. Mais ce fut aussitôt du haut du château de Gazteluzar une telle canonnade que, devant cette résistance inattendue des Espagnols, les Français se retirèrent sur Biriatou, où jusqu’au soir ils restèrent cantonnés
1. Vers minuit, un fort détachement, emportant avec lui des pièces d’artillerie traversa le fleuve au lieu dit de Aritz-Makur et put, sans être vu de l’ennemi, à travers des sentiers touffus, bordés de haies sauvages, grimper aux rochers escarpés d’Aldabe
2. 2 qui dominaient d’environ cent cinquante mètres le château de Gazteluzar.
Le matin du dimanche 29, les mercenaires allemands s’approchèrent du château en longeant la rive espagnole, tandis que l’artillerie française tonnait des hauteurs d’Aldabe, et tentèrent un premier assaut. La résistance des Espagnols que commandait l’alcaide Ochoa de Asua fut grande et ce premier jour s’acheva sans qu’un seul ennemi eût pu pénétrer dans la place.
Cependant, deux capitaines des milices guipuzcoanes, Juan Perez de Azkue, naturel de Fontarabie, et Miguel de Ambulodi,
1. — G À R I B A Y , op. cit., lib. X X X , cap. X.
2. — Depuis lors Mont St-Martial, en commémoration de cette victoire qui eut lieu
le jour de la saint Martial, 30 juin 1 5 2 2 . Chaque année, depuis 1 5 2 2 , le 30 juin, les
habitants d’irun et de Fontarabie, groupés par compagnies et en armes, y vont en
pèlerinage. Sur cette curieuse fête, cf. l’intéressante brochure de D. SERAPIO DE MÛGICA, Alardc de San Martial en Irûn, Origen y detalles. San Sébastian, 1 9 0 1 , in-8°.
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habitant de Irûn, résolurent de surprendre le gros de l’armée française posté sur la montagne d’Aldabe. Partis dans la nuit du petit bourg d’Oyarzun, où le capitaine général, D. Beltrân de la Cueva, attendait inquiet le résultat de cette téméraire entreprise, ils arrivèrent deux heures avant le lever du jour dans le vallon encaissé appelé Saroya de Aguinaga.
D’un autre côté, sur la route royale d’Irun, le long, du fleuve, un prêtre de Renteria, Mosen Pedro de Irizar, avait été chargé par les deux intrépides soldats de simuler, toute la nuit, l’armée espagnole, en se promenant çà et là, accompagné d’enfants et de femmes portant des torches enflammées. La marche continua à pas de loup, silencieuse et lente, à travers les bruyères et les rocs. Au petit jour, enfin, la troupe, forte de huit cents à mille hommes, arriva devant Aldabe ; l’haleine et le piaffement des chevaux signalèrent sa présence à l’ennemi et l’alerte retentit dans le camp labourdin. Mais, les soldats endormis, surpris de cette attaque soudaine, n’eurent que le temps de fuir devant les fantassins espagnols qui, de tous côtés, surgirent des broussailles.
Le capitaine général, averti du succès de ses troupes, —
succès sur lequel il était cependant bien loin de compter, — s’avança à son tour jusqu’aux hauteurs d’Aldabe où il tint conseil avec les chefs de l’armée pour décider ce qu’il conviendrait de faire à l’égard des Allemands qui, massés dans le château qu’ils avaient, entre temps, pris d’assaut, ignoraient encore la défaite des milices labourdines.
Le capitaine Miguel de Ambulodi résolut de les en faire sortir et, en simulant une retraite, de les attirer à sa suite dans la montagne où les troupes fraîches de D. Beltrân de la Cueva les mettraient aisément en déroute. Les Allemands furent entraînés par leur bravoure même dans le piège que leur tendait l’ennemi et quand, après avoir vaillamment poursuivi les fuyards espagnols, ils parvinrent au sommet de la montagne, ce fut pour y être traîtreusement massacrés par le gros de l’armée espagnole, jusque là dissimulé sur l’autre versant.
Cependant le siège de Fontarabie continuait et le baron du
— 27 —
Lude se déclarait impuissant à supporter plus longtemps les attaques des bandes espagnoles. Le maréchal de Châtillon, Gaspard de Coligny, fut envoyé pour ravitailler la place ; il mourut, en route, à Dax, et fut aussitôt remplacé par Jacques de Ghabannes, seigneur de la Palice, qui prit le commandement de la nouvelle armée et se dirigea sur Hendaye, tandis que les vivres arrivaient par mer à Fontarabie. A l’approche des troupes françaises, les pillards espagnols s’éloignèrent et la nouvelle garnison put facilement pénétrer dans la place. Un nouveau gouverneur y fut nommé, le capitaine Franget.
Au début de décembre, une armée espagnole traversa le pas de Béhobie, sous la conduite de D. Inigo Fernandez de Velasco, connétable de Castille, et du prince d’Orange, se dirigeant sur Sauveterre-de-Béarn, qui se rendit seulement après plus de deux mois de siège. Puis les troupes espagnoles ravagèrent les campagnes du Labourd, aux alentours de Bayonne, que le connétable n’osa pas attaquer, et vinrent enfin mettre le siège devant Fontarabie.
La place, mal défendue par Franget et trahie par l’un des capitaines navarrais, D. Pedro Navarra, dut se rendre à l’ennemi. Le 24 mars 1524 , Fontarabie, depuis plus de deux ans française, redevint espagnole.
1. La guerre cessa ainsi sur la frontière, mais, de nouveau, les querelles n’en éclatèrent que plus violentes entre les habitants de Hendaye et de Fontarabie.
Le 11 avril 1527 , Charles Quint dépêcha de Valladolid à ses sujets de Fontarabie l’ordre de continuer à exécuter la sentence provisionnelle d’avril 1510
2 . C’était, en se refusant ainsi définitivement à toute transaction, à toute modification d’un jugement qui blessait les Français dans leurs droits intentionnellement méconnus, provoquer de nouvelles et cruelles représailles sur la Bidassoa. Nous passerons sous silence ces querelles parfois sanglantes, tristement renouvelées de celles dont nous avons parlé antérieurement. Leur énumération, d’ailleurs inutile, ne saurait être que fastidieuse.
1. — GARIBAY, Op. cit., lib. XXX, cap. XI, et DE SAYAS, Anales de Aragon, Madrid,
[1665], in-fol., cap. 45.
2. •— Arcb. de Foniarabie. Relacion de los papeles que esta M. N. y L. v i l l a . . .
çmbia a S. M… 1 6 1 9 .
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— 28 –
Le fleuve était alors — comme encore aujourd’hui — fort poissonneux. Les poissons de toutes sortes y abondaient et, tout particulièrement, le saumon. La pêche, autant que le commerce, assurait la grande prospérité de Fontarabie, qui, dans la vallée, au pas de Santiago, possédait une nasse en travers du fleuve. A cet endroit, sur l’extrême rive française, se dressait un petit couvent, très ancien ermitage transformé dans la suite en établissement hospitalier — à quelle époque, il serait difficile de le dire, à la fin du XVIe siècle très vraisemblablement — et qui, de bonne heure, servit de refuge aux pèlerins alors nombreux qui passaient de France en Espagne pour se rendre à Saint-Jacques de Compostelle
1. Le prieur possédait une nasse. Plus loin, vers le pas de Béhobie, se trouvait celle des seigneurs d’Urtubie.
Il n’y avait rien là qui fût contraire à la sentence de 1510
Cependant, indépendamment des rixes, des bagarres et des abordages qui, chaque jour, se produisaient dans la baie entre bateliers, les différends éclatèrent bientôt de ce côté-là du fleuve, entre Santiago, Irun et Béhobie.
La nasse de Fontarabie, placée en aval des deux autres, empêchait de rien prendre dans ces dernières, le poisson allant fatalement s’engager dans les premiers filets qu’il rencontrait en remontant le fleuve. En 1531 2 , les gens de Hendaye, las de réclamer vainement que Fontarabie voulût bien, au moins, ne pas étendre sa nasse dans toute la largeur du fleuve, la déplacèrent une nuit par surprise et la mirent derrière celle du prieur.
Ce fut, d’ailleurs, une manœuvre inutile ; quelques coups furent échangés, mais la nasse n’en fut pas moins replacée quelques jours plus tard en son premier endroit. L’année suivante
3, le sire d’Urtubie, alors bailli de Labourd, en fit établir une autre, en aval de celle de Fontarabie ; des rixes éclatèrent et, finalement, Fontarabie détruisit les filets, de son perpétuel ennemi. En 1538, autre attaque, plus sérieuse
1 . — Cf. C. DAUX, Le Pèlerinage à Compostellej Paris, 1898, ÏN-8°, p. 1 7 3 . L’hôpital, contrairement à ce que dit l’auteur, dut être construit bien avant 1 6 2 3 .
2. — Archives municipales d’Irun, Secciôn C, negociado 5, serie 1 , libro 28, expe-
diente 1 .
3- — Ibidid.
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— 29 —
cette fois. Par ordre du roi, le capitaine général de Guipuzcoa vint bombarder un moulin que le sire d’Urtubie avait établi sur le fleuve, ne faisant ainsi qu’user du droit que la sentence de 1510 reconnaissait également aux Français et aux Espagnols
1. Et ce fut ainsi durant trente ans ; ce fut, sans que ni l’un ni l’autre des pouvoirs royaux s’émût autrement de luttes le plus souvent sanglantes, de perpétuelles querelles, de continuelles violations des règlements de 15 1 0 , bien faits, d’ailleurs, pour faciliter la mauvaise foi, de la part d’ennemis acharnés et déloyaux
2.
En 1567 , le premier jour d’octobre, Philippe II manda à D. Juan de Acuna, capitaine général de Guipuzcoa, de réprimer sévèrement toute nouvelle entreprise des Français contre les droits de sa couronne
3. Cette attitude énergique dut quelque peu effrayer les habitants de Hendaye qui, le 2 janvier 1568 , s’excusèrent par lettres officielles, d’un ton très humble, de ce que certains de leurs compatriotes avaient tiré des coups d’arquebuse sur le lonjero
4 de Fontarabie
5. Puis, la paix se fit, quelque temps, sur les rives de la Bidassoa. L’absence de documents nous le laisse fortement supposer, encore qu’il soit assez singulier que, sans l’intervention d’aucun pouvoir supérieur, sans la promulgation d’aucune nouvelle sentence, une trêve se soit ainsi conclue entre d’aussi implacables ennemis. Peut-être ces luttes continuelles avaient-elles à ce point affaibli
1 . — Archives municipales d’irùn, Seccion C, negociado 5 , serie 1, libro 28, expe- diente 1 .
2. — Nous passons intentionnellement sous silence l’attaque du Labourd et la prise
de S t – j e a n – d e – L u z à la fin de juillet 1 5 6 8 par D. Diego de Carvajal, capitaine général de Fontarabie. De même nous ne parlons pas de l’échec d’Antoine de Bourbon dans son entreprise contre Fontarabie, l’année suivante. Ce serait nous écarter de notre
sujet.. Cf. d’ailleurs DE RUBLE, Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albrei, Paris, 1 8 8 1 – 1 8 8 6 ,
4voI.in-8° t . 1 , cap. V , pp. 267 et suiv., et j . PANDIN DE LUSSAUDIÈRE, Charles de Concis,
seigneur de Burie… (1491-1565), dans Positions des Thèses de l’Ecole des Chartes, Mâcon,
1904, in-8°, page 1 1 4 . Notons enfin qu’en 1 5 6 5 , lors du voyage à la frontière du roi de France Charles IX, des délégués de Hendaye vinrent lui présenter une requête contre les
gens de Fontarabie. Cf. Mémoire de 1 5 8 1 , Bibl. NatColl. Dupuy, vol. 42, fol. 43 v°.
3. — Arch. de Fontarabie. — Relaciôn de los papeles que esta M. N. y L. villa
embia à S . M… 1 6 1 9 .
4. — Officier de la douane ou lonja de Fontarabie.
5. — Arch, de Fontarabie. — Lettre originale.

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-30 –
le petit bourg d’Hendaye qu’il lui fût devenu impossible de revendiquer ses droits.
En mai 1574, quelques troubles recommencèrent.
L’Université (1) d’Irûn, placée sous la juridiction de Fontarabie, tenta de posséder également une nasse saumonière, dans la Bidassoa, au pas de Santiago.
Le sire d’Urtubie et la commune d’Urrugne protestèrent (2 ) , ce à quoi les habitants d’Irun répondirent courtoisement qu’il leur était impossible de tenir aucun compte des observations des sujets du roi Très Chrétien, la Bidassoa appartenant tout entière au roi de Castille (3). Fontarabie, qui pensait que le fleuve lui appartenait bien plutôt qu’au roi Catholique, trancha le différend en obtenant du corregidor la démolition de la nasse d’Irûn (4).
On eût dit que Fontarabie se lassait de vivre en paix et qu’elle avait entrepris de ruiner complètement sa rivale française, Hendaye vivait en assez bonne intelligence avec elle depuis plus de dix ans, quand les attaques et les provocations des Espagnols lui firent reprendre les armes. En juin 1577, sans que rien eût pu faire prévoir cette traîtrise, une barque labourdine, chargée de blé, fut saisie sur la Bidassoa et conduite à Fontarabie.
Le sire d’Urtubie, comme à l’ordinaire, protesta , mais il ne lui fut rien répondu. L’année suivante, en janvier, les alcaldes ordinaires de Fontarabie s’approchèrent, la baguette haute, de la rive française ; c’était une provocation, ce fut aussi le signal de la vengeance. Avant que les magistrats et leur suite eussent pu s’enfuir, les Hendayais se mettaient à leur poursuite, les dépouillaient de leurs insignes, et renvoyaient les deux alcaldes en fort piteux état. Le scandale fut grand dans la ville espagnole. Le vice-roi de Navarre, capitaine général de Guipuzcoa, D. Sancho
1 . — Nous traduisons ainsi le mot universidad par lequel on désigne à cette époque la communauté de Irun-Uranzu.
2. — Arch. de Fontarabie. — Lettre originale, 30 mai 1 5 7 4 .
3 . — Ibid. Lettre originale, 5 juin 1 5 7 4 .
4. — Arch. d’Irûn, C, neg. serie ï3 iib. 28, exp. 4.
5 . — Arch.-de Fontarabie. Lettre originale, 5 juin 1 5 7 7 .
6. — Bibl. NatColl. Dupuy, vol. 42, fol. 44 r°, et Coll. Brienne, vol. 5 5 , fol. 154
r° et v°, et Arch. de Fontarabie. Mémorial de Fuenterravia con el motivo de hechar redes los Franceses en el rio de Vidasoa y haver quebrado las baras â îos alcaides en una gavarra en la orilla de Endaya, el ano de 1578.
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—31–
Martinez de Leiva, fut averti ; il dépêcha à Fontarabie deux envoyés spéciaux, D. Gonzalo de Torrijos et D. Martin de Hiribarren1, pour enquêter sur les faits, cependant qu’il écrivait au gouverneur de Bayonne pour protester contre de tels agissements. Le 26 mars, ce dernier répondit au vice-roi de Navarre que la sentence d’avril 1510 n’avait pas parlé de alcaldes avaient provoqué l’attaque des Hendayais
2. Forts de cet appui, les Labourdins redoublèrent d’audace ; ce fut une longue suite d’escarmouches et d’abordages
3, et cela, pendant plus de deux ans. La lutte s’étendit même au delà de la baie du Figuier, puisque, le 27 mai 1580, le baile de Ciboure, Johannis d’Oyarsabal, écrivait aux alcaldes de Fontarabie qu’il regrettait la saisie faite par ses concitoyens de plusieurs gabarres espagnoles
4. Les rois avaient été avertis de ces graves incidents. Dès mars 1578, sur l’ordre du vice-roi, Fontarabie avait expédié à Pampelune un volumineux dossier des documents établissant ses droits ; Philippe II en avait confié l’examen au Conseil Royal de Navarre
5. De son côté, Henri II avait, par lettres du 8 juillet 1579, envoyé à Bayonne deux commissaires, chargés également de définir les droits du royaume de France
6. Toutefois, rien ne fut changé à l’ancien état de choses ; aucune commission ne se réunit ; elle n’eût, d’ailleurs, guère produit d’effet ; Espa- gnols et Français, persuadés une fois de plus de la légitimité de leurs droits, continuèrent à se quereller. En 1593, le roi de Castille écrivit aux magistrats de Fontarabie pour leur témoigner la satisfaction qu’il éprouvait à les voir si opiniâtrement défendre les droits de la Couronne d’Espagne et leur recommander de juridiction
1 . — Arch. de Fontarabie. — Testimonio dado por Lazaro de O r o n o z . . . i66j$.
2. — Ibid.j id.
— Dès mars 1 5 7 8 , les Hendayais défendirent toute pêche aux Espagnols, en
établissant, en travers du fleuve, un immense filet qui, placé en aval de la nasse de Fontarabie, la rendait absolument inutile. — Cf. Arch. de Fontarabie. Lettre de Fonta- rabie au vice-roi de Navarre, non datée.
4. — Arch. de Fontarabie. — Lettre originale.
5. — Arch. de Fontarabie. — Compulsas que dimos los très escribanos… 1 6 8 3 .
6. — Bibl. Nat.j Coll. Dupuy, voL 42, fol. 41 et suiv., et Coll. Brienne, vol. 5 5 ,
fol. 150 et suiv.
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— 32 —
suivre à ce sujet les prescriptions du vice-roi Le 6 mars 1599, Philippe III renouvelait à D. Juan de Cardona, vice-roi de Navarre, l’ordre de ne rien tolérer de la part des Français qui pût nuire aux droits du royaume . Le 15 du même mois, à son tour, le gouverneur de Bayonne, Michel de Marillac, devant les plaintes journalières des Labourdins, écrivait au roi que la situation devenait intolérable et qu’il fallait absolument mettre fin, par quelque moyen, à ces interminables et dangereuses querelles
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CHAPITRE TROISIÈME
XVII me Siècle.

Rien ne fut décidé par Henri IV pour protéger ses sujets contre les attaques de plus en plus hardies des Espagnols.
Encouragés par leur souverain, les gens de Fontarabie ne se contentèrent point de maltraiter dans la baie les habitants de Hendaye et d’Urrugne ; ils allèrent, au large de la côte basque, piller et capturer les gabarres des pauvres pêcheurs de Socoa, de Bidart, de Guetary et de Biarritz, malheureuses gens sans défense qui, loin de tenter une résistance inutile, implorèrent maintes fois la clémence de leurs intraitables voisin
4 En 1609, une enquête fut faite, cependant, par les soins du premier président du Parlement de Bordeaux, Jean Despagnet
5 ; mais il semble bien qu’elle n’aboutit à rien ; la même année d’ailleurs, les Hendayais, eux- mêmes, désireux de ne point exciter davantage la colère de la ville rivale retirèrent de la tour de Munjunito l’artillerie qu’ils y entretenaient à leurs frais

1. — Arch. de Fontarabie. — Compulsas que dimos los très escribanos…. 1 6 8 3 .
2. — Arch. de Fontarabie. — Relacion de los papeles que esta M. N. y L. V i l l a . . .
embia à S. le lieutenant . . . 1 6 1 9 .
3. — Bibl. Nat.j Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 3 r° et v°.
4. — Cf. Lettre originale adressée aux alcaldes ordinaires par la commune de
Biarritz, le 4 février 1603. Arch. de Fontarabie.
5. — Cf. interrogatoire des témoins et procès-verbal de l’enquête. Bibl. nat. Coll.
Dupuy, vol. 42, fol. 53 et suiv. et Affaires Étrangères, Correspondance politique, Espagne, tome 12, fol. 2 1 4 et suiv.
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— 33 —
1. Les Espagnols n’en continuèrent pas moins leurs vexations à l’égard des riverains français de la Bidassoa
2. Le 17 janvier 1617, D. Juan Sanz de Aldumbe, prévôt exécuteur de Fontarabie, poursuivait sur la Bidassoa un meurtrier espagnol qui cherchait à gagner Hendaye ; arrivé à cinq ou six mètres de la rive française, il allait atteindre le fugitif, quand il fut attaqué par des gens de Hendaye et fait prisonnier avec son escorte ; sa barque fut brûlée sur la place publique.
1. — Arch. de Fontarabie. Compulsas que dimos los très escribanos. 1683.
2. — En mars 1612 , les alcaldes de Fontarabie défendent à Harostegui, prieur de Santiago, de mettre à l’eau une barque à quille dont il voulait se servir pour la pêche. Arch. de Fontarabie, lettres originales des alcaldes et du prieur. Au mois d’août de la même année, un habitant de Saint-Jean-de-Luz, Michel de Amezaga, obtient de Fontarabie la permission de remorquer sur la Bidassoa du bois qu’il allait chercher en Navarre, à condition de le décharger à la douane de Fontarabie et de payer, en outre, pour six années un droit fixe de six ducats d’argent. Ibid.
3. — Cf. Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 25 janvier 1617. Cf. également la
lettre écrite au comte de Gramont, gouverneur de Bayonne, par son secrétaire.
« Le jour de dimanche dernier passé, ung homme espagnol natif d’une paroisse proche de Thoulousette en Espagne et quy estoit alcalde de sa mesme parroisse ayant eu quelque dissension avec un sien voisin, il seroit arrivé que par malheur il l’aurait tué et pour esviter la rigueur de la justice auroit pris la routte vers le royaume de France et passé a Fontarrabie ledict jour de dimanche avec un sien cousin ; et estant proche de ladicte ville et craignant que, s’il s’enfermoit dans la ville, d’estre apprehendé par la justice, il auroict prié son cousin de passer dans la ville et de faire arrester un batteau pour passer à Hendaye ; son cousin estant à la porte de Fontarrabie du costé de France auroit esté saisy par la justice croyant que ce fut le meurtrier, mais se voyant deceus, ils l’auroient lâché et se venant joindre avec son cousin luy auroit dict : l’on vous guette, sy vous ne vous sauvez, vous estes pendu ; ce qu’ayant entendu, il seroict sauté dans un batteau ou chalupe dans lequel il y avoict deux garçons, ausquels il auroict promis une bonne recompense s’ils le vouloient passer promptement ; ce qu’ils se mirent en devoir de faire, a son cousin et a luy, et comme ils prenoient leur routte vers Hendaye, les officiers de la justice les apperceurent et commandèrent aux batteliers espagnols d’aborder, ce qu’ils firent de crainte de la justice, ce que voyant le meurtrier et se voyant en un sy éminent danger, il seroit sauté dans l’eaùe et se seroict jetté avec sondict cousin dans un autre batteau de Hendaye quy avoict deschargé du fer et, estant dedans, il avoict prié le battelier qui est de Hendaye de le passer promptement, le menaçant l’espée nue a la main, s’il ne le faisoict, de Le tuer ; le battelier ayant pris son chemin vers Hendaye, l’alcade de Fontarrabie avec deux officiers et soldatz, en nombre de sept, l’alcalde ayant tousjours la barre a la main, quy est la marque de la justice d’Espagne, se seroict mis dans une chalupe et poursuivy l’autre batteau, arresté, et comme la chalupe l’eut quasi attrapé comme allant plus viste que ceulx du costé de France a cause de la quille qu’ils portoient a leur batteau — ce que les Espagnols ne veulent souffrir par tyrannie aux Françoys et sur cette riviere — le meurtrier se jetta dans l’eaùe et se mist a courir sur une arenne quy est au milieu de la riviere gaignant tousjours vers Hendaye, la riviere allant en serpentant. Les Espagnols a coups de rames gaignant tousjours le devant se seroient engagés sy avant dans cette poursuitte qu’ils ne consideroient que de prendre

— 34 —

Une seconde troupe armée, aussitôt envoyée de Fontarabie, dut s’enfuir devant l’attitude menaçante des Hendayais.
Le lendemain, 18 janvier, au matin, le Conseil Communal de Fontarabie se réunit en assemblée extraordinaire et décida que toute embarcation française rencontrée dans la baie serait immédiatement saisie et brûlée. Le roi et le duc de Ciudad Real
1 furent, en outre, avertis
2. Le soir même, trois navires de Hendaye qui se trouvaient dans la baie, prêts à partir pour Terre-Neuve et la Norvège, furent capturés par les Espagnols
3. Le 22 janvier, le gouverneur de Bayonne, comte de Gramont, envoya l’ordre à Pierre de Chibau, lieutenant général par autorité royale du pays et baillage de Labourd, de se rendre à Hendaye pour y enquêter sur ces graves événement
4.
Le 25, dans la matinée, le lieutenant arrivait à Hendaye et descendait à l’hôtellerie dite de Lecumburu
5. Le procureur de Hendaye avait déjà procédé à une enquête sommaire ; le lieutetenant se contenta, dans la journée, d’interroger quelques témoins
leu prisonnie et neanmoings, ilz n le peuren jamais apprehender qu’a quatre
1. Don

Alonso Idiaquez,e duc detCiudad Real, vice-roi deo Navarre et capitaine
cinq pas d terre du costé de France, comme il passoit l’eaue ou il y en avoict jusques généralede Guipûzcoa.
au genouil ou un peu plus haut. Ceux d’Espaigne tenant tousjours la barre en main prirent le meurtrier par les jambes et sy tenant la teste dans l’eaue le faisoient noyer. Aucuns habitans de Hendaye entendant ceste rumeur et voyant l’entreprise temeraire des Espaignolz d’outrepasser les limittes, jaloux de la liberté des François et de la con- servation de la marque de souveraineté de leur Roy, se seroient mis en devoir de chasser les Espagnols et retirer le pauvre homme d’entre leurs mains, ce qu’ils firent non sans contestation et coups. Les Espaignols tenant la barre a la main, elle fut prise par un François après avoir, mis en liberté l’homme quy se noyoict et prirent prisonniers tant l’alcalde que les autres quy estoient dans le batteau, qu’ils retiennent encores, attendant ce qu’il vous plaira, Monseigneur, d’en ordonner ; et le batteau, ils le firent porter en toute diligence sur la place de Hendaye et le firent brusler a la veue de ceux de Fontarrabie qui envoyerent incontinent une autre chaluppe équipée en guerre avec un autre alcalde dedans portant la mesme marque en la main et vindrent aborder la terre de Hendaye, ce que voyant les habitans se mirent a les poursuivre et les autres a prendre leur fuitte vers Fontarrabie…

» Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne. Tome 42, fol. 347 et suiv.
Coll. Dupuy vol. 42 habitanr°.
2.—Arch.deFontarabie.—Librodeactas,25janvier1617.3.— Lettre
originale de deux armateurs, Johannis de Harism d’Aragorry «, marinier,s fol. 47 s de la paroisse de Handaye » au roi de France. Bibl. Nat.

4. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, t. 42, fol. 347 et suiv.
5. — Ibid., Id., fol. 356 et suiv.
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35-
nant se contenta, dans la journée, d’interroger quelques témoins
1 ;
le soir même, il retourna à Ustaritz, lieu de sa résidence, où le 30 suivant, le procureur vint le trouver, accompagné de deux marchands de Bayonne, Pierre de Saint-Jean et Michau Corrigoyen, qui tenaient à déposer sur l’attentat du 17 dont ils avaient été témoins . 2
Cependant, le duc de Ciudad Real félicitait officiellement Fontarabie de sa conduite, tout en lui conseillant de ne pas aller plus loin dans une entreprise qui, selon lui, pouvait devenir dangereuse 3.
L’enquête, en effet, continuait en France ; le 4 février, le
lieutenant revint à Hendaye ; le lendemain, il y interrogea les habitants de Fontarabie faits prisonniers le 17 janvier4 et les fit incarcérer à Bayonne5.
Les Hendayais, forts de l’appui qu’ils trouvaient enfin dans
l’autorité royale, ne se firent pas faute de faire valoir leur triomphe sur les Espagnols et, comme souvenir de leur victoire, ils placèrent un mât à l’endroit même où s’étaient passés les événements du 17 janvier. C’était une provocation — en vérité peu méchante. Les habitants de Fontarabie ne surent pas néanmoins la supporter et, désireux d’amener le capitaine général à lever la défense qu’il leur avait précédemment faite de ne point répondre aux attaques des Français, ils lui écrivirent.
Le duc de Ciudad Real leur donna l’ordre d’aller enlever le mât ; en même temps, il recommandait à l’alcalde D. Antonio de Casadevante de se rendre à Pasajes pour y saisir toutes les barques françaises qu’il y rencontrerait, y compris les trois vaisseaux
1. — Les noms de quelques-uns de ces témoins nous ont été conservés ; c’étaient
Joannes Duritzague, alcalde de Vidania, dont l’arrestation avait motivé l’attentat du
17 janvier, Petry de Gaztambide, batelier de Hendaye, qui l’avait transporté sur la rive française, Michel et Pierre de Harismendy, Estibery de Haranchipi, Bertrand Daguerre, Joannis de Lagarralde, Petry de Bassussary, tous bateliers à Hendaye. Cf. interrogatoires. Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, t. 42, f. 359 v°, f. 360 et suiv.
2. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 42, fol. 358 r°,
folio 369 v°, fol. 370 et suivants.
3 . — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, Ier février 1 6 1 7 .
4. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 42, fol. 358 v° et
fol. 359
5. — Arch. àe Fontarabie. — Libro de actas. 15 février 1 6 1 7 .

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capturés dès le 18 janvier et qu’on avait, depuis, remisés dans ce port1.
Dans la nuit du 18 au 19 février, après une assez longue délibération-du Conseil, l’alcalde D. Miguel Perez de Ambulodi réunit tous les habitants de la ville possédant une arme à feu. Le majordome de l’artillerie fournit une barrique de poudre, des balles et trente mousquets. Dix chaloupes et une vieille pinasse furent mises à l’eau. Cent cinquante hommes armés y prirent place et se dirigèrent sur Hendaye. A l’aube, ils enlevèrent le mât. Puis, pendant près d’une heure, ils provoquèrent les Hendayais qui, cette fois, restèrent impassibles. A la fin, irrités, les Espagnols brûlèrent le mât et regagnèrent Fontarabie, en injuriant les Français 2.
Le surlendemain, 21 février, D. Antonio de Casadevante se rendit à Pasajes pour y exécuter les ordres du capitaine général 3.
Le 11 mars, arriva à Fontarabie un délégué de la Députation Provinciale de Guipuzcoa, D. Antonio de Olardial, porteur de tout un dossier de lettres échangées entre la province et le vice- roi.
Le vice-roi avait indirectement appris l’intention qu’avait le gouverneur de Bayonne de placer à l’entrée du port de Pasajes un navire de guerre et d’envoyer de St-Jean-de-Luz trois cents hommes armés pour s’emparer des vaisseaux français saisis par les Espagnols. Dans ses lettres, le vice-roi exprimait le vœu que Fontarabie n’hésitât point à résister à ces entreprises, d’autant moins que le roi, averti de ces divers événements, prendrait lui aussi l’offensive, s’il le fallait 4.
Ce n’était là, en vérité, que de faux bruits, destinés à exciter les esprits. Jamais, semble-t-il, il n’était venu à l’idée du comte de Gramont d’engager ainsi une véritable guerre avec les Guipuzcoans
1. — « . . . embargue todas las vêlas y aparejos que hubiere de los très navios Joannis de Oiragorri y Joannes de Olaso, como vecinos y cargohabientes que eran lugar de Endaya y que asi mismo se prendan a todos los vecinos de Endaya que encuentran en esta jurisdiccion. . . » — Arcb. de Fontarabie. Libro de actas, 22 vrier 1 6 1 7 .
2. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 22 février 1 6 1 7 ,
3 . — Ibid., id.
4. — ‘ I b i d . , id.; 12 mars 1 6 1 7 .
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sans l’ordre de son souverain. Au contraire, un mois plus tard, le gouverneur de Bayonne offrit lui-même au vice-roi d’échanger les prisonniers faits à Hendaye et à Pasajes. Cette idée fut, d’ailleurs, agréée par les Espagnols, mais les conditions dans lesquelles se ferait l’échange furent l’objet de longues dis- cussions.
Enfin, deux délégués furent nommés, pour Fontarabie, Gabriel Abadia, pour Hendaye, le capitaine Haramboure, qui devaient régler ce nouveau différend 1.
Il fut décidé que les Espagnols iraient chercher leurs prisonniers à Hendaye, pendant que les Français se rendraient à Fontarabie pour chercher les leurs.
Le 2 mai, l’échange devait avoir lieu; mais, tandis que, confiants dans la bonne foi de leurs voisins, les Hendayais partaient sur une petite barque et sans armes, comme cela avait été convenu, les Ondarabiarres envoyèrent à Hendaye une chaloupe montée par quatorze matelots armés. Le capitaine Haramboure, néanmoins, remit les prisonniers et les Espagnols s’éloignaient déjà, quand les Hendayais n’apercevant point les leurs et se voyant une fois de plus dupés, se précipitèrent sur eux et les ramenèrent au port. Aussitôt, de Fontarabie, le canon fut tiré sur Hendaye. La lutte recommençait 2.
Le lendemain, le comte de Gramont fut averti. Le 5, sur son ordre, le lieutenant Pierre de Chibau et M. de Sansac, lieutenant
1. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 2 mai 1 6 1 7 .
2. — Cf. interrogatoire d’un habitant de Subernoa, Marticot d’Ascona, par le lieute-
nant Pierre de Chibau : « . . .que ledict depposant se trouva audict lieu de Hendaye le second jour du présent mois de may et qu’il avoict veu comme lesdictz habitans de Hendaye envoyerent une tillolle du costé de Fontarrabie avec un tillolier et un prestre nommé Arragorry pour recevoir et amener leurs prisonniers, mais que les Espaignols envoyerent à la pleyne marée audict lieu de Hendaye une chaluppe équipée de quatorze hommes contrevenant à leur accord et que ledict depposant avoit veu comme le cappi- taine Haramboure congédia les prisonniers espaignolz, leur promettant de passer vers Fontarrabie, quand ils voudroient, et incontinant après reçeu le congé dudict capitaine de Haramboure que lesdicts prisonniers espagnols entrerent dans ladicte chaluppe et de haste que ladicte chaluppe espagnole partoit du rivage de la riviere tellement qu’aucuns habitants dudict Hendaye ayant remontré ausdicts Espagnols que les prisonniers dudict Hendaye ne paroissoient pas du costé de Fontarrabie et qu’ils eussent patience jusques a ce que les prisonniers paroissent, alors que lesdicts Espaignolz respondirent : « Messieurs, vos prisonniers vienderont demain ». Et cependant que ladicte chaluppe espagnolle com-
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du gouverneur de Bayonne, arrivèrent à St-Jean-de-Luz 1. Le 6, ils se rendirent à Hendaye ; ils y constatèrent, de visu, les dégâts commis par les Espagnols ; ils virent notamment que l’église avait été fort endommagée ; puis ils procédèrent à l’interrogatoire de quelques habitants 2.
De son côté, le vice-roi de Navarre écrivit à l’alcalde de fournir aux habitants de Fontarabie toutes les troupes nécessaires à la défense de leurs droits 3. Toutefois, il ajoutait qu’il était préférable d’attendre que les Français vinssent les premiers en Espagne pour entamer la lutte 4 et craignant peut-être que les souverains ne vinssent a se préoccuper de l’agitation qui, perpétuellement, régnait sur la frontière de leurs royaumes, il conseillait de faire en sorte que ces différends n’apparussent point « como diferencias entre los reyes, sino como diferencias entre los de Fuenterrabia y Endaya ».
Entre temps, la Province avait également député deux envoyés spéciaux, Juan Martinez de Burguia et Cristôbal de Eguzquiza, pour s’informer des événements 5.

1. — dAffaires étrangères.s Correspondancee politique.dans l’eau et } t. 42, fol. 372 et suiv. Espagne
mença e partir, mais que quelque hommes dudict Henday se jetterent
entrerent dans ladicte chaluppe espagnolle et dans icelle qu’ils trouvarent trois barres qu’ilz mirent en pieces a cause de leur contrevention et s’estant saisis de ladicte cha- luppe et de unze Espagnols qu’ils les amenerent a terre avec leur chaluppe, et en mesme temps que le canon de Fontarrabie commença de jouer contre lesdictz habitans de Hendaye et contre leur esglize et maisons et qu’il y eust dix coups de canon tirez dudict Fontarrabie, l’un desquels ayant frappé bien près du clocher quy est, un peu de mu- raille fut brisée et emportée de ladicte esglize et que ledict déposant a veu entre les mains des juratz de Hendaye sept grandes balles de canon qu’ils avoient trouvé de ceux quy leur furent tirez le second jour du mois de may ; en outre, le depposant dict que sept prisonniers Espaignolz que ledict capitaine Haramboure avoict congédiés les six sont aujourd’huy à Fontarrabie s’estans eschappez lors desdictz coups de canon, mais que lesdictz Espaignolz n’ont pas congédié ny délivré aulcun prisonnier dudict lieu de Hendaye, au contraire de leur costé qu’ils retiennent outre les premiers audict prestre Arragorry et au tillollier qui estoient allez à Fontarrabie pour recevoir et ramener lesdictz prisonniers… » — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, t. 42, fol. 374 v° à fol. 376 r°.

2. — Ib’td., id., fol. 374 et suivants. Voici les noms des témoins entendus : Marticot d’Ascona, Adam de Goyague et Martin Dibildots, tous trois habitants du hameau de Subernoa.
3 . — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 11 mai 1 6 1 7 .
4. — « . . . Advierta V. Md. sobre todo en no pisar tierra de Francia, mientras los
Franceses no tocaren en la nuestra, pero vuelvo à decir que en quanto inunda el Rio Vidasoa no se les sufra nada. . . » — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas; 16 mai 1 6 1 7 .
5. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 11 mai 1 6 1 7 .
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Le 13 mai, le vice-roi envoyait de nouveau au Conseil communal
de Fontarabie l’ordre de se tenir prêt à toute éventualité, les habitants de Hendaye et de St-Jean-de-Luz ayant décidé, disait-il, de s’emparer à l’improviste du port de Pasajes, où se trouvaient encore les vaisseaux français récemment capturés
1. Toujours est-il que l’enquête se poursuivait assez activement de ce côté-ci du fleuve et qu’au moins en apparence le gouvernement français semblait cette fois peu disposé a supporter plus longtemps l’attitude provoquante, des Espagnols. Le 17 mai, Pierre de Chibau revint à Hendaye pour y interroger à nouveau quelques habitants 2.
Puis, le silence se fit durant quelques jours tant dans le monde des enquêteurs que dans celui des bateliers.
Cependant, le 2 juin, le vice-roi qui, décidément, ne semblait
pas vouloir laisser perdre cette occasion de témoigner de son zèle à défendre les droits de son souverain, renouvela à Fontarabie l’ordre de ne rien tolérer de la part des Labourdins qui portât atteinte aux intérêts de la couronne d’Espagne. Le même jour 3, il est vrai, les Hendayais reprenaient l’offensive ; deux prêtres de Fontarabie, dont l’un, D. Martin de Laborda, de l’illustre famille guipuzcoane de même nom, étaient à pêcher paisiblement au pas de Béhobie, quand ils furent soudainement attaqués à coups d’arquebuse et n’eurent que le temps de s’enfuir à Irûn en toute hâte 4.
Les prisonniers espagnols ramenés le 2 mai au port de Hendaye, alors qu’ils naviguaient déjà triomphants vers Fontarabie, avaient été de nouveau conduits à Bayonne et jetés au cachot, comme otages.
Cette mesure, en vérité, empêchait les Guipuzcoans de se
1. — Arch. de Fontarabie, id., 15 mai 1 6 1 7 .
2. — C’étaient Martin d’Aquereste, Pellen du Rosty, mariniers à Hendaye, Jean de Harostegui, prêtre de la paroisse, Joannes de Picassary, cordonnier, et sa femme Jeanne Desaris, Johannes d’Aragorri et Johannes de Harismendy, dit Olhasso, marchands à Hendaye, armateurs des navires saisis par les Espagnols le 18 janvier 1 6 1 7 . Cf. leur i n t e r r o g a t o i r e . — A f f a i r e s étrangères. Correspondance politique. Espagne, t. 42, fol. 578 et suiv.
3 . — Arch. «de Fontarabie, même date. — Libro de actas, 2 juin 1 6 1 7 .
4. — Ibid.} id.

— 40 —
livrer à de trop grandes violences contre les Labourdins ; aussi
leur désir était-il grand de voir d’une manière ou d’une autre leurs malheureux compatriotes rentrer à Fontarabie. Ils dépêchèrent auprès du vice-roi deux notables conseillers de la ville, D. Miguel de Casadevante et le capitaine D. Miguel Sanz de Venesa, pour le prier d’intercéder à ce sujet auprès du comte de Gramont
1. Le vice-roi écrivit maintes fois à l’ambassadeur d’Espagne à Paris, mais sans qu’aucune amélioration fût apportée au sort des prisonniers et qu’il fût jamais question de les délivrer.
Cependant, les Hendayais avaient replacé le mât que quelques mois auparavant les Espagnols avaient mis à bas. Le 14 novembre, les habitants de Fontarabie se rendirent armés sur la rive française ; les Hendayais, cette fois, résistèrent avec violence ; néanmoins, après un combat assez acharné, le mât fut arraché et emporté à Fontarabie
2 A ce moment, la Junte de Guipuzcoa siégeait à Segura ; deux
députés y furent spécialement envoyés, le capitaine D. Miguel Sanz de Venesa et D. Juan de Casadevante, qui firent valoir le zèle de Fontarabie à défendre les droits de la Province
3. La Junte, enthousiasmée, vota 300 ducats de récompense. Le vice-roi, moins généreux, se contenta d’envoyer son entière approbation
4 Quelques jours plus tard, pour la troisième fois, les Hendayais
placèrent un autre mât
5. Entre temps, les pourparlers s’étaient engagés entre Madrid
et Paris pour mettre fin à l’agitation perpétuelle qui régnait sur la frontière basque, y rendant tout commerce impossible et plon- geant dans la misère la population des petits villages de la côte cantabrique, tant labourdins que guipuzcoans. Le marquis de Senecey, ambassadeur de France à Madrid, s’efforçait tout parti- culièrement de faire agréer par le roi d’Espagne le projet d’une commission internationale.
1. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 13 septembre 1 6 1 7 . 2. — Ibid. Compulsas que dimos los très escribanos. . . 1683.
3. — îhid.j id.
4. — A r c h . de Fontarabie. — Libro de actas, 21 novembre 1 6 1 7 .
5. — Ibid.j id.} 29 novembre 1 6 1 7
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—Les plaintes arrivaient plus nombreuses à la Cour de France et les habitants de Hendaye ne craignaient pas, dans leur désespoir, de s’adresser directement au roi dont les subsides ne pouvaient malheuresement point remplacer entièrement les biens que les pauvres gens perdaient dans leurs journalières avec les Epagnols.
Le 26 janvier 1618
le bruit courut à Fontarrabie que les commissaires étaient, de part et d’autre, déjà nommés et que des ordres avaient donnés au comte de Gramont pour qu’il délivtât immédiatement les prisonniers de Bayonne. Trois jours plus tard le Vice roi de Navarre, comte d’Aguilar- le comte d’Aguilar était de puis peu parti en Lombardie- écrivait à Fontarabie; on lui avait dit qu’il allait être nommé commissaire conjointement avec le Gouverneur de Bayonne; il souhaitait ardemment que celà fût vrai , mais il était alors à Pampelune ; le comte de Gramont, à la même heure, se trouvait à Paris; dans ces conditions, il lui semblait peu probable que la Commission se réunit bientôt. Toutrfois, le 31 janvier, deux prisonniers de Bayonne confirmaient par lettre à leurs concitoyens que les commissaires français étaient arrivés à Bayonne et que, sous peu, ils se rendraient à Hendaye.
Sans s’occuper des pourparlers diplomatiques déjà engagés dans lesquels ils avaient qu’une confiance relative ou que peut-être même ils ignoraient totalement , six habitants de Hendaye que, depuis près d’un an, les Espagnols retenaient dans les prisons de Fontarrabie, s’en échapèrent dans la nuit dans la soirée du 24 février.
Les alcades aussitôt avertis firent sonner le tocsin; déjà les figitifs avaient disparu sur le fleuve et gagné la rive française. A une heure, le Conseil Général fut assemblé. Sur le seuil de l’église de Santa Maria, l’alcade D.Miguel Suarez de Rivera prononca

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une violente harangue, ordonnant à ses concitoyens de s’équiper sans retard et d’aller cette nuit-là même incendier une ville rivale qui, depuis tant d’années, nuisait à leur prospérité. Le second alcalde, Ortiz de Zarate, à son tour, appuya fortement le projet de son collègue. Quelques conseillers plus sages prêchè- rent cependant la modération ; la fureur de la foule en délire se tourna contre eux… Déjà, les combattants armés s’éloignaient vers le port, à la lueur des torches, quand l’idée leur vint de demander des soldats et des armes au gouverneur militaire du château. D. Bernadino de Meneses, ne voulant point s’engager dans une si périlleuse entreprise, refusa net ; ce fut une nouvelle grande colère que, bientôt, de violentes rafales, mêlées de pluie, vinrent calmer fort à propos. La tempête s’éleva terrible, rendant la mer impraticable. Quand, derrière la Rhune, encore effacée dans la brume, apparurent les premières lueurs du jour, les révoltés défaits, couverts de boue et mouillés, regagnèrent piteu- sement leurs demeures
1. Le vice-roi, informé de l’évasion des prisonniers français, déclara
d’ailleurs qu’il n’y avait pas là, selon lui, matière à représailles
2. En vérité, les Espagnols avaient seuls désormais des otages et, de ce fait, leur situation se trouvait singulièrement changée. Aussi, sans plus songer, pour le moment, à brûler le bourg de Hendaye, cherchaient-ils à s’emparer par surprise de quelques Labourdins attardés.
Les commissaires n’arrivaient toujours point et bien qu’on s’occupât, paraît-il, activement de la question à la cour de
Madrid
3, il ne semblait pas qu’elle dût être de si tôt résolue.
Les querelles recommencèrent, toutefois moins violentes. Le gouverneur de Bayonne menaçait sans cesse de maltraiter les malheureux Espagnols détenus au fort de Floripes4, si leurs compatriotes attaquaient injustement les Labourdins.
Le 4 juillet, cependant, le vice-roi de Navarre écrivit aux habi-
1. — Arcb. de Fontarabie, — Libro de actas, 25 février 1 6 1 8 .
2. — Ibid. — Lettre originale du 3 mars 1 6 1 8 .
3. — Ibid. Lettre de D. Antonio de Ubilla à Fontarabie. Madrid, 3 mars 1 6 1 8 .
4, — Prison de Bayonne, placée au centre du Château-Vieux.
— 43 —
tants de Fontarabie qu’il venait de recevoir l’ordre du roi de
conférer avec le gouverneur de Bayonne
1. Conféra-t-il, l’armateur de Bayonne était arrêté sans aucun motif à Irun et conduit à la prison de Fontarabie
2. Le 3 1 , il est vrai, sur la protestation énergique des magistrats bayonnais, il était remis en liberté
3. Le 15 juillet, un ingénieur royal, Jacques Aleaume, partit de Paris pour Hendaye dans le but de choisir l’emplacement d’un nouveau fort où, désormais, pour mettre les Labourdins à l’abri de toute attaque, le roi de France entretiendrait une petite garnison
4. Le comte de Gramont et le vicomte d’Urtubie se rendirent à Bordeaux pour y conférer à ce sujet avec lé nouveau gouverneur de Guyenne, Henri de Lorraine, duc de Mayenne
5. Tout naturellement, ces nouvelles firent sensation sur la rive espagnole. Les bruits les plus étranges et les plus invraisemblables se répandirent à ce propos ; on parla d’une invasion prochaine des troupes françaises, de la capture en masse de tous les Espagnols rencontrés sur territoire français entre Bayonne et la frontière
6. Entre temps, le comte d’Aguilar recevait de Philippe III l’ordre de nommer un commissaire qui se rendrait à Bayonne pour demander au gouverneur la mise en liberté des Ondarabiarres détenus au château de Floripe
7.
Ce commissaire, accompagné de délégués de Fontarabie, se
rendit effectivement à Bayonne et put y constater que jamais aucun mauvais traitement n’avait été infligé à ses compatriotes. Toutefois, le gouverneur se refusa nettement à mettre les prison- niers en liberté, alléguant qu’il ne pouvait le faire sans que le roi de France y consentît et sans que la ville de Fontarabie fît
1. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 4 juillet 1 6 1 8 .
2. — A r c h . de Fontarabie. — Libro de actas, 28 juillet 1 6 1 8 .
3 . — Ibid. Lettre originale, 3 1 juillet 1 6 1 8 .

conféra-t-il
4. — Bibl. Nat. Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 81 et suivants, et Affaires
correspondance politique. Espagne, t. 12, fol. 238 v° et suiv.
5. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 6 août 1 6 1 8 .
6. — Ibid., id., 12 août 1 6 1 8 .
7. — Ibid., id.; même date.
— 44
une déclaration écrite où elle reconnaîtrait officiellement avoir outrepassé ses droits et provoqué les Français, lors de l’attentat du 17 janvier 16171.
Depuis l’évasion du 26 février 1618, les habitants de Fontara- bie étaient parvenus à s’emparer de quelques malheureux Labourdins qu’ils détenaient dans les cachots de Santa Maria. A leur tour, les Français vinrent visiter leurs compatriotes. Deux gentilhommes, MM. de Rovillart et Garro, furent chargés de ce soin par le comte de Gramont. Ils furent courtoisement reçus par les membres de l’Ayuntamiento et purent s’entretenir avec les prisonniers. Ils se hasardèrent à demander leur mise en liberté. Les conseillers déclarèrent devoir en délibérer et, quelques jours après, le 25 août, les Labourdins prisonniers purent librement gagner la rive française
2. Le Gouverneur de Bayonne ne montrait cependant pas autant de bienveillance. Nous passerons sous silence toutes les démarches que firent les prisonniers de Bayonne pour obtenir leur liberté ; ce fut un échange interminable de lettres entre Fontarabie, Madrid, Paris et Bayonne, des suppliques sans nombre adressées à tous les grands personnages des deux Cours qui passaient la frontière, et cela pendant plus d’un an
1. — Arch. de Fontarabie. — Id., 21 août 1 6 1 8 .
2. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 25 août 1 6 1 8 .
3 . — Le 18 septembre 161 S, l’un des prisonniers détenus à Floripes, Domingo de Aram buru, prévient ses concitoyens qu’on attend à Bayonne, venant d’Espagne, une dame d’honneur de la reine d’Espagne, Dofia Juana de Mendoja ; il les prie de l’envoyer saluer à Irun et de lui demander d’intercéder auprès du Comte de Gramont.
Arch. de Fontarabief lettre orig.
— Le 28 septembre, un autre prisonnier, Miguel de Gaynza, annonce le prochain passage à Irun d’un personnage allié à la puissante famille des Acuna, D. Antonio Sarmiento, ambassadeur d’Espagne à la Cour d’Angleterre, qui pourra utilement insister auprès du gouverneur de Bayonne.
Arch. de Fontarabie, lettre o r i g .
— Le 4 novembre 1618 , le Conseil Communal de Fontarabie décide les pères gardiens des couvents franciscains de Saint-Sébastien et de Renteria à se rendre à Saint-jean-de-Luz, auprès du gardien du couvent, Frère Martin de Abas, et à Bayonne, auprès du gardien du couvent de Capucins, pour les prier de demander au Comte de Gramont la liberté de leurs compatriotes. Arch. de Fontarabie. Libro de actas, 4 novembre 1 6 1 8 . —
Le 24 décembre 1618 , nouvelle lettre de Domingo de Aramburu annonçant l’arrivée à Bayonne du Duc de Mayenne ; il prie ses concitoyens de lui envoyer quelques délégués quand il viendra à Hendaye. Arch. de Fontarabie.
Le 9 janvier 1 6 1 9 , une délégation d’Ondarabiarres va saluer à Irun D. Luis de Velasco, Marquis de Belbecler, capitaine général de la cavalerie légère des Etats et armée de Flandre, ami personnel du Duc de Mayenne et du Comte de Gramont. Ibid., Libro de actas, séance du même jour. — Le

— 45 —
Enfin, le 27 septembre 16.19,.la question fut heureusement
réglée, les prisonniers espagnols, sauf un, s’échappèrent de la prison de Floripes
1. Un prisonnier restait encore entre les mains des Français ; d’autre part, les Guipuzcoans continuaient de poursuivre les pêcheurs et les marchands labourdins 3 et trois navires de Hendaye saisis le 18 janvier 1617 se trouvaient toujours ancrés dans le port de Pasajes.
Des délégués que, lors de leurs instances à la Cour d’Espagne
pour obtenir la liberté des prisonniers de Bayonne, les magis- trats de Fontarabie avaient envoyés à Madrid, revinrent déclarant que le roi désirait ne pas voir ses sujets céder aux menaces des Français et que, si besoin était, il leur prêterait des munitions et des troupes
3. Le Conseil Communal décida, en outre, qu’aux dix-neuf chaloupes qui composaient alors la flottille de haute mer, on en adjoindrait deux autres, plus grandes, mieux armées, qui accompagneraient les pêcheurs, quand ils sortiraient à la mer
4.
Toutefois, malgré ces préparatifs faits surtout dans la crainte
que le comte de Gramont cherchât à venger l’évasion des prison- niers de Bayonne par quelque coup de main inattendu 5 de part et d’autre, les belligérants traitèrent assez facilement.
D’ailleurs, le roi d’Espagne, malgré les intentions belliqueuses
que lui prêtaient les envoyés de Fontarabie, avait donné ordre de remettre aux Hendayais les trois navires de Pasajes
6 et, le 10 janvier 1619 , le Conseil Communal décide d’aller porter à la Comtesse de la Torre, dame d’honneur de la reine de France, de passage à Irun, une lettre pour la Reine et pour D. Fernando Giron, ambassadeur d’Espagne à la Cour de France. Ibid., Libro de actas, 10 janvier 1 6 1 9 . —
Au début de mars 1619 , M. d’Urtubie promet aux alcaldes de Fontarabie d’empêcher la construction du fort de Hendaye et d’obtenir la liberté des prisonniers de Floripes, si la ville consent à l’indemniser convenablement des démarches qu’il fera à la Cour de France où il se rendra bientôt. Arch. de Fontarabie. Libro de actas, 10 mars 1619.
1. — Àrch. de Fontarabie. — Libro de actas, 27 septembre 1619.
2. — Le 8 février 1 6 1 9 , à la suite d’une querelle survenue pendant la pêche entre des habitants de Bidart, de Hendaye et de Fontarabie, l’alcalde D. Juan de Casadevante, accompagné d’une troupe armée, ramena à Fontarabie trente-deux Labourdins qui furent mis en prison. Arch. de Fontarabie, libro de actas, 9 février 1619.
3 . — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 27 novembre 1 6 1 9 .
4. — « Con versos y pedreros y mosquetes y pîcas y chuzos de escolta. ». Ibid., id.
5. — Arch. de Fontarabie. Lettre originale du vice-roi aux alcaldes, 7 février 1620.
6. — Arch. de Fontarabie. Lettre de la Junte aux mêmes, Ier mai 1620.
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son côté, le roi de France avait conseille de mettre en liberté le prisonnier resté seul à Bayonne, si toutefois ceux d’Espagne consentaient à délivrer les Labourdins qu’ils détenaient dans leurs prisons
1. En novembre 1620, Philippe III ordonna à Fontarabie de décider leur mise en liberté et, quelques jours plus tard, l’échange des prisonniers eut lieu
2. Pendant plus de vingt ans, les conflits, sans cesser d’être fréquents, devinrent moins violents ; trop souvent encore les corsaires de Fontarabie ne se gênèrent point pour capturer, à l’occasion, quelque barque labourdine chargée de marchandises
3.
Bientôt, la guerre éclata dans le pays basque
4. Nous ne ferons que rappeler brièvement ici — car tel n’est point notre sujet — le siège mémorable que soutint Fontarabie en l’année 1635. Le 1er Juillet, le Prince de Condé traversa le pas de Béhobie et, dès ce moment, les batteries françaises commencèrent à bombarder les remparts de la vieille cité. Le 8 août, le château du Figuier, commandant l’entrée de la baie, était pris d’assaut ; le 21 , la flotte espagnole qui venait au secours de la ville assiégée était décimée par les galères de Sourdis, archevêque de Bordeaux, au large de Guétaria ; tout semblait indiquer pour Condé une victoire certaine, encore que la résistance des habitants sous la conduite de l’héroïque alcalde D. Diego de Butrôn, semblât devoir être opiniâtre ; déjà Richelieu, de Picardie, donnait de nouveaux ordres pour poursuivre la marche en avant sur les côtes espagnoles, quand, le matin du 8 septembre, l’armée de Cantabrie, que commandaient l’amiral de Castille et le marquis de Los Velez, apparut sur les hauteurs du Jaizquivel. La lutte fut acharnée ; mais le soir, les Français, en déroute, repassèrent le fleuve,
— 47 —
laissant plus de deux mille des leurs sur la rive espagnole. Cette défaite étonna et l’un des chefs français, le duc de la Valette, fut
fortement accusé d’avoir trahi le roi
1. Ce siège, qui demeure Tune des pages les plus glorieuses de l’histoire de Fontarabie
2. affaiblit à ce point la cité que, pendant plus de vingt ans, elle n’eut guère la force de poursuivre les Basques labo.urdins qui purent enfin pour quelque temps navi- guer librement.
A partir de 1650, cependant, quelques différends éclatèrent de nouveau entre pêcheurs ondarabiarres et labourdins
3. Vint enfin la Paix des Pyrénées qui devait, semble-t-il, régler ces interminables différends.
La solution des différends entre Fontarabie et Hendaye parut
aux plénipotentiaires susceptibles de retarder la conclusion de la paix et, d’un commun accord, ils décidèrent que l’étude de cette question serait spécialement confiée au gouverneur de Bayonne, maréchal comte de Gramont, et au capitaine général de Guipuzcoa, baron de Vatteville. Ils se gardèrent bien d’ailleurs d’indiquer le délai dans lequel ces deux nouveaux commissaires devraient se réunir
4. Dès 1660, Fontarabie s’occupa d’attirer de nouveau l’attention des pouvoirs, qui semblaient oublier l’article secret de la Paix des Pyrénées, en envoyant de volumineux dossiers de documents, tant à Madrid qu’à Saint-Sébastien. La Province promit d’agir auprès du baron de Vatteville et lui délégua même au mois de juin deux députés, personnages influents, D. Agustin de Asua et
1. — Cf. E. DUCERÉ : Recherches historiques sur le siège de Fontarabie en ï6)8, dans
Bulletin de la Société des Sciences et Arts de Bayonne. i S S o [ – i S 8 i ] , p. 4 1 .
1 . — T o u s les ans, depuis le 8 septembre 1639, en vertu d’une décision du Conseil
Communal de Fontarabie en date du 4 septembre 1639, population de la ville et des faubourgs monte en procession à la chapelle de la Guadeloupe, située sur les pentes du Jaizquivel, pour y remercier la Vierge de la protection qu’elle accorda contre les Français durant le siège de 1638 à Don Diego de Butron et à ses héroïques compatriotes.
Cf. à ce sujet, D. Serapio de MÛGICA : Las Fiestas de septiembre en Fuenterrabia, origen y detalles. San Sébastian, 1900, in-8°.
3 . — Cf. Arch. de Fontarabie. Lettre de Salvador d’Urtubie aux alcaldes de la Cité,
14 mars 1 6 5 1 . Lettres des jurats d’Urrugne aux mêmes, 21 janvier et 14 décembre 1655, et lettre des jurats de Ciboure aux alcaldes, 28 février 1658. Remarquons que toutes ces lettres — originales — sont en langue castillane, sauf la dernière qui est en français.
4. — Cf. art. 8 des articles secrets de la Paix des Pyrénées.

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et D. Juan de Lezo1. Le baron était alors fort préoccupé de la venue prochaine d’une ambassade anglaise qui se rendait à la Cour d’Espagne. Fort courtoisement, du reste, il déclara aux députés qu’il lui était impossible de s’occuper de cette question et qu’il en remettait l’étude à une date ultérieure. Fontarabie reçut la nouvelle non sans quelque contrariété. Le comte de Gramont fut averti de la décision du Capitaine Général ; il n’avait d’ailleurs guère montré plus d’empressement que son collègue espagnol à se rendre sur les bords de la Bidassoa
En attendant qu’elle pût faire reconnaître officiellement ses droits, Fontarabie les fit respecter par les Labourdins, non sans quelque violence. Les querelles recommencèrent sur la Bidassoa. Tout commerce devint impossible pour les Français. Les plaintes affluèrent si nombreuses à Paris que, en août 1661, Hugues de Lionne envoya à l’archevêque d’Embrun, ambassadeur à Madrid, l’ordre d’entretenir D. Luis de Haro de cette intolérable situation ; il lui proposerait de convoquer à Madrid un représentant de Fontarabie qu’il interrogerait sur les droits et revendications de la cité, puis eux deux ou des commissaires spécialement désignés à cet effet régleraient définitivement ces différends dans un délai déterminé. Ce délai passé, le roi de France saurait faire respecter à son tour les droits de ses sujets
3. L’archevêque d’Embrun dut conférer avec le ministre espagnol, en décem-
1. — Arch, de Fontarabie. Lettre orig. du secrétaire de Gaynza aux alcaldes de la
Cité, 19 juin 1660.
2. — Ibid. Lettre des députés de la Province aux alcaldes de la Cité, 21 juin 1660.
3 . — « . . . Il faudra — s’entend — que vous preniez d’abord une précaution avec
Dom Louys, qui sera de l’obliger a faire venir sans delay un habitant de Fontarabie avec des instructions de toute l’affaire, car autrement il vous payera toujours de la mauvaise excuse qu’il n’est pas informé de leurs r a i s o n s . . . » et plus loin : « . . . Il sera bien de déclarer d’abord nettement a Dom Luys que si dans un certain temps — dont vous conviendrez — qui pourrait être deux ou trois mois, l’affaire n’est ajustée à l’amiable entre vous ou les commissaires qu’il voudra nommer.. . etc., le roi est résolu de permettre ausdits habitans d’Andaye de naviguer dans la riviere avec toute sorte de vaisseaux a quille ou sans quille, comme la moitié de la riviere luy appartenant, et qu’en leur accordant cette permission, Sa Majesté envoyera ordre à tous les habitans du pays de Labour qui peuvent mettre plus de dix mille hommes ensemble d’appuyer ceux d’Andaye pour les faire jouir de cette faculté contre les vexations et entreprises de leurs voisins de Fontarabie. J’aprehende bien que nous n’en ayons jamais raison que par cette voye… ». Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 42, fol. 1 3 0 et suiv.

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prononca une violente harangue, ordonnant à ses concitoyens de s’équiper sans tarder et d’aller cette nuit-là même incendier une ville rivale qui, depuis tant d’années, nuisait à leur prospérité. Le second alcalde, Ortiz de Zarate, à son tour, appuya fortement le projet de son collègue. Quelques conseillers plus sages prêchè- rent cependant la modération ; la fureur de la foule en délire se tourna contre eux… Déjà, les combattants armés s’éloignaient vers le port, à la lueur des torches, quand l’idée leur vint de demander des soldats et des armes au gouverneur militaire du château. D. Bernadino de Meneses, ne voulant point s’engager dans une si périlleuse entreprise, refusa net ; ce fut une nouvelle grande colère que, bientôt, de violentes rafales, mêlées de pluie, vinrent calmer fort à propos. La tempête s’éleva terrible, rendant la mer impraticable. Quand, derrière la Rhune, encore effacée dans la brume, apparurent les premières lueurs du jour, les révoltés défaits, couverts de boue et mouillés, regagnèrent piteu- sement leurs demeures
1. Le vice-roi, informé de l’évasion des prisonniers français, déclara d’ailleurs qu’il n’y avait pas là, selon lui, matière à représailles
2. En vérité, les Espagnols avaient seuls désormais des otages et, de ce fait, leur situation se trouvait singulièrement changée. Aussi, sans plus songer, pour le moment, à brûler le bourg de Hendaye, cherchaient-ils à s’emparer par surprise de quelques Labourdins attardés.
Les commissaires n’arrivaient toujours point et bien qu’on s’occupât, paraît-il, activement de la question à la cour de Madrid
3, il ne semblait pas qu’elle dût être de si tôt résolue.
Les querelles recommencèrent, toutefois moins violentes. Le gouverneur de Bayonne menaçait sans cesse de maltraiter les malheureux Espagnols détenus au fort de Floripes
4, si leurs compatriotes attaquaient injustement les Labourdins.
Le 4 juillet, cependant, le vice-roi de Navarre écrivit aux habi-
1. — Arcb. de Fontarabie, — Libro de actas, 25 février 1 6
2. — Ibid. — Lettre originale du 3 mars 1 6 1 8 .
3. — Ibid. Lettre de D. Antonio de Ubilla à Fontarabie. Madrid, 3 mars 1 6 1 8 .
4, — Prison de Bayonne, placée au centre du Château-Vieux.
Les plaintes enfin arrivaient plus nombreuses à la Cour de Madrid
France et les habitants de Hendaye ne craignaient pas, dans leur désespoir, de s’adresser directement au roi dont les subsides ne pouvaient malheureusement point remplacer entièrement les biens que les pauvres gens perdaient dans leurs querelles journalières avec les Espagnols1.
Le 26 janvier 1618, le bruit courut à Fontarabie que les commissaires étaient, de part et d’autre, déjà nommés et que des ordres avaient été donnés au comte de Gramont pour qu’il délivrât immédiatement les prisonniers de Bayonne2. Trois jours plus tard, le vice-roi de Navarre, comte d’Aguilar — le duc de Ciudad Real était, depuis peu, parti en Lombardie3 — écrivait à Fontarabie ; on lui avait dit qu’il allait être nommé commissaire conjointement avec te gouverneur de Bayonne ; il souhaitait ardemment que cela fût vrai, mais il était alors à Pampelune ; le comte de Gramont, à la même heure, se trouvait à Paris; dans ces conditions, il lui semblait peu probable que la Commission se réunît bientôt4. Toutefois, le 31 janvier, deux prisonniers de Bayonne confirmaient par lettre à leurs conci- toyens que des commissaires français étaient arrivés à Bayonne et que, sous peu, ils se rendraient à Hendaye 5.
Sans s’occuper des pourparlers diplomatiques déjà engagés,
dans lesquels ils n’avaient qu’une confiance relative ou que
que, depuis près d’un an, les Espagnols retenaient dans les prisons de Fontarabie, s’en échappèrent dans la soirée du 24 février.
Les alcaldes aussitôt avertis firent sonner le tocsin ; déjà les fugitifs avaient disparu sur le fleuve et gagné la rive française. A une heure, le Conseil général fut assemblé. Sur le seuil de l’église de Santa Maria, l’alcalde D. Miguel Suarez de Rivera pro-
peut-être
1. — Bibl. Nat. Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 48 et 2. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 26
3 . — Ibid. Lettre originale du duc à Fontarabie,
4. — Ibid. Lettre originale, 29 janvier 1 6 1 8 .
5. — Ibid. Lettre originale de deux prisonniers,
Bautista de Mugarrieta, aux alcaldes de la ville, 3 1

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on annonça l’arrivée à Saint-Sébastien de l’un des commissaires espagnols, D. Joseph Romeu de Ferrer 1. Deux notables, D. Juan Bautista de Mugarrieta et D. Tomas de Arsu, lui furent spéciale- ment envoyés pour l’instruire des droits et revendications de la cité.
Les commissaires français, qui déjà s’impatientaient et croyaient que leurs collègues espagnols se trouvaient à Fontarabie, y dépê- chèrent leur greffier, Me Jean de Cazabielle, pour leur annoncer leur arrivée et leur désir de commencer bientôt les négociations. Le greffier s’en fut trouver l’un des alcaldes de la cité qui lui déclara qu’en vérité D. Joseph Romeu de Ferrer était arrivé à Saint-Sébastien depuis quelques jours, mais qu’il n’était point encore venu à Fontarabie et qu’enfin l’on était sans nouvelle aucune du second commissaire, D. Pedro de Idiaquez2. Le len-
Francia despues del principio d’esta frontera de la parte de Navarra asta el mar, ellos piden que el medio. del rio Bidasoa, que haze la divission de los dos Reynos de Francia y Espana, sea tenido por el verdadero limite de dichos dos Reynos y que la mitad del dicho rio que bana lastierras de Francia perteneze en propiedad â Su Magestad Chris- tianisima y el uso de la dicha mitad y de su entrada en el mar plenamente â sus subdi- tos con entera libertad y facultad tanto para navegar sobre el y en su entrada en el mar con chalupa, barcos, pinazas, navios y toda otra suerte de barcos para navegar y tam- bien para pescar dentro y fuera y con toda suerte de instrumentes, entrar y salir a la mar por la barra comun, surtir y ancorar en la concha del Figuer, cargar y descargar en sus dichos baxeles toda suerte de cossas y mercaderias que entraran y saldran por el dicho rio; viniendo tanto por el como por la mar y por la tierra al dicho lug’ar de Hendaya y de passar y volver de Francia â Esparia y de Espana â Francia por el dicho rio toda suerte de animales y mercaderias y con sus dichos barcos de qualquier genero que sean de la misma manera que los de Fuenterrabia, y tambien para ayudar â hazer entrar y salir del dicho rio sus navios y los de los estrangeros con sus chalupas y pina- zas, surtir y ancorar en la concha, si lo huvieren menester, y de la misma manera toda suerte de navegazion sin restriccion alguna, como tambien cultivar las islas y gozar de los molinos y pesqueras que estan dentro del rio de la parte de Francia con los mismos privilegios y ventajas que los dichos habitantes de Fuentarrabia y otros subditos de Su Magestad Catholica han gozado, gozan y pueden gozar de su parte sin exceptuar cosa alguna por ninguna manera y que para este effecto ayan de cessar todos los excessos, violencias y impedimentos que los habitantes de Fuenterravia han hecho y hazen cada dia â los de Hendaya al abrigo de su fortaleza y que les dejaran claramente y con paz gozar del uso comun del dicho rio y su entrada en el mar, islas, molinos y pesqueras que estan de la parte de Francia con satisfacion de los excessos, violencias y malos tratamientos cometidos, juntamente con los dafios y interesses padezidos por los dichos habitantes de Hendaya por el impedimiento de la navegazion y cultura de las islas causados por los dichos habitantes de Fuenterrabia â poder de sus violencias y malos
tratamientos.» Arch. NatK 1670. Cf. également le texte abrégé en français : Bibl.
NatMél. Colbert, vol. 15, fol. 5 1 9 et suiv.
1 . — Arch. de Fontarabie. Lettre des alcaldes au vice-roi de Navarre, 29 novem-
bre 1 6 6 2 .
2. — Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 1 5 , fol, 5 1 6 r° et v°.

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demain, 29 novembre, le greffier se rendit à Saint-Sébastien1.
D. Joseph Romeu de Ferrer lui remontra fort courtoisement qu’à la suite de divers incidents, il se trouvait actuellement seul com- missaire désigné par le roi Catholique, mais que, toutefois, il ne pouvait rien entreprendre, sans un ordre spécial qu’il recevrait d’ailleurs bientôt2.
Le 2 décembre, sur la prière de D. Joseph Romeu de Ferrer, les commissaires français se rendirent à l’île des Faisans où leur collègue espagnol leur déclara qu’à son grand regret, le roi ne lui avait pas encore envoyé l’autorisation de conférer seul avec eux, mais que, néanmoins, dans l’espoir où il était que ce pouvoir lui serait accordé à bref délai, il serait bon, dès ce jour, de faire construire en cette même île une baraque où, par les mauvais temps, ils pourroient tous trois délibérer à l’abri. Les commissaires français acceptèrent 3. Le soir même, D. Joseph Romeu regagna Saint-Sébastien4. Le 6 décembre, Philippe IV l’avertit enfin qu’il lui adjoindrait, comme second commissaire, D. Francisco Henriquez de Ablitas 5. Le 18, ce dernier se rendit à Hendaye pour exhiber aux commissaires du roi de France les lettres qui l’accréditaient auprès d’eux 6.
Cependant, la commission que, le 24 septembre, Louis XIV
avait envoyée à M. d’Artagnan et à l’abbé de Saint-Martin Barès allait bientôt expirer ; une prolongation leur fut envoyée, qui leur permettait de conférer avec leurs collègues espagnols jusqu’à la fin du mois de janvier 1663 7.
1 . — Bibl. Nat., Méi. Colbert, vol. 15, fol. 5 1 6 v° et fol. 5 1 7 r°.
2. — « . . . qu’il n’avoit encore peu se rendre a Fuenterabie a cause de quelques
prétentions de Don Pedro Dilliagues, son collègue, pour raison de la preseance entre eux, sur lequel différent ayant escrit tous deux a Sa Majesté Catholique, Elle auroit décidé l’affaire en sa faveur et nommé Don Luis de Necolalde, cavallero de la ville de Tholozeta, en la place du dit Don Pedro Dilliagues, son collègue, mais que malheureu- sement le dit Don Luis de Necolalde s’estoit trouvé fort incommodé des gouttes et hors
d’estat de pouvoir executter les ordres de son r o y . . . ». Bibl. NatMél. Colbert,
vol. 15, fol. 5 1 7 r°.
3. — Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 15, fol. 5 1 7 r° et v°»
4. — Arch. de Fontarabie. Lettre orig. de D. Joseph Romeu à la Cité, 2 décembre 1 6 6 2 .
5. — Ibid., id., 10 décembre 1 6 6 2 .
6. — Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 15, fol. 5 1 7 v° et fol. 5 1 8 r°.
7. — Arch. Nat., K 1 6 7 0 ,

— 52;—

Ce fut seulement le 30 décembre que, pour la première fois,
les quatre commissaires se rencontrèrent dans la baraque de l’île des Faisans1.
Le 2 janvier 1665, un messager, D. Bernardo de Puxol, vint à Hendaye, de la part de D. Joseph Romeu de Ferrer, porteur d’une instruction pour l’abbé de Saint-Martin Barès ; le commis- saire espagnol appelait l’attention de son collègue français sur quelques détails des conditions, dans lesquelles devaient avoir lieu leurs délibérations 2. Il lui rappelait que, dès le 10 décembre, il s’était plaint — à la requête des habitants de Fontarabie — de ce que, à leur première entrevue au Pas de Béhobie, les Français fussent venus sur une chaloupe et des barques à quille et que, la veille encore, il avait aperçu une chaloupe remorquant une gabarre au port de Hendaye. Il s’étonnait également d’avoir vu les commissaires français accompagnés de gardes armés ; il eût désiré en être averti auparavant, pour pouvoir, lui aussi, se faire escorter d’une troupe égale en nombre, encore qu’il lui semblât préférable de s’abstenir d’amener des soldats à une conférence aussi pacifique que la leur. Il insistait enfin sur ce fait que, contrairement aux instructions qu’il avait données, la cloison avait été faite si mince qu’on entendait fort distinctement de l’extérieur ce qui se disait à l’intérieur et que, pendant les déli- bérations, il serait bon, pour cette raison, d’éloigner les gens de leurs escortes et de les cantonner dans les gabarres.
Les commissaires français, par le même courrier, répondirent3
qu’évidemment une chaloupe avait, la veille, par un gros temps, remorqué jusqu’au port de Hendaye une petite gabarre qui ne pouvait plus avancer, mais qu’ils étaient loin de supposer les gens de Fontarabie assez « discourtois » pour préférer à l’inob- servance d’un traité la mort de pauvres bateliers français, ajoutant d’ailleurs que désormais, sur cette question, ils s’en remettraient pleinement aux décisions de D. Joseph Romeu de

1 . — Bibl. Nat., Mel. Colbert, vol. 1 5 , fol. 51-8 r° et v \ 2. — Arcb. Nat., K 1 6 7 0 .
5, — Ibid.j id.

— 53 —
Ferrer. La garde armée qui les accompagnait à Béhobie le
2 décembre n’était simplement que l’escorte particulière et ordinaire de M. d’Artagnan, gouverneur de Bayonne. Toutefois, désireux de calmer les inquiétudes de leur collègue espagnol, ils lui déclaraient être prêts à faire sur ce point ce qu’il lui plairait de décider. Sur la nécessité qu’il y avait d’éloigner les curieux de la baraque pendant la tenue des conférences, ils étaient pleinement de son avis ; dorénavant, ils feraient en sorte que leur escorte restât dans les gabarres et ne permettraient l’entrée de la baraque qu’à leur secrétaire et à leurs domestiques particuliers.
Ces quelques détails étant réglés, les commissaires se réuni-
rent, le 4 janvier, dans l’île des Faisans. Toutefois, D. Francisco Henriquez de Ablitas n’était pas encore arrivé. Dans cette séance, les commissaires de France présentèrent au plénipoten- tiaire espagnol un rapport détaillé des griefs et réclamations de Hendaye contre Fontarabie, rapport que — sur leur demande — les jurats du bourg français leur avaient remis le 27 novembre précédent 1. D. Joseph Romeu de Ferrer en emporta le texte pour le soumettre aux observations et remarques de la cité de Fontarabie qui, de son côté, avait dressé un long mémoire de ses droits et revendications 2.
Le 1 1 janvier, en cette même île des Faisans, les commissaires
français vinrent s’informer de l’accueil fait par Fontarabie aux demandes du bourg de Hendaye 3. D. Joseph Romeu de Ferrer déclara « que sans avoir esgard a l’une ny a l’autre, il falloit accommoder les parties et faire donner à ceux de Hendaye une partie de ce qu’ilz demandoient, d’autant qu’il n’estoit pas juste et qu’ilz ne pouvoient pas prétendre de jouir esgalement avec ceux de Fuentarabie de la dite riviere, conche et rade, attendu mesme que la dite rivière Bidassoa prenoit sa source dans les terres d’Espagne ». Les commissaires français protestèrent
1. — Cf. lettre de l’Inquisiteur Général à Blasco de Loyola, 18 mars 1 6 6 3 . Arch.
Nat., K 1670.
2. — Bibl. Nat.j Mél. Colbert, vol. 1 5 , fol. 5 1 9 et suiv.
3. — Ibid., id., vol. 1 5 , fol. 521 v° et fol. suiv.

— 54 —
aussitôt, niant même — à tort — que la source du fleuve fût
espagnole. Leur désir était que la frontière fût fixée à là moitié du fleuve et que, de part et d’autre, les riverains pussent libre ment naviguer, pêcher et commercer. A cela, D. Joseph Romeu de Ferrer répliqua, en remettant à l’abbé de Saint-Martin Barès et à M. d’Artagnan le mémoire où Fontarabie maintenait que le fleuve lui appartenait entièrement de sa source à l’embouchure, que les habitants de Hendaye ne pouvaient que passer d’une rive à l’autre sur de petites gabarres et que toute autre embarcation munie de quille devait leur être absolument défendue 1. Après avoir énergiquement déclaré que tant que les droits soi-disant exclusifs de la couronne de Castille sur la Bidassoa ne leur seraient pas démontrés à l’aide de « bons, clairs et valables titres », ils les tiendraient comme abusifs et non fondés et revendiqueraient pour les sujets du roi de France le droit de naviguer, pêcher et commercer librement sur un fleuve dont le milieu devait former la frontière des deux royaumes, les commissaires français se retirèrent.
Le mois de janvier s’achevait sans que rien fût réglé et l’attitude des deux parties ne faisait guère supposer une prompte solution des différends ; d’ailleurs, l’un des commissaires espagnols était toujours absent.
Le 16 janvier, Louis XIV envoya à ses délégués une prorogtion pour tout le mois de février2. Le 1 1 , Monsieur d’Artagnan et l’abbé de Saint-Martin Barès avaient nié que la Bidassoa prît sa source en territoire espagnol. Cependant, pris de scrupules et désireux de vérifier ce détail de géographie — en l’occurrence
1. « — Ensuitte, il nous auroit présenté certaines prétendues responces aux demandes de ceux de Hendaye soubz le nom du scindic de Fuentarabie, dans lesquelles les habitans de la dite ville de Fuentarabie soustenoient bien contre la vérité et contre toutte evidence de droict, que la Riviere Bidassoa, conche et rade et tout ce que la mer couvre en son montant appartenoit en propriété a la Couronne de Castiile à l’exclusion du Roy de France et l’uzage aux habitans de Fuentarabie privativement et à l’exclusion des habitans de Hendaye et tous autres subjetz de Sa Majesté qui ne pouvoient se servir sur la dite Riviere que de simples gavarres pour passer et repasser et non des vaisseaux a quille pour sortir en la mer par l’emboucheure d’icelle et que la dite ville de Fuentarabie avoit en main des tiltres authentiques, pour justiffier ce qu’ils mettoient
en a v a n t . . . » . Bibl. NatMél. Colbert, vol. 15, fol. 522 r \
2. — BibL Nat., Mél. Colbert, vol. 1 5 , fol. 523 v° et 524 r°, et Arch. Nat., K 1670.

— 55 —
fort important—qu’ils ignoraient également l’un et l’autre, ils
envoyèrent trois personnes de leur entourage suivre les tours et détours du fleuve jusqu’à sa source ; un peintre, nommé François Pouliot, les accompagnait, chargé de lever le plan des régions qu’ils traverseraient. Les quatre géographes revinrent, déclarant que la Bidassoa était bel et bien un fleuve français, puisque sa source était principalement alimentée par quatre ruis- seaux venus des montagnes de Baïgorry qui sont en terre fran- çaise et que plus de trente ruisseaux également venus de France la grossissaient et la rendaient navigable depuis Endarlaza1.
Le 28 janvier, D. Francisco Henriquez de Ablitas partit enfin
de Pampelune pour Fontarabie2 où il arriva le 3 1 . Le lende- main, Ier février, les quatre commissaires se réunirent dans la baraque de l’île des Faisans3. Désespérant de jamais pouvoir s’accorder, ils décidèrent qu’il était préférable, avant qu’eux mêmes délibérassent, de provoquer la réunion de délégués des deux villes rivales. Le 3, cinq délégués de Hendaye et cinq autres de Fontarabie se rendirent à la baraque où, trois heures durant, ils se querellèrent4. Les Hendayais se montrèrent particulière- ment intransigeants, dirent les Espagnols ; il est fort probable que, de part et d’autre, on se montra peu décidé à se faire des concessions réciproques5.
Les commissaires royaux durent donc de nouveau reprendre
leurs travaux. Les espagnols promirent à leurs collègues français de leur apporter les titres et privilèges de Fontarabie qu’ils avaient

1. — Bibl. Nat.j Mél. Colbert, vol. 15, fol. 523 r° et v°. 2. — Arch. Nat.j K 1670.
— BibL NatMél. Colbert, vol. 15, fol. 524 r° et v° et 525 r° et v°.
4. — Ibid.j id., vol. 15, fol. 524 v°, fol. 525 et suivants.
5. — concurrieron d’esta ciudad y deî dicho burgo las perssonas nombradas
como se havia acordado a tratar del dicho ajuste, pero a los primeros lançes de la
platica se resolvieron los de Endaya en que no havian de exzeder un punto de lo que se havia pedido y propuesto por su parte en un papel que se havian dado a V. Sas los dichos comisarios de Francia (cuya copia para estar mas en el ya se nos havia entregado) y biendo que las pretenciones que en el se contenian heran muy fuera de lo acordado en el dicho capitulo reservado de las paces y que excedian sumamente de lo que los de Endaya antes havian pretendido y deducido en dos papeles de pretencio- nes que dieron en esta ciudad al seiïor Joseph Gonzalez, del Consejo y Camara de Su Magestad, al mismo tiempo del tratado de las paces generales, sobre que cayo y se hiço.

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précédemment demandés, tout en leur faisant remarquer que la lecture en serait une besogne très longue et que deux ou trois mois ne seraient que tout juste suffisants pour l’examen d’un aussi volumineux dossier1.
Le 6 février, les commissaires se réunirent de nouveau. D. Joseph Romeu de Ferrer et D. Francisco Henriquez de Ablitas arrivèrent porteurs de trois énormes registres. Aussitôt la lec- ture commença, faite par un notaire de Fontarabie, Miguel de Abadia, en présence du greffier des commissaires de France,
Me Jean de Cazabieille. Ils continuèrent ainsi le 7, le 8 et le 9 2.
Le 10 février, l’un des commissaires espagnols, que le grand froid avait indisposé, proposa d’abandonner la mauvaise baraque, d’ailleurs fort éloignée de Hendaye et de Fontarabie, dont la cloison très peu épaisse ne pouvait qu’imparfaitement garantir des intempéries de la saison, et de se réunir à Fontarabie. Naturellement, les commissaires français voulurent que les réunions se tinssent d’abord à Hendaye et déclarèrent qu’ils n’iraient à Fontarabie que les plénipotentiaires espagnols ne fussent d’abord venus à Hendaye3 ; ces derniers cédèrent et, le 1 1 , Miguel de
Abadia continua de lire à Hendaye
el dicho capitulo reservado, se disolvio la dicha junta por haver estado siempre los de Endaya en la resolucion referida mostrando poco animo y voluntad al dicho ajuste ; y porque siempre le havemos tenido y tenemos de procurarle de nuestra parte por el bien de la paz y quietud d’estas poblaciones, decimos de nuebo a V . Sas estamos prontos y dispuestos para que los dichos comisarios nombrados y otros, si combiniere nombrar, se junten otra vez y todas las neccessarias con los de Endaya a conferir en los medios de la composicion de las dichas diferencias y bénir por parte d’esta ciudad en todos los que fueren mas proporcionados para que ynbiolablemente se guarde la paz y concordia que deseamos entre nosotros, protestando que por nuestra parte se hara todo lo posible
para que se consiga este a j u s t e . . . , Arch. NatK 1670.
1. — Bibl. Nat.j Mél. Colbert, vol. 15, fol. 524 v°, fol. 525 et suivants.
2. — Bibl. ‘Nat., Mél. Colbert, vol. .15, fol. 525 v° et fol. 526 r°.
3. — « . . . Auquel jour dixieme l’un desdits commissaires d’Espagne s’estant trouvé
fort indisposé par le grand froict qu’il avoit souffert allant a ladicte barraque esloignée d’environ demy lieue de Fuentarabie par un tempz de nege fort rigoureux, lesdits com- missaires d’Espagne auroient proposé a choisir quelque autre lieu plus commode et auroient indiqué le lieu de Fuentarabie. A quoy nous commissaires susdits aurions res- pondu que, s’ils recevoient quelque incommodité de se rendre dans ladite barraque qui estoit le lieu commun que nous avions choisi pour noz conférences, nous leur offrions nostre maison en Hendaye et que, s’ils passoient en France les premiers, nous ne man- querions pas de leur faire toutte civilité, ensuite, ce que lesdits commissaires auroient accepté leur ayant absolument reffusé de passer à Fuentarabie qu’auparavant ils n’eus- sent passé en Hendaye.. .

» Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 15, fol. 526 v°.
4. — Ibid., id., vol. 1 5 , fol. 526 v°.

_ 57 —
Le lendemain, 12 février, les quatre commissaires se réunirent à Fontarabie. Leurs délibérations durèrent ainsi alternativement à Hendaye et à Fontarabie jusqu’au 23 février inclus, date à laquelle, contrairement aux prévisions intentionnellement exagérées des commissaires espagnols, l’examen des documents fut entièrement terminé. Les plénipotentiaires français n’en furent d’ailleurs pas plus convaincus qu auparavant de l’évidence des droits de Fontarabie sur le fleuve 1.
Les délégués de Fontarabie avaient pu, lors de leur entrevue avec ceux de Hendaye, constater l’intransigeance des Hendayais et se rendre compte, dès ce jour, de l’impossibilité d’un accord durable, dans les conditions actuelles. Aussi, les Ondarabiarres pensèrent-ils pouvoir prévenir et réduire les exigences des Hendayais en modifiant d’eux-mêmes le mémoire que, de leur part, le 11 janvier, D. Joseph Romeu de Ferrer avait présenté aux commissaires du roi de France2.

De ce mémoire, le texte original nous manque et cette absence rend assez difficile l’appréciation des modifications qui y furent apportées. Toute- fois, nous constatons que Fontarabie, qui maintenait pour les Hendayais l’interdiction de se servir de barques à quille, leur permettait de faire librement le commerce dans la baie du Figuier, de décharger et charger leurs marchandises dans le port de Hendaye sans rien payer désormais à la Casa Lonja3.

1. — Bibl. Nat.j Mél. Colbert, vol. 1 5 , fol. 526 v° et fol. 5 2 7 r°.
2. — Arch. Nat.j K 1670.
3 . — . . . . En el capitulo 4, se puede dar facultad â los de Hendaya para remolcar
sus navios con sus chalupas.
En el capitulo 5 , se puede quitar la obligacion de pagar derechos â Fuenterravia, que-
dando la facultad de visitar Fuenterravia los vaseles y tambien se puede quitar la obli- gacion de descargar en la Lonja de Fuenterravia las mercaderias que vinieren en navios de Hendaya que no sean de vecinos de ella.
Del capitulo 6 se puede quitar la obligacion de no poder descargar y desembarcar
sino solo en la Lonja de Fuenterravia las mercaderias que los de Hendaya entraren en Espana por el rio, y antes de resolverlo se informaran si Fuenterravia tiene privilegio de que no se pueda desembarcar y descargar en los demas lugares.
Del capitulo 7 de las mercaderias que se sacaren de Espana para Francia se puede
quitar tambien la obligacion de llevarlas por Fuenterravia, como en el antecedente.
Del capitulo 8 se puede quitar la condicion de que los de Hendaya ayan de llevar la mitad de las sidras que los de Fuenterravia embarcaren para sus viages. . . . Arch. Nat.} K 1670.

58 ~
Concessions en vérité illusoires, puisque, sans barques à quille, les Hendayais ne pouvaient pas tenir la mer et, partant, faire le moindre commerce avec les villes côtières.
Le texte de ces modifications fut remis le 13 février aux com-
missaires de France qui l’envoyèrent à leur souverain, et le 25, à leur tour, présentèrent aux commissaires espagnols un nouveau mémoire des habitants de Hendaye
1.
Cependant, la commission des quatre plénipotentiaires expi- rait à la fin du mois, sans que rien eût été décidé2. Les délé- gués français reçurent, ainsi que leurs collègues espagnols, une nouvelle prorogation d’un mois 3.
Le 9 mars, l’abbé de Saint-Martin Barès écrivit aux délégués espagnols que.Monsieur d’Artagnan était de retour de Bayonne, où il avait été passer quelques jours et que tous deux se trou- vaient prêts à conférer de nouveau dans la baraque de l’île des Faisans 4. Le même jour, D. Joseph Romeu de Ferrer lui répon- dit, l’informant qu’il se trouvait actuellement au lit et que son collègue venait d’être également malade, ce qui remettait à quelques jours leur prochaine réunion5.
Le 20 mars, enfin, les quatre commissaires s’assemblèrent dans l’île des Faisans 6. L’accueil fait par l’abbé de Saint-Martin
ï . — Arch. Nat.j K 1670. Papel entregado por Don Joseph Romeu de Ferrer y Don Francisco Henrriquez de Ablitas, comissarios de Su Magestad Catholica, â los senores Dartaygnan y Abad de Saint Martin Bares, comissarios de Su Magestad Christia- nissima, en respuestas de sus replicas de 24 de febrero de 1665.
2. — Bibl. Nat.j Mél. Colbert, vol. 15, fol. 527 V0 et fol. 528 r°.
3 . — Ibid., id.; vol. 15, fol. 528 et suivants.
4- — Senores mios, el senor Dartaignan y yo besamos las manos de V . S a s y embia-
mos este expresso para saber si V. SSas quieren que nos juntemos hoy en la barraca, estando el dia famoso y la marea buena, y assi el dicho senor Dartaignan y yo estaremos esperando en este lugar de Hendaya la resoluzion de V. SSa » à quienes Dios guarde muchos anos. Hendaya, â 9 de marzo de 1665. B. 1. m. de V. SSas. L’abbé de St Martin Bares. — Arch. Nat.j K 1670.
5- — Senor mio, el papel de V. S. de hoy nos ha sido de mucho gusto por saber que
el senor Dartaignan ha buelto a esse lugar con salud y que V. S. la tiene. Y o me hallo sin ella y en la cama desde el martes passado que me comenzô una calentura continua, y aitnque ha aflojado el rigor, pero todavia queda algo que resolver ; el senor Don Francisco ha hecho cama tambien quatro dias por causa de un corrimiento que le ha maltratado mucho ; querra Dios mejoraros para que presto podamos vernos, que en estar para yr â la barraca se lo avisaremos â V. S, â quien y al senor Dartaignan guarde Dios muchos anos. Fuenterrabia, â 9 de marzo 1665. B. 1. m. de V. S. s. m, S. Don Joseph Romeu de Ferrer

. Arch. Nat.j K 1670.
6. — Bibl. NatMél. Colbert, vol. 15, fol. 528 v° et suivants.

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Barès et le gouverneur de Bayonne aux délégués espagnols dut
être assez froid. La guérison de ces derniers leur avait paru longue ; ils leur déclarèrent dès le début que cinq mois venaient de s’écouler sans le moindre résultat et qu’il fallait rapidement conclure cette affaire. Des ordres avaient été donnés aux com- missaires espagnols pour lasser les français par leur lenteur ; D. Francisco Henriquez de Ablitas et D. Joseph Romeu de Ferrer répliquèrent en déclarant, au grand étonnement et scandale des commissaires français, que la commission du roi de France, expédiée le 21 février, n’était pas suffisamment explicite et que, dans ces conditions, ils se refusaient à rien faire, à moins que les dits commissaires français leur présentassent de nouveaux pou- voirs. Non sans protester contre un tel acte de mauvaise foi, ceux-ci promirent de se plier à cette incompréhensible exigence1.
Le 11 avril, les délégués du roi de France reçurent de Paris
leur nouvelle commission2 et le 21 — cette fois les commissaires français ne s’étaient pas pressés non plus d’aller trouver leurs collègues espagnols — une nouvelle réunion eut lieu dans 111e des Faisans. Les commissaires du roi d’Espagne se déclarèrent satisfaits des nouveaux pouvoirs accordés par le roi de France, mais ils ajoutèrent — fort courtoisement — qu’ils se seraient bien gardés d’exiger de leurs collègues français une formalité qu’eux-mêmes n’auraient pas eu à remplir, et qu’ils avaient
1. — « . . . . A quoy nous respondismes qu’ils agissoient de mauvaise foy de dire que noz commissions n’estoient pas suffisentes après les avoir approuvées et s’en estre con- tentés par deux diverses fois, sçavoir le 4° janvier et le premier de février audit an 1663, et après avoir mesme commencé de procéder avec nous en vertu d’icelles, que néant- moins, bien que nous reconnoissions qu’ils ne vouloient que nous lasser par leurs lon- gueurs et nous obliger de nous retirer sans rien c o n c l u r r e . . . . nous offrions de supplier Sa Majesté de nous faire envoyer une seconde commission plus ample et toutte telle
qu’ils nous la demandoient. » Bibl. NatMél. Colbert, vol. 15, fol. 529 r°.
2. — Cette commission leur donnait pouvoir de « continuer a traicter tant sur la propriété, seigneurie et jurisdiction de la dite riviere Bidassoa depuis le lieu de cette frontiere où la dite riviere commence a arrouser les terres de nostre obeissance jusques a la grand mer et de son emboucheure, conche et rade qui sont en la mer entre les Tombes et Ondaralçeu du costé de France et le cap Figuier du costé d’Espagne que sur les differentz qui sont entre les habitans dudit lieu de Hendaye et autres nos subjets et ceux de Fuentarabie que autres subjets de nostre dit frère, oncle et beau pere le roi Catholique pour raison tant de l’uzage.de la dite riviere, conche et rade que de la pro- priété, seigneurie et jurisdiction d’icelle. . . » Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 1 5 , fol 530 v° et fol. 5 3 1 r°.

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également demandé du roi d’Espagne, leur maître, une nouvelle commission qu’ils n’avaient pas encore reçue. Les commissaires français se retirèrent impatientés. Le 27, ils demandèrent aux envoyés espagnols des nouvelles de leur commission ; elle ne leur était pas encore parvenue, et ce fut ainsi durant tout le mois de mai1.
Cependant, les commissaires français étaient sans argent. Le roi de France n’avait jamais fait qu’augmenter jusque là le délai de leur commission ; ils n’avaient encore reçu d’autres subsides que ceux qui, le 24 septembre 1662, leur avaient été accordés pour un délai de trois mois. D’autre part, les habitants de Hendaye supportaient non sans se plaindre l’entretien des commissaires et de leurs équipages 2. Le 4 juin, l’abbé de Saint-Martin Barès n’eut pas crainte d’avertir Colbert de leur misérable situation 3.
Les commissaires français avaient donc des raisons particuliè- rement sérieuses pour souhaiter la prompte solution des différends de la Bidassoa. Ils réitérèrent, au mois de juin, leurs instances auprès des commissaires espagnols qui n’avaient toujours pas reçu la nouvelle commission et sans laquelle, malgré l’autorisa- tion du contraire que leur avaient, dès le début, donnée lesdélégués français, ils ne voulaient aucunement délibérer  4.

Le 17, enfin, une réunion eut lieu dans l’île des Faisans. Les commissaires espagnols avaient leurs nouveaux pouvoirs, mais, désireux de prolonger l’affaire par un autre détour, ils revinrent

1. — Bibl. NatMél. Colbert, vol. 15, fol. 552 v°.
2. — Cf. Lettre originale d’un des alcaldes ordinaires de Fontarabie, D. Martin de Ambu-
lodi, aux commissaires espagnols, 30 mars 1663 : « . . . . Y le dixo el dicho jacobe (il s’agit d’un habitant de Hendaye précédemment cité) con mucho sentimiento que estavan destruydos é inquietos aludiendo â lo mucho que les costeavan los commissarios de Francia y Io oprimidos que los tenian. . . » Arch. Nat., K l6jO.
3 . — Cf. Lettre de l’abbé de Saint-Martin à Colbert : « . .

. Nous attendons tous les jours qu’il plaise à Sa Majesté nous faire envoyer de l’argent comme elle a eu la bonté de nous escrire qu’elle feroit afin de pouvoir subsister et faire subsister nos équipages, ayant desja fait de grandes avances, nostre commission estant du vingt quatrième sep- tembre de l’année derniere, qui sont près de dix mois, ce qui nous oblige présentement de supplier votre Excellence d’avoir la bonté d’y donner ordre, vous asseurant que toutes choses sont extraordinairement cheres en ce p a y s . . . » Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 1 1 6 ,
fol. 52 r°,
3. — Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 1 5 , fol. 532 v°.
4. ___________________________________

— 61 —

à cette idée qu’il serait préférable que les habitants des deux villes s’entendissent, avant qu’eux-mêmes prissent aucune déci- sion1. Les commissaires français, dociles, acceptèrent et le 18 réunirent la communauté de Hendaye pour la faire procéder à l’élection de cinq délégués qui, le lendemain, se réuniraient avec ceux de Fontarabie dans l’île des Faisans 2.
La conférence eut lieu, dans un coin de l’île, tandis que les commissaires attendaient le résultat des pourparlers à l’intérieur de la baraque 3. Deux heures durant, les délégués des deux villes discutèrent. A la fin, ceux de Hendaye déclarèrent être si sûrs de leurs droits qu’ils s’en remettaient sans crainte au jugement des commissaires espagnols ; à leur tour, ceux de Fontarabie affirmèrent qu’ils jugeaient les représentants du roi de France assez justes et assez équitables pour reconnaître et confirmer leurs droits. Les Hendayais s’écrièrent alors : « Et bien, Messieurs, nous voilà d’accord ; laissons donc prononcer la sentence à Messieurs les quatre commissaires4 ! » Sur ce, les délégués se séparèrent, non sans avoir prévenu les commissaires royaux du résultat de leur conférence. Ceux-ci discutèrent quelques instants encore dans la baraque ; les commissaires français mon- trèrent la prorogation que leur envoyait Louis XIV pour tout le mois de juillet  5, en souhaitant que, passé ce délai, l’affaire fut définitivement conclue.
Les commissaires français comptaient sans la ruse des espa-gnols qui, ne pouvant plus alléguer l’absence de commissions suffisamment explicites et la nécessité qu’il y aurait de faire conférer les délégués des deux villes, déclarèrent, dès le 5 juillet, qu’ils étaient malades et, pour cette cause, jusqu’à la fin de
1 . — Bibl. Nat.j Mél. Colbert, vol. 15, fol. 534 v°.
2. — Ibià., fol. 533 r° et v°. *
3 . — « . . . Nous serions entrés dans la chambre de la conférence et les députtés de
Hendaye et de Fuentarabie se seroient assemblez en un coing de la dite isle où ils auroient conféré pendant environ deux heures et après diverses propositions, responces et contestacions desdits députtés de part et d’autre, ils se seroient enfin séparés sans rien conclure. . . » Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 15, fol. 5 3 3 v° et fol. 534 r°.
4. — Bibl. Ncii.j Mél. Colbert, vol. 15, fol. 534 v°.
5 . — IbicL, fol. 535 r° et suivants.

— 62 —
juillet, époque à laquelle cessait la commission des délégués
français, se refusèrent à toute entrevue1.
Cependant le 31 août, sans en avoir nullement prévenu les commissaires du roi de France, D. Joseph Romeu de Ferrer et D. Francisco Henriquez de Ablitas prononcèrent une sentence dans laquelle ils déclarèrent ne reconnaître à Hendaye que lesdroits accordés à ce bourg par les commissaires de 1 5 1 0 2 Le mois de septembre et celui d’octobre se passèrent sans qu’aucune conférence eût lieu dans l’île des Faisans. Forts de la sentence du 31 août, les gens de Fontarabie recommencèrent même à tourmenter les pauvres pêcheurs de Hendaye. Le 25 novembre, ils capturèrent plusieurs gabarres chargée de filets qui partaient à la pêche 3.
Les commissaires français se plaignirent de ce nouvel attentat
estoit malade de la 1, — « . . . Et nous ayant respondu le troisîesme dudit mois de cheutte d’une meule, ils nous respondirent le quatorziesme qu’ils juillet que l’un d’euxestoient indisposés tous d e u x . . .
» Bibl. NaiMél. Colbert, vol. 15, fol. 536 v° et fol. 537 r°.
2. — Voici les passages essentiels de cette sentence :
« Declaramos y mandamos que ambas las dichas partes y cada una de ellas tenga los
usos del dicho rio en la conformidad que los han tenido sin hacer novedad alguna en esta manera que los vecinos y havitantes de Fuenterrabia han de poder usar y gozar en el dicho rio Vidasoa de navios, pinazas, chalupas, gavarras, tirolas y de todo genero de navios y barcas con quilla y sin quilla para pescar, navegar, llebar, portear, pasar, salir al mar y para todos y qualesquier usos a que puedan servir y de haver de hacer en dicha ciudad la carga y descarga todas las embarcaciones que entraren y navegaren en el dicho rio, de qualquier parte que vengan, y pagar en ella todos los derechos, como hasta aora se ha acostumbrado y gozar tambien de las yslas y nasas o pesqueras, paso de Beovia y de todos los otros qualesquier usos que hasta aora han tenido y gozado y les pueden competir y gozar de qualquier manera que sea en el dicho Rio Vidasoa a toda su voluntad, sin limitacion alguna y sin que los de Endaya ni otros les puedan poner impedimentto ni embarazo alguno en ello y que los vecinos y havitantes de Endaya solo usen y tengan y han de poder tener y gozar de las nasas o pesqueras que oy tienen en el dicho rio y de las yslas de que han usado para labrarlas y cu.ltibarlas a su voluntad, el paso de Beovia, el Molino del Hospital para moler y el poder pasar, navegar y llebar por el dicho rio y a Endaya con gavarras y tirolas y otras barcas sin quilla y con ellas pescar asi en el dicho rio Vidasoa, como en el mar asi como hasta oy han acostumbrado, sin que por los de Fuenterravia se les pueda poner ni ponga impedimento 111 embarazo alguno y no haver lugar en quanto a los demas usos preten- tidos por los de Endaya en el dicho rio ni deberseles permitir, y mandamos que ambas partes vivan en toda buena paz, union y sosiego y en la misma manera que anttes so pena de confiscacion de todos los vienes y de destierro perpetuo, y lo fîrmamos de nuestros nombres. Don Joseph Romeu de Ferrer. Don Francisco Henrriquez de Ablitas. — Arch. de Fontarabie.
3 . — Affaires étrangères. Correspondance politique, Espagne, tome 48, fol. 1 5 1 et suivants.

-6 3 –
et profitèrent de cette occasion pour réitérer auprès des commissaires espagnols leur désir de conclure le plus tôt possible ces interminables différends. Le 13 décembre, les envoyés du roi d’Espagne leur firent répondre qu’ils voulaient bien recommencer à délibérer, mais qu’ils n’entendaient le faire que sur l’usage et non sur la propriété du fleuve1. C’était un moyen de décourager par avance les commissaires français qu’ils savaient absolument intransigeants sur ce point. D’ailleurs, leur commission expirait au 31 décembre. L’année 1663 devait donc se terminer sans que rien eût été décidé.
Le 23 décembre, Louis XIV, pour dédommager ses malheu-
reux sujets de Hendaye, leur envoyait l’autorisation d’avoir deux foires dans l’année et un marché par semaine, dans les conditions qu’ils indiqueraient et que lui-même ratifierait. Cette mesure fit quelque effet de l’autre côté du fleuve ; on crut y reconnaître le désir du roi de France de relever Hendaye et d’en faire une ville commerçante, capable de rivaliser heureusement avec Fontarabie
2. La réplique, d’ailleurs, ne se fit guère attendre. Sous prétexte que, quelques jours auparavant, des habitants de Hendaye étaient montés sur un vaisseau hollandais contaminé, le 11 janvier 1664, les alcaldes de Fontarabie écrivirent aux jurats de Hendaye qu’ils défendaient, jusqu’à nouvel ordre, toute communication entre Hendaye et Fontarabie
3. Le lendemain, la communauté de Hendaye se réunit et décida d’avertir M. d’Artagnan. Le gouverneur de Bayonne leur conseilla d’agir de même à l’égard des habitants de Fontarabie, ajoutant qu’il allait avertir le roi de cette attitude nouvelle des Espagnols. Cette mesure inattendue gêna si fort les Guipuzcoans que, le 19, les alcaldes de Fontarabie permirent de reprendre le commerce avec Hendaye
4. Cependant, les commissaires espagnols se trouvaient toujours
— Affaires étrangères. — Ibià.y id., fol. 6 r°
— Affaires étrangères.
— Arch. de Fontarabie. 23 janvier1664,
Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 7 r°. et v°.
Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 12 et suiv.
Lettre originale des jurats de Hendaye à Fontarabie, 25 jan-
-64-
à Fontarabie, sans prorogation nouvelle 1, et dans la baie, sur la côte cantabrique, les Espagnols continuaient à poursuivre les gabarres labourdines
2. Le 15 avril, enfin, D. Joseph Romeu de Ferrer et D. Francisco Henriquez de Ablitas reçurent de Madrid de nouvelles commissions pour tout le mois de mai
3 ; mais les termes en parurent si obscurs et le délai accordé si court aux commissaires français que ceux-ci refusèrent, à leur tour, de délibérer tant que le roi d’Espagne n’expédierait pas une commission plus explicite, donnant plein pouvoir à ses commissaires pour décider, de la propriété du fleuve
5. Le 19 avril, les architectes nommés par le roi pour diriger les travaux de construction du nouveau fort arrivèrent à Hendaye ; c’était, de l’avis même des commissaires français, un remède plus efficace aux malheurs des sujets du roi de France que toutes les conférences qu’ils pourraient avoir avec les envoyés du roi d’Espagne
6. , Ces derniers, d’ailleurs, ne recevaient toujours pas les nouvelles commissions qu’avaient exigées d’eux les commis- saires français.
Cependant la tour s’élevait rapidement, face à Fontarabie, et le 13 juin, date à laquelle les commissaires français étaient tou- jours sans nouvelles de ceux d’Espagne, l’abbé de Saint-Martin Barès affirmait à Colbert qu’elle serait prête à recevoir la garni- son vers la fin du mois de juillet suivant6. Le 26 juillet, le roi envoyait des lettres à ses sujets de Hendaye dans lesquelles il
1 . — Cf. lettre des commissaires français à Hugues de Lionne, 15 mars 1664 : « . . . Nous attendons en ce lieu de pied ferme avec autant de phlegme que sy nous estions deux vrays Espagnols descendus de la race de Guzman ou de l’entiene maison de Don Pedro Ponce de Minerva et nous esperons d’avoir cette consolation que, sy l’on trouve des manquemens et des fautes dans nostre négociation, pour le moins ne pourra- t-on pas nous accuser d’avoir agy avec trop de précipitation dans les affaires, puisqu’il y a tantost un an et demy que nous sommes en cette frontière. » Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 40 r°.
2. — Arch. de Fontarabie. Lettre originale des jurats de Ciboure à Fontarabie,
24 février 1664.
5. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 48 r°.
4. — Ibid.j id., fol. 49 ru et suiv.
5. — Ibid., id., fol. 58′ v°.
6. —- Ibid., id., fol. 80 r° et v°.

– 65 –

leur annonçait son intention de fortifier la tour, comme ils en avaient exprimé le désir dans leur requête du 23 mars 1663, et sa volonté de les voir librement pêcher, commercer et navi- guer sur la Bidassoa1. Le 20 août on annonça l’arrivée prochaine du commandant de la nouvelle place, le capitaine Michel deLisle, qui se. trouvait alors à Saint-Jean-de-Luz2 ; le 30, il fit son entrée dans la ville, escorté de trente fantassins, au milieu des acclamations des Hendayais enthousiasmés3.
La fortification de Hendaye eut pour résultat immédiat que,
dès le lendemain, les habitants de ce bourg purent se servir de barques à quilles, sans que les gens de Fontarabie osassent protester. Les commissaires français constatèrent le fait, tout en feignant de n’en rien savoir, se félicitant de ce résultat qu’eux- mêmes n’avaient pu obtenir depuis leur arrivée sur cette frontière4.
Le 4 septembre, Don Bernardo de Puxol, secrétaire, des
commissaires d’Espagne, vint à Hendaye présenter aux commis- saires français les prorogations nouvelles, expédiées de Madrid le 26 août et leur donnant pouvoir de délibérer jusqu’au 12 sep- tembre5. Les commissaires français protestèrent, trouvant par trop exigu le délai fixé et réitérèrent leur intention de ne point conférer tant que les commissions du roi d’Espagne n’indique- raient pas que ses commissaires devaient s’occuper tant de l’usage que de la propriété du fleuve : ce que ne disait pas la présente commission 6.
1 . — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 105 r°.
2. :— Ibid., id.3 fol. 1 1 8 r°.
3 . — « . . . L e S r De Lisle que Sa Majesté a nommé pour commander dans la tour
de Hendaye y est entré le 50e du mois passé un jour de’ sabmedi avec trente soldatz de sa compagnie, un sergent et un tambour et six pieces de canon qu’il faisoit marcher a la teste de ses gens. Ce qui a fort surpris les habitans de Fuentarabie et ils ont de la peine a s’accoustumer (a ce que l’on nous a dit) a entendre battre du costé de France
la dianne et la retraitte, le soir et le m a t i n . . . » Affaires étrangères. Correspondance
politique. Espagne, tome 48, fol. 1 2 6 v°.
4. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 1 3 3 et
suivants,
5 . :— Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 1 2 1 r°.
6. — Ibid., i d v tome 48, fol. 126 r\

— 66 —
Le 7 octobre, les commissaires espagnols avertirent leurs
collègues français qu’ils se rendraient le 11 dans la baraque et qu’ils seraient particulièrement heureux de les y rencontrer. Les commissaires français impatientés ne se donnèrent pas la peine de leur répondre et, le 1 1 , Don Francisco Henriquez de Ablitas et Don Joseph Romeu de Ferrer attendirent en vain les envoyés du roi de France1.
Le 19, cependant, les quatre commissaires se réunirent dans l’île des Faisans2 ; les représentants espagnols commencèrent par déclarer que, voyant l’inutilité de leurs efforts à ramener la paix en ce pays, ils allaient, sous peu, quitter la frontière ; vraisem- blablement, ils n’.en avaient pas l’intention. Les commissaires français, cependant, se laissèrent prendre à cette ruse et désireux de ne point les laisser partir sans que le moindre accord eût été conclu, leur proposèrent une dernière solution, celle de recon- naître aux habitants de Fontarabie et de Hendaye des droits égaux sur la Bidassoa et de faire de ce fleuve une propriété indivise, quant à l’usage. Les commissaires espagnols promirent de réfléchir à cette affaire; le 27, ils répondirent qu’il leur fau- drait de nouveaux pouvoirs du roi d’Espagne, qu’il leur semblait inutile et inopportun de les demander, après tous ceux qu’ils avaient déjà obtenus, et que dans ces conditions, ils ne pouvaient encore rien décider3.
Les Hendayais, pendant ce temps, continuaient de naviguer
librement sur le fleuve avec des barques à quille, sans qu’aucune réclamation eût été faite de la part des Espagnols.
Toutefois, le 29 novembre, l’abbé de Saint-Martin Barès et le gouverneur de Bayonne se rendirent dans l’île des Faisans, à la requête des commissaires espagnols qui leur exposèrent que le roi d’Espagne avait appris avec stupéfaction que depuis quelque temps les Hendayais se servaient de barques à quille et qu’il n’entendait pas tolérer plus longtemps cette nouveauté, ajoutant
1 . — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 1 5 8 v°. 2. — Ibid.j icL, tome 48, fol. 158 v°, fol. 159 r° et v°.
3 . — Ibid,, id., tome 48, fol. 165 r° et v°.

qu’en vérité, Fontarabie consentirait peut-être à accorder à
Hendaye quelques droits que ce bourg n’avait pas jusque là, mais qu’à ce sujet les commissaires français feraient bien de S’entendre directement avec les délégués de Fontarabie1.
Ce fut la dernière conférence de l’année. Le 19 janvier 1665, les quatre commissaires se réunirent encore, sans rien décider ni rien faire qui pût légalement terminer des différends que l’apparition de quelques canons sur la rive d’Hendaye avait d’ailleurs fait complètement cesser depuis plus de cinq mois2. Depuis janvier, les commissaires espagnols laissaient sans nouvelles les commissaires français, ne voulant toujours pas consentir à ce que la Bidassoa fût non pas partagée entre les deux royaumes, mais seulement reconnue appartenir indifférem- ment, quant à l’usage, aux habitants de ses deux rives3 quand, le 27 juin, ils se décidèrent à prévenir leurs collègues français que des gabarres et des filets pris aux Hendayais le 25 novembre 1663 étaient à leur disposition à la douane de Fontarabie ; ils prenaient soin d’ajouter que le roi d’Espagne ne leur avait nullement donné l’ordre d’agir ainsi et que cette décision, due à leur seule initiative, prouvait suffisamment que leur désir était de voir régner la paix sur cette frontière. La vérité, c’est que, depuis la victoire de Schomberg à Villaviciosa, l’ordre était venu — de Madrid — de ne point davantage irriter le roi de France dont on pouvait tout craindre
4.
1. _ Affaires étrangères. Correspondance politique, Espagne, tome 48, fol. 185 et suivants.
2. — Ibid., ïd., tome 50, fol. 332 r°.
— ibid., id., tome 5 1 , fol. 75 r°.
retz et gavarres, avec quoy il s’entretenoit luy et sa famille, et l’autre réduit a aller demander l’aumosne, que néanmoins nous nous resjouissions chrestienement de ce bon mouvement de charité, de quelque 4. — « . . . A quoy nous luy respondismes que nous avions assés recognu dans toutte la suitte de cette commission le zele de Messieurs les commissaires d’Espagne pour l’entretien de la bonne correspondance entre ces deux peuples, mais qu’en cette rencontre nous ne pouvions pas nous empescher de luy dire que lesdits seigneurs commissaires avoient esté un peu tardifs a produire ce dernier acte de charité envers les propriétaires de ces retz et gavarres, puisqu’elles avaient esté enlevées des le 25e novembre 1 6 6 3 , depuis lequel temps l’un estoit mort de faim pour n’avoir peu ravoir ses endroit qu’il peut venir a Messieurs les Commissaires, quand mesmes il vien- droit du costé de P o r t u g a l . , . » Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne,
tome fol. 102 v \
manque 67
— 68 –
Le lendemain, les habitants de Hendaye se rendirent à Fonta-
rabie; mais les épaves qu’ils y trouvèrent étaient en si piteux état qu’ils n’en voulurent point  1. Les commissaires espagnols déclarèrent qu’ils n’avaient pas cru les gabarres et les filets si endommagés et promirent de les faire réparer.
L’inquiétude était évidemment grande à Fontarabie ; l’on y craignait quelque invasion venant de France. L’un des représentants espagnols, D. Francisco Henriquez de Ablitas se rendit à Pampelune pour conférer à ce sujet avec le vice-roi 2. A son retour, deux pièces de canon furent conduites du château du Figuier à l’intérieur des remparts de la Cité ; le 10 juillet, une petite troupe armée entra dans la ville ; enfin, un navire chargé de blé fut acheté au port de Saint-Sébastien et conduit au port de la Madeleine3.
A la fin du mois de juillet, les commissaires espagnols prièrent leurs collègues français de se rendre à la baraque. Le 11 août, l’abbé de Saint-Martin Barès et M. d’Artagnan y allèrent. L’entrevue fut, d’ailleurs, comme les précédentes, parfaitement inutile ; les commissaires espagnols exprimèrent le vœu qu’avant toute chose, Hendaye réparât les dommages qu’elle avait commis à l’égard de Fontarabie, ce à quoi les commissaires français répliquèrent, comme ils l’avaient déjà fait tant de fois, qu’ils ne reconnaîtraient les droits de Fontarabie qu’on ne les leur montrât indubitablement établis par des documents authentiques 4.
Le 17 septembre, Philippe IV mourut. Cet événement fit grand bruit sur la frontière5 et dans la crainte plus forte que jamais d’une prochaine invasion française, les habitants de Fontarabie 1 . — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, t. 5 1 , fol. 103 r°.
2. — Ibid., id., fol. 103 v°.
3 . — Ibid., id., tome 5 1 , fol. 1 1 8 r° et v°.
4. — Ibid., id., fol. 1 5 8 et suivants.
5. — Cf. Lettre de l’abbé de Saint-Martin Barès à Hugues de Lionne, 23 sept. 1665 :
« . . . Comme aussi il vous plairra me faire connoistre de quelle maniéré il faudra agir doresnavant avec Messieurs les Commissaires d’Espagne, veu la mort de Sa Majesté Catholique qui faira sans doutte changer de face a toutes les affaires d’Espagne, et j e YOUS dois dire en passant que la personne que j’avois envoyé ce soir a Fuenterabie pour veriffier cette nouvelle m’a rapporté que les premieres paroles que l’alcalde de Fuenterabie avoit dict après avoir entendu la nouvelle de la mort du roy Catholique avoient esté

– 69 –
continuèrent à fortifier leur ville
1. Toutefois, contrairement à ce que paraissaient supposer les commissaires français, les délégués espagnols demeurèrent à la frontière ; ils se réunirent même le 14 octobre dans l’île des Faisans avec leurs collègues français, à propos d’un vol commis par des Guipuzcoans sur la rive française de la Bidassoa
2. Le 29 eut lieu une seconde réunion
3. Les commissaires espagnols n’avaient pas encore reçu les nouvelles commissions que le roi de France exigeait d’eux. Les commissaires français s’impatientèrent et déclarèrent comprendre d’autant moins ce mauvais vouloir et cette lenteur calculée à produire les pouvoirs demandés qu’eux-mêmes avaient toujours présenté leurs commissions dans le plus bref délai possible
4. Sur ce, les commissaires se séparèrent. Le jour même, dans l’après-midi, le vice-roi de Navarre, duc de San German, arriva à Fontarabie dont il visita minutieusement les remparts
5 Cependant — et c’était là un résultat fort appréciable — les
Hendayais continuaient de naviguer et de pêcher librement sur celles-ci
: « Senores, en poco tiempo saremos en Francia, sin salir de nuestras casas », voulant dire par là que, Fuenterabie estant a la dépendance de la haute Navarre et la haute Navarre appartenant a la Couronne de France, Sa Majesté ne laisseroit pas eschapper une si belle conjoncture sans en demander la restitution et de s’en mettre en possession… » Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 5 1 , fol. 272 v° et 275 r°, et cette autre lettre également adressée par l’abbé au même Hugues de Lionne, le 26 septembre 1665 : « . . . Toutte la ville de Fuentarabie est en grand deuil de la mort du Roy d’Espagne. Nous ne sçavons pas si cela les fera venir plus équitables pour le fait de nostre négociation et si ce nouvel exemple les faisant resouvenir qu’il faut qu’ilz meurent comme leur Roy et qu’il n’y a point de salut sans restitution du bien mal acquis ou uzurpé, ilz ne se résoudront point a rendre de bonne foy a Sa Majesté ce qu’ilz lui détiennent si injustement et qu’ilz lui refusent depuis tant d’années… » îbid.. id., tome 5 1 , fol. 297 v° et 298 r°.

1. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, fol. 3 1 0 r°.
2. — Ibid.j id., fol. 3 3 5 v°. •
3 « . . . Jeudy dernier 29e, nous eusmes conférence avec Messieurs les Commissaires
d’Espagne dans la Barraque ordinaire de l’isle des Faisans où les dits commissaires compareurent en habit de dueil et avec des visages fort contritz et affligés ; ce qui nous donna occasion de leur faire le compliment de condoléance sur la mort du Roy Catho- lique, leur maistre, que nous avions différé jusques a ce qu’ilz eussent pris le dueil. Auquel ils nous respondirent fort succintement et passèrent d’abord a « las alabanças de Carlos 2° », leur jeune Roy… »

Ibid., id., fol. 363 r°.
4. —- Ibid., id., fol. 363 r° et v°.
5 . — Ibid., id., fol. 364 rb.

—7O —
le fleuve, sans être nullement inquiétés. Le 3 novembre, ils cap- turèrent une baleine dans la rade du Figuier et, contrairement à ce qui s’était toujours passé jusqu’alors, la ramenèrent au port de Hendaye. Ils en furent si joyeux que, grimpés sur le dos du monstre, ils burent en chœur à la santé du roi de France 1.
Pour le moment, les habitants de Fontarabie ne songeaient qu’à prévenir les dangers d’un prochain siège2 ; ils préparèrent même une flotille vraisemblablement destinée à repousser le premier choc des galères françaises ; ils recrutèrent dans ce but des pilo- tes, dans toute la région avoisinante; chose curieuse, ils enrôlè- rent des Labourdins et l’on vit même des Hendayais, des jurats de la ville, se faire inscrire, ignorants peut-être, il est vrai, de la besogne à laquelle on les destinait3. Néanmoins, les commissaires français, agacés par ces préparatifs et surtout indignés de voir les Hendayais oublier si rapidement leurs anciennes inimitiés, — inimitiés pour lesquelles eux, commissaires, se morfondaient depuis plus de deux années en ces parages, — avisèrent le ministre De Lionne de ce singulier état de choses et demandèrent qu’une ordonnance prescrivît désormais aux jurats de ne point quitter leur paroisse tant qu’ils seraient en charge 4.

1. — Affaires étrangères. Correspondance politique, Espagne, foi, 381 r° et v°.
2. -— « . . . Les habitans de Fuenterabie sont tellement éspouvantés, à ce qu’on nous
vient de dire, qu’ils ont tenu cinq assemblées généralles en moins de 48 heures, aus- quelles Messieurs les Commissaires d’Espagne ont assisté. Et après touttes ces assemblées, ils ont despeché un correo volante a Madrid pour représenter au Roy d’Espagne le mauvais estât de la place et demander 1500 hommes pour y mettre dedans et du bled pour six mois, attendu qu’il n’y en a pas une seule fanegue (c’est ainsi qu’ils nomment leur mesure) dans tous les magasins, et comme nous avons voulu sçavoir le sujet pour lequel ils estoîent si alarmés, il nous a esté respondu que c’estoit sur l’advis des levées de cinquante mille hommes qu’on faisoit dans la Guyenne destinés pour venir recouvrer la Navarre et qui doivent commenter par la prise de Fuentarabie. Pour moy, j’ay dit a ceux qui m’ont parlé de cela que je croyois que le plus grand ennemi que les soldats de Fuentarabie eussent à craindre estoit la fain et qu’asseurement le gouverneur de la place avoit faict courir tous ces faux bruictz et despecher un courrier a la cour de Madrid pour leur mettre le feu soubz le ventre, afin qu’ils lui envoyassent du pain et de l’argent pour sa garnison et pour lui m e s m e . . . » Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 5 1 , fol. 450 r° et v°.
3 . — Bibl. NatMél. Colbert, vol. 1 3 4 b i s , fol. 5 0 6 v°, et Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 5 1 , fol. 449 v°.
4- — « . . . en sorte qu’il me semble, sauf le meilleur advis de Votre Excellence, qu’il seroit bon qu’il pleut a sa Majesté nous envoyer un ordre portant que Sa Majesté veut et entend que les juratz resident actuelement pendant l’année de leur charge dans les

7I —
L’année 1665 finissait et rien n’avait encore été décidé ; bien
mieux, les commissaires d’Espagne faisaient courir le bruit, sur la frontière, de leur prochain départ. Le 5 janvier 1666, les com- missaires français les sommèrent une première fois d’avoir à leur répondre, si, oui ou non, il existait encore des commissaires du roi d’Espagne et si, comme ils l’avaient fait entendre à plusieurs personnes, le corregidor de Guipuzcoa, D. Martin Joseph Badaran de Osinalde, viendrait bientôt remplacer D. Francisco qui devait se retirer en Navarre 1. Le 12, D. Joseph Romeu de Ferrer et D. Francisco Henriquez de Ablitas vinrent à Hendaye pour pren-
dre congé des commissaires du roi de France leur attitude
parut peu franche et les commissaires français crurent voir dans ce prétendu départ un habile moyen de précipiter, en faveur de Fontarabie, la solution des différends. Cependant, le même jour, D. Francisco partit pour Pampelune avec toute sa famille3. Dès le lendemain, 13 janvier, les commissaires français réitérèrent leurs sommations 4 ; un de leurs secrétaires se rendit à Fontarabie, à qui D. Joseph Romeu déclara qu’il n’y avait plus de commissaires du côté d’Espagne et que, s’il était lui-même encore en ce pays, c’est qu’il attendait le carrosse qui bientôt le recon- duirait à Madrid.
Le secrétaire se rendit ensuite à la demeure de D. Francisco
Henriquez de Ablitas 5 ; il y fut reçu par’ le propriétaire de la maison, brutalement, avec menace d’être poignardé s’il ne quit- tait pas immédiatement les lieux 6.

paroisses dont ils sont juratz, comme estant les chefz du peuple et estant nommés pour les gouverner et y maintenir le bon ordre avec inhibitions et deffences de s’en absenter que’pour les affaires du Roy ou ceux desdites parroisses dont ils sont j u r a t z , . . » Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 5 1 , fol. 449 v°.
1 . — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 52, fol. 19 et
suivants.
2. — Ibid.j id., tome 52, fol. 68 v°.
3 . — Ibid.j id.; fol. 97 v°.
4. — Ibid.j id., fol. 13 r°.
5 . — Ibid., id., fol. 1 5 et 16.
6. — « … lequel Joseph de Soubiabre, propriaitaire de ladite maison, après m’avoi pris rudement ladite coppie des mains, conimença a jeurer et blasphemer le saint nom de Dieu, menassant tant moy notaire que Me Pierre de Berrogain, pretre et aumosnier de la tour de Hendaye, et M0 Arnaud Birac, secretaire de Monsieur l’abbé de St Martin

— 72 —
Cependant, le jeudi 4. février, D.Joseph Romeu de Ferrer et
toute sa suite quittèrent Fontarabie, se rendant à Madrid. Restés seuls sur les bords du fleuve, les commissaires français et notam- ment l’abbé de Saint-Martin Barès, jeune prélat désireux de revoir la cour et de s’y faire donner l’un des plus beaux évêchés de France, n’eurent plus qu’un désir, quitter ces parages maudits et de leur vie n’entendre jamais plus parler de la Bidassoa. Le roi, toutefois, ne semblait pas être de cet avis et continuait de mander à ses malheureux commissaires de signer quelque accom- modement avec ceux du roi Catholique qui, selon lui, regagne- raient bientôt Fontarabie. Le 21 février, l’ordre fut donné aux commissaires français de faire une dernière sommation aux com- missaires d’Espagne ; l’intention du roi était alors de retirer l’abbé de Saint-Martin Barès et de nommer à sa place un officier du gouvernement de Bayonne 1.
Le ÏÏ mars, en effet, Louis XIV écrivait à Henri d’Artagnan qu’il allait nommer à la place de l’abbé M. d’Echeverri2, officier sur lequel nous n’avons d’ailleurs aucun renseignement. Toute- fois, le 24 mars, l’abbé de Saint-Martin était toujours à Hendaye, criblé de dettes et sans argent, désespérant de jamais revoir Paris  3.
Cependant, les habitants de Hendaye continuaient à user libre-

Bares, qui estoient venus avec moy pour servir de tesmoins, de nous mal traicter si nous retournions une autre fois dans sa maison, de laquelle il nous chassa disant plusieurs et diverses injures attroces en langue espagnole, et pour ce que ledit Berrogain lui avoit respondu qu’il auroit tort de nous mal traicter de la sorte, icelui Joseph de Soubiabre auroit tiré a demi son espée du fourreau et dit audit Berrogain qu’il avoit envye de la lui passer au travers du corpz et que nous méritions d’estre pendus et tous les autres françois aussi qui estoient de « picaros et lutheranos », et non content de ce, ledit Don
Joseph nous auroit suivis jusques au bort de la Riviere Bidassoa… » Ibidid., fol. 11 6 r°.
1. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 5 2 , fol. 1 1 8 r°.
2. — Ibid., id., fol. 2C6 r°.
5- — Cf. cette lettre de l’abbé à un de ses amis : « . . . J’attens response a toutes mes precedentes et surtout des nouvelles de Monsieur de Fussember pour sçavoir si mon argent est a Bourdeaux, vous suppliant de solliciter le dit Sr, car je suis miserable et je dois a Dieu et au diable, et comme je me préparé pour partir par la grâce de Dieu de ce pays et vous aller voir, jugez si j’ay besoin de l’argent. Je vous prie, ne perdes point de temps afin qu’avant partir d’icy j e reçoive la lettre de change de 3000 livres ou pour le moins que j e la trouve a Bourdeaux s’il vous plaist. Mais pressés de la bonne façon, je vous en prie. Je suis si aise de sortir de ce diable de cul de sac que vous ne le sçauriés c r o i r e . . . , » Ibid., id., fol. 207.
_____________________________________________
ment de la Bidassoa, d’y pêcher et d’y naviguer sur toutes sortes
d’embarcation, sans que ceux de Fontarabie fissent aucune récla- mation 1. Tout au contraire, les Hendayais, à leur tour, se montrèrent agressifs et le 1er avril saisirent l’alcalde Martin de Ambulodi qui, soi-disant par mégarde, avait dépassé le milieu du fleuve, tenant à la main sa baguette haute 2. Les Hendayais étaient, d’ailleurs, dans une telle joie que, le 26 avril, ils dépu-tèrent au roi un de leurs jurats,
73
Joannisco de Galbarette, chargé de transmettre au souverain leurs très humbles remercîments   3.
L’abbé de Saint-Martin Barès, de son côté, ne dissimulait pas
le plaisir que lui procurait l’idée de quitter ces parages et de revoir bientôt Paris où, selon toute vraisemblance, il arriverait vers le milieu du mois de mai. Il lui fallait auparavant rédiger conjointement avec M. d’Artagnan le procès-verbal de tout ce qu’ils avaient fait pour la conclusion des fameux différends, pour le moment terminés, sans que rien eût été d’ailleurs officielle- ment décidé 4M. d’Echeverri, le nouveau commissaire, arriva à la fin du mois à Hendaye ; il fut froidement accueilli par la population qui le détestait depuis 1659, époque à laquelle, lors du traité, il avait maladroitement, au nom du comte de Gramont, fait de trop avantageuses propositions aux habitants de Fontarabie5. En réalité, toute commission avait cessé de part et d’autre du fleuve et le rôle de M. d’Echeverri semblait devoir être surtout celui de juge et d’arbitre des différends qui pourraient encore survenir entre les habitants des deux villes rivales.
Le départ de l’abbé de Saint-Martin Barès fut regretté des
Hendayais qui se reprirent à désespérer de jamais pouvoir être sérieusement protégés contre les vexations des Espagnols. Le seul avantage qu’ils avaient retiré des récentes commissions était
1. — Ajjaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, fol. 238 r° et v°. 2. — [bid., ici., fol. 237 r° et 239 r°.
3. — Ibid., id., fol. 283 r°.
4. — Ibid., id., tome 52, fol. 4 1 4 et suivants. Arcb. NatK 1670, et Bibl. Nat
Mél. Colbert, vol. 15, fol. 5 1 4 et suivants.
5. — Ibid., id., tome 52, fol. 4 1 7 r°.
73 manque
— 74 –
que, déjà pauvres et malheureux sans cette nouvelle charge, ils
devaient désormais entretenir une garnison bien plutôt destinée à leur enlever toute liberté qu’à réprimer les attaques des Espagnols1.
Ces plaintes, empreintes d’un mauvais esprit assez dangereux de la part d’une population frontière, firent quelque effet à la cour de France ; l’abbé de Saint-Martin Barès se dévoua ; il repartit pour Hendaye, en vertu de nouvelles commissions que, le 6 août 1666, Louis XIV lui accorda, ainsi qu’à M, d’Artagnan, gouverneur de Bayonne2.
Le 16 septembre, une tartane venant de Marseille entrait à la nuit dans la baie du Figuier, faisant voile directement sur Hen- daye, quand, de Fontarabie, des embarcations garnies d’hommes armés, vinrent l’accoster. L’équipage, inférieur en nombre, fut fait prisonnier et la tartane, remorquée par les barques espagnoles, amenée à la Lonja3.
Les matelots marseillais, bientôt relâchés par la justice de Fon-
tarabie, résolurent de se venger et, dans la nuit du 12 au 13 oc- tobre, sous la conduite d’un jurat de Hendaye, capturèrent en vue de St-Jean-de-Luz une barque de Fontarabie venant d’An gleterre 4. Les commissaires français, qui déjà s’étaient plaints à D. José Badaran de Osinalde, corregidor de Guipuzcoa et commissaire du roi d’Espagne5, espéraient que cette saisie activerait, par voie d’échange, la délivrance de la tartane marseillaise6. Il n’en fut
1 . — Cf. lettre orig, des jurats hendayais, Joannis de la Parque, Pétri de Bergara, Pétri de Macondo, à Hugues de Lionne : « . . . . et malheureux que nous sommes, nous restons avecq ce diable de tour et de garnisson sur les bras qu’il nous caussera la ruine et de tout le pays de Labourt quy nous veut ung grand mal de mort a causse de la ditte tour, dissant que c’est pour hostter toutte liberté au pays et que nous pouvons bien juger que la ditte tour n’a pas esté faitte pour la Riviere de Bidasoa puisqu’on ne s’et pas souscié de la conserver du costé de France. . . » Ibid., id., fol. 4 1 8 r°.
2. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, t. 48, fol. 223 r° et v°.
3 . — Arch. de Fontarabie. Lettre de D. José Badaran de Osinalde aux alcaldes,
•2.6 septembre 1666.
4. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne} tome 53, fol. 221 r°.
5. — Arch. de Fontarabie. Lettre originale de D. José Badaran de Osinalde aux
alcaldes, 3 0 septembre 1666.
6. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 53, fol. 221 r°.____________________________________________
–75–
rien. D. José Badaran de Osinalde écrivit à Madrid pour
demander quelle devait être la solution de ce nouveau différend1 ; mais avant qu’il eût pu obtenir une réponse, les habitants de Fontarabie mettaient en vente les marchandises dérobées 2.
Le lendemain même de l’attentat de St-Jean-de-Luz, une nou- velle occasion fut providentiellement offerte aux Espagnols de nuire aux malheureux Hendayais. Un navire anglais contaminé traversa la barre ; chassé pour ce motif du port guipuzcoan, il fit voile vers Hendaye. Les alcaldes, aussitôt, décidèrent qu’à partir de ce moment toute relation devait cesser avec Hendaye et, non contents de défendre l’accès de leur ville aux Labourdins, prièrent leurs collègues de Lezo et de Pasajes d’agir de même en préve- nant la province qu’il serait peut-être bon d’étendre cette mesure

à tous les ports dépendants de sa juridiction Les commissaires français ripostèrent fort habilement en déci-
dant que, dans ces conditions, l’accès de Hendaye, de Béhobie et de Biriatou, c’est-à-dire de toutes les communes riveraines de la Bidassoa, serait interdit jusqu’à nouvel ordre aux habitants de Fontarabie5. Or, il ne se passait pas de jour que ces derniers n’eussent besoin de venir au bourg de Hendaye s’approvisionner de denrées qu’ils ne pouvaient se procurer que difficilement sur la rive espagnole.
Depuis plus de deux mois, toute relation avait cessé entre les
deux villes voisines quand, le 8 janvier 1667, ne pouvant sup- porter plus longtemps un état de choses aussi préjudiciable à leurs intérêts, les habitants de Fontarabie envoyèrent dire à Hendaye que, de nouveau, leur ville était ouverte aux Labour- dins et qu’ils regrettaient sincèrement cette mesure prise sur l’initiative malencontreuse de quelques conseillers communaux,

1. — Arch. de Fontarabie. Lettre orig. de D. José Badaran aux alcaldes, 26 sep. 1666.
2. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne} tome 53, fol. 221 r°.
3. — Cf. lettre des alcaldes de Fontarabie à ceux de Lezo et de Pasajes, 15 octo-
bre 1666. Arch. de Fontarabie.
4. — Cf. lettres des alcaldes à la Députation Provinciale, 16 octobre 1666. Arch. de Fontarabie.
5. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 53, fol. 258 v \

– 76 –

particulièrement mal intentionnés à l’égard des Français 1. De
nouveau, Espagnols et Français purent librement traverser la frontière.
Le Ier février, les commissaires français envoyèrent à Fonta- rabie un messager chargé de prier les commissaires d’Espagne de vouloir bien se rendre quelque prochain jour à la baraque pour y terminer ces interminables différends. Le messager revint ; les commissaires espagnols avaient quitté la frontière et déclaré à qui voulait bien les entendre que jamais plus ils n’y reviendraient, préférant que les commissaires français établissent seuls une sentence à laquelle, eux-mêmes n’y ayant point participé, les habi- tants de Fontarabie ne seraient nullement tenus de se conformer 2.
En vérité, les querelles entre Ondarabiarres et Hendayais
avaient singulièrement diminué d’intensité; évidemment, au large de la côte basque, du Boucau à Saint Sébastien, les corsaires de Fontarabie ne se gênaient pas pour arrêter les galères françaises allant en Portugal, mais ce n’était plus dans la baie cette vie infernale et ces rixes interminables et sanglantes qui jadis déso- laient la frontière.
Néanmoins, le 26 février, les commissaires français publièrent
une sentence, dans laquelle ils attribuaient au roi de France la propriété de la moitié du fleuve, d’Endarlatza à son embouchure, entre les dunes sablonneuses d’Ondarraïtz et la pointe rocheuse du Figuier. En outre, les habitants de Hendaye et des communes adjacentes avaient le droit de naviguer dans toute l’étendue du fleuve avec toutes sortes d’embarcations à quille et sans quille ; ils pouvaient librement pêcher avec toutes sortes d’engins, commercer non moins librement sur toute la rive française, charger et débarquer des marchandises au port de Hendaye, y piloter et ancrer des navires étrangers. De plus, les sujets Labourdins de Sa Majesté Très Chrétienne pouvaient cultiver à leur guise les îles du fleuve détachées de la rive française3 et jouir
Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 55, fol. 34 r°.
ïbidid., foi. 88 r°.
Les Juncaux actuels._______________________________

— 77 —
librement des nasses et des moulins établis tant au Pas de Santiago qu’à Béhobie et Biriatou
1.
La sentence fut à peine connue à Fontarabie que les habitants de cette ville, en manière de protestation, attaquèrent de nouveau les Labourdins ; chose curieuse, ils persécutèrent surtout, le long de la côte basque, les marins bayonnais qui, cependant, n’étaient
I. — Des copies de cette sentence, dont nous ne possédons point le texte original, se trouvent aux Archives communales de Hendaye, DD i , aux Affaires étrangères. Corres- pondance politique. Espagne, tome 48, fol. 226 et suiv., et tome 55, fol. 125 et suiv., et à la Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 15, fol. 506 et suiv. C’est de cette dernière copie que nous extrayons les passages suivants : « Dans la possession de la moytié de laquelle riviere, le grand canal d’icelle, en quel lieu qu’il puisse estre et se changer a l’advenir, depuis ledit lieu d’Andarlatz, où elle commence d’arrouser les terres de France, jusques dans la mer inclusivement, ensemble de la moytié des dites conche, rade et nasse de Biriatu et de la totalité desdits isles et jouncaux qui sont au deçà le milieu de ladite riviere et des dits passages de Biriatu, de Behobie, de l’Hospital Saint Jacques et de Hendaye, nous avons maintenu et maintenons lesdits habitans de Hendaye et autres subjetz de Sa dite Majesté très chrestienne, et en conséquence avons ordonné et ordon- nons qu’ils continueront d’en jouir plainement et paisiblement et qu’ils auront le droict et faculté de naviguer avec toute sorte de vaisseaux à quille et sans quille et de pescher avec toutte sorte de retz et en tout temps aux saumons, sardines et a toutte autre sorte de poisson dans toutte laditte rivière Bidassoa, conche et rade, et d’entrer et sortir a la mer par la barre et emboucheure commune, rader et anchrer dans ladite conche, charger et descharger dans les vaisseaux qui seront dans leurs portz et dans ladite conche toutte sorte de denrées et marchandises qui entreront ou sortiront par la dite rivière et qui viendront tant par icelle que. par mer ou par terre au dit port de Hendaye et autres lieux desdites frontières de France et d’Espagne, et de passer et repasser de France en Espagne et d’Espagne en France, soit au devant de Fuentarabie ou par les autres endroicts de la dite riviere, a touttes heures du jour et de la nuict, toutte sorte de bestail et de marchandises avec leurs dits bastimens à quille et sans quille de la mesme manière que ceux de la dite ville de Fontarabie et autres subjetz de Sa dite Majesté Catholique font et en uzent, et d’ayder à faire entrer et sortir de ladite riviere leurs navires et ceux des estrangers, avec leurs chaloupes et pinasses, iceux rader et anchrer dans la dite conche, si besoing est, et de tenir en leur port de Hendaye et autres toutte sorte de navires, barques, chaloupes et pinasses a I’anchre pour les charger et descharger, y vendre en destail, hiverner ou autrement, a la charge touttes fois de payer à la Tour de Hendaye l’antien droit d’anchrage et hivernage desdits vaisseaux : sçavoir, pour chaque navire, la somipe de trois livres, pour chaque patache ou barque quarante sols, pour chaque pinasse vingt sols, pour chaque chaloupe, gavarre ou autre petit bastiment un carolus valant dix deniers, et de faire generallement toutte sorte de navigation et de pesches sur ladite riviere, conche et rade, sans aucune restriction, comme aussy de labourer et cultiver lesdites isles et jouncaux, et particulièrement la grande isle appellée Insura, avec faculté de faire bastir et construire des moulins sur ladite riviere, et qu’ils jouiront plainement et paisiblement des passages de Biriatu, de Behobie, de l’Hospital et de Hendaye, ensemble des moulins, isles, nasses et pescheries qui sont sur ladite riviere du costé de France, avec les mesmes privilèges, franchises et advantages que lesdits habitans de Fontarabie et autres subjetz de sa dite Majesté Catholique jouissent de leur costé sans exception quelconque et sans que ceux de Fontarabie ny autres puissent exiger des habitans de Hendaye et autres subgetz de sadite Majesté très chrestienne aucun droit ny reconnoissance ; sçavoir les habitans du quartier de Biriatu jouiront et posséderont le passage dudit lieu de Biriatu et la moytié de ladite nasse appelée Martias Corenea ;

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jamais intervenus dans les différends de la Bidassoa1. Le 15 mars, cependant, ce furent des Hendayais que les Ondara- biarres attaquèrent ; un habitant de Hendaye, Joannisco de Galbarette, premier jurat de la ville, entre temps corsaire, avait capturé dans les parages une galère anglaise qu’il ramenait à Hendaye quand, à la barre, son équipage dut subir une canonnade effrénée de la part des soldats espagnols postés dans le fort du Figuier2. Les réclamations des commissaires français contre cet attentat, qui pouvait, à lui seul, constituer une véritable déclaration de guerre, furent vaines et, par la suite, les querelles reprirent incessantes, comme aux plus mauvais jours des années 1617 et 1618, entre Labourdins et Guipuzcoans.
Cependant, l’abbé de Saint-Martin Barès et M. d’Artagnan, en attendant la confirmation de leur sentence, s’occupaient du recrutement des matelots basques destinés à la flotte qui devait investir les ports flamands.
Le bruit de cette levée de marins Labourdins effraya quelque peu les populations guipuzcoanes, et vers la fin du mois de juillet le bruit se répandit à Fontarabie, à Irun et à Saint-Sébastien que les troupes du roi de France allaient bientôt traverser la frontière3. Le capitaine De Lisle demanda du renfort àColbert, car l’intention des Espagnols était, paraît-il, de ne pas attendre l’arrivée des Français et d’attaquer le plus tôt possible la tour de Hendaye, d’ailleurs mal défendue4.
Le 28 août, les deux ambassadeurs espagnol et français, le
Marquis de la Fuente et l’Archevêque d’Embrun, tous deux

les habitans de la paroisse d’Urrugne jouyront et posséderont le passage de Behobie ; les habitans de Hendaye, le passage de l’Ospital Saint Jacques avec celuy de Hendaye, vis a vis de Fuentarabie, comme aussy jouiront et posséderont lesdits habitans de Hendaye toutte la grande isle appellée communément Insura et autres terres appelées j o u n c a u x . . . » (fol. 5 1 0 et suiv.). Un exemplaire de cette sentence rédigée en castillan à l’usage des commissaires d’Espagne est conservé aux Archives municipales de Fonta- rabie.
1 . — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 55, fol. 177 r° et v°.
2. — Ibid., id., fol. 178, r° et Arcb. de Fontarabie. Lettre du corregidor aux alcaïdes
de la Cité, 16 mars 1667.
3. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 55, fol. 525 r°.
4. — Bibl. Nat.y Mél. Colbert, vol. 144, fol. 549 et 550.
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78 manque
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rappelés par leurs souverains, se rencontrèrent à la frontière ; ils
eurent une courte entrevue, sur la Bidassoa, dans une barque ancrée au milieu du fleuve1. L’archevêque resta .quelques jours à Hendaye, auprès de l’abbé de Saint-Martin Barès, désormais seul commissaire; car, quelques jours auparavant, M. d’Artagnan était mort à Bayonne2.
L’année 1667 s’acheva sans que l’abbé de Saint-Martin Barès, malgré ses demandes maintes fois réitérées, eût reçu de la Cour la confirmation de la sentence prononcée le 26 février. Elle fut enfin confirmée le 25 janvier 1668, à Saint-Germain-en-Laye3, au moment même où les querelles reprenaient, plus fréquentes que jamais, entre Basques espagnols et français.
Mais alors — chose curieuse — ce fut surtout une commune
française, voisine d’Hendaye, celle d’Urrugne, qui, non pour complaire aux Espagnols, mais pour nuire aux Hendayais contre lesquels le vicomte d’Urtubie devait l’exciter pour des raisons personnelles, refusa d’observer la sentence et fit mine de recon- naître aux habitants de Fontarabie des droits contre lesquels elle- même avait jadis violemment protesté
4. Louis XIV, averti, manda à tous ses officiers de Labourd
de faire strictement observer la sentence par tous les habitants
1 . — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 56, fol. 47 r°.
2. — Cf. la note ajoutée par l’abbé de Saint-Martin Barès à la lettre qu’il écrivait de
Bayonne, le 31 août 1667, à Hugues de Lionne : « j e ne doutte pas que Votre Excellence n’ayt sçeu la mort de M. d’Artagnan, lieutenant de Roy de Bayonne, qui feut enseveli lundy dernier 29e du courant ; j’estime que, si nostre commission n’eust prins fin, il auroit vesçu plus long temps ; le Roy a gaigné par sa mort dix mille livres qui lui estoient dheu de ses appointemens. » Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 56, fol. 47 r°.
3 . — Bïbl. Nat.j Mél. Colbert, vol. 146, fol. 4 1 6 r° et v° et vol. 147., fol. 349 r° et v°.
4: — Cf. lettre orig. du jurât hendayais, Mounjouny de Gource, au ministre Hugues
de Lionne, juillet 1668 : « . . . La communauté d’Urrugne s’oppose a ladite sentence et fait beaucoup de violançe, et l’ayant informé contre eux et presanté requete a Monsieur l’intendant Pellot lequel auroit remis a Monsieur le Lieutenant General de Bayone avec ordre de nous faire droit et justiçe, çe quy n’a pas volu faire et j e n’ose pas le dire le sujet pour quoy, cet pourquoy sy Votre Excellence nous puise obtenir du Roy d’ordonner audit sieur Intendant Pellot de faire executer la dite sentence et de nous endomager de tout depens, domage, interet que la dite comunauté d’Urrugne nous ont caussé ; vous voyès, Monseigneur, que je suis âgée et que je né point d’anfent et que tout çe que je fait, cet pour l’amour de ma patrie, car a mon particullier je suis très content du bien que Votre Excellence me fait jouir pour passer honnetement notre vieillesse. , , » Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 57, fol. 145 r°.
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de cette province1. Les esprits se calmèrent enfin; le bon
accord revint entre Urrugne et Hendaye. L’abbé de Saint- Martin Barès partit à son abbaye de la Chaise-Dieu 2 et la vie sur les rives du fleuve redevint ce qu’elle était jadis, avant l’arrivée des commissaires : les querelles continuèrent, avec captures et échanges mutuels de prisonniers ; les plaintes qui, le plus souvent, devaient rester sans réponse précise, affluèrent à Bayonne, à Pampelune, à Saint-Sébastien, à Madrid, à Paris3, mais était-il désormais bien nécessaire de faire revenir à la fron-
tière de nouveaux commissaires ?
Cependant, dès janvier 1669, le roi de France fit savoir offi- ciellement à ses sujets de Hendaye et autres communes adja- centes qu’il prétendait les maintenir dans leurs droits et saurait répondre aux provocations des Espagnols4. De leur côté, les alcaldes de Fontarabie écrivaient à la Reine Régente d’Espagne demandant instamment la nomination de nouveaux commis- saires 5. Le 8 janvier, la nouvelle parvint sur les bords du fleuve que le nouveau corregidor de Guipuzcoa, Don Manuel Bernardo
1. — « D e par le Roy. Sa Majesté désirant que la sentence donnée le 25e febvrier de l’année derniere par le feu Sr d’Artagnan, lieutenant pour Sa Majesté dans le gouver- nement de Bayonne et le Sr Abbé de Saint-Martin Barès, conseiller en son Conseil d’Estat, commandeur de son Ordre de Saint Michel, commissaires par elle nommés pour le règlement des limites du royaume le long de la riviere Bidassoa au pays de Labourt et qu’elle a confirmée par la ratification expresse du 25e janvier dernier, soit exécutée en tous ses pointz, sadite Majesté a ordonné au Sr. de S1 Pée, son lieutenant dans ledit gouvernement de Bayonne et pays adjacens, de tenir la main à l’execution de ladicte sentence et de se transporter pour cet effect, conjointement et ave.cq ledit S r abbé de Saint-Martin Barès, en tous les lieux de ladite frontiere que besoing sera pour restablir et mettre en possession et jouissance des isles, nasses et passages men- tionnés dans ladite sentence tant les habitants de Hendaye, Urrugne et Biriatu que autres sujetz de sa dite Majesté habitans de ladite frontiere, enjoignant très expresse- ment sa dite Majesté ausdits baillyf, scindig, bailles, abbés, juratz et autres dudit pays de Labourt qu’il appartiendra de prester toute ayde et assistance lorsqu’ils en seront requis, soubz peyne de désobéissance. » Affaires étrangères. Correspondance politique, Espagne, tome 57, fol. 63 r°.
2. — Bibl. Nat, Mél. Colbert, vol. 149, fol. 138 et suiv.
3- — Cf. entre autres documents intéressants : lettre originale des jurats de Saint-Jean- de-Luz aux alcaldes de Fontarabie (28 septembre 1668). — Lettre du Capitaine général à la Cité (28 septembre 1668). — Lettre de la Cité à la Province (3 octobre 1668). — Lettre du Capitaine général à la Cité (18 octobre 1668) Arch. de Fontarabie ; — et lettre originale des jurats hendayais à Hugues de Lionne ( 1 4 décembre 166S). —
Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 57, fol. 1 5 1 et 1 5 2 .
4. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 5 7 , fol. 167 et 168. 5 . — Arch. de Fontarabie. Lettre des alcaldes à Marie-Anne d’Autriche, 5 janvier 1669.
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de Quiros, devait remplacer D. Martin José Badaran.de Osinalde 1 et que bientôt il viendrait, ainsi que D. Francisco Henriquez de Ablitas, s’entendre avec les commissaires du roi de France sur la solution à donner aux incidents récemment survenus2. Toutefois, sans nouvelle de leurs collègues français dont ils ignoraient même les noms3, les commissaires espagnols ne purent qu’écouter d’une oreille plus ou moins attentive les réclamations de plus en plus pressantes des habitants de Fontarabie. Le 8 mai, un bruit courut, qu’avait intentionnellement propagé le gouverneur de Hendaye : le roi de France avait enfin nommé deux commissaires, M. d’Espelette et le fameux abbé de Saint-Martin Barès4 ; ils seraient bientôt à la frontière. En vérité, aucun commissaire ne vint ; le roi de France semblait avoir définitivement renoncé à protéger ses malheureux sujets Labourdins contre les attaques chaque jour plus hardies des Espagnols5.
Ces attaques devinrent si fréquentes et si violentes que les
plaintes affluèrent de plus en plus nombreuses à la Cour de France et que, tout commerce devenant impossible pour les Français dans cette région, Louis XIV, de nouveau, s’émut de l’intolérable situation faite à ses sujets Labourdins. En mai 1680, le marquis de Lambert6, commandant des troupes royales postées

1. — Ibid. Lettre de D. Bernardo de Pantosa, capitaine général de Guipûzcoa, aux alcaldes de Fontarabie, 8 janvier 1669.
2. — Dans la nuit du Ier au 2 janvier 1669, pour se venger de la prise de Tune de
leurs barques, les Hendayais enlèvent sept chaloupes amarrées dans le port de Fonta- rabie. Cf. Arch. de Fontarabie. Borrador de carta para el général Pantosa que llevaron el Senor alcalde Zuzuarregui y Thomas de Arsu ; — et Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 57, fol. 155 1° Le 20 décembre 1 6 6 8 , des pêcheurs de Fontarabie avaient saisi une pinasse de Saint-jean-de-Luz ; les alcaldes la firent restituer. Cf. Arch. de Fontarabie. Lettre des alcaldes à la ville de Saint-Jean-de-Luz, 3 janvier 1669, et réponse des jurats de cette ville aux alcaldes, 8 janvier 1669.
3 . — Arch. de Fontarabie. Lettre du corregidor aux alcaldes, 17 janvier 1 6 6 9 et
réponse des alcaldes, 24 janvier 1669.
4. — Arch. de Fontarabie. — Lettre originale du Capitaine général aux alcaldes
8 mai 1669 ; et lettre des alcaldes à D. Pedro de Zuloaga, notable de la Province, en résidence à Tolosa, 20 mai 1669.
5. — Cf. notamment Arch. de Fontarabie. Lettre originale des jurats de Ciboure et
de Saint-Jean-de-Luz, demandant la restitution d’une barque marchande de Ciboure, prise au large de Socoa par les corsaires de Fontarabie, alors qu’elle revenait de Bordeaux, 1e1 mai 1676.
7. — Henri de Lambert, marquis de Saint-Bris, mort en 1686,
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sur la frontière basque et prêtes à envahir le Guipuzcoa, somma le gouverneur de Fontarabie, D. Alonso Jordan de Fuenmayor, de faire cesser les agressions journalières des Ondarabiarres contre les Hendayais et autres sujets du roi de France. Le gouverneur répondit que ces différends étaient de bourgeois à bourgeois et non entre soldats des deux royaumes et qu’il ne pouvait en aucune façon intervenir dans cette affaire ; il serait d’ailleurs préférable, ajoutait-il, d’en aviser D. Diego de Portugal, capitaine
général de Guipuzcoa, en résidence à Saint-Sébastien
La Province s’alarma cependant des préparatifs de guerre que faisait le roi de France dans tout le pays de Labourd ; elle écrivit à Madrid pour protester contre cette attitude belliqueuse que rien, disait-elle, ne pouvait justifier, et, en même temps, recom- manda aux habitants de Fontarabie de cesser toute attaque contre les Labourdins. La frayeur fut d’autant plus grande dans tout le Guipuzcoa que les places de Fontarabie et de Saint-Sébastien n’étaient guère en mesure de supporter le choc des cinq ou six mille hommes de troupes que le marquis de Lambert comman- dait à Bayonne. La Junte provinciale, réunie à Saint-Sébastien, demanda que cinq cents hommes fussent envoyés à Fontarabie et que cinq cents autres fussent établis en quelque lieu sûr, entre Irun et Béhobie ; trois cents seulement purent être immédia- tement recrutés, qui vinrent loger au Château de Charles-Quint2. Le 6 mai, un envoyé du Marquis de Lambert, le capitaine Beaullier, se présenta à Fontarabie ; il notifia aux alcaldes que désormais toute embarcation ondarabiarre rencontrée par les galères royales françaises serait impitoyablement capturée, et cela jusqu’à ce que les habitants de la cité guipuzcoane eussent restitué aux Labourdins toutes les gabarres qu’ils leur avaient dérobées3.
ï . — Arch. de Fontarabie, Registro de juntas, mayo 1680. 2. — Ibid.} Id.
3 . — « Yo vengo â deciros de la parte de mi Commandante que el Rey nuestro Senor
nos ha ordenado de tomar todas las embarcaciones que entraren y salieren de Fuenter- rabia entretanto que los Espanoles les hayan vuelto lo que les han tomado â los Franceses y dar satisfaccion al mal trato que han hecho â los habitantes de Hendaya, » Arch. de Fontarabie, Registro de juntas, mayo 1680.
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La Junte Provinciale, de plus en plus effrayée/résolut de faire
une enquête sur les faits incriminés aux habitants de Fontarabie et, par quelque décision bienveillante à l’égard des Français, d’éviter l’invasion du Guipuzcoa qui serait pour l’Espagne un véritable désastre.
Le 8 mai 1680, les enquêteurs, D. Martin Antonio de Barrutia
y Salinas et le licencié D. Francisco de Eguzquiza y Sagardi, partirent de Saint-Sébastien, assistés d’un greffier, pour se rendre à Fontarabie. Ils arrivaient au couvent des Capucins, situé à peu de distance des remparts de la ville, quand le prieur, Frère D. Francisco de Irun, vint à leur rencontre pour leur dire, sachant le but de leur voyage, que, vu l’état des esprits dans la cité, il serait plus prudent qu’ils renonçassent à leur enquête1. Le frère prêcheur fut donc chargé d’aller notifier aux alcaldes la présence au couvent des délégués de la Junte Provinciale, chargés d’enquêter sur les incidents survenus entre Hendaye et Fontarabie ; son caractère sacré devait, semble-t-il, le rendre inviolable. Il arrivait cependant aux portes de la cité quand des prêtres de la paroisse lui déclarèrent qu’il risquait sa vie et qu’il ferait bien de s’éloigner. Le capucin, effrayé, revint à la hâte porter cette nouvelle aux envoyés, qui, le soir même, regagnèrent Saint-Sébastien2.
Le lendemain, une lettre parvint à la Junte : Fontarabie s’y
excusait de ne point envoyer de procureurs ; ceux qu’elle avait élus étaient subitement tombés malades. Elle aurait pu en nommer de nouveaux, mais son mauvais vouloir était évident. La Junte répondit aussitôt que cette absence était d’autant plus fâcheuse que l’assemblée devait spécialement s’occuper d’affaires concernant Fontarabie ; mais le messager porteur de cette réponse

1. — « . . . El dicho Padre guardian representô â Sus Mercedes de como en la dicha ciudad ténia entendido con cierta y évidente noticia habian estado y estaran los vecinos con determinada resolucion de no permitîr procedimiento alguno de los que Su Merced del dicho Senor Don Martin habia de ejecutar en virtud de su comision. . . y que solo querian que estos procedimientos naciesen unicamente de mandato real y por orden del Rey (Nuestro Senor Dios le guarde), y no por otro alguno y que si Sus Mercedes entrasen en la dicha Ciudad de Fuenterrabia, tenian firme resolucion de matarlos. . . » Arch. de Fontarabie. Registro de Juntas, mayo 1680.
2. — Arch. de Fontarabie. Registre de Juntas, mayo 1680.
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ne put pénétrer dans la ville 1. L’hostilité de Fontarabie contre la Province était évidente.
Cependant le bruit courait que trente vaisseaux de guerre
français allaient bientôt traverser la barre du Figuier et bloquer le port de Fontarabie. Voulant éviter la guerre à tout prix, la Junte Provinciale envoya au Marquis de Lambert des excuses officielles en même temps qu’elle blâmait énergiquement Fonta- rabie de sa conduite à l’égard des Labourdins2.
La Cité indignée protesta ; elle dépêcha à Madrid l’un de ses
notables, D. Martin de Miranda. Charles II, qui, tout en ne vou- lant point mécontenter une ville sur la vaillance et l’héroïsme de laquelle la Couronne d’Espagne pouvait tant compter, hésitait cependant à s’aliéner davantage l’irascible roi de France, promit de nommer un commissaire enquêteur et de tout faire pour que les droits de la Cité fussent respectés de tous, tant Français qu’Espagnols 3.
I. — Cf. le curieux interrogatoire du messager, Martin Lorenzo de Bengoechea, habitant de Saint-Sébastien : « , . . dijo : que, el dia 9 de este présenté mes, â las 10 horas de la mariana, salio el testigo de esta ciudad para Fuenterrabia con un pliego de la Provincia, y habiendo llegado a hora de las dos de la tarde â la ermita que llaman de Santa Engracia, que esta poco antes de llegar â la misma ciudad, le salieron al encuentro dos de siete u ocho clérigos que habia en la dicha ermita y le dijeron se detuviese y les dijese â donde y â que efecto iba, y, aunque al principio el testigo res- pondiô le dejasen proseguir su viaje, por no haberlo permitido dichos clérigos, se detuvo y le quitaron el pliego que llevaba, y habiendo leido el sobre escrito y reconocido las armas y sello de la nema, le arrojaron diciendo al testigo que se volviese de alli, que ya no habia Fuenterrabia, y el testigo volviô a decirles que tambien llevaba otro papel que es el parte y que le reconociesen y mirasen lo que hacian, y habiendolo leido hicieron lo mismo que con el pliego, diciendole que se volviesse luego y que por haber replicado el testigo que habia de llegar.à la ciudad para hacer su diligencia, llego otro clerigo a donde el testigo estaba con los otros dos referidos, y habiendo sacado delà cinta y debajo de la loba un punal de sara que ténia la baina atada con una abugeta roja, quisô con él dar algun golpe al testigo, y le detuvieron los demas clérigos sus companeros; con que el testigo dijo habia de entrar en la ciudad y pedir en ella testimonio y por esta razôn volvio segunda vez el dicho clerigo â sacar el dicho punal de sara con ânimo al parecer de herir al testigo, y haviendole agarrado el dicho clerigo le llevaba â la dicha ermita de Santa Engracia, diciendo que le habian de desnudar totalmente, lo cual séria el mejor testimonio que podria traer el testigo, y los demas clérigos sus companeros se lo emba- razaron y uno de dichos clérigos dijo al testigo que dijese a D. Sébastian Manuel de Arriola, â D. Martin de Valencegui y à los de Arbelaiz y â D. Léon de Aguirre que fuesen alla y que los acomodarian, y lo mismo afirmaron los demas clérigos sus companeros, todos los cuales asi mismo dijeron al testigo que deseaban que, como el testigo habia llegado alla, hubiese llegado algun juntero por que lo hubieran acomodado ; y v i o e l testigo que tenian dentro de la misma ermita arrimadas â la pared algunas escopetas, con lo cual volvio el testigo a esta ciudad, con su pliego y parte… » Arch. de Fontarabie. Registro de juntas, mayo 1680.
2. — Arch. de Fontarabie. Registro de Juntas, mayo 1680.
3 . — Lettre du Roi à la Cité de Fontarabie : « E l Rey, Muy noble, muy leal y muy
valerosa ciudad de Fuenterrabia, He visto vuestra carta que mè ha entregado Don
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Pendant ce temps, en vertu des ordonnances forales, la Junte Provinciale, irritée de l’attitude de Fontarabie,. l’avait, le 21 mai 1680, exclue de la Hermandad de Guipuzcoa1.
Le 7 juin 1680, le commissaire royal, D. Fernando Ramirez de Alcantarâ, arriva à Fontarabies. Il y demeura seulement quel- ques jours, interrogeant les habitants et prenant conseil de divers grands personnages, dont le duc d’Albuquerque, D. Pedro, évêque de Pampelune et le Comte de Fuenzalida, vice-roi de Navarre. A son retour a Madrid, il remit le dossier de son enquête au Roi qui en confia l’examen au Conseil d’État3. De son côté, le roi de France avait chargé l’un de ses officiers de Bayonne, Lespès de Hureaux, d’examiner les requêtes des Hendayais et de lui en adresser un rapport succinct ; mais sur les détails de cette dernière commission nous manquons absolu- ment de détails4.
Cependant les troupes françaises avaient’quitté la frontière et,
moins craintive, la Province regrettait alors la mesure rigou- reuse et sévère qu’elle avait prise à l’égard de Fontarabie, protégée par le Roi. L’enquête du Conseil ne fit d’ailleurs qu’af- firmer les droits et privilèges de l’antique cité. Le 3 octobre, enfin, Charles II, de sa propre autorité, manda qu’elle fût immé- diatement réintégrée dans la Hermandad et, le 12 mai 1681,
Martin de Miranda, vuestro diputado, su fecha de diez de este, en que me représentais el desconsuelo en que os hallabais de la resolucion que la Provincia de Guipuzcoa habia tomado de enviar â ofrecer al Mariscal de I^ambert satisfaccion de las quejas que suponen Franceses contra los vecinos de esa ciudad, y en inteligencia de su contenido ha parecido deciros (como lo hago) que con la resolucion que he tomado de que vaya Don Fernando de Alcantara,’como se os participé en despacho de primero de este, à la averiguacion d’estas diferencias, se ocurreal reparo de los inconvenientes que pondérais, siendo mi animo el de la mayor satisfaccion de la justicia que asiste a cada uno y ,deseando que de cada vez se atajen los prejuicios que pudieran resultar de no fenecerse la mala inteligencia con que se ha obrado hasta aqui de una â otra frontera, lo cual he mandado se advierta a la Provincia y â Don Diego de Portugal, hordenando â cada uno que de su parte contribuya lo mismo, esperando que atendereis â que sin dar nuevo motivo â Franceses, se facilite la composicion d’estas controversias, y de lo que fuere resultando me ireis dando cuenta para tenerlo entendido. De Madrid a 22 de Mayo de 1680. Yo el Rey. Don Pedro Coloma. » Archives de Fontarabie. Libro de actas. Copie insérée dans le procès verbal de la séance du 30 mai 1680.
1. — Arch. de Fontarabie. Papeles sueltos (Rio Vidasoa).
2. — Ibid., id.
3 . — Ibid. Registro de Juntas. Mayo 1 6 8 1 .
4. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne} tome 442, fol. 24 r°.
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aux juntes de Hernani, le corregidor, D. Manuel de Arce y
Astete, lut le mandement royal aux procureurs des villes gui- puzcoanes qui promirent de s’y conformer1.
Le siècle s’acheva sans nouvel incident grave et même les différends sur la Bidassoa se firent de moins en moins fréquents par suite du traité provisionnel que conclurent à Madrid, le 19 octobre 1 6 8 5 , le marquis de Feuquières, ambassadeur de France et le marquis de Los Balbases, conseiller d’État et com- missaire de l’ambassadeur de France. Nous n’avons d’ailleurs pas pu retrouver le texte de cette convention qui — selon toute vraisemblance — devait, tout en reconnaissant au roi d’Espagne la propriété exclusive du fleuve, en permettre le libre usage aux sujets du roi de France

CHAPITRE QUATRIÈME

XVIII me Siècle.

La convention d’octobre 1685 dut, tout au moins pour quel- ques années, ramener la paix sur la frontière basque. L’absence de documents relatant comme jadis de sanglants différends sur le fleuve nous le laisse fortement supposer. Toutefois, il semble bien qu’en 1 7 1 5 , les Hendayais aient dû, de nouveau, réclamer la libre navigation que les Ondarabiarres se refusaient à leur reconnaître.
Nous rappellerons — brièvement, car tel n’est point notre
sujet — qu’en avril 1 7 1 9 , une division française franchit le Pas de Béhobie et que, devant Ja formidable armée de quarante mille hommes que commandait le maréchal duc de Berwick, Fonta- rabie, sans défense, dut capituler le 18 juin, après seulement deux jours de siège 3.
1. — Arch. de Fontarabie. Registre» de Juntas. Mayo 1 6 8 1 .
2. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne} tome 7 1 , fol. 283 v°
et fol. suiv.
3. — Sur cette campagne de 1 7 1 9 , cf. notamment Serapio MUGICA : Monografia
histôrica de la villa de Irûn, ïrun, 1 9 0 3 , in-8°, t. Ier, chap. III, § XI, pages 153 et suiv.

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A partir de ce moment, les querelles recommencèrent, évi-
demment moins vives et moins sanglantes que jadis, entre les deux villes rivales. De la propriété du fleuve, il n’était plus question ; pourvu qu’ils pussent librement naviguer, pêcher et commercer sur la Bidassoa, les Labourdins se souciaient peu que la frontière du royaume de France fût avancée de quelques aunes. Les différends, désormais, n’éclatèrent plus qu’au sujet d’intérêts purement économiques et ce ne fut guère qu’un échange de lettres, le plus souvent très courtoises, entre les alcaldes de la Cité et les jurats des communes françaises avoi- sinantes.
En 1 7 2 5 , notamment, ceux de Biriatou, sans que nous
sachions exactement à quel propos, réclamèrent à Fontarabie un droit d’un saumon et de six ducats que la Cité avait depuis longtemps coutume — en théorie1 — de payer au village labourdin, en échange du droit qu’elle avait de poser des filets à cet endroit du fleuve. La Cité, naturellement, refusa et les jurats, trouvant peut-être quelque autre moyen plus sûr d’augmenter les
ressources de leur petit village, n’insistèrent pas davantage 2.
En mai 1 7 3 4 , la vicomtesse Jeanne d Urtubie, a son tour,
réclama la livraison d’un saumon qu’en vertu de conventions fort anciennes, Fontarabie devait annuellement lui donner en échange du privilège qu’avaient les pêcheurs Ondarabiarres de placer des filets, au droit des propriétés d’Urtubie, sur la rive d’Urrugne. Les alcaldes refusèrent, déclarant que, la vicomtesse ayant récemment fait fermer entièrement sa nasse de Santiago et ainsi barré le fleuve, de telle sorte qu’il devenait impossible de rien éprendre dans les filets placés en amont, ils n’étaient plus tenus de payer ce droit jadis établi dans d’autres conditions3. A cela, la vicomtesse répliqua qu’elle possédait une nasse au pas de Santiago pour en disposer comme bon lui semblerait et que
1 – — Cf. Copia de \ina escritura de concordia otorgada entre la villa de Fuenterrabia y la casa Burmott de Biriatu (Francia), sobre pago de ciertos derechos â esta ultima
por el cuïdado de las nasas. 1489. Arch. à’irim, C, neg. 5, série i , lib. 28, exp. 2.
2. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 1725, sans indication de quantième.
3 . — IbidLibro de actas, 12 mai 1 7 3 4 .
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cette question n’avait aucun rapport avec le paiement de la rede-
vance annuelle que Fontarabie devait lui payer. Le Conseil de la Cité ne voulait cependant pas céder ; il répondit qu’il paierait le saumon si la nasse de Santiago était ouverte de nouveau1. L’intransigeance des parties fit que le différend resta sans solu- tion pendant plus d’une année.
Entre temps, en avril 1 7 3 5 , les jurats de Biriatou se hasardè- rent à demander le paiement qu’ils avaient déjà, neuf ans aupa- ravant, réclamé vainement aux alcaldes de la cité et, d’ailleurs, cette fois encore, ils n’obtinrent qu’un refus catégorique2.
La vicomtesse d’Urtubie n’eut elle-même qu’une ressource : faire saisir par ses gens le saumon que, malgré toutes leurs pré- tendues enquêtes et délibérations, les alcaldes n’avaient jamais voulu lui donner3. Elle dut, d’ailleurs, les années suivantes, réclamer vainement de nouveau ce droit, malgré les conférences qu’elle et les jurats d’Urrugne eurent à ce sujet avec les délé- gués de Fontarabie4.
Le 4 février 1 7 3 7 , un petit bâtiment breton chargé de sel
échoua dans la baie sur la côte de Hendaye. Les habitants de Fontarabie accoururent et, aux yeux des Hendayais indignés, s’emparèrent de la cargaison. Les jurats portèrent plainte aux alcaldes ; ceux-ci déclarèrent qu’il n’y avait nullement délit de la part des habitants de Fontarabie et que, le fleuve appartenant tout entier à la couronne d’Espagne, ces derniers n’avaient fait qu’user de droits et .de prérogatives d’ailleurs maintes fois recon- nus par les Français. D’autre part, le gouverneur de Hendaye, M. de Gource, et l’un de ses lieutenants, M. de Monrepeaux, refusèrent de faire aucune démarche pour provoquer la restitu- tion des marchandises dérobées 5.
Au mois d’avril suivant, les Ondarabiarres se rendirent cou-
î. — Arch. de Fontarabie. Libro de actas, 26 mai 1 7 3 4 .
2. — îbià.} id.; 5 avril 1 7 5 5 .
3 . — Arch. de Fontarabie, 1 1 et 25 mai et 4 juillet 1 7 3 5 .
4. — Ibid., id.; 6 et 11 juin 1 7 3 6 , et Ibid., Lettre de la vicomtesse aux alcaldes,
8 mars 1 7 3 7 .
5. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 440, fol. 1 2 2 et
1 2 3 , et Ibid. Mémoires et documents. France, tome 359, fol. 1 8 8 r°.
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pables d’un autre méfait. Neuf Français enrôlés au service de l’Espagne par un racoleur irlandais désertèrent et, s’échappant du château de Charles-Quint où ils étaient casernes, gagnèrent la rive française à marée basse. Des soldats en armes se mirent à les poursuivre, qui, dans leur zèle à vouloir rejoindre les fugitifs, continuèrent leur course échevelée sur la terre de France ; quel- ques coups de feu furent même tirés1. L’affaire fit grand bruit à Hendaye et dans toute la région ; de nouveau, les jurats hendayais indignés protestèrent, mais cette fois auprès de M. d’Adoncour, lieutenant de roi à Bayonne, qui fit faire une enquête sur ces incidents par le commissaire des guerres
Dubarbier 2. Cependant, Fontarabie refusait toujours d’acquitter les rede- vances annuelles qu’elle devait tant à la maison d’Urtubie qu’à la commune de Biriatou 3. Dès ce moment, l’on parla de la nomination prochaine de commissaires royaux 4. Dans les premiers jours du mois d’août, M. de Hureaux, lieutenant de la séné- chaussée de Bayonne, reçut les commissions royales5; de son côté, le roi d’Espagne avait nommé l’un de ses conseillers, D. Antonio de Lisôn6.
Le 13 août, M. de Hureaux, de Bayonne, prévint le commis-
saire espagnol en résidence à Pampelune qu’il était à ses ordres, lui demandant de lui bien vouloir indiquer le lieu et la date de leur prochain entretien7. D. Antonio de Lisôn commença par déclarer qu’attendant de l’Escurial de plus amples instructions, il ne pourrait guère se trouver à la frontière avant le 25 sep- tembre8.
M. de Hureaux patienta et fort consciencieusement étudia le
1. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 440, fol. 209 r°
et v°, et Ibid. Mémoires et documents. France, tome 359, fol. 1 8 7 r° et v°.
2. — Ibid. Correspondance politique. Espagne, tome 440, fol. 2 1 4 r° et v°.
3 . — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 440, fol. 209 r°
et v°, et Ibid. Mémoires et documents. France, tome 359, fol. 1 8 7 r° et fol. 1 9 0 v°.
4. — Ibid. Correspondance politique. Espagne, tome 440, fol. 2 1 0 r ».
5 . — Ibid., îd., Espagne, tome 442, fol. 1 3 7 r°.
6. — Arch. de Fontarabie. Libro de actas, 20 septembre 1 7 3 8 .
7. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 442, fol. 1 7 4 r°*
8. — Ibid., id.; Espagne, tome 442, fol. 2 3 1 v°.
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dossier de l’affaire dont il avait déjà d’ailleurs quelque connais-
sance, ayant, en 1 6 8 0 , accompagné son père dans l’enquête dont l’avait alors chargé le Marquis de Croissy.
Le 4 octobre, les commissaires se réunirent à Hendaye1. Dès cette première entrevue, D. Antonio de Lisôn se montra d’une arrogante intransigeance ; il déclara que la Bidassoa appartenait tout entière à la Couronne d’Espagne et que dans ces conditions il ne pouvait être accordé le moindre droit sur ce fleuve aux sujets du roi de France 2. Toutefois les entrevues continuèrent alternativement à Hendaye et à Fontarabie jusqu’à la fin de janvier 1 7 3 8 3 . Sur ce qu’il y fut dit nous ne sommes guère renseignés et nous ne pouvons affirmer qu’une seule chose, c’est que, le 3 février, les commis- saires se séparèrent sans avoir pu conclure le moindre accord4.
Guipuzcoans et Labourdins n’en continuèrent pas moins à
vivre en assez bonne intelligence ; une convention fut même signée le 26 avril 1747 entre Biriatou et Fontarabie 5. A part
1. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 433, fol. 21 r° et v°, et ïbià. Mémoires et documents France, tome 359, fol. 1 8 8 r°.
2. — Affaires étrangères. Mémoires et documents. France, tome 359, fol. 1 8 8 v*.
3 . — ïbià., id., tome 359, fol. 1 9 0 et suiv.
4. — ïbià., id., tome 359, fol. 1 9 2 r° et v°.
5. — Voici le texte espagnol de cette convention :
« En la Parroquia de Urruna, pays y baillage comunmente llamado de Labour,
entre once y doce del dia veinte y seis del mes de abril del ano mil setecientos y quarenta y siete, ante mi el infrascripto escribano real y en presencia de los testigos que abaxo se citan, comparecieron los senores Dn juan Antonio de Zuloaga, alcalde de la noble ciudad de Fuenterrabia en Esparia, DQ Pedro de Salazar, Dn José de Goicoechea y Dn Francisco Ladron de Guevara, igualmente vecinos y diputados de la misma ciudad, por una parte, y Estevan Haramburu, senor de Arrupe, Juan Broc, senor de Betricobaita, jurados de la Parroquia de Biriatu y vecinos de ella, asistidos de Dn Pedro Hiribarren, decano de Aquerre, Martin Heguy, senor de Etcheverria, Juan Dibildox, senor de Araunts, José Dorelte, senor de Gastenalde, Miguel Hiribarren, senor de Hiribarrenea y Juan Dostis, senor de Adatcheneà, vecinos igualmente y diputados del susodicho Biriatu, por la otra. Entre las quales partes, despues de haberse comunicado los motivos de su mision, se ha convenido en presencia y exercicio de la palabra del senor Maria Bernardo Curuchaga, canonigo regular, prior y vecino de Subernoa, interprete nombrado de comun acuerdo y por ambas partes, el quai, despues de haber prestado el correspon- diente juramento ante mi el infrascripto escribano y testigos al efecto y para la validation y formalidad de los présentes articulos, dixo a saber : Que los dichos senores alcalde y diputados prometen pagar anualmente veinte libras cada un ano en moneda de plata de Francia y poner esta cantidad en manos del senor Haramburu y représentantes, debiendo contarse el ano desde el veinte y très de febrero ultimo y un salmon la quaresma de cada un ano de peso de diez y seis a veinte libras que debera ser entregado en la Parroquia de Biriatu en manos del senor jurado de ella.
En consequencia, los mismos senores Jurados y Diputados de Biriatu consienten
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quelques différends qui éclatèrent, en 1753 et en 1759, entre les
habitants de Hendaye et de Fontarabie au sujet d’une nasse que possédait la Cité au Pas de Béhobie 1. on peut dire, ou tout au moins l’absence de documents nous permet de le supposer, qu’il n’y eut point de conflits bien graves sur la frontière pen- dant près de quarante ans.
Nous avons vu, au cours de cette étude, que l’orgueilleuse Cité n’entendait point que les villes guipuzcoanes portassent la moindre atteinte à ses droits2. La communauté marchande de Irun qui, depuis 1203
3, dépendait juridiquement de Fontarabie, avait, de bonne heure 4, secoué le joug d’une tyrannique
tutelle; elle obtint enfin son entière indépendance en 1766 5.
Fontarabie qui, jadis, lorsqu’elle empêchait les malheureux
Labourdins de naviguer librement sur le fleuve se faisait fort
por su parte en que el senor alcalde y diputados retiren las redes de pesca y demas de punto de malla que se hallen baxo del paso de Biriatu, terreno de la comunidad del mismo lugar en todo el transcurso del ano, obligandose ademas los Senores alcalde y diputados a pagar igualmente cada un ano al ya nombrado Juan Dibildox, senor de Araunts, en Biriatu, la cantidad de treinta libras por los danos que los pescadores pueden causar en los s u r c o s . . . * de sus tierras quando hacen la pesca del salmon en la dicha
nasa y un ** a los propietarios de Pansoubaita del referido Biriatu cada un ano
por el paso por el huerto.
Esta convencion fué asi concluida entre ambas partes, sin que ninguno de sus arti-
culos, contenidos en ella, pueda danar ni perjudicar en nada a los derechos respectivos que las partes tienen sobre la expresada nasa ni a las excepciones qualesquiera que fuesen que se reservan en todo evento ni mucho menos a los derechos de las Coronas dcFrancia y Espana que siempre deben ser conservados.
Y al efecto del complimiento de la présente convencion las susodichas partes en lo
que a cada una le pueda tocar se obligaron. . .*** é hipotecaron todos sus bienes muebles y inmuebles habidos y por haber y expresamente sus rentas y productos de todas sus comunidades prometiendo sugetarse ademas a todo el rigor de la justicia a quien el conocimiento sobre este asunto pudiere pertenecer en lo sucesivo.
Asi lo declararon como testigos Juan Tausin, capitan de militares, los senores Lisarrita
de Urruna y Martin Harboure, senor de la casa de su nombre que firmaron en el origi- nal, no habiendolo hecho los otros, aun en vista de mi interpelacion por decir, no lo sabian hacer. Duhalde, escribano real. — Arch. de Fontarabie.
* Mots illisibles.
** Id.
*** En blanc dans l’original.

., lib. 1 6 .

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d’avoir surtout en vue la défense des droits et prérogatives de
la Couronne d’Espagne, ne voulut point consentir à ce que désormais Irun pût, comme elle, défendre ces mêmes droits ; elle demanda qu’on lui conservât sur la Bidassoa la juridiction

exclusive qu’elle y avait jusqu’alors exercée
1. Dès 1769, des différends éclatèrent sur le fleuve entre les pêcheurs des deux villes espagnoles. En juin 1790, les habitants d’Irun firent établir au Pas de Santiago une nasse semblable à celle que possédait Fontarabie, un peu plus haut dans la vallée, et pour laquelle la Cité payait au vicomte d’Urtubie et aux jurats de Biriatou une redevance annuelle. Fontarabie demanda la sup- pression de la nasse. Les Hendayais protestèrent également. L’alcalde d’Irun fut obligé de faire cesser la pêche. Informé de ce nouvel incident, le gouverneur de Bayonne, comte de L’Hospital, écrivit au Marquis de Basecourt, capitaine général de Guipuzcoa, qu’il serait bon de provoquer la réunion de commissaires des deux villes. Cette idée prévalut et, dès février 1 7 7 1 , la commune de Hendaye nomma le sieur d’Elizalde, habitant d’Espelette, cependant qu’en sa séance du 3 mars, le Conseil communal d’Irun choisissait de son côté D. José Beltrân de Portû y Jausuro, alcalde de Zarauz 2. Le 1er mai, les deux délégués se réunirent au Pas de Béhobie et de leur accord il résulta que l’Université d’Irûn paierait annuellement à Hendaye cinquante ducats d’argent, en échange du droit qu’elle aurait d’entretenir une nasse sur le fleuve et d’en tirer les filets sur la rive française 3.
Cette convention indigna fort les Ondarabiarres qui redoublè- rent d’instances, tant auprès du capitaine général qu’auprès du Conseil royal de Castille, pour obtenir la suppression de la nasse d’Irûn. Le Marquis de Basecourt, sur l’ordre du roi, fit une première enquête qu’il termina le 25 juin 1771 ; il en remit le
ï . — « . . . Mandando igualmente que la juridiccion en todo el rio Vî.dasoa no obstante la exempcion concedida â Yrun se exerza como antes de ella se hacia por la Ciudad y sus alcaldes para que con livertad pueda defender y conservar el derecho â todo el rio como la hizo hasta entonzes… » Extrait d’un Mémoire adressé par fontarabie
au Conseil Royal de Castille. Arch. d’Irûn, C, neg. 5, série 1, lib. 28, exp. 4,
2. —• Arch. d’Irun, C, neg. 5, série 1, lib. 28, exp. 4.
3 . — Ibid.j C, neg. 5, série l, lib. 29, exp. I.

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dossier au Conseil de Castille qui, le 31 août, conclut à la
nécessité de démolir la nasse. L’Université d’Irun protesta ; ses alcaldes rédigèrent un mémoire qu’ils envoyèrent à la Cour ; une nouvelle enquête fut ordonnée qui ne fut guère plus heureuse ; le 31 mars 1772, sur les instances de Fontarabie, le Conseil de Castille confirma sa première décision. Le capitaine général reçut l’ordre d’aller exécuter la sentence avec quelques soldats, mais lorsqu’il arriva sur les bords du fleuve, il fut accueilli à coups de mousquets et d’arquebuses par les habitants de Hendaye qu’avaient prévenus ceux d’Irun. Menacé de mort, il dut à la hâte regagner Saint-Sébastien. À partir de ce jour, habitants d’Irun et de Hendaye, alliés pour la défense de leurs droits communs, ne cessèrent pas d’attaquer les pêcheurs de Fontarabie et leur interdirent d’une façon absolue l’usage de la nasse que possédait la Cité au Pas de Béhobie. Toutefois nous n’avons pas l’intention de raconter dans leurs détails les inces- santes bagarres qui se livrèrent alors sur le fleuve ; nous dirons seulement qu’après un troisième jugement, prononcé en 1773 et resté, comme les précédents, sans effet, la nasse d’Irun fut enfin démolie, en vertu d’une dernière sentence du Conseil de Castille prononcée le 31 janvier 1775. Fontarabie, triomphante, avait gagné sa cause 1.
Nous nous arrêterons ici : brusquement, dira-t-on ; l’absence
de documents nous y oblige
2. Selon toute vraisemblance, les différends durent, en effet, devenir de moins en moins fréquents, de moins en moins graves jusqu’aux premières années du
XIXe siècle ; ils reprirent alors. On comprendra que nous ne voulions point continuer l’étude d’une question qui, à l’heure
actuelle encore non réglée, — bien que les relations entre
Basques des deux rives soient devenues des plus cordiales — appartient au domaine intangible de l’histoire diplomatique contemporaine
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