JEAN FOURCADE HENDAYE

 

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INTRODUCTION

TIRÉE du sein d’Urrugne en 1654 la commune de Hendaye vit 1 sa croissance marquée par plusieurs dates :

—           en 1668, elle sort du premier âge; un cadeau royal accroit son espace vital;

—           de 1793 à 1814, temps de grande souffrance et de destruction;

—           en 1864, la création de la gare internationale donne à la vie de la cité une très nette impulsion;

—           en 1867, son territoire s’enrichit d’un important prélèvement sur la commune d’Urrugne;

—           en 1896, autre arrachement, qui, s’ajoutant aux terrains gagnés sur la mer, donne à la commune son importance actuelle, et peut-être définitive ?

—           l’étape finale vit naître son satellite, Hendaye-Plage.

Ce résumé éclairera la division des chapitres qui suivent, mais, pour les lire en pleine lumière, il est indispensable de prendre, au préalable, connaissance de l’histoire d’Urrugne.

Pendant des siècles les deux bourgades se sont, en tout ou partie, confondues; leurs habitants ont vécu, dans la même foi, la même vie de travail, à la terre ou à la mer; ils ont connu les mêmes événements. Longtemps, ils partagèrent la même histoire que, sous peine de répétitions, nous ne pouvions reprendre distinctement pour Hendaye, la dernière-née. Nous n’avons donc noté que, de-ci, de là, Ies renvois essentiels.

A lire ces deux histoires complémentaires, l’on trouve, en outre, le grand intérêt d’une comparaison d’actualité entre des réactions très différentes en face de ce qu’il est convenu d’appeler le progrès : Urrugne resté village basque, encore fidèle aux traditions, et Hendaye porté au rang de ville.

Et l’on s’attarde à réfléchir, à savoir qui choisit le meilleur sort ? La réponse relève de !a philosophie et non de l’histoire !

 

HENDAYE

BLASON

Armes : D’azur à la baleine d’argent nageant dans une mer du même surmontée de trois harpons, deux en sautoir et un en pal, et accompagnée en chef d’une couronne royale accostée des lettres capitales H à dextre, E à sénestre.

(Extrait de l’étude de Jacques Meurgey, cf. Bulletin n. 8, 1031, de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne.)

La couronne atteste la reconnaissance vouée par Hendaye au roi qui, en 1654, lui a accordé son érection en communauté.

Pour une raison inconnue, et depuis le xix’ s. seulenent, les harpons ont disparu du blason de la ville et la baleine a été remplacée par un dauphin, qui, ici, n’a aucune signification.

Cette erreur historique se double d’une ingratitude à l’égard des pécheurs de baleine, qui furent à l’origine de la fortune ainsi que de la gloire de la cité. Il serait juste que l’une et l’autre soient aujourd’hui réparées.

Il serait bien que le blason de Hendaye puisse ainsi retrouver sa place entre ceux de Biarritz et de Fontarabie, qui, depuis le xiv » s., continuent à honorer, par le signe de la baleine et de harpons, tes marins, qui s’illustrèrent aux côtés des hendaiars (1).

(1) e Hendaiar », nom basque de l’habitant que nous adopterons de pré-férence à e hendayais » dues l’histoire des siècles où le earacière basque de la ville fut le plus profondément marqué.

 

DE 1598 A 1789

L

A première citation de ce quartier d’Urrugne se trouve, à notre connaissance, dans le manuscrit de 1305, que nous mentionnons abondamment dans l’histoire d’Urrugne, dans le chapitre relatif au prieuré Saint-Jacques situé à Subernoa,

Nous n’en faisons état ici que pour remarquer la perpétuité, à travers plus de six siècles, du nom de Bandage ainsi écrit dans ce document comme i1 l’est aujourd’hui, à une voyelle près. II a résisté à la déformation en Andage, qui fut assez fréquemment adoptée aux xvir et xvin° s. par [es géographes du roi ainsi que par des chroniqueurs et des militaires.

Autre remarque : dans ce manuscrit le H est aspiré (hôpital de Flandage); il l’est encore dans les textes officiels et doit étre ainsi dans les écrits ainsi que dans la prononciation sous peine de commettre l’erreur qui choque surtout dans certaines publicités.

A ce propos, nous devons une réponse aux très nombreux curieux de l’étymologie du nom de leur ville, en basque Hendaia; ils ne sauraient exiger plus que des hypothèses, personne ne pouvant détenir la moindre certitude.

Les uns imaginent une explication dans Kandi-ibaicz, grande rivière, tes autres dans handi-aga-, grande pente. Pour notre part, le jeu des contractions tellement usuel dans la langue basque nous amène à partir de: handi-ibia, grand passage à gué, dans la même ligne que Behereco-ibia, Béolde, le gué d’en-bas et que ndarrabia, vieux nom de Fontarabie, le gué dans le sable !

Bien que cette histoire ne débute qu’au xvir s., nous remonterons exceptionnellement jusqu’en 1526 pour rendre à Hendaye la place qui lui revient dans le déroulement d’un fait historique, que beaucoup ont, à tort, situé à Etéhobie. C’est bien ici que le 15 mars de cette année François I—, le vaincu de Pavie, reprit pied sur la terre de France à la sortie de sa prison de Madrid, après avoir été échangé contre ses deux jeunes enfants e sur la rivière d’entre Fontarabie et Hendaye à pleine marée et par bateaux ».

A la fin du xvt’ s. Hendaye n’est encore qu’un modeste hameau, un quartier d’Urrugne, mais qui, déjà, aspire à son autonomie,

 

sans doute ses gens ont-ils été mis en •goût par l’exemple de Cihoure, qui vient d’obtenir sa libération de la tutelle d’Urrugne

Comme il était de règle que, plus ou moins tôt, t’institution d’une paroisse engendrât celle d’une communauté, les Hendaiars commen¬cèrent astucieusement par réclamer, d’abord, un lieu de cuite qui leur soit propre… Il leur fut facile d’arguer de la grande distance qui les séparait de l’église paroissiale d’Urrugne, de la difficulté qu’ils en éprouvaient e pour recevoir les Sacrements et suivre les offices divins s. Effectivement, ils obtinrent de l’évêq-ue de Bayonne, en 1598, le droit de construire une chapelle de secours desservie par un vicaire et le curé d’Urrugne. Ainsi, ils franchissaient une première étape et abordaient aussitôt la seconde.

S’adressant au Parlement de Bordeaux, ils réclament et obtiennent quelques droits par des arrèts de 1603 et 1630, dont, malheureuse¬ment, nous ne connaissons pas le détail. Il nous suffit de savoir qu’Urrugne réagit vivement, repoussant toute désunion, sous une forme quelconque, paroisse ou jurade et réclamant le maintien intégral, à son profit, de la police, de l’intendance et des pacages communaux.

Au reste, Urrugne joua pleinement, en 1634, son rôle tutélaire; la preuve s’en trouve dans un document archivé à Urrugne.

Apprenant que « le roi d’Espagne a assemblé un grand nombre de gens de guerre en la ville de Fontarabie, qui pourraient traverser la rivière et se saisir de la frontière (I), si elle n’était gardée s, le gouverneur de Bayonne ordonne à la Communauté d’Urrugne de mobiliser le nombre d’hommes nécessaire pour défendre la frontière.

Le jure de la Place, dont dépend e le hameau de Hendaye s, objecte qu’il convient d’exempter les habitants de ce lieu « qui sont ta plupart absents et en voyage sur mer vers la Terre-Neuve, Flandres et autres contrées d’outre-mer où ils ont accoutumé d’aller pour la pêche de la baleine ou autres choses et demeurent absents les huit mois de l’année. A cause de quoi il est besoin et nécessaire que les autres habitants dudit quartier de !a Place fassent la garde pour eux… s.

Il fut donc envoyé 100 de nos hommes le long de la côte « Socco¬bouroua s (à l’extrémité Ouest de la plage), « au pied de laquelle passent les navires qui vont et viennent de Fontarabie s.

Autre document: Hendaye ne comprend encore que cent maisons, qui se serrent à l’alentour du port et jusque dans la baie de Belcenia, aujourd’hui comblée, dans ce Bas-Quartier, autrefois dit le quartier des Pirates, quelques rares maisons témoignent encore de son activité au xvrt• s.

(1) La milimisoa était déjà franchie dans tont son parcours à l’époque romaine. Recherches sui la Ville de Bayonne, tome III, V. Dubarat et .1.-B. Damas tr.).

 

HENDAYE            211

En 1647, la marche vers la libération ayant été poursuivie, la deuxième étape s’achève: l’évêque érige une paroisse, qui est mise sous le même patronage que celle d’Urrugne, ainsi saint Vincent de Xaintes ne perdra aucun de ses enfants. Malheureusement, il fallut bien, quelque temps plus tard, lui substituer son homonyme, ce saint Vincent, né à Huesca. archidiacre à Saragosse, dont la fête tombait le 22 janvier, plus opportunément que celle du premier. A cette date, ils étaient, en effet, rentrés dans leurs foyers ces pêcheurs, qui constituaient un corps important de la paroisse et en étaient bien loin au mois de septembre, pour la fête de saint Vincent de Xaintes.

Il en fut exactement de même, et pour une raison identique, à elboure, où l’église, d’abord annexe de celle d’Urrugne, puis érigée en paroisse en 1555 avec le même titulaire que son ancienne église-mère, adopta saint Vincent, diacre, peu de temps avant la Révolution.

1654 : dernière étape. Les Hendaiars atteignent ce but depuis si longtemps et ardemment convoité Anne d’Autriche, régente du royaume pendant la minorité de son fils, Louis XIV, a entendu favorablement leur supplication et, au mois de novembre de cette année, érige leur bourg en Communauté sous l’administration d’un maire-abbé et de quatre jurats.

s Les immuns et habitans de Hendaye nous ont fait remontrer que lad. paroisse ayant cy devant composé un seul corps et une mesure communauté avec celle d’Urrugne, elle aurait durant l’espace de plusieurs années joui coneommitamment avec lad. communauté d’Urrugne de plusieurs privilèges, droits et franchises concédés à l’une et à l’autre des deux paroisses spécialement de certains estatuts, octroys, règlements et police qui leur furent accordés en 1609 par Henri le Grand… Et bien que depuis quelque temps lesd. paroisses ayant été séparées les exposants n’ont néantmoins laissé de vivre sous les mêmes statuts. A présent pour mieux marquer lad. séparation ont désiré avoir leurs estatuts et privilèges distincts et séparés, lesquels, à ces fins, ils ont souhz nostre bon plaisir dressé et arrêté entre aulx en leur acte d’assemblée du 20 May dernier. s

Le souverain ratifie tous les articles à lui présentés et que malheureusement il n’énumère pas. (S.L.A., 1932; Arch. Gironde I B 27.)

Elle est à retenir comme historique cette journée du 20 mai 1654, qui vit une assemblée des délégués d’Urrugne et de Hendaye, où, d’un parfait accord, les premiers consentirent aux seconds l’abandon de droits politiques fondamentaux.

La même harmonie fut loin de régner entre •les deux parties dés que l’appropriation de terres fut mise en question quelques années plus tard et surtout au aux’ s.

Celle-ci ne tarda pas, en effet, à être soulevée par Hendaye, qui ne pouvait évidemment pas se résigner à demeurer enclos dans les

 

7 hectares constituant, à l’origine, tout son territoire; c’était, pour ses habitants, une question de subsistance.

C’est à ses marins ainsi qu’à la générosité des rois que ce port dut la première concession, qui lui fut faite, celle des terres nourricières des Joncaux couvrant 26 hectares environ.

Pour l’expliquer il nous faut remonter à 1627, à l’année d’un exploit que ne rappelle plus, semble-t-il, que le nom toujours donné à « la racle des Basques » dans le pertuis d’Antioche.

Lorsque Richelieu entreprit le siège de La Rochelle pour libérer cette place de l’emprise des protestants, il se heurta à la flotte anglaise venue à leur secours; elle bloqua l’ile de Ré, qui était la clé de la défense de la place forte. Ne disposant pas d’un nombre suffisant de vaisseaux de guerre pour briser ce blocus, Richelieu, informé de la combativité des Basques. fit appel au Gouverneur de Bayonne, qui lui répondit aussitôt par l’envoi de bateaux armés en cette ville et à Saint-Jean-de-Luz ainsi que d’une flottille de pinasses manoeuvrées à la rame et à la voile, partie de Hendaye (voir « Urrugne s, chap. « N.-D. de Socorri »).

En face de l’ile de Ré, ces dernières se heurtèrent au barrage que les Anglais avaient établi, sous la forme de càbles peu profondément immergés et reliés à des tonneaux ou à des rochers. Les marins hendaiars eurent t’astuce de faire glisser leurs pinasses, à faible tirant d’eau, sur la hauteur restée libre. Ils eurent aussi le courage et l’audace de couper à la hache, sous le feu de l’ennemi, les grelins attachés aux rochers.

A six reprises, en septembre et octobre, ils réussirent ainsi à percer la ligne de la flotte anglaise et à ravitailler l’île.

Le léopard, piqué par la mouche, jugea inutile d’insister et préféra rentrer dans sa tanière, dans ses ports. Grâce aux Basques, aux Hendaiars surtout, l’Anglais était battu.

Louis XIII ne manqua pas de marquer une vive reconnaissance à ces derniers, leur faisant le très beau cadeau de I’lle des Joncaux.

Faute, sans doute, de précisions suffisantes, cette donation, comportant le droit de labourer et de cultiver, lit l’objet de maints différends, qu’engendraient constamment entre les riverains français et espagnols les droits de pêche dans la Bidassoa ainsi que de passage à travers elle.

Il fallut attendre l’arbitrage des conseillers du roi, confirmé en 1668 par Louis XIV, pour que Hendaye se vit définitivement attribuer « la totalité des iles et joncaux qui sont en-deça le milieu de la rivière s, l’exclusivité du droit de passage aussi bien en face de l’hôpital Saint-Jacques que vis-à-vis de Fontarabie; le droit de naviguer et pêcher sur la moitié de la rivière lui était également reconnu. Mais comme cette décision n’était qu’unilatérale, elle dut être confirmée par un traité signé à Madrid en 1685.

 

KiLNDAYE            213

En fin de compte la superficie de Hendaye était portée à 33 lied.; elle le demeura jusqu’en 1867.

Par l’entrée en possession de cette grande terre des Joncaux, produisant de 800 à 1 400 kg de maïs à l’hectare, Hendaye cessait d’être un minuscule hameau sans autre labour que celui de la mer, sans autre subsistance que celle de la pêche. Dans son petit part la ville de demain avait trouvé son berceau.

L’histoire des xvii’ et xvite s. est parsemée de litiges, de petites guerres, voire de luttes meurtrières entre les pêcheurs des deux rives en opposition dans leurs droits respectifs de pêche au saumon dans In Bidassoa, puis de la sardine plus au large.

Pour tout faire rentrer dans l’ordre et surtout pour doter le bourg d’un système de défense face au fort de Fontarabie, les rois avaient eu recours à l’ultime ratio, au canon.

Dès le xv’ s. une tour, dite de Munjunito, s’élevait près du port; une carte de 1680 la situe encore, bien qu’elle ait été désarmée, en 1609.

En 1521, après s’être emparé de Fontarabie, l’amiral Bonnivet la jugea insuffisante et fit construire, plus loin, par ses troupes, une autre tour fortifiée.

Au cours de la guerre de 1636, cette fortification joua pleinement son rôle d’observatoire et concourut à la victoire navale, hélas] sans lendemain, qui fut remportée par notre flotte en face de Fontarabie.

L’expérience ayant prouvé qu’à ce rôle devait s’ajouter celui d’une défense renforcée, la principale de ces tours fut remise en état en 1664 et armée de canons servis par 30 hommes du roi.

Pour autant l’ouvrage n’apparut pas bien redoutable à Louis de Froidour, qui, voyageant par ici en 1672, nous en a laissé une description succincte, mais précise et imagée

s Le fort de Hendaye n’est, à proprement parler, qu’un pigeonnier, une tour carrée sans autre bâtiment. Au fond, une chambre pour les munitions; au-dessus, la chambre du commandant et des officiers; plus haut, celle des soldats. Au-dessus, une plate-forme et 4 guérites avec des canons. Il y a en bas du côté de la rivière ou de la mer une petite plate-forme où il y a du canon et cela regarde Fontarabie et est comme une vedette pour voir ce qui s’y passe.

En 1680, cet ouvrage lut complété par deux autres tours de construction légère; il eut une belle occasion d’intervenir, l’année suivante. Pour venger des pêcheurs Hendaiers, qui avaient été massacrés par leurs concurrents de Fontarabie, Louis XIV fit tirer par la tour 1 090 coups de canon sur cette ville et ordonna la construction immédiate d’une redoute mieux équipée. Vauban vint en inspecter les travaux en 1693.

 

L’Administration ne perdant jamais ses droits, la tour abritait le percepteur des taxes d’ancrage, qui, en 1664, étaient de :

3 livres par navire,

40 sols par patache ou barque,

20 sols par pinasse,

1 carolus, valant 10 deniers, par chaloupe, gabarre ou

autre petit bâtiment.

Voilà qui nous renseigne sur la •diversité des bateaux, qui navi¬guaient dans les parages, sur la rivière ou au cabotage, tandis que ceux tarifés c navires » étaient au loin, à la pêche à la morue où ils retrouvaient leurs voisins d’Urrugne (voir a Urrugne », chap. « La Mer s).

C’était surtout à Terre-Neuve, où. ces pêcheurs durent plus tard rencontrer Jean Daccarette, originaire de Hendaye, mais, sans doute, de la famille notable du même nom, qui demeurait en la maison Accarellebatta, à Urrugne.

Quoi qu’il en soit, c’est ce compatriote dont l’histoire nous a laissé la preuve que son esprit d’entreprise fut le plus grand. Aucun de nos marins ne connut une telle fortune.

En 1743, dans la petite lle de Niganish (carte de 1776), située sur la côte Est de I’lle de Cap-Breton, face à celle de Terre-Neuve, il possédait une installation à terre comportant des bâtiments et du bétail, tandis que pour l’exploitation de la mer il disposait de 20 chaloupes et de 130 pécheurs. Avec son fils et 19 domestiques il travaillait lui-même sur les deux fronts de cette importante affaire.

Ceci noté en marge de l’histoire des fortifications, il nous faut revenir à la redoute, qui était achevée à la fin du xvu• s. sur le mamelon proche de Belcenia, à l’emplacement actuel du Monument aux Morts.

Son histoire sera brève; elle n’eut par la suite aucune occasion d’intervenir, du moins avec efficacité, comme nous le verrons plus loin. Désaffectée en 1813, elle fut mise en adjudication et vendue en 1869.

Il était également sur la côte deux batteries, qui furent installées au xvru• s.; la première, en 1757, par le duc de Tresmes, lieutenant du Roi près du Gouverneur de Bayonne, près de Larretchea; la seconde, en 1788, dite d’Armatondo, à la hauteur de Nekatoenia, toutes deux sur le territoire d’Urrugne.

Il est probable que cette dernière ne demeura pas longtemps en place, car aucune dépense la concernant n’est mentionnée dans les comptes de cette Communauté.

Par contre, celle de Trêmes y figure régulièrement dans la rubrique des indemnités de logement versées au colonel ou au chef de brigade d’artillerie commandant à la fois le fort de Socoa ainsi

 

HENDAYE            215

que cette batterie. Nous savons par-là qu’en 1780 des canons de renfort prélevés à Socoa y furent transportés par des bouviers.

Avant d’abandonner les cartes, qui nous ont servi à repérer ces ouvrages, nous signalerons aux amis de l’onomastique locale que sur l’une d’elles, du xvii’ s., les deux avancées de Sainte-Anne et du Tombeau sont appelées e caps d’Elisacillio et de Soroferdia ».

Pour la dernière fois en 1639, et jusqu’en 1793, Hendaye résonna du bruit du canon.

Après avoir occupé le bourg, d’octobre 1636 à 1638, les espagnols avaient été refoulés et bloqués dans Fontarabie par l’armée du prince de Condé. Mais, le 8 septembre 1639, ils remportèrent miraculeuse¬ment cette victoire libératrice, qu’ils continuent traditionnellement à fêter, chaque année, avec éclat et fracas.

La dernière phase de la guerre de Trente Ans s’achevait et Hendaye pouvait revivre en paix.

Trouvant les moyens élémentaires de subsistance dans la pêche et dans la culture des Joncaux, c’est dans l’exploitation de la frontière, c’est-à-dire dans le commerce et le transit, que ses habitants trouvaient le complément indispensable. Ils disposaient aussi d’une industrie embryonnaire.

En 1662, cette activité était assez grande pour que le roi accordât à la cité sa reconnaissance comme place de commerce et le droit d’organiser un marché par semaine ainsi que deux foires par an. Ce privilège consacrait sa vocation.

Là, s’échangeaient les marchandises importées ou exportées; les draps et les toiles, les cuirs, les jambons, la réglisse s’étalaient ainsi que bien d’autres produits pourvoyant un trafic appréciable au xvur s.

L’importation d’alcool, redistillé sur place et traité selon diverses formules, valut à ses eaux-de-vie cette renommée, déjà acquise au siècle précédent, que notent les voyageurs en 1726, 1768 et bien plus tard. En témoigne encore aujourd’hui une marque « La Véritable Liqueur d’Hendaye », devenue la propriété d’un distillateur bayonnais.

Ce fut la première industrie du lieu. Au cours du siècle suivant quelques fabriques artisanales s’y adjoignirent (salaisons, cidreries, chocolateries).

Pour autant, ce tracé du cadre de l’économie de Hendaye au xvne s. ne doit faire illusion sur son importance, car elle n’était activée que par une très faible population : 270 feux en 1650, 356 habitants en 1726 et, en 1775, à la suite du déclin de l’armement à la pêche, le bourg est décrit : « un affreux désert » ! (Doc. Arch. B.-P.).

Il est vrai qu’autour de cette petite communauté gravitaient les habitants des quartiers de Santiago et de Subernoa, encore propriété d’Urrugne.

 

L’autorité religieuse, qui n’avait à se soucier que des besoins d’ordre spirituel de l’ensemble, avait superposé au cadre politique ses propres institutions.

La population, très chrétienne et aussi très éparse, était ainsi desservie par deux paroisses :

— celle de l’église Saint-Vincent, déjà citée. En 1745 ses proces¬sions se portaient à sa limite, à la hauteur de Mariçabalenia et, pour les Rogations, jusqu’à une croix plantée dans le cimetière du prieuré Saint-Jacques (voir « Urrugne s, chap. e Les pèlerins de Saint-Jacques s). Saint Benoit Joseph Labre, modèle d’humilité et de pauvreté voulue, vint frapper à la porte du presbytère au cours d’un de ses voyages en Espagne qui le mena jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle en 1773 ou 1774 ou 1776 (date imprécise) et y reçut l’hospitalité de 111, Galbarret;

— celle de ce prieuré aux limites imprécises ; les deux quartiers ruraux lui étaient, certainement et en très grande partie, rattachés.

Existait, en outre, la chapelle Sainte-Anne (Santana), située sur les dunes à l’emplacement approximatif de l’église paroissiale actuelle qui en a gardé le nom. Il est dit qu’elle y fut élevée au milieu du xvrr’ s. par une confrérie de marins; en 1779, y est également un ermitage, La dévotion à cette sainte dut faiblir, car à ta fin de ce siècle elle abrita un corps de garde et, en 1867, n’est plus que ruine.

Quant à la garnison du fort, elle bénéficiait d’une aumônerie assurée par un religieux prémontré du Prieuré.

De la période traitée dans ce chapitre ii reste les maisons, dont, sauf exception, nous avons pu reconstituer l’existence grâce aux archives d’Urrugne. Nous en avons établi la liste en notant la plus ancienne date à laquelle chacune se trouve citée dans un acte d’état civil; il ne doit pas en être déduit qu’elle n’existait pas antérieu¬rement.

La croix, marquée en face de certaines, signifie qu’à celles-Iâ une tombe était affectée sous la voûte de leur église-mère Saint-Vincent à Urrugne (voir « Urrugne s, chap. « Les tombes s

Agorreta             1709

f Aguerrea          1712

Ansoborlo          1697

Antsoenia           1750

Aragorri               1672

f Asporots          1451 (Arcb. Départ.)

Asporotschipi    1678

Asporrots-errota             1756

Berrecoetchea 1785

Churienea          1711

Errondenia         1703 (ou Flerrandorenia)

t Fagadi                1850

 

11EN     217

Gastainaidea     1655

Ilaiçabea              1691

Irandatz               1149

Laparca                1672

Lissardi 1642

Marieçabalenia                1772

Molérès              1672

()lasso  1697

Oriotz   1645 (Orle,         1667)

Pohotenia          1680

Sascorenia          1746

Sendoteguy       1786

Sopite   1738

 

Sont également citées, mais sans date : Dominchoronea, Jon gochoenea.

Ceci établi, sauf erreur ou omission, selon la formule particulière¬ment valable •à la fln d’une lecture de textes souvent aussi difficiles à défricher qu’a déchiffrer !

 

DE 1790 A 1825

E

N face du vide creusé par les guerres dans les archives locales, nous avons dû puiser dans l’histoire de France l’essentiel de ce chapitre, glanant       de-lé, quelques faits dans les écrits

régionaux cités en référence et moins encore dans les archives d ‘Urrugne.

Comme sur cette dernière commune la Révolution de 1789 semble avoir glissé sur le bourg de Hendaye sans le marquer du fer rouge des atrocités, dont furent victimes plusieurs communes peu éloignées.

La vie politique étant, ici et à cette époque, dominée par la religion, la plus grande exaction, dont souffrit la population, fut l’application, en 1792, de la loi sur la Constitution civile du clergé.

Dominique Galbarret, enfant de Hendaye, curé de la paroisse Saint-Vincent depuis 1768, refusa de prêter le serment imposé et, à l’exemple de son confrère d’Urrugne, il s’exila. Il choisit Fonta¬rabie tout proche d’où, bon pasteur, il put continuer à veiller sur sort troupeau, administrant les Sacrements à ses paroissiens, qui venaient clandestinement jusqu’à lui.

II était, en cette année 1792, à Ciboure, un prêtre assermenté, Dithurbide, que les commissaires du peuple avaient espéré pouvoir y imposer comme curé. C’était, de leur part, bien mal connaltre la population, qui rendit l’existence tellement intolérable à ce malheu¬reux curé, qu’il dut demander son changement. Il fut affecté Hendaye, mais devant l’insuccès qu’il connut Ià encore, il n’y demeura guère plus d’un an.

Quant aux autres conséquences des lois révolutionnaires, elles s’effacèrent dès 1791 devant les menaces de la guerre, puis devant la guerre elle-même.

En novembre 1792, Carnot, par ordre de la Convention Nationale, fait mettre en état de défense les ports de Hendaye et de Socoa : c ces places doivent être fournies le plus tôt possible de munitions de bouche, telles que riz, viandes salées, etc. s. Quant aux commis¬saires, dont Lamarque, ils ordonnent qu’à dater de ce jour, 20 octo¬bre-An r de ma République, e il sera accordé une haute paye de 2 sols

 

par jour aux soldats, chasseurs et cavaliers cantonnés à Hendaye, Sare et Urrugne sur les observations, qui nous ont été faites. de la cherté de la subsistance sur l’extrême frontière s.

L’arrière-campagne de la commune, tous les points stratégiques, les sommets des collines de Subernoa sont garnis d’ouvrages et de tranchées. Dans notre premier livre sur e Urrugne » nous avons déjà fait le récit des opérations de la campagne de 1793-1794 dans le secteur et en avons repris le résumé ici-même sous le titre s Urrugne-1793 s.

Cependant, à l’usage des Hendaiars curieux de suivre les événe¬ments, dont leur propre territoire fut alors le théétre et directement l’enjeu, nous en présenterons une vue schématique.

C’est le 23 avril 1793, par le c combat du camp d’Andaye s que s’ouvrit la campagne; il est ainsi appelé dans un récit du temps auquel nous emprunterons les précisions et détails qui suivent.

Le général Servan, ne disposant que d’un nombre d’hommes très inférieur à celui du général espagnol, les avait basés sur des camps fortifiés, prêts à soutenir l’attaque attendue.

Celle-ci fut déclanchée par le général don Ventura Caro, le 23 avril, tenant à prendre l’offensive avant l’arrivée des renforts promis par la Convention.

Pour défendre Hendaye ainsi que le passage de la Bidassoa, Servan avait installé deux points d’appui : l’un, s le camp républicain s, SUT la hauteur dominant la ville au Sud; l’autre, une redoute au sommet de la coltine Louis-7W, dominant Béhohie.

Le 23, au matin, 4 bataillons s’appuyaient sur ces deux ouvrages et, à droite, sur le fort de Hendaye. De son côté, l’ennemi avait établi des batteries en nombre considérable sur la rive gauche de la Bidassoa de manière à battre le côté du fort opposé à celui qui était directement sous le feu de Fontarabie.

Soudainement, e une grêle de boulets, de bombes et d’obus assaillit à la fois le camp, le fort et la redoute Louis-XIV. Cette explosion jeta le désordre parmi les Français et leur consternation fut au comble en voyant les habitants d’Andaye fuyant éplorés avec leurs femmes et leurs enfants, et cherchant à éviter les terribles projectiles qui détruisaient les maisons s. Les combats furent très violents, surtout autour de la redoute Louis-X1V, d’abord perdue, puis reprise. Au soir de la journée, chacun restait sur ses positions.

Le 2 mai, les Espagnols réussissent à avancer, mais, le 22 juin, le e combat de la montagne Louis-XIV » les oblige à reculer.

« Notre colonne de droite (1 000 hommes) se fusilla longtemps avec un corps ennemi retranché dans un bois situé au-dessus d’Andaye. Après an combat très vif, l’ennemi est débusqué et abandonne ses tentes, ses effets de campement et beaucoup de butin. r

 

HEbilaiV E            221

Autour de la redoute Louis-X1V la bataille fut particulièrement dure sous le feu des batteries en position sur les collines d’en face, mais, le soir venu, encore une fois, l’ennemi retraitait au-delà de la rivière.

Au cours de l’automne le système de défense du secteur fut ren¬forcé par l’établissement, sous la surveillance de La Tour d’Auvergne, du « camp des Sans-Culottes 5, entre la mer et la Croix-des-Bouquets. D était lui-même protégé par trois redoutes. En outre, de nuit, trois bataillons prirent position sur une colline prés de Sainte-Anne.

Les troupes bivouaquaient dans la boue ou trouvaient un abri précaire dans des baraques de bois et de paille.

La campagne d’hiver s’ouvrit dès le 12 janvier 1794 par un heureux coup de main dans la direction de la colline Louis-XIV; il décida le général Caro à livrer le 5 février le a combat du camp des Sans-Culottes s, sur ce point clé de notre système défensif.

Au premier temps, une très vive canonnade, partie de la Croix¬des-Bouquets, créa la confusion dans le camp, puis une héroïque résistance s’affirma et a après 8 heures de combat les Espagnols écrasés pliaient de toutes parts, les Français avaient repris leurs positions et s’y maintenaient s.

Enfin, ce fut la victoire, qui chemina les 23 juin et 31 juillet à travers les montagnes d’Urrugne sur l’aile gauche, par la Croix¬des-Bouquets, Ibardin et au-delà; elle porta nos drapeaux à Saint-Martial, irun, Fontarabie, la Haya, Saint-Sébastien (Ie 7 août) et à Tolosa. En 1795. les combats de Biscaye nous livrent Vitoria et Bilbao; ils s’arrêtent avec le traité de Bâle signé le 22 juillet. (Il intéressera les fervents de l’onomastique de noter que dans ce traité le Jaizq-ulbel est dit a Harisguibel 5 — au revers pierreux, rocailleux.)

Après ces batailles, Hendaye restait pantelant, palpitant encore après la mort. Presque toutes les maisons avaient été détruites par les projectiles ou par les incendies. De l’église ainsi que du fort ii n’y avait plus que des ruines, dont la destruction fut parachevée par deux compagnies envoyées à cet effet par les garnisons d’Iran et d’Oyarzun.

Quant aux habitants, !es familles avaient fui, tandis que les hommes avaient été contraints. dés avril 1793, de s’engager dans la Légion des montagnes, celle des miquelets, créée pour l’enrole¬ment des basques français et espagnols: elle formait un bataillon avec six compagnies.

Bref, la ruine était totale.

La commune avait elle-même disparu en mars 1793 en tant qu’entité administrative, son territoire ayant été de nouveau rattaché à Urrugne. Elle recouvra vite son autonomie, à la fin de 1799, dans le cadre du canton dont Urrugne demeura le chef-lieu jusqu’en 1802.

 

Très lentement Hendaye se reprit à vivre; sa vieille industrie des eaux-de-vie sortit de la torpeur et un dictionnaire de 1802 souligne la renommée de son commerce d’anis, en liaison évidem¬ment avec la faveur dont jouit l’anisette dans notre région méri¬dionale, surtout du côté espagnol.

Plus vigoureuse encore fut la reprise de la contrebande; en 1796, s le receveur des douanes est tué au cours d’une bagarre qui l’opposa à 30 hommes armés e. Et ils n’emportèrent que de « la cire »

Dès après la signature du Concordat par Pie VII et Bonaparte, le curé Dominique Galbarret put rentrer de son exil, en 1803, et se consacrer à ta reconstruction de l’église. Il ne disposait d’autres ressources que celles que lui offraient ses paroissiens désargentés et, cependant, quatre ans plus tard, il eut la joie de l’ouvrir de nouveau au culte.

Comme vestiges du passé il ne put conserver — et il reste encore — que l’écusson des rois de France et de Navarre, dont la moitié fut martelée pendant la Révolution, sur le linteau de la porte Sud ainsi que la croix de pierre dressée à l’extérieur, près de cette porte; elle provient sans doute de l’ancien cimetière.

Cette croix, classée parmi les monuments historiques, est d’une décoration remarquable: sur une face, un croissant lunaire à profil humain, sur une autre, cantonnée d’étoiles, un soleil dont le centre porte une figure grimaçante. Quoiqu’elle ne soit pas antérieure an xvn• s., à la rigueur au xvi’, sa décoration s’inspire bien de la tradition du pays.

L’érudit, expert en la matière, Louis Colas, pense que « cette tradition décorative, très ancienne, venant des ancêtres ibères (représentation astrale), a très bien pu se confondre avec l’influence de l’iconographie chrétienne du Moyen-Age s. En exemple, il cite tel détail de la Sainte-Chapelle à Paris.

Les motifs de cette croix, d’un art médiéval, sont à rapprocher de ceux de la stèle ainsi que de sculptures d’une inspiration semblable, que nous signalons d’autre part dans l’histoire de l’église d’UfTugne.

Il en est de même des figurations humaines; souvent, elles jaillis¬saient sous le ciseau des sculpteurs, qui épanchaient là leur humour sans craindre le grotesque.

Ce lourd réveil de Hendaye n’est, hélas! que le prélude, en 1813, d’une nouvelle agonie.

En bref (voir détails dans « Urrugne e), nous décrirons les opérations qui se déroulèrent dans le proche Hendaye et que Napoléon I » confia au maréchal Soult, duc de Dalmatie.

Arrivé à Bayonne le 12 juillet 1813, ce dernier s’empresse d’orga¬niser la défense de la frontière et de la Bidassoa, menacées par Wellington; il la veut d’autant plus forte qu’il ne dispose que d’un

 

lt 1.11:nn VE      223

effectif très inférieur à celui des Alliés. Ce sont les redoutes de Sainte-Anne avec la batterie de Trêmes, d’Aragorry, de Maillarenia (près de Béhobie), de la Croix-des-Bouquets, du camp des Sans-Culottes remis en état, d’Iharcea, de Fady, Fagady,

Le 26 août, Soult installe son quartier général à Saint-Jean-de-Luz et, le 31, le porte dans la redoute Louis-XIV.

De Hendaye à Biriaton il a disposé les deux divisions de Reille en face des six ennemies, qui couvrent •le front de Saint-Martial à Fontarabie.

Ce même jour, le 31, il donne l’ordre d’attaquer afin de dégager Saint-Sébastien, qui tient encore. Nos troupes traversent la Bidassoa, mais sont écrasées par le feu des batteries en position sur la hauteur de Saint-Martial. Recul. Echec.

Le 7 octobre ne fut davantage une journée faste.

Une brigade, qui avait installé ses avant-postes à Hendaye (40 hommes) et le long de la Bidassoa, s’étirait de la mer à la colline Louis-XIV. Dès le matin, elle fut surprise par une très forte attaque axée sur Friorenia. Très vite, le repli de nos troupes fut général, dans la direction de la Croix-des-Bouquets. Les canonniers de la batterie de Trémas abandonnent leur ravitaillement (450 kg de farine, 150 1 de vin, 42 1 d’eau-de-vie, 36 kg de légumes secs). Hendaye est occupé sans grande résistance.

L’aile gauche tint relativement mieux.

Alors, Soult prescrivit un rapide renforcement des ouvrages de Hendaye à Socoa; sur plus de 4 km, la ligne des crêtes fut occupée par 10 000 hommes et garnie de 62 pièces d’artillerie. Mais Wellington préféra ne pas affronter cette défense et décida de la contourner. Elle ne servit donc pas plus que notre ligne Maginot en 1940; du moins, épargna-t-elle à Hendaye d’être l’enjeu d’une nouvelle bataille.

Le 10 novembre, l’aile gauche ayant dû se replier, le bourg d’Urrugne était occupé, puis Saint-Jean-de-Luz…

Pour avoir été brèves, les opérations, qui eurent pour théâtre Hendaye et ses abords, n’en furent pas moins dévastatrices. Aux bombardements, qui accumulèrent des ruines sur celles de 1793, s’ajoutèrent le pillage des maisons, que les familles avaient aban¬données. Il ne restait plus que 50 habitants, dont le célèbre corsaire Etienne Petiot. A lui nous devons un trait d’histoire, exemple magnifique de son sens de l’honneur et qui met bien dans l’ambiance du moment.

D’une famille originaire de Biriatou, Pellet était né à Hendaye où, en 1812, à l’âge de 47 ans, il vint se retirer après avoir bataillé en mer pendant 34 ans et le plus souvent contre les Anglais. Il en fut, un moment, prisonnier, puis rendu à la liberté.

 

Ce trait, rapporté par son biographe, J. Duvoisin, enlumine sa rencontre avec Wellington sur le pas de la porte de sa maison de Priorenia, où ce dialogue s’échange

  1. — « Où sont l’armée, la douane, la population ?
  2. — L’armée s’est portée sur la ligne de Saint-Jean-de-Lux, lu douane a suivi son mouvement et la population a fui à votre approche.
  3. — Où est le capitaine Pellot
  4. — Il est devant vous.
  5. — Ce n’est pas possible
  6. — L’habit ne fait pas le moine.
  7. — Capitaine, je vous connais par votre réputation. Je vous olTre, au nom de l’Angleterre, une place honorable et lucrative dans sa marine.
  8. — Je n’ai qu’un Dieu, qu’une patrie et mon honneur que je transmettrai intact à ma descendance. Je puis, sans blesser mon honneur, vous offrir cette maison que votre nation a payée (sous-entendu : avec les prises qu’il avait faites aux Anglais à bord de ses bateaux corsaires); établissez-y un hôpital; je me charge de le défrayer en bois, luminaire et charpie.

En fait, c’est le général anglais Hope qui s’installa à Priorenia I

Quelques jours plus tard, Wellington remit à Pellot un message à l’adresse de ceux qui avaient déserté la ville ainsi que la campagne d’alentour :

e Capitaine, la Grande-Bretagne ne fait pas la guerre aux peuples de la France. Je vous autorise à dire aux habitants que Ieur vie et leurs propriétés seront respectés et que, s’ils veulent rentrer dans leurs foyers, ils y trouveront aide et protection. e

Cet engagement fut parfaitement honoré par les Anglais.

En 1815, Hendaye confiait à Petiot sa mairie, c’est-à-dire la charge de relever Ies ruines de la ville, charge qu’il n’abandonna qu’en 1826. Longtemps, il demeura conseiller municipal et, après une retraite bien méritée, ne connut l’ultime repos qu’à 01 ans.

Servir la France eL sa petite patrie, ce brillant capitaine n’eut d’autre pensée. Comme un rayon de soleil traversant les nuages, sa vie est un trait de lumière qui éclaire la période la plus sombre et tragique que connut Hendaye.

Au cours des dix années suivantes, la ville ne reprit que très lentement un peu d’animation; les habitants de retour (ils n’étaient encore que 330 en 1820) travaillèrent courageusement à relever les ruines de leurs maisons.

Un détail est caractéristique de la pauvreté des cultivateurs de la commune en 1822 : les militaires n’y recensent que 4 paires de boeufs, 4 paires de vaches ainsi que 4 charrettes. Ii était, en 1799, 45 bêtes à cornes. Telle était la dimension d’un dommage de la guerre presque dix ans après I

 

croix

DE 1826 A 1867

1826 En cette année, le maire, Etienne Pellot, est accablé par la perspective des travaux de reconstruction à entreprendre alors qu’il ne dispose que d’une seule recette, l’affer¬mage de la jouissance des terres des Joncaux, 603 f par an, dont 500 f sont absorbés par tes traitements du secrétaire de mairie f), du maitre d’école et du desservant] II n’est pas étonnant que dans de telles conditions l’administration et le partage de cet unique bien communal fassent l’objet d’un règlement très étudié et strict, dont un extrait résumé :

— Conformément à l’usage immémorial, tous les 8 ans, au mois de novembre, il sera procédé au renouvellement du partage en jouis¬sance des terres Joncaux entre les habitants, chefs de famille, de cette commune classés en trois catégories

P ceux originaires ou alliés de la commune, c’est-à-dire y ayant des parents (ils sont 55 en 1835);

2″ ceux propriétaires de maisons, ni originaires, ni alliés (ils sont 68 en 1835);

3° les locataires ou métayers.

La répartition est faite au sort et par ordre de classe, le tirage commençant par le Grand Joneau et chaque ménage ne pouvant jamais avoir qu’un arpent (34 ares).

La jouissance est accordée moyennant :

par an 9 f pour couvrir la dépense communale,

3 f par arpent.

Obligation de bonifier les terres au moyen, par arpent, de -1 gabarres de sable ou l’équivalent en engrais d’autre espèce et de vider les rigoles tous les deux ans.

Droit du maire à la jouissance gratuite d’un arpent, sans pré-judice de son droit à un second comme habitant de la commune. (Cette gratification, jugée illégale par le Préfet, lui fut retirée en 1857.)

Droit semblable accordé au garde-champêtre ainsi qu’au « mande-commun s ou valet de la mairie.

 

Par la suite ce règlement ne subit d’autre modification que celle relative au mode d’attribution: bail à ferme en 1848, adjudication en 1857.

Si. dans ce chapitre, nous donnons k première place à ces terres, c’est non seulement parce qu’elles constituaient la seule ressource de la commune, mais aussi parce qu’elles furent à l’origine d’un litige, qui opposa Hendaye et Urrugne, pendant près de quarante ans, de 1830 à 1867.

En 1848, leur surface (26 hect. 55) était louée à 70 habitants. En 1868, bien que d’autres ressources eussent apparu, cette location représentait 65 % des recettes communales. Il est bien naturel dès lors que Hendaye se soit tellement acharné à la défense de ce bien et se soit peu inquiété de contredire le fabuliste affirmant que e c’est le fonds qui manque le moins 1 »

Un exposé de ce très long litige serait fastidieux, mais un résumé vaut d’en cure fait parce que, d’une part, dans son issue favorable, Hendaye a trouvé le second stade de son expansion (et bien plus important que le premier en 1668), et que, d’autre part, il met en évidence la volonté de vivre et de grandir d’une commune jusqu’alors très pauvre.

En 1830, Hendaye n’était encore qu’un bourg, une agglomération de 70 maisons environ, dont quelques-unes éparses dans la campagne proche. Sa surface n’était que de 33 h. 03 a. 20, ainsi répartis :

labours, prés, jardins     22 h. 49 30

canaux, vagues.               4 h. 71 40

bâtis.     I h. 13 90

routes, places, église, etc            4 h. 68 60

En 1867, au terme de plusieurs procès et même d’une pétition, qui fut directement adressée par les habitants à l’Empereur, Napoléon HI, Hendaye arrachait à Urrugne 195 hectares.

L’affaire commença en 1830 par une initiative du Service du Cadastre (Contributions Directes) qui, dans un but de simplifica¬tion, et certainement aussi parce que considérant que ce bourg n’était plus que ruine, proposa que, de nouveau. Hendaye ainsi que les Joncaux soient rattachés à Urrugne.

A Urrugne comme à Hendaye l’unanimité se fit pour repousser cette velléité, du moins contre une fusion totale, Urrugne faisant remarquer que sa voisine constituait une paroisse distincte. L’Administration n’insista pas sur ce point, mais, en dépit de ta vigoureuse réaction des Hendaiars, elle persista à vouloir inscrire les terres des Joncaux dans le cadastre d’Urrugne.

Dès lors, l’Administration se heurta jusqu’en 1867 à onze muni¬cipalités, affirmant toutes successivement avec une égale ténacité leur volonté absolue, non seulement de sauvegarder la plénitude du territoire communal, mais, plus encore. d’obtenir son extension.

 

limite hendaye urrugne

Limites d’Urrugne, Hendaye, Biriatou. Noms de quartiers.

S’ils étaient avides d’accroitre leur aire, c’est parce que les Hendayais pressentaient la fortune qui devait leur venir de la force d’attraction de la frontière, de la mer, ainsi que de la seule beauté du site.

Pour garder les Joncaux ils avaient beau jeu de pouvoir se référer à la donation de Louis XIV, d’autant plus que celle-ci leur accordait également l’exclusivité du droit de passage de la Bidassoa en face de l’hôpital Saint-Jacques. Pour le reste, ils arguaient simplement du peu d’intérêt qu’apparemment la municipalité d’Urrugne portait au secteur de leurs environs (chemins mal entretenus, etc.). Ils faisaient non moins valoir la peine qu’éprouvaient les gens du quartier de Subernoa pour se rendre à la mairie d’Urrugne, distante de 7 km, pour l’accomplissement des formalités et démarches auprès de leurs autorités officielles.

D’un autre côté, il est compréhensible qu’Urrugne, conservant la nostalgie d’une souveraineté qui, jusqu’au mu’ s., s’étendait de la Nivelle à la Bidassoa, ait cherché à épuiser, jusqu’à leur extrême limite, toutes les ressources, tous les recours possibles auprès de la Justice. Il est même naturel, et bien dans la manière paysanne, qu’après avoir perdu plusieurs procès et appels, la municipalité ait cherché un ultime refuge dans la force d’inertie, tardant, par exemple, au maximum, à accomplir les formalités administratives auxquelles la loi l’assujettissait I

H lui fallut bien, en définitive, subir celle du 19 février 1867, qui consacrait le triomphe de la cause des Hendayais emportant un trophée de 195 hectares. La surface de leur ville était portée à 228 hectares et sa population à 918 habitants (gain de 180 hectares).

Comme nous le verrons plus loin, cette défaite d’Urrugne ne fut pas sans lendemain, car, pour autant, Hendaye demeurait inassouvi!

Reconsidérant la vie de la cité à notre point de départ, 1826, nous ne pouvons qu’admirer ses gestionnaires, leur art de tirer le meilleur parti de leurs maigres ressources du moment et rendre non moins hommage à l’énergie déployée par tous les habitants pour relever ces ruines dont le spectacle émut l’Impératrice encore en 1857, pour remettre en état les Joncaux, redresser les batardeaux, refaire les canaux, etc.

Combien ces ressources étaient faibles qui, outre la location des Joncaux, ne furent longtemps procurées que par l’adjudication (200 f par an) des herbes des glacis du Vieux-Fort ainsi que par la vente, fort rare d’ailleurs, de quelques petites parcelles de terrains vagues, quand une dépense exceptionnelle y contraignait

Tel fut le cas en 1836, lorsque la foudre tomba sur l’église et fendit du haut en bas le clocher, qui, dans sa tour, abritait, au premier étage, la salle de la mairie avec ses archives, servant aussi d’école. Tout dut être évacué et transféré en face, dans la maison lmatz.

HeçDAYt              229

Ce le fut égaiement en 1856 afin de financer l’acquisition d’une maison communale.

Mais, nous l’avons dit, de telles ventes n’étaient consenties que dans des cas extrêmes. Le Conseil municipal s’attachait, au contraire, et avec un louable esprit de prévoyance, à récupérer les moindres parcelles communales, dont certains s’étaient abusivement emparés, à mettre en valeur tous ses biens, et môme à les accroître du côté des dunes par des réclamations incessantes auprès des Domaines ainsi que par un effort continu d’arrachement à Urrugne.

En 1860, la première idée lui vint d’endiguer la Bidassoa: à la

vérité, elle lui fut suggérée par une lettre du Préfet, l’invitant  à

s’inspirer de la pensée du Souverain de rendre productif les communaux incultes s, dont le spectacle dut impressionner 1-Empereur au cours de ses séjours à Biarritz et de ses nombreuses excursions dans notre région.

Le Conseil municipal alors délibère

c considérant qu’il existe dans la commune un terrain de plus d’un km de long sur 300 m de large (30 hect.) baigné par les mers et qui serait d’une prodigieuse fertilité s’il était conquis à •l’agri¬culture en endiguant le chenal de la Bidassoa, considérant que ledit terrain avait attiré l’attention de l’Impératrice lors de sa visite 1857 en demandant pourquoi on n’avait pas essayé de le livrer a ragricul Eure,

les dispositions de ladite lettre impériale du 5 février 1860 fournissant les moyens de rendre ce sol productif, à défaut de ree.sources communales…

persuadé de l’immense avantage pécuniaire qu’en retirerait I’Etat et la commune,

estime intéressant de faire étudier sérieusement cette question par MM.. les Ingénieurs et ta sollicitude de l’Administration. s

Ce projet ne tomba pas littéralement à l’eau ! faute d’être ialventionné, il reprit forme bien plus tard, avec ta grande différence rpeil entra dans le cadre de t’urbanisme et non plus de l’agri¬culture.

Deux faits devaient lui imprimer cette nouvelle forme: ce furent, d’abord. la vocation, s’affermissant, de Hendaye station balnéaire. pais la création de la ligne de chemin de fer Paris-lrun avec une lm internationale à Hendaye.

Ce que nous appelons aujourd’hui la plage, son boulevard ainsi dierar zone atteignant une profondeur de 300 m environ, tout cela emelt-unit alors « les dunes s, que l’Etat conseillait de couvrir de lia:talions; de ces dernières il ne reste plus que de-ci de-là quelques getaéls

Ies Hendayais ne s’attardèrent pas dans cette orientation. prélérérent — et l’avenir leur donna combien raison l — miser

sur l’attraction de la mer et se préparer à recevoir les baigneurs, à l’exemple des autres plages de la Côte.

Déjà, en 1847, la faveur des bains de mer incitait le Préfet à ordonner aux municipalités de la Côte de prendre e des mesures pour que, chaque année, il ne soit pas constaté des accidents et souvent des malheurs.

Des enfants, de grandes personnes même se jettent à la mer pour se baigner; enlevés par les vagues, ils périssent faute de secours, victimes de leur imprudence. Il serait à désirer que, dans chacune des localités dont le territoire est baigné par la mer, le maire pût envoyer sur la côte aux heures où l’on se baigne habituellement un ou deux bons nageurs avec mission de veiller sur les baigneurs, soit en Ieur indiquant les dangers qu’ils pourraient courir, soit en leur portant au besoin secours ou tout au moins qu’il y eût le plus souvent sur la côte quelque préposé qui interdira de s’y baigner, s’il n’est d’autre sûreté possible s.

C’est à partir de 1854 que, sur la Côte, grandit l’affluence des baigneurs et des touristes, entraînés par l’exemple que leur offrirent l’Empereur et l’Impératrice.

Bien avant son mariage, alors qu’elle n’avait que 24 ans, Eugénie de Montijo était venue, en 1850, avec toute sa famille, séjourner, l’été, à Biarritz déjà centre d’attraction de la grande société espagnole.

Mariée en 1853, dès l’année suivante elle y revint régulièrement avec Napoléon III, même au cours de cette année, 1856, où elle mit au monde le Prince Impérial, événement que Hendaye célébra fastueusement. A Biarritz, Eugénie se baignait sur la grande plage; souvent, elle aimait venir excursionner par ici, marquant une particulière prédilection pour Béhobie et Hendaye.

Cette vogue de Biarritz devait naturellement exciter l’envie des Hendayais d’autant plus que, plus près encore, Ciboure commençait à s’organiser pour l’accueil des baigneurs. En 1855, cette commune adjugeait e 8 tentes, sa propriété s, destinées à ces derniers (bail à ferme de 5 mois).

A partir de cette époque le Conseil municipal n’eut d’autre objectif que l’équipement d’une station balnéaire ainsi que la récupération de terrains à mettre en valeur dans la baie de Chingoudy. Pour le Hendaye de demain il ne voyait d’autre fortune; il la prévoyait grande et la voulut contre vents et marées 1

Perspicacité et ténacité, souplesse et adresse, autant de qualités dont firent preuve les édiles, au cours de tout un siècle, jusqu’au jour où ils atteignirent leur but : cet ensemble de Hendaye-Plage aujourd’hui tant goûté.

Une première tentation leur vint, en 1861, d’aliéner le terrain de la baie de Chingoudy; elle leur fut offerte par un spéculateur aussitôt repoussé comme tel. A ce dernier motif le Conseil municipal ajouta qu’il lui paraissait inopportun d’examiner une proposition

H EY DAt E           2st

quelconque, car c dans un avenir prochain, une concurrence s’établira évidemment pour l’acquisition de ce terrain et, alors seulement, il pourra y avoir des avantages réels pour la commune s.

Pour cette raison plusieurs demandes d’acquisition de parcelles situées sur les dunes sont refusées de 1882 à 1867.

Une seule exception : en 1862, la vente de 12 ares, à 30 f l’are,

sur les dunes de la côte près la ruine de l’ancienne chapelle Sainte-Anne pour y pâtir une maison et un jardin d’agrément, au profit de Mr Didelin, professeur de dessin à Aire ». Ce maitre en prospective autant qu’en perspective s’inscrit certainement en tète des bâtisseurs des villas en bordure de la plage !

Par contre, en 1864, la Municipalité accepte une proposition, qui lui est faite, d’installer un établissement comportant des cabines de bains; elle refuse toute aliénation, mais consent la location de 9 ares pendant neuf ans, au prix annuel de 5 f l’are.

Cette même année, une grande décision fut prise : celle de construire une mairie ainsi qu’une maison d’école sur la principale place du bourg, à l’emplacement jusque-là occupé par « le simple jeu de rabot s, de convertir ce dernier en jeu de paume et de le doter d’un fronton copié sur celui d’Irun (80 in X 18 m), considéré comme un modèle du genre: son édification est prévue dans l’allée d’Iran¬datz.

Mais, par-dessus tout, comme nous rayons déjà dit. 1884 marque une date capitale dans l’histoire de Hendaye parce qu’elle est celle du prolongement jusqu’à la gare internationale de cette ville de la ligne de chemin de fer Paris-Bayonne. Cet événement eut une répercussion considérable sur les vies économique et politique de la cité.

L’afflux de fonctionnaires (douanes, police, etc.), d’employés de la Ci` de Chemin de Fer du Midi, l’implantation de nouveaux commerçants, qui devait normalement s’ensuivre, accrurent la population à un rythme très rapide, la doublant eu dix ans, ta triplant en vingt ans. Cette invasion ne pouvait qu’altérer profon¬dàoent le caractère du pays. Les Basques furent submergés par cette vague d’étrangers à la région. Aussi grand et amical que fût rattachement que ces derniers marquèrent pour leur nouvelle petite patrie, il était fatal qu’ils dissent, surtout dans les domaines politique et religieux, des réactions différentes de celles qui étaient inspirées par de vieilles traditions. Le fait est particulièrement manifeste au cours des années suivantes.

Dans un registre des archives municipales nous trouvons la réconfortante vue qu’offrait Hendaye à la fin de la période traitée dans ce chapitre :

On voit alors les ruines disparaitre, les maisons s’élever, le clumnrce s’établir et la prospérité naître où naguère végétaient pariétaires (plantes, qui poussent dans les murs) et orties. On pour¬rait dire que la commune renaît de ses cendres comme le Phénix »

DE 1868 A 11196

re 1897 à 1881, la commune ne cessa d’être assaillie par des

hommes de finance aux offres les plus tentantes, aux projets Lu plus mirifiques, tous désireux d’exploiter la plage (bains, jeux et casino) ainsi que la baie de Chingoudy, finalement concédée à la Commune par les Domaines. Ils sont trop pour être mentionnés; un seul mérite de l’être, car il donne la limite, s’il en est, de l’audace d’un spéculateur.

Sachant que le Conseil Municipal refuse toute vente, ce dernier, uarisien au nom germanique (4: te diable du bois » !) n’offre rien moins que la location, pour une période de 99 ans, du terrain nécessaire pour la construction d’un établissement de bains, au prix

c invriable de 2 900 f par an et à la condition qu’il n’ait jamais m enu concurrent » t Inutile de dire qu’une telle demande fut

renvoyée à son auteur… au diable !

Cependant, il n’échappait pas au Conseil que le jour approchait csii il lui faudrait bien prendre une décision définitive.

Les bains de mer, du moins pour les enfants, commençaient à être de plus en plus en faveur. En août et septembre. beaucoup de familles bendayaises se portaient à la plage où elles retrouvaient les Espagnols venus en grand nombre.

Les uns et les autres ne pouvaient gagner le bord de la mer que pur un service de bateaux partant d’Iran ou de Fontarabie ainsi que du port de Hendaye jusqu’au jour (1873) où, le chemin de Reicenia à Ondarraitz ayant été élargi et mis en état, des voitures ElErmilnis purent relier « rapidement et sans danger » la plage é la ville.

Sur la plage les baigneurs disposaient, ici de baraquements, là de quelques cabines, dont la commune avait autorisé la construction ‘:-ajours par bail à ferme), mais tous n’en usaient pas, au grand ±2m des tenanciers I

Ces derniers se plaignirent, en effet, que e Les Espagnols s’abritent s.-.us une légère tente, que chaque groupe apporte et n’acquittent

eun droit et, en 1873, ils réclamèrent même que soit imposée l’:._tigation de passer par tes cabines et qu’il soit défendu de se

baigner « sans un costume complet s. Le Conseil municipal se déroba au premier point, mais sanctionna si favorablement le second qu’il décida aussitôt a la construction de 2 baraques (hommes et femmes), hors desquelles ne pourront se déshabiller ceux qui ne voudront aller se baigner en leur état s, donc tout habillés I

Immédiatement, en arrière de la plage, ce ne sont que pins et qu’ajoncs épineux, dont la coupe est affermée chaque année (pour 60 f en 1878). C’est qu’il n’est pas de petits profits pour une commune si peu fortunée, que le maire, ou un conseiller municipal. doivent avancer l’argent pour le règlement de certaines factures.

Le cas s’en présente en 1873.

Un grand bienfaiteur du pays apparut alors: Antoine d’Abbadie, dont le nom demeure attaché au château qui s’élève sur le promon¬toire d’Aragorry.

Né en 1810 d’un père appartenant à une antique famille souletine, originaire d’Arrast (canton de Mauléon), il se distingua par ses travaux scientifiques en matière d’ethnographie, de linguistique et d’astronomie ainsi que par ses grands voyages, en Ethiopie parti¬culièrement.

Membre de l’Académie des Sciences dès 1867, une double élection te porta en 1892 à la présidence de cette illustre Académie ainsi qu’a celle de la Société de Géographie.

Rêvant d’une retraite en un lieu de beauté, en ce pays basque, qui fut toujours son grand amour, il porta son choix sur Hendaye et fit édifier le château, dont Le style gothique surprend, à première vue, dans le cadre de notre campagne; c’est qu’il en confia la construction à l’architecte Viollet-Le-Duc, célèbre par ses nom¬breuses restaurations de monuments du Moyen-Age, par exemple la Cité de Carcassonne.

Mieux encore, A. d’Abbadie prit une part active à l’administration ainsi qu’à l’équipement de la ville (dons de sources, de chemins, etc.), dont il fut le maire de 1871 à 1675.

Sa générosité s’étendait hien au-delà de sa commune d’adoption, au bénéfice de toutes les institutions vouées au maintien des tradi¬tions basques. Les concours de poésie, les pertsulari, l’enseignement de la langue basque, les groupements folltloriques (danses, jeux) furent de préférence les points d’application de ses largesses, mais par-dessus tout, les jeux de pelote, en particulier le rebut, bénéfi¬cièrent de son encouragement et de ses primes.

Il légua son château à l’institut de France, qui y maintient en service l’observatoire créé par lui-méme pour ses propres études. Dans son premier acte de donation il exprimait la volonté que sa direction en «Il toujours confiée à un prêtre. 11 en est bien ainsi.

Quelques faits, quelques dates, autant de jalons qui vont nous permettre de suivre la progression de Hendaye, de 1870 à 1896.

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En 1870, année de guerre, il n’est question que de la mobilisation de la garde nationale, de l’accueil des blessés et de l’installation d’une ambulance servie par les religieuses.

Et, s’il est une progression. c’est dans une direction bien inatten¬due, celle de la contrebande, dont la forme nouvelle contraint le maire à intervenir auprès des alcades d’Irun et de Fontarabie « pour qu’ils l’aident à y mettre bon ordre ».

« A bord d’embarcations, des individus, qui jusqu’ici passaient à volonté d’une nationalité à l’autre. débitent du tabac, du sucre el surtout une eau-de-vie fabriquée par eux-mêmes, qui empoisonne le corps des pères et même des mères de famille, des jeunes gens et jeunes filles et des enfants attirés par les bas prix » !

La conclusion se veut pathétique : s’il est vrai que la santé et la moralité y perdent, l’Etat et le commerce local ne sont pas moins atteints dans leurs bénéfices

Dès 1871, le Conseil municipal dresse un vrai plan d’urbanisme englobant l’ensemble de la cité et de la plage, « la plus belle du monde ! » L’objectif n’est pas modeste : Hendaye doit surclasser Biarritz et Saint-Jean-de-Luz ! Il est prévu qu’aux cabines en planches, installées sur les dunes, doivent succéder « des établis¬sements attrayants, hôtels, cafés, théâtre, casino, jardins; une voie ferrée à établir à travers la baie et sur laquelle, en la belle saison, circuleront des omnibus, entraînés par la vapeur, entre le vieux port et la plage; des terrains horizontaux propres à la grande culture, au jardinage et à l’industrie aussi bien qu’à la fondation de villas…; l’alignement des rues du village, l’adoucissement des pentes, la création de trottoirs, la plantation de promenades ombreuses, l’établissement d’une distribution d’eau avec fontaines publiques, la substitution à la tour massive et informe de l’église d’un clocher svelte et élégant, entouré de galeries, accessible aux visiteurs ».

Il est remarquable que ce plan a été conçu par des hommes, qui étaient simplement d’esprit pratique, animés de bon sens et parfaite-ment capables d’imaginer la conversion de leur « village s en ville et dans tous ses impératifs.

Ce ne manquera pas d’étonner en ces temps où un projet de cet ordre ne saurait avoir d’existence légale que s’il a été engendré par des spécialistes officiellement institués, puis a subi, avec succès. l’épreuve de multiples commissions ainsi que des barrages dressés sur la voie… hiérarchique qui relie la commune à Paris 1

En 1871, la ville obtient sa poste et cesse d’être tributaire de celle de Béhobie. En 1873, tes vols étant fréquents, les rues sont éclairées par des lanternes et une demi-brigade de gendarmerie est affectée au lieu, mesure d’autant plus utile que de nombreux Espagnols viennent s’y réfugier. à la suite de la guerre carliste, et s’y fixer. Ces deux gendarmes ont aussi à calmer les bateliers, qui se chamail

lent violemment à l’arrivée des touristes et des voyageurs, ne se mettant d’accord que sur des prix abusifs

Pour traverser la Bidassoa, il n’est encore de pont, hors celui propre au chemin de fer; le passage ne se fait que par le bac (150 passages par jour) en face de Priorenia. Des bateaux parti-culiers s’y ajoutent, qui, du port, mènent également à Fontarabie ou à la plage.

1874 marque l’inauguration de l’église Saint-Vincent, dont la reconstruction et la rénovation sont enfin achevées, grâce surtout à la générosité des paroissiens. Ses murs apparaissent embellis par trois magnifiques tapisseries; elles furent, hélas r vendues en 1900 par la Fabrique, d’accord avec la municipalité, pour payer partie de l’agrandissement de l’édifice. Elles sont aujourd’hui en Allemagne, au musée de Bonn.

Aux membres du Conseil municipal fut réservé e le banc spécial qu’ils ont demandé selon l’antique usage s.

En 1881, le moment est décidément venu d’aborder Ies grands travaux du plan d’urbanisme, surtout ceux qui concernent le futur Hendaye-Plage, cité satellite.

Une série de conventions est alors passée (1881-1884) avec une entreprise immobilière, qui s’engage ,à des aménagements considé¬rables sur les dunes et dans la baie de Chingoudy; faute de finances suffisantes, elle dut malheureusement interrompre son activité, mais non sans avoir pu, au préalable, construire un casino

En 1887, la Commune obtint de l’Etat la vente du Vieux-Fort ainsi que de son glacis comprenant 3 hectares; il sera mis à profit pour la construction d’un groupe scolaire ainsi que pour la réalisation de divers travaux prévus dans le plan d’urbanisme.

Après maintes difficultés, les travaux reprennent sur le chemin de Belcenia à Ondarraitz, un pont domine l’anse de Belcenia, qui est comblée; ils sont achevés en 1892, ainsi que le boulevard de la Plage et une digue de 600 m.

Tandis que la ville travaillait si activement à son extension, une mutation s’était faite, relative à sa population, profondément modifiée dans sa structure par l’apport d’éléments extérieurs.

Ces étrangers au pays, dont beaucoup étaient indifférents à sa spiritualité, devaient par leurs votes élimines des principaux postes de commande les Basques dépositaires des traditions. La physio¬nomie politique de la cité s’en trouva fortement altérée et marquée.

Autant il est juste et agréable de reconnaltre que ces nouveaux venus se dévouèrent sans compter à l’accomplissement de la mission que la majorité des électeurs leur avaient confiée, autant il est pénible et regrettable d’avoir à constater le sectarisme dont, parfois, quelques intolérants firent preuve, sans craindre de troubler l’atmosphère politique, paisible, comme il était et il reste de règle au Pays Basque,

H EN D AY E        237

La première mesure empreinte de cet esprit fort fut la laïcisation de l’école communale des filles, la première, qui ait été imposée chez nous. Triste priorité !

En 1865, le curé, le maire et son conseil municipal avaient unani¬mement demandé au Père Cestac, fondateur du Refuge d’Anglet, l’envoi de Servantes de Marie, 11 en vint aussitôt trois, qui prirent en charge l’école des filles.

Tout alla très bien jusqu’au jour où le maire s’acharna à Leur chercher noise et à demander leur départ sous Ies prétextes les plus fallacieux. El prétextait, par exemple, l’insuffisance de leur enseignement, ce à quoi l’inspecteur d’académie répondait que leur école était une des meilleures du département !

Mais il fut une force plus puissante et, en 1880, les Soeurs durent abandonner l’école communale. L’opposition demeura vive, en particulier celle d’Antoine d’Abbadie, qui la manifestera encore huit ans plus tard.

Comme le conseil municipal lui avait rappelé qu’il ne tenait plus son engagement de verser, chaque année, un don de 100 f destiné à l’amortissement des intérêts d’un emprunt, il répondit : « ainsi je proteste contre la laïcisation de l’école; faites-moi un procès s, ce dont on se garda bien l Et l’on fit même très bien, car, sans davantage de rancune, Antoine d’Abbadie ajouta à ses bienfaits le cadeau d’une source dont la commune avait le plus grand besoin; en retour, celle-ci le gratifia du suprême honneur en son pouvoir traduit par la citation : « A bien mérité de la Ville de Hendaye. s

Quant aux familles chrétiennes, très attachées à la liberté de l’enseignement, elles firent les sacrifices nécessaires pour conserver les Soeurs. Dès la rentrée suivante, celles-ci ouvraient une école dans une maison louée et, en 1884, les familles pouvaient mettre à leur disposition une nouvelle construction, qui leur permit d’ouvrir une école maternelle.

Comme déjà dit, l’issue favorable d’un long procès avec Tirrugne, en 1807, le gain d’une notable superficie, n’avaient pas apaisé la soif d’expansion de Hendaye.

Dés cette même année, le conseil municipal « plantait un jalon » pour obtenir davantage, c’est-à-dire le rattachement intégral des quartiers de Subernoa et de Santiago. 11 y avait là, en effet, en particulier aux abords de la gare, une enclave appartenant à Urrugne et qui séparait même Hendaye de ses terres des Joncaux,

Au début sa réclamation se fait très douce :

Non, Hendaye ne demande pas une annexion violente! Elle est comme une mère qui ne cherche pas de nouveaux enfants, mais qui est prête à accueillir ceux qui librement veulent venir à elle »

Et ses arguments ne manquent pas. Le plus fort est celui qui repose sur l’ancienne existence de la paroisse de Subernoa.

en réclamant « ia consécration administrative de ce qui existait

religieusement s, le conseil municipal ne fait rien d’autre que se conformer à la règle la plus antique, les paroisses ayant toujours présidé à l’institution des communes.

Hendaye plaide non moins la topographie, la difficulté éprouvée par leu habitants de ce quartier de Subernoa pour se rendre à la mairie d’Urrugne, suivre les annonces légales, y accomplir les actes d’état civil, etc. Les employés de la gare sont particulièrement victimes de cet éloignement…

D’autres raisons se rapportent à l’avenir.

Tout éloigne d’Urrugne, est-il affirmé, et porte vers Hendaye les habitants de ces quartiers; ils en sont, en particulier, distraits par le nouveau courant commercial créé par la gare. Et le plaidoyer s’achève sur une vue de l’avenir: Hendaye, devenu station balnéaire florissante quand une bonne route aboutira à la plage : au reste, l’industrie y prospère depuis que les Hendayais ont retrouvé la recette de la fameuse eau-de-vie…

Suit l’argument de choc !

« Sa Majesté l’Empereur a donné 10 000 f pour la construction de cette route (celle qui part du château de Mr Antoine d’Abbadie et aboutit à la gare) et il semble vraiement que le Souverain en personne ait désigné du doigt aux habitants de ce quartier qu’ils devaient associer leurs destinées à celles des Hendayais.

Ensuite, le ton de la plaidoirie devient plus aigu; Urrugne est accusé de ne pas veiller à l’entretien du chemin que M. A. d’Abbadie avait fait construire à ses frais, aboutissant au bourg de cette commune. Il n’est cependant d’intransigeance de la part de ces fins renards, qui veulent bien « accepter d’accorder aux habitants d’Urrugne toujours et à perpétuité toutes les facilités nécessaires pour aller chercher des engrais à la mer s. Ils n’avaient évidemment pas pu prévoir la valeur qui est aujourd’hui celle du varech dans l’emploi qu’en fait l’industrie.

Sans se lasser, à plusieurs reprises, au fll des ans, Hendaye réitère sa demande d’annexion, en dépit de la non moins constante obstruc¬tion d’Urrugne, et quand il n’y eut plus d’Empire, c’est la République qu’elle implore en termes aussi émouvants et toujours avec le précieux soutien d’Antoine d’Abbadie.

Finalement, une fois encore, la victoire se porte à ses côtés; le décret du 14 octobre 1896 lui vaut le gain de 496 hectares. Ces der¬niers couvraient les secteurs liés à son expansion ainsi qu’à sa fortune : au bord de la mer, la zone s’étendant de Sainte-Anne à la baie de Haiçabia, y compris donc le château d’Aragorry, propriété d’Abbadie, la plage dans toute sa longueur, au Sud la bande de terre s’étalant de la gare au cimetière de Béhobie, le long de la Bidassoa, sans aucune solution de continuité.

Bref, Hendaye cessait d’être hanté par le spectre d’Urrugne à ses portes, à 200 m de sa place publique et d’avoir à subir son

HENDAYE            235

voisinage au bord de la mer, jusqu’à Sainte-Arme. N’accuse-t-elle pas cette commune, en 1893, d’avoir loué une partie des dunes à un groupe de Hendayais e désireux de faire échec à l’établissement de bains de Hendaye et qui ont construit une baraque avec quelques cabines » ?

La ville trouvait ses limites actuelles, définitives (peut-être ?) et sa population atteignait 2 1110 habitants.

Pour clore cette période voici une anecdote bien révélatrice de l’état d’esprit politique ainsi que de l’esprit tout court du maire, qui administrait la cité en 1896; elle éclaire, non moins, la situation économique du moment.

Conseil Municipal – Délibérations du 4 juillet

Explication du Maire

« Les musiciens (de la « Lyre municipale s) ont demandé à M. le Curé à assister à la Procession, ce qu’il avait accepté. Mai d’abord répondu que chacun devait rester chez soi. Puis, j’ai réfléchi et pensé au premier mot de la devise républicaine « Liberté » et ai autorisé.

Au point de vue politique, j’ai considéré que la République, à Hendaye comme en France, était aujourd’hui incontestée et assez forte pour ouvrir ses portes aux bonnes volontés.

Au point de vue économique, nos intérêts compromis par l’éléva¬tion du change en Espagne et celle des droits, dits protecteurs, exigent que Hendaye tende la main aux étrangers et donc a besoin d’union dans le même but : le développement continu de notre station balnéaire. Car là est la seconde fortune du pays.

L’Assistance Publique de la Ville de Paris vient à nous et nous apporte un grand rayon d’espérance. Un tramway électrique est projeté… Mais tout celà, je le veux par la République et pour la République. Je veux faire apprécier l’Administration républicaine et prouver à nos adversaires et aux communes voisines (allusion évidente à Urrugne, la spectrale!) que les Républicains savent gérer Ies affaires et progresser vivement par la Sagesse et la Liberté.

… Aux musiciens nous ne demandons pas autre chose que de l’harmonie (r), afin de nous rassembler et égayer par les sons agréables de leurs instruments !

Conclusion : Jugez de la portée de mes actes, tout le fond néces¬saire de ma pensée qui peut se résumer en deux mots : tout pour la République et tout pour Hendaye.

A notre tour de résumer : Paris vaut bien une messe et Hendaye une procession I

N’est-ce pas là plus qu’une anecdote? mais le bon exemple d’un maire à la recherche d’une union cimentée par l’intérêt, te plus fort des liants !

DE 1897 A 1941

A

LA fin du dernier siècle la ville a pris corps; ses édiles vont maintenant se consacrer à la doter d’un équipement moderne et à achever les travaux encore à l’état d’ébauche, qui l’agrémen¬teront et l’enrichiront de la parure de Hendaye-Plage.

Successivement, au cours de quarante ans, des aménagements vont être réalisés; leur énumération condamne à un style aussi sec que celui d’un mémoire d’entrepreneur, mais elle ne pouvait être omise, car elle marque des étapes dans la montée de la ville à son rang actuel.

1899 : Construction du jeu de paume sur le glacis du Vieux-Fort, inauguration du Sanatorium de la Ville de Paris.

1902 : Apposition de « plaques bien visibles à deux tournants très dangereux du chemin n° 58 (port-gare), invitant clairement les conducteurs de voitures d’automobiles à ralentir leur allure s. La locomotion, alors dite « artificielle s, commence déjà à gêner la circulation dans la ville !

Le progrès pénètre jusqu’au port où cinq pécheurs envisagent de s’équiper de bateaux à vapeur.

1903 : La Ville crée un réseau de distribution d’eau alimenté par une source acquise à Biriatou; d’autres le seront au cours des années suivantes.

1905 : Réception de l’éclairage public (1 000 bougies + 4 lampes à arc de 10 ampères) assuré par la Société Electra-Irun; il remplace celui que procuraient jusque-là 30 lampes à pétrole.

Un nouvel entrepreneur se substitue à la société immobilière défaillante et reprend les travaux d’aménagement de la plage ainsi que de la baie de Chingoudy; il va assurer l’exploitation du casino ainsi que du grand hôtel d’en face.

1908: Ce dernier est autorisé à ouvrir des jeux (baccara et petits chevaux) au Casino; il obtient également la concession d’un tramway reliant la plage à la ville.

1909: Les promenades sont devenues trop exiguës: il est décidé d’un parc autour du Vieux-Fort.

1010 : Les rues reçoivent un nom.

1913 : La digue de la plage est prolongée dans la direction des Deux-Jumeaux; de nombreuses villas commencent à s’élever sur le bord de mer.

La Ville réitère sa demande de liaisons téléphoniques directes avec Bayonne et Irun.

1915 : Le bâtiment des Douanes est édifié à l’extrémité du pont international. En cours de construction, ce dernier ouvrage, intégra¬lement dû à la Municipalité d’Iran, fut achevé l’année suivante.

1917 : En raison des événements vécus par la France en 1916, nos amis Espagnols en retardèrent l’inauguration jusqu’au 1″ février de cette année 1917 et firent généreusement le don à notre pays de la moitié du pont, dont la construction eut normalement dû lui incomber; ils ne nous laissaient que la charge d’entretenir cette partie.

Ainsi, Hendaye cessait d’être tributaire de bateliers ou d’un bac et, dorénavant, communiquait au-delà de la Bidassoa avec Irun accueillant en sa magnifique avenue s de Francia ».

1914-1918 : Dès les premiers jours de septembre 1914, la ville, où tous les partis fraternisent, s’organise pour recevoir et soigner les blessés; des hôpitaux temporaires sont ouverts dans la villa Marie, la villa Perla ainsi que dans le Casino, qu’offrent leurs propriétaires respectifs.

Plus de 50 réfugiés belges sont installés dans des maisons particulières. En 1916, des prisonniers alsaciens sont mis à la disposition des cultivateurs.

1917 : La concession du tramway (ligne Casino-Gare) est trans

férée à une filiale —      — de la C » du Midi. Les rails du

tramway de la ligne exploitée par cette filiale, le long de la corniche, de Saint-Jean-de-Luz à Hendaye, sont enlevés et envoyés aux aciéries travaillant pour la Défense Nationale.

1920 : Le Nid Marin héberge 50 enfants.

La Société Electra-Irun commence à être en difficulté. La C » du Bourbonnais prendra sa suite quelques années plus tard.

1921: Inauguration du Monument aux Morts, groupe en bronze, oeuvre de Ducuing. A Irun une souscription est ouverte par nos amis espagnols, qui manifestent largement leur générosité.

1923 : Construction définitive du boulevard de la Plage ainsi que de son mur de défense.

1924 : Edification de l’hôtel des Postes.

1928 : D’accord avec Urrugne, un barrage, un lac artificiel ainsi qu’un poste de filtration sont créés sur un flanc du mont Choldoco¬gagna par une entreprise privée, qui prend en charge l’amenée d’eau potable à Hendaye, Urrugne et Saint-Jean-de-Luz.

liENDAYE             243

1930 : Une fois de plus, l’entreprise concessionnaire de grands travaux, en particulier dans la baie de Chingoudy, est défaillante et acculée à la liquidation.

1936 : La Ville lui rachète le Casino et le Parc des Sports.

Les routes desservant la zone touristique méritent une mention particulière.

Dès 1900, le Conseil Municipal avait demandé aux Ponts et Chaussées la route de corniche, partant de Socoa; elle ne fut mise en service qu’en 1928, encore fallut-il qu’une entreprise privée, celle déjà dite, y contribuât.

En 1905, le Conseil est, d’autre part, consulté sur l’intérêt d’une route « automobile et tarifée » reliant Arcachon à Biarritz; il est donc déjà question d’une autoroute à péage I Son avis favorable n’a guère suffi pour déclancher l’opération et, depuis plus de 60 ans, ce projet somnole dans un dossier, tandis que continuent à en rêver les responsables du tourisme dans le Sud-Ouest I

En 1936, le Conseil Général étudie la création de deux routes touristiques: l’une le long de la corniche de Biarritz à Saint-Jean-de-Luz, l’autre de Hendaye à Biriatou et au col d’Ihardin.

De la première il ne saurait plus évidemment être question. Quant à la seconde, toujours vivement souhaitée, par son inexistence elle prouve qu’une gestation de 30 ans ne suffit pas à l’Adminis¬tration pour mettre au monde un bel enfant !

Les liaisons aériennes ont aussi leur petite histoire. Dès 1926, un groupe de précurseurs avisés envisageait la création d’une ligne Paris-Hendaye basée sur un aérodrome prévu sur le terrain des Joncaux. Ce ne fut qu’une idée spéculative, mais elle fut reprise en 1934 par la Société Air-France-Farman, qui projeta sérieusement une ligne Paris-Biarritz. Des subventions lui furent même versées par dix stations de la Côte, dont Hendaye, cette ligne « devant servir les intérêts du tourisme ».

Effectivement, grâce à la participation des Municipalités ainsi que de la Chambre de Commerce de Bayonne, elle put être mise en service en 1954.

Près de 30 ans ont séparé le réve de la réalité !

Il y en eut bien davantage avant que se réalisent les rêves des curés, qui se succédèrent depuis la reconstruction de l’église en 1874; ils ne cessèrent, en effet, de se trouver devant une église trop petite pour contenir les fidèles en nombre croissant et d’une décoration que ces derniers, eux-mêmes, jugeaient trop pauvre.

Au prix de grands sacrifices consentis par la paroisse et grâce à la ténacité de ses chefs, de 1901 à 1928, d’importants travaux furent menés à bien: l’augmentation de la surface intérieure obtenue par des aménagements ainsi que par la création de chapelles laté¬rales, la décoration du sanctuaire et de la voûte, etc.

En 1954, le chœur, que nous admirons aujourd’hui, fut totalement renouvelé. Un autel sculpté remplaçant celui de 1924, des boiseries, le tabernacle, les vitraux, toutes oeuvres dues au talent d’artistes locaux, constituent un bel ensemble derrière les grilles en fer forgé par un maître-ferronnier de Bayonne. Le rétable, alors mis en place, est particulièrement remarquable. Transféré du Guipuzcoa, grâce à l’autorisation du Ministère des Beaux-Arts de Madrid, ce chef-d’œuvre du xvn• s. est très représentatif de l’art espagnol.

Quant à la fête patronale, celle de saint Vincent, elle n’est plus célébrée, depuis 1861, le 22 janvier selon le calendrier liturgique,

Son écho étant si grand dans la ville qu’elle était devenue la fête locale, il fut alors décidé de la reporter au troisième dimanche de septembre, date plus favorable aux festivités, car a La ville, vide l’hiver, se remplit à ce moment de touristes s.

On n’a pas oublié qu’au xvn• s. le premier patron de l’église fut saint Vincent de Xaintes, fêté au cours de ce dernier mois et que les paroissiens avaient obtenu qu’il fût remplacé par saint Vincent de Huesca, fêté en janvier, parce qu’en septembre les pêcheurs étaient au loin.

Et voilà que 300 ans plus tard ce mois retrouve sa faveur 1 Le bon saint Vmcent de Xaintes a dû, au Paradis, doucement sourire I

Délaissant l’histoire d’une ville, qui se construit, s’agrandit et s’embellit, nous évoquerons, maintenant, celle de la pêche qui, même au cours de la période traitée dans ce chapitre, contribuait de façon appréciable à son activité. En outre, sa situation sur une frontière maritime nous amènera à exposer, en résumé, le rôle que, par ce fait, elle eut à connaître depuis le milieu du dernier siècle.

Nous commencerons par rappeler l’essentiel des Conventions, conclues entre la France et l’Espagne, qui régirent leurs rapports et continuent à régler leurs droits respectifs, ce qui nous conduira jusqu’à la Station Navale chargée de leur application.

En 1856, la Convention signée à Bayonne et confirmée en 1859, précise que :

1° la frontière sera exactement fixée, non plus au milieu de la rivière, mais au milieu du chenal le plus profond;

2° les eaux seront franco-espagnoles;

3° une Commission Internationale des Pyrénées sera instituée ayant pour tâche de régler tous les litiges. La France y sera repré¬sentée par le Commandant de la Station Navale de la Bidassoa;

4° le droit de pêche n’appartient, en toute exclusivité, qu’aux riverains.

En 1886, autre Convention qui, sans modifier le fond de la précédente, apporte quelques précisions; il en fut de même en 1894, 1908, 1924, 1954.

HENDAYE            245

Entre-temps, en 1873, la Marine Nationale reçut l’ordre d’établir à Hendaye même une station navale, annexée à celle de Saint-Jean-de-Luz et chargée de la liaison avec celle de la Marine Espagnole en place â Fontarabie.

Tandis que, de 1873 à 1886, à Saint-Jean-de-Luz veillait

«             Le Chamois », aviso de flottille à roues, à Hendaye était basé

«             Le Congre », chaloupe à voile, qui •fut renforcé, en 1883, par

«             La Fournie s, chaloupe à vapeur.

De 1886 à 1910. la canonnière « Le Javelot » remplace les pré¬cédents avec l’appui de la chaloupe à moteur « Le Nautile », amarrée à Socoa. (Nous retrouverons l’une et l’autre au cours d’un incident plus loin rapporté.)

Le mât du « Javelot » se dresse aujourd’hui sur le terre-plein de la Station; tous les jours, les couleurs y sont hissées. Il y est conservé en souvenir du lieutenant de vaisseau qui, à deux reprises, commanda la Station, Julien Viaud, en littérature Pierre Loti.

Ce dernier y arriva au mois de décembre 1891 alors qu’il venait d’être élu, et non encore reçu, à l’Académie Française, ce qui ne manqua pas de poser aux maltresses de maison, dont il était l’hôte, un terrible problème d’étiquette! A qui donner la première place? A l’académicien elle revenait de droit, mais alors c’était reléguer au second rang les officiers supérieurs, dont Loti n’était qu’un subalterne, ainsi que les autorités officielles, le Préfet lui-même !

II quitta ce commandement au début de l’année 1893 et le recouvra de mai 1896 à fin 1897.

Au cours de cette brève période Pierre Loti fut reconquis par le charme du pays de « Ramnntcho » qu’un instant, suivant son propre aveu, il avait bien cessé de goûter. De Rochefort, sa ville natale, il écrivait, en effet, à un ami au mois de décembre 1895 :

« Autrefois, j’étais un admirateur passionné de ce petit recoin du monde; j’en ai bien rabattu, mais j’aime encore ces montagnes de Guipuscoa, derrière lesquelles j’ai vu, pendant trois ou quatre ans de ma vie, se coucher le soleil. R est donc possible que Pété prochain je revienne par là… »

Il y revint si bien que Hendaye devint sa résidence d’été de prédilection et qu’il y voulut mourir; il y décéda en 1923, en sa villa « Bakaretchea » (Solitude), près du port, et qui est restée demeure de sa famille.

De 1910 à 1914, la Station dispose de deux bâtiments: « Le Gron¬deur s et la chaloupe « Qui Vive », qui, après avoir rallié Brest et Rochefort, reprirent leurs places en 1915 et 1919.

De 1925 à 1949: une série de chasseurs et de vedettes portuaires, qui ne sont plus désignés que par des numéros.

Depuis : une pinasse à moteur, « L’Artha H ».

La Station Navale est, avant tout, le poste de commandement d’un capitaine de frégate, qui partage avec le commandant de la Station de Fontarabie le pouvoir d’arbitrer tous les litiges d’ordre maritime, en vertu des Conventions franco-espagnoles.

En 1899, un sérieux incident mérite d’être retenu, car, dans le long rapport dont il est l’objet (voir archives de la mairie), nous trouverons maintes explications qui mettent en lumière non seule¬ment l’activité des pêcheurs de Hendaye, mais aussi, d’une façon pins générale, l’économie du moment.

A son origine, une pétition des pêcheurs de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, adressée au Ministre de la Marine, vise directement les Espagnols. Hendaye ne s’y méprend pas et démasque le véritable objectif : la concurrence qu’avec son port et sa gare cette ville fait aux plaignants. (Et nous citons presque textuellement.)

Ces derniers plaident deux arguments

1° Défaut de protection en mer contre les pêcheurs espagnols. e e Le Javelot s, ancré prés du pont de la Bidassoa depuis des années, est dans l’impossibilité de prendre la mer. Quant au e Nau¬tile s, il n’est pas aussi radicalement incapable de naviguer, mais il est hors d’état d’exercer en mer une action utile (les mauvaises langues t’ont baptisé e L’Inutile s), car il est de notoriété qu’il ne peut atteindre à la course les embarcations à la rame, qui commettaient journellement et impunément, même sous ses yeux, des contraventions sans la moindre crainte, ni répression.

Les pécheurs espagnols viennent dans nos eaux en force et exercent des violences pour s’emparer du poisson qui devrait nous appartenir.

En face, les espagnols ont un stationnaire, en parfait état, et des auxiliaires, très bons marcheurs, qui sont toujours à leurs postes d’observation pour réprimer nos écarts. Situation désastreuse et humiliante pour notre patriotisme. Remplacez au moins le e Nautile s

2° L’interprétation abusive, en faveur des pécheurs espagnols, du décret du 8 février 1886 sur la réglementation de la pèche dans la Bidassoa.

Ce décret dispose que la pêche du poisson de rivière, seule admise en France, exempte des droits de douane, est seule autorisée d’un point du fleuve à un autre, alors que la douane admet aussi celui de mer, notamment des sardines apportées par des barques espagnoles de n’importe quel point de la Côte.

Nous demandons que le poisson d’eau douce, péché dans la Bidassoa dans les limites tracées par le décret de 1886, soit seul exempté et que le poisson de mer soit soumis aux droits. s

A ce plaidoyer Hendaye répond par une note remise au Ministre de la Marine et au Contre-Amiral, Major Générai, venus dans la région :

HESDA VE           247

P « A la vérité, Hendaye entretient avec Fontarabie les meil-leures relations et il a toujours suffi de l’intervention des comman¬dants des deux Stations Navales pour trancher toutes difficultés de pêche.

Des incidents mineurs ont été grossis et, peut-être, provoqués par des instigateurs de mauvaise foi. Si, vraiment, nos gardes-côte sont insuffisants, le Ministre de la Marine saura y remédier. Hendaye ressentira une joie toute patriotique et nos adversaires seront satisfaits sur ce point

2° Les revendications des luziens sont injustes.

Le traité de 1886 ne reconnaît le droit de pèche qu’aux cinq communes riveraines.

En 1884, l’établissement de la ligne Paris-Madrid donna un essor nouveau à l’industrie de la pêche, d’où affluence de poisson frais à la gare internationale de Hendaye et création d’un commerce notable d’importation de poisson frais, surtout de sardines.

Depuis, ce commerce s’est intensifié, les négociants se sont outillés, un personnel nombreux embauché; Fontarabie s’est adonné presque exclusivement à la pêche à la sardine et l’on pouvait voir, naguère encore, de nombreuses femmes chargées de paniers de sardines aborder au port de Hendaye, en payant les droits, courir pour les expédier par le premier train et augmenter le mouvement ascendant de l’importation.

Nous ne saurions empêcher que les choses se passent ainsi, comme elles se passent d’ailleurs aujourd’hui.

Depuis 1884, avec l’accord des Domaines, des Ministres des Affaires Etrangères, des Travaux Publics et des Finances, Hendaye a affecté aux pécheurs un quai approprié où s’effectue la vente et la mise en panier, la salaison, le paiement des droits de douane, les chargements des sardines pour la gare, où elles sont expédiées, avec celles qui arrivent par le train d’Espagne, dans toutes les directions, le marché de Hendaye étant aujourd’hui connu sur tous les points de France.

Le droit de pêche dans la Bidassoa et la rade du Figuier appar¬tient exclusivement, par la Convention de 1886, aux cinq communes riveraines et le poisson pris dans ces eaux peut entrer en franchise sur l’une ou l’antre rive.

Forts de leurs droits, les pêcheurs riverains, ruinés par la dispa¬rition presque complète du saumon dans la Bidassoa, se sont rabattus aujourd’hui sur la pêche à la sardine autrefois délaissée et employée comme engrais et pour laquelle ils trouvent en France de nombreux débouchés.

Ces sardines, en partie franches de droits, font l’objet d’une injuste jalousie de la part des pêcheurs de Saint-Jean-de-Luz et de Meure, mais c’est là un droit de pêche appartenant exclusivement

aux pêcheurs des communes riveraines, tant françaises qu’espa¬gnoles.

Ce droit ne saurait être violé sans abus pour servir quelque intérêt électoral menacé, car les pêcheurs luziens ou autres viennent eux-mêmes souvent bénéficier des facilités ou des avantages que leur procure le marché de Hendaye. Il se pourrait fort bien que leurs plaintes leur aient été suggérées et formulées par des instigateurs qu’une hostilité systématique pousse contre une commune dont les constantes manifestations républicaines leur font ombrage.

Des esprits aveugles ont résolu de s’opposer à l’essor de Hendaye, à ses louables initiatives pour se développer.

Le Gouvernement de la République saura nous protéger !

Il est évident que les auteurs de cette mise au point ressentent l’inharmonie de leurs opinions politiques avec celles de leurs collègues de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure. Sans doute soupçonnent-ils aussi ceux d’Urrugne d’avoir voulu profiter de l’occasion pour pêcher… en eau trouble la revanche d’un procès perdu ?

Cette imploration confiante à la République reflète bien l’esprit politique de la Municipalité à cette époque. Nous avons déjà noté combien l’immigration avait modifié le climat politique de la cité, combien aussi les élus de la majorité prouvèrent leur dévouement. Nous remarquerons maintenant l’art, dont ces édiles surent user, pour le plus grand bien commun, en alliant très efficacement une sincérité, certaine, une souplesse ainsi qu’une diplomatie toujours bien adaptée aux circonstances 1 Nous en citerons quelques témoignages.

Il est incontestable qu’en manifestant un loyalisme inconditionnel ils réussirent à obtenir le maximum de subventions et de dotations au profit de la cité grandissante (écoles, chemins, église, etc.).

A Napoléon III, le Maire et son Conseil prêtent le serment rituel: « je jure obéissance à la Constitution et fidélité à l’Empereur ».

Et ce n’est pas en vain qu’il en est appelé à son appui pour gagner la cause soutenue contre Urrugne (délimitation).

Grâce à l’Impératrice, la Ville bénéficia de plusieurs participations de l’Etat à des travaux en cours.

Puis, la République vint au moment où l’aide de l’Etat apparais¬sait la plus nécessaire. Vite, une nouvelle majorité se dégagea, qui se distingua par un opportun loyalisme proclamé, en toutes circonstances, avec force et foi.

1888: La presse de l’opposition présente le maire comme étranger au pays. Ce dernier contre-attaque en insinuant que cette campagne est inspirée par Urrugne, qui décidément lui fait voir tout en rouge!

Par la suite, il ne se produit dans le domaine politique aucun événement, grand ou petit, qui ne déclanche de la part du Conseil

HEIW&YE            249

municipal, lorsque, du moins, la majorité « rouge » (style de l’époque) l’emporte, l’envoi de télégrammes au Gouvernement en place ou à ses représentants.

En 1899, lorsque le Président de la République, assistant aux courses d’Auteuil, reçut, sur son haut-de-forme, un coup de canne porté par un royaliste, ce message lui est aussitôt adressé : « Indigné des maneuvres des ennemis de la République… expression d’admiration et de dévouement… »

En 1902. Merci au Ministre de l’Instruction Publique « pour avoir choisi Hendaye pour y prendre quelques jours de repos bien gagné »; naturellement, on ne manqua pas l’occasion de lui faire visiter les écoles et promettre une aide…

Même année. Au retour de Russie du Président de la République, félicitations et « inaltérable attachement à sa personne et à la République ».

  1. Télégramme de condoléances au Président de la République, qui vient de perdre sa mère.
  2. Félicitations à M. Fallières lorsqu’il fut élevé « à la pre¬mière magistrature de la République ».

Le 22 juillet, banquet de 200 républicains et adresse à A. Sarraut.

  1. Félicitations au nouveau gouvernement (Aristide Briand) pour « la rapide formation du Ministère avec un programme de justice et de progrès par la République 2..
  2. Félicitations à Painlevé, Président du Conseil, lui « témoi¬gnant ainsi qu’à M. Herriot, ancien Président, leur profonde reconnaissance pour les efforts réalisés en vue du triomphe de la Politique du Cartel des Gauches s.

Si nous avons cru intéressant de donner quelque développement à cet. aspect de Hendaye, c’est pour souligner, encore une fois, combien il était différent de celui d’Urrugne ainsi que de tous les villages du Pays Basque, si peu sensibles aux variations politiques

1940

Cette année-là, Hendaye est le théâtre d’un événement qui appartient à la grande histoire : l’entrevue que le général Franco et Hitler eurent en sa gare.

Ici, Hitler, au point culminant de sa force, a buté I L’astucieux gallego, avec une finesse que nous dirions paysanne ou normande, a su lui refuser toute alliance et contrer ses projets; il rendit ainsi à la France et à l’Angleterre un immense service qu’il serait injuste et ingrat d’oublier.

Deux divisions hitlériennes attendaient, dans les Landes, l’ordre de franchir la frontière; elles reçurent celui de s’en retourner.

Les habitants du quartier de la gare n’ont pas oublié le sinistre train, gris et camouflé, aux wagons plats, en tête et en queue, hérissés de canons anti-aériens, qu’ils purent entr’apercevoir en bravant la défense qui leur était faite de se mettre à la fenêtre. Ils se souviennent encore des coups de fusils tirés par les S.S. sur les fenêtres entrouvertes.

Pour notre part, nous avons eu la bonne fortune de rencontrer une personnalité française, ayant pu disposer de documents officiels, et qui a bien voulu rédiger la note ci-dessous publiée, avec son accord, in extenso.

Bien que son auteur ait eu la délicatesse de ne vouloir inclure sa signature dans un livre ne lui devant rien d’autre, nous sommes en mesure d’affirmer la qualité de l’information, sa source d’une valeur historique incontestable.

HITLER ET FRANCO A HENDAYE

L’entrevue Hitler-Franco en gare de Hendaye eut lieu le mercredi 23 octobre 1940, entre les deux rencontres à Montoire, près de Tours, de Hitler avec les dirigeants français (le 22 avec Laval seul, le 24 avec le Maréchal Pétain accompagné de Laval). Hitler voyageait à bord de son trahi blindé personnel. Il avait avec lui son ministre des Affaires Etrangères Ribbentrop.

Hitler venait demander à Franco son entrée en guerre aux côtés de l’Allemagne et de l’Italie dans le cadre d’une opération dite c Plan Félix s, mise au point durant l’été notamment par l’amiral Raeder, commandant en chef de la flotte allemande. L’opération était des¬tinée à fermer la Méditerranée aux Anglais par la prise de Gibraltar, et à prévenir une intervention anglaise et gaulliste en Afrique du Nord. Les Allemands se proposaient également d’établir des bases aux Canaries. L’affaire aurait lieu dans les premiers jours de 1941. Les forces motorisées allemandes traverseraient l’Espagne de Irun à la Linea.

L’attaque sur Gibraltar, prévue pour le 10 janvier, serait conduite par 2 000 avions de la Luftwaffe, des mortiers géants et les troupes d’élite, qui avaient déjà enlevé les forts de Liège. La vieille forteresse anglaise, mal armée, dépourvue d’une D.C.A. suffisante, ne pourrait pas opposer de résistance sérieuse à de tels moyens. Gibraltar, reconquise, serait aussitôt restituée à l’Espagne. En même temps, un corps blindé allemand occuperait le Portugal pour y prévenir un débarquement anglais.

Des contacts avaient déjà eu lieu à ce sujet .et Berlin, au mois de septembre, entre Hitler, Ribbentrop et Serrano Sufier, beau-frère de Franco, chef de la Phalange, considéré comme le n’ 2 du régime espagnol et l’homme le plus favorable à l’Axe. Serrano Suiler admirait Hitler, mais avait été choqué, durant son séjour à Berlin,

HatilikYE              251

par la brutalité de Ribbentrop, qui menaçait l’Espagne d’une occupation militaire si elle contrecarrait les plans du Führer.

La position de Franco était très délicate. Il ne pouvait pas oublier l’aide que lui avait apporté l’Allemagne durant la guerre civile avec les avions et les spécialistes de la Légion Condor. Une partie de l’opinion publique espagnole était très favorable à une entrée en guerre aux côtés de l’Allemagne victorieuse. D’autre part, le pays était ruiné par trois années de batailles, presque au bord de la famine. Il dépendait pour son ravitaillement en vivres, en pétrole, de l’Angleterre et des Etats-Unis. •Londres et Washington, malgré leur hostilité idéologique pour le régime franquiste, entretenaient avec lui des rapports corrects, afin de sauver Gibraltar. L’Angleterre exerçait, en outre, une forte pression sur les milieux financiers les plus influents de Madrid.

Le 23 octobre, le train de Hitler arriva, le premier, à Hendaye. Celui de Franco avait une heure de retard, que Hitler et Ribbentrop passèrent en déambulant et causant sur le quai. Franco arriva à trois heures de l’après-midi. Il était en petite tenue de général, avec le calot à glands. Les entretiens commencèrent dans le wagon de Hitler. On les connaît surtout par le récit du traducteur habituel de Hitler, Paul Schmidt, qui assista à toute l’entrevue.

La tactique de Franco était de ne rien refuser, mais de poser à son intervention des conditions, qui feraient reculer le Führer. n laissa Hitler monologuer longuement, sans montrer la moindre réaction. Quand Hitler eut développé son plan, fixé la date du 10 janvier pour l’attaque de Gibraltar, Franco parla à son tour, c d’une voix calme, douce, monotone et chantante, rappelant celle des muezzins s, dit Paul Schmidt.

Il protesta de l’amitié et de la reconnaissance de l’Espagne pour le III’ Reich et revendiqua pour elle l’honneur de reconquérir Gibraltar. Mais il fallait qu’elle s’y préparât. Or, son armée était réduite à 300 000 hommes sans aucun équipement moderne. Son entrée en guerre aux côtés de l’Axe posait, en outre, un très grave problème de ravitaillement. Il fallait que l’Allemagne pût lui fournir 100 000 tonnes de céréales, du carburant. Franco réclamait, en outre, la majeure partie du Maroc français, le littoral algérien jus¬qu’à Oran et un agrandissement des colonies espagnoles en Afrique noire.

Les revendications espagnoles sur l’Afrique du Nord étaient particulièrement inadmissibles pour Hitler, qui, à ce moment-là, ne voulait pas e désespérer la France » et la faire basculer dans le clan gaulliste au Maroc et en Algérie, où le prestige de Pétain était considérable.

Le ton monocorde, la placidité de Franco portaient sur les nerfs du Führer. Il faillit à un moment donné rompre l’entretien. puis se ravisa. Un dîner eut lieu dans son wagon-restaurant, à la suite

duquel le dialogue des deux dictateurs se poursuivit encore pendant plus de deux heures.

Seul résultat de cet entretien de neuf heures, si désagréable à

qu’il aurait préféré, disait-il, se faire arracher trois ou quatre dents plutôt que de recommencer: les deux parties conve¬naient d’établir un vague traité, portant sur le principe de l’inter¬vention espagnole, mais sans en fixer la date, et en la subordonnant à des livraisons d’armes et de ravitaillement, dont le détail n’était pas abordé. Les clauses restaient non moins imprécises pour ce qui concernait la possibilité de satisfaire les visées territoriales de l’Espagne en Afrique. Ribbentrop et Serrano Suiffer, devenu depuis peu ministre des Affaires Etrangères d’Espagne, étaient chargés de la rédaction de ce pacte, qui n’alla pas sans heurts violents entre eux.

A Hendaye, l’antipathie avait été réciproque entre les deux dictateurs. Pour Franco, Hitler était un comédien, qui montrait trop ses procédés. Pour Hitler, Franco était un homme courageux, mais sans envergure politique…

Comme Franco n’avait opposé aucun refus, les Allemands ne tardèrent pas à relancer l’affaire. En novembre, Hitler invita Serrano Sufier .à Berchtesgaden, pour n’obtenir de lui que des réponses aimablement dilatoires. Au cours de cette entrevue, Hitler parla, sans doute également, de son intention de faire passer au Maroc Espagnol an moins deux divisions allemandes. Il exposait, quelques jours plus tard, à Mussolini la nécessité de cette mesure.

En décembre, l’amiral Canaris, chef de l’Abwehr, rendit visite à Franco à Madrid, lui annonça l’intention de Hitler d’attaquer Gibraltar le ID janvier, après que l’Espagne ait laissé libre passage à ses troupes. Franco, nullement intimidé, répondit qu’il était impossible pour l’Espagne d’entrer en guerre à cette date, et que sa cobelligérante dépendrait du ravitaillement et des armes que l’Axe pourrait lui fournir.

Hitler demanda alors à Mussolini de servir• d’intermédiaire pour fléchir Franco. L’entrevue du Duce et du Caudillo eut lieu le I » février à l3ordighera. Elle flat très cordiale. Mais Franco maintint sa thèse : l’Espagne ne pouvait entrer en guerre qu’après que l’Allemagne lui eût apporté une aide effective. Il se plaignait, en outre, que l’Allemagne eût choisi de collaborer avec la France plutôt que de satisfaire les revendications espagnoles sur l’Afrique du Nord. (Ce qui ne l’empêcha pas, en revenant d’Italie, d’avoir une rencontre cordiale avec Pétain à Montpellier et d’envisager avec lui la meilleure méthode pour résister aux Allemands sans les irriter.)

Rentré à Madrid, il dénonça le protocole de Hendaye, qu’il consi¬dérait comme dépassé par les événements. Il contestait, en outre, comme il l’avait déjà fait, que la prise de Gibraltar pût avoir une valeur décisive pour la conduite de la guerre si le canal de Suez restait ouvert aux Anglais.

ItENDAYE            253

Peu de temps après, la malencontreuse équipée italienne contre la Grèce, puis la préparation de l’attaque contre la Russie reléguèrent dans les cartons le projet contre Gibraltar.

L’entrée, au mois de juin 1941, des troupes allemandes en Russie, saluée avec enthousiasme en Espagne, donna à Franco l’occasion de faire un geste d’amitié à l’égard de l’Allemagne et de solidarité antibolchévique en décidant la création de la division Azul, formée de volontaires espagnols, commandée par un général espagnol, et qui combattit sur le front de l’Est aux côtés de la Wehrmacht. Mais ce geste ne l’engageait pas diplomatiquement, bien qu’il irritât beaucoup les Anglais.

Il est certain que Franco agit avec une grande habileté en faisant traîner l’affaire de Gibraltar, en gagnant ainsi les mois qui évitèrent à l’Espagne d’entrer dans une guerre dont l’issue devenait douteuse. Certain aussi qu’en empêchant la prise de Gibraltar il rendit aux Alliés un service considérable, dont le remercia d’ailleurs Churchill dans un discours aux Communes en 1946. Selon Goering, sans Gibraltar, l’Angleterre n’aurait pu défendre Suez. Et les Anglais, qui avaient eu très peur pour leur forteresse durant l’automne 1940, convenaient que leur éviction de la Méditerranée pourrait prolonger la guerre de dix ans.

L’enjeu de Gibraltar était d’une telle importance que l’on s’étonne que les Allemands, voyant les réticences de Franco, ne l’aient pas placé devant un ultimatum, qu’il n’aurait pu repousser, puisqu’une résistance militaire de l’Espagne à la Wehrmacht était moralement et matériellement inconcevable.

UNE VUE SUR L’ECONOM!E PRESENTE

nE 1940 ces derniers temps les événements sont trop proches, 15 ils n’offrent assez de recul pour pouvoir être contemplés avec l’objectivité voulue; c’est pourquoi nous mettons un point final à cette histoire.

Cependant, afin d’offrir un repère à celui qui, demain, la reprendra, il nous a paru intéressant de prendre un cliché de l’économie de la ville en cette année 1966.

Son activité doit assurer la subsistance d’une population, dont quelques recensements démontreront la progression et l’importance actuelle :

1861                      422 habitants

1906                      3 334     e

1931                      6 008     »             (dont 757 comptés à part :

                                               sana, aéra.)

1962                      7 936     e             n             749

Des calculs et des statistiques, d’une lecture fastidieuse, que nous épargnerons donc, permettent d’estimer que, depuis 1900, l’augmen¬tation de la population est moins due à •l’excédent des naissances, quoique réel, qu’à celui de l’immigration de 3 500 habitants environ.

Ces derniers sont, d’une part, de nombreux retraités, dant beaucoup anciens fonctionnaires (instituteurs, douanes, employés de la S.N.C.F.) et, d’autre part, des basques-espagnols. II est remarquable de constater que, comme leurs compatriotes qui se sont fixés à Urrugne (voir chap. « Urrugne et ses voisins »), ils ont été rapidement assimilés. Hendaye Leur doit une transfusion de sang basque, qui a revigoré son caractère d’origine.

Au profit de cette population il est essentiellement trois branches d’activité : l’industrie, le tourisme (y compris l’hôtellerie) et le commerce.

Les usines les plus représentatives de l’industrie, du moins par l’importance de leur personnel, sont :

— ta Manufacture d’Armes des Pyrénées Françaises, la doyenne

de celles qui sont actuellement en place, a été créée en 1923; elle occupe 110 techniciens et ouvriers spécialisés;

—           la Société SO.BI.GF.1., son usine date de 1965; elle est unique dans les pays du Marché Commun pour la fabrication de l’agar-agar extrait des algues marines rouges. A son personnel permanent (95 ouvriers, travail continu, nuit et jour) s’ajoutent les saisonniers (40 à 70 de septembre à janvier) affectés au ramassage des algues;

—           la •Conserverie d’anchois e Papa Falcone s, repliée d’Algérie à Port-Vendres et ici, sur les Jon ceux, en 1963. Personnel permanent d’environ 30, en majorité des ouvrières, et en saison (avril-mai) de 200 environ. Elle absorbe la production de trois bateaux (30 tx) du port et trouve le complément de son approvisionnement à Saint¬Jean-de-Lus.

Le tourisme s’épanche dans trois courants : le premier s’écoule dans les hôtels et surtout dans de très nombreux appartements meublés; le second se déverse dans les camps d’été; le troisième, d’allure torrentielle, ne fait que traverser la ville dans la direction de l’Espagne el vice-versa, par le pont de Santiago, qui fut ouvert à la circulation le 25 juillet 19136, le jour de la fête de saint Jacques en souvenir d’un très Lointain passé (voir c Urrugne s, chap. e Les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle t.).

L’industrie hôtelière, proprement dite, dispose de 3 hôtels à trois étoiles, 8 à deux, 30 à une ou sans étoile, offrant 1 000 chambres au total.

Il a bien disparu le temps où la saison, privilège des plus fortunés, durait, avant 1914, d’avril à octobrel Grâce aux Espagnols jamais elle ne fut, pour les hôtels, plus belle qu’en 1925. L’extension des loisirs à toutes les classes de la société ainsi que leur concentration sur quelques semaines, qui sature la capacité d’accueil sous un toit, sont, parmi bien d’autres, deux motifs de la faveur des séjours sous la tente. En 1965, ils furent environ 411 000 vacanciers campant dans la périphérie de la ville.

La qualité du climat a, en outre, suscité la création d’établis¬sements de cure, dont les plus importants sont

—           l’Etablissement Hélio-Marin de la Ville de Paris, avec 650 lits et 300 cadres et employés;

—           le Nid Marin, avec 170 lits et 60 cadres et employés. La majorité de tout ce personnel est recruté sur place et dans les environs.

Le mouvement, que représentent ces diverses formes d’accueil, traduit en nuitées dans !es registres de la police, fut en 1964 :

hôtels…               120 000 nuitées                (12 mois par an)

meublés. . .        179 000 s              (environ 3 mois par an)

campeurs. . .     .              270 000 s              (id.)

569.000

257

Quant aux passages par route, prenant pour exemple août 1965, ils furent à l’entrée en Espagne par le pont de Hendaye de 258 960 voyageurs et par celui de Béhobie de 415 268. A la sortie il en fut sensiblement autant.

Si nous opposons les chiffres de ces deux points de passage, c’est parce que, plus tard, ils permettront de mesurer la force d’attraction ou, au contraire, de dérivation du nouveau pont Saint-Jacques¬Santiago.

Voir les statistiques que nous mentionnons à. ce sujet dans le chapitres Béhobie e et qui concernent 1es deux années 1964 et 1965 pour ce point de passage ainsi que pour celui de Hendaye.

Ils comprennent les allées et venues des Espagnols (environ 90 000 en 1965) qui traversent quotidiennement la frontière et se divisent en deux courants :

ceux, qui choisissent le pont de Hendaye, viennent, en général, fréquenter Ies magasins de la ville pour y effectuer des achats de

toutes sortes; ar l’article de Paris             est toujours très attractif.

Ils contribuent grandement à l’activité du commerce local;

ceux, qui passent par Béhobie, ont le même objectif, mais préfèrent opérer sur Ies places de Saint-Jean-de-Luz et de Bayonne. Biarritz leur étant, en outre, une agréable distraction.

Le transit, par route et par fer, constitue le principal point d’appui du commerce et, par sa permanence, le plus important facteur de l’économie locale. 300 familles en vivent, 30 transitaires l’assurent.

De 1936 à 1951, il entra en sommeil; Hendaye et Béhobie ressen¬tirent durement tout ce temps. La frontière fut, en effet, fermée de 1936 à 1946, puis ouverte en 1946 jusqu’à mi-1948, et refermée jusqu’à lin 1949, mais, en fait, il fallut attendre le début de 1951 pour enregistrer une vraie reprise de l’activité du commerce avec l’Espagne.

Actuellement, ce transit se présente comme suit : Importation

—           toute l’année, 70 000 tonnes de diverses marchandises (ma¬chines, légumes secs, conserves) ;

—           de novembre à fin mai, 1511000 tonnes (agrumes, fruits, légumes frais, etc.). Exportation :

—           environ 180 000 tonnes (produits chimiques, manufacturés, grands ensembles, machines-outiIs, mais, orge, lait), soit, au total, 400 000 tonnes environ, dont 12 % environ transitent par la route, et passent par la Gare Internationale Routière (orga¬nisme privé), ouverte en 1961.

Ces chiffres ne cessent de progresser depuis 1952, à un rythme qui fut en moyenne de 15 à 25 % au cours de ces dernières années;

ils traduisent bien la prospérité croissante de notre commerce avec l’Espagne, dont ne souffrent que les automobilistes maugréant derrière tes camions T.I.R. de plus en plus encombrants et nombreux sur notre vieille R.N. 10 !

Il est, hélas! deux points noirs à l’horizon des transitaires :

1° L’application d’une récente loi, qui ouvre 130 postes de douane à l’intérieur du pays, s’ajoutant à ceux de la région parisienne. Le plus grave est qu’elle oblige les importateurs et les exportateurs à procéder aux formalités douanières aux points d’arrivée ou de départ des marchandises.

Son application rigoureuse porterait un coup très dur aux tran¬sitaires de Hendaye, mais il est toujours des accommodements avec le Ciel et des dérogations sont prévues par l’État-Providence 1 Il est à souhaiter qu’elles soient largement dispensées afin de respecter et les usages commerciaux et aussi la liberté de chacun inscrite dans la Constitution !

2° La perspective de l’admission, plus ou moins tôt, fatale, de l’Espagne au sein du Marché Commun, entrainant l’abaissement de la frontière douanière.

Ce jour-là, autant qu’il puisse être prévu, leur reconversion, au moins partielle, s’imposera et n’aura d’autre voie que celle offerte par l’industrie (la zone des Joncaux comporte encore 9 hectares disponibles).

Outre le trafic par route, les transitaires ont à assurer les formalités de passage en gare des marchandises qui traversent la France (environ 800 000 tonnes) et gni, par suite de la différence d’écartement des rails en France et en Espagne, doivent être trans¬bordées.

Cette opération absorbe une main-d’oeuvre de 190 hommes environ au cours de la période des agrumes et de 80 en temps creux; elle est recrutée sur place ainsi qu’à Urrugne et à Biriatou, le complément éventuel étant trouvé à Iran.

Tous les chiffres, qui précédent, sont autant de jalons sur la voie ascendante de l’économie de la cité, dans ses secteurs industriel et commercial. Encore quelques autres et nous serons assurés qu’ils se reflètent dans l’économie domestique, c’est-à-dire jusque dans les foyers.

La consommation de l’électricité y a crû de 76 %, en cinq ans, de 1960 à 1965, alors que le nombre des abonnements, passé de 2 671 à 4 250, ne s’est élevé que de 60 %, ce qui est déjà remar¬quable. L’écart, qui sépare ces deux pourcentages, correspond à un plus grand confort. Que ce dernier ait pu être amélioré de 16 .% en ce laps de temps est un excellent signe de santé de l’économie des familles.

La consommation domestique du gaz a suivi une progression du même ordre, bien que son emploi ne s’applique pas aux appareils ménagers; elle a atteint 72 % avec 2 106 abonnés en 1965.

LIENUA’S’E.        259

A en croire un dicton du dernier siècle, Hendaye se distinguait

par         de grandes manchettes s (Mancheta bandi Hendayako).

Ce temps des lustrines et des faux-cols est bien passé : Hendaye aujourd’hui travaille en ses usines, en ses nombreux ateliers d’artisans, sur ses chantiers.

Hendaye continue à bâtir (210 maisons en 1887; 1 534 en 1962; 404 permis de construire délivrés en 1965), à bâtir son avenir avec une confiance égale à celle de ses anciens.

200         TUUIS CCSTS ANS D.ItISTOIRE AL, PAYS UASQUP.

HENDAYE

                Maires  Curés

Paroisse Saint-Vincent,

1815      Etienne Petiot. créée en 1647

1826      Etienne-Joseph Durruty.

1835      J.-B. Barrieu.      1702      de Hirigoyen.

1842      Etienne-Joseph Durruty.             1756      Harosteguy.

1847      Martin Hiribarren.           1768-1792           Dominique Galbarret.

1849      Jean-Henri Lalanne.

1850      J.-B. Ansoborlo.               1802      Dominique Galbarret.

1852      Claude Deliot.   1803      Maritoury.

1853      Henri Lalanne.  1803-1812 Dominique Galbarret.

1855      Joseph Lissardy.              1812-1848 Dop.

1860      Jacques Darrecombehere.         1848-1867 Pierre Leine.

1864      Martin Hiribarren.           1867-1884 A. Durruty.

1868      .1.-B. Dantin.     1884-1886           P. Saint-Martin.

1871      Antoine d’Ahbadie.        1886-1892           P. Héguy.

1875      J.-B. Dantin.       1892-1895           Larronde.

1876      J.-B. Ansoborlo.               1895-1905           Sagardoy.

1888      Auguste Vic.      1905-1909           D. Bellevuc.

1912      Ferdinand Camino.         1909-1912           J. Mirande.

1919      Jean Choubac.  1912-1941           A. Frapart

1925      Léon Lannepouquet.     1941-1948           Emile Garat.

1944      André Hatchondo.          1948-1952           Philippe Aranart.

1947      Philippe Labourdette.   1952      Joseph Labet-Juzan.

1950      Auguste Etchenausia.   (`)           Mobilisé de 1914 à 1918;

1953      Laurent Pardo, intérim assuré par J.-B. Bidondo,

1965      J.-B. Errecart.    o.s.b.

Paroisse Sainte-Anne, créée en 1938

1936 Simon. chapelain. 1938-1944 Simon, curé. 1945-1966 Joseph Mourguiart. 1966 Pierre Aguirre.

HENDAYE            261

SAINT VINCENT

Patron de la première église paroissiale

Ce saint, auquel les Hendaiers se sont consacrés au xvii’ s., a sa place dans leur histoire; il doit donc trouver ici la sienne.

Cette dernière se situe sous le règne de Dioclétien, cet empereur romain qui ouvrit, en l’an 303, ce temps de persécution que [‘histoire a retenu comme s l’ère des martyrs c.. Il décréta l’extermination des chrétiens et, en Espagne, en confia l’exécution au gouverneur Dacien.

En 304, saint Vincent était diacre à Saragosse auprès de son évêque, saint Valère. Ensemble, ils furent conduits à Valence et jetés en prison.

Saint Vincent demanda alors qu’en qualité de plus jeune il fût seul interrogé, sachant bien que la proclamation de sa foi lui vaudrait les plus grandes tortures. Il subit, en effet, celles du chevalet, de peignes de fer, du feu, du sel versé dans ses plaies et, le corps brisé, d’être étendu sur des pots cassés.

A ce moment, mi Ange lui apparut, qui le réanima, le consola et lui enleva toute douleur.

Témoin du miracle, Dacien le fit transporter sur un lit, où, après s’être un peu reposé. il rendit l’àrne.

Son corps fut d’abord exposé dans un champ pour y être dévoré par des bêtes et des oiseaux de proie. Aucun ne s’en étant miraculeu¬sement approché, il fut, ensuite, alourdi par une énorme pierre et jeté à la mer. Les hommes de Dacien s’efforcèrent vainement de le submerger; il se rapprocha du rivage où des chrétiens le recueil¬lirent et l’ensevelirent.

Ce dernier miracle explique que saint Vincent ait été pris pour patron par les marins (il l’est toujours au Portugal) et il est vraisemblable que ce sont ceux de Hendaye, comme du reste ceux de Ciboure, qui l’ont choisi lorsqu’il convint de remplacer saint Vincent-de-Xaintes, premier patron de leur église.

De leur côté, les vignerons l’honorent d’une dévotion particulière, par exemple en Champagne, en Bourgogne et, plus près de nous, à Irouréguy, mais ce n’est point pour une raison de haute spiritualité; elle est même très terre-à-terre ! Se rapportant surtout à la date de sa fête, le 22 janvier, elle est toute dans leur dicton :

Saint Vincent clair et beau Met du vin au tonneau.

Au cours des siècles c’est surtout la proclamation de sa foi qui alimenta la dévotion des fidèles; ceux-ci lui vouèrent un très grand cuite, y associant celui de saint Laurent, qui subit également le supplice du feu. L’un et l’autre ont une église à Rome.

262         TROIS CSSTS ANS D’HISTOIRE AU PAYS MASQUE

Dans notre diocèse saint Laurent est le patron de 21 de nos églises paroissiales et saint Vincent de 23, soit 5 au Pays Basque et 18 au Béarn, qui sont, pour la plupart, situées aux environs d’Oloron et de Nay.

a monsieur argoyti