Histoire de HENDAYE de Nogaret

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HENDAYE
par J. NOGARET

Les VILLES DU SUD-OUEST constituent une collection de
m o n o g rap h ies unique. Elles s ’a dressen t à to u s ceux qui s’inté­
resse nt à l’histoire et g éo g ra p hie locales, à tous ceux qui veulent
s ’initier à la vie d ’une ville e t d e  sa région immédiate, au point de
vue du présent.
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C HAPITRE Ier.
Vue d’ensemble
On est frappé, lorsquon arrive à H endaye,  pa r la situation pittoresque de cette ville, au bord du large estuaire formé par la Bidassoa et au milieu d ’un cirque de m o n ta g n es et de hauteurs qui semblent créées p o u r le plaisir des yeux.
Au sud, l’ermitage de Saint-Martial, se profilant sur le massif des Trois-Couronnes,à l’ouest, la ville espagnole et encore bien moyennâgeuse de Fontarabie, ajoute à la beauté de ce décor unique et l’on comprend dès lors l’enthousiasme
d ’un auteu r qui a qualifié cet ensem ble de : « site m erveilleux que la Nature semble avoir disposé à dessein, pour servir de cadre aux grandes scènes historiq ues ». Rien n ’est plus vrai et l’histoire d ’H endaye, ainsi qu ’on le verra par la suite, est intimement liée aux événements qui se sont déroulés dans ses environs immédiats. Sa partie centrale et une des plus anciennes est située vis-à-vis Fontarabie, sur la rive droite de la Bidassoa qui forme, sur un parcours de 15 kilomètres environ, la frontière entre la France  e t l’E spagne. Mais, depuis quelques années, cette ville a  p ris un d éveloppement considérable ; de la p ointe du « to m b e a u », plus couramment appelée « pointe Sainte-Anne », à son extrém ité

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Extrait du plan d ’H endaye-V ille et H e n d a y e -P la g e , dressé par M. Pu y a d e
Carte d ’Hendaye du X V I I e siècle (D o c u m e n t c o m m u n iq u é par le M usée Basque à Ba y o n n e)

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La Maison de Pierre L oti
sud, elle s ’étend sur une longueur de plus de 4 kilom ètres. Elle
e s t bornée, au nord, p a r la m er ; à l’ouest et au sud, p a r la
B idassoa et à l’est p a r la com m une d ’U rrugne  do n t fait p artie
Béhobie.

Ses m aisons b o rden t la mer, le fleuve et s ’éta g e n t su r
les coteaux, g ro upés en sept quartiers : le b a s -q u a rtier qui fut
le prem ier g ro u p em e n t d ’où est sortie l’H endaye m oderne ; il
entourait autrefois une petite baie, bien réduite a u jourd ’hui,
alimentée p a r les eaux de la B id asso a ; le quartier du centre ou
de l’église qui com prend l’église, la mairie, les services publics,
plusieurs hôtels et de nomb reux m a g asin s ; le quartier de la g are
formé autour de la gare internationale, lors de sa création, et
qui s’est développé au point de se réunir à ses voisins ; Santiago,
d o n t le nom vient d ’un établissement religieux où l’on h é bergeait
les pèlerins allant à Santiago de Compostelle ou en revena nt ; B arandéguy, lim itrophe des  deux p récédents ; Belcénia, au nord du b a s -q u a rtier et confinant à celui de la pla g e ; enfin,ce dernier, de création récente, est su rto u t composé d ’hôtels etde villas habités, p e n d a n t l’été, p a r une population de b a ig n e u rs et de touristes.
Cette ville, si étendue et si p rosp ère a u jo u rd ’hui, a connu, d an s
le passé, bien des vicissitudes. Modeste hameau de pêcheurs à
l’origine, elle est restée, p e n d a n t des siècles, une petite b o u rga d e sa n s im portance. Située entre la F rance et l’E spagne, elle
a beaucoup souffert de cette situation, au cours des nombreuses
guerres entre ces deux nations. Mais elle avait un fond de vitalité
qui lui a permis de résister à une longue série d ’épreuves,
ju s q u ’au jour où la création du chemin de fer a été p o u r elle
l’origine d ’un développement qui en a fait une des plus favorisées
de nos villes frontières. Plus récemment, la création, sur ses
plages, d ’une véritable station balnéaire, a encore ajo u té à s a
prospérité.
H endaye a un ca ractère très particulier. On s ’y sent d a n s une
ambiance très différente de celle des autres villes de bains de la
région, ce que l’on doit a ttribuer au voisinage de l’E spagne. S a
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proximité de ce pays ami et accueillant lui donne en effet un
charme auquel les plus indifférents ne restent pas insensibles.
Mais, parm i ses visiteurs, il en est qui ne sau raien t se contenter
des satisfactions passagères du présent et qui aimeraient pouvoir
évoquer un peu du passé de ce pays, dont ils ont momenta
n ém e n t fait le leur. C’est p o u r eux que les p a g e s su iv a n te s
ont été rédigées. Ils y trouveront, brièvement exposée, la relation
des principaux événements qui se sont déroulés au voisinage
de la ville d ’H endaye et quelques considérations su r s a situation
actuelle.
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C H A PITR E II.
Histoire
I .— Des origines à la fin de l’occupation anglaise
On doit se figurer la vallée de la Bidassoa, dans les temps
anciens, peu différente de ce q u ’elle est a u jo u rd ’hui. Seule la larg
e u r du fleuve a dû varier. L’estuaire, qui se dessine en aval de
Béhobie, était beaucoup plus large et formait, à marée haute,
une immense nappe liquide atteignant le pied des coteaux qui
l’encadrent. A m arée basse, toute cette étendue était fangeuse,
morcellée en de nombreuses îles, séparées par des canaux plus
ou moins larges et plus ou moins profonds qui se sont transformés,
au cours des siècles, et se transforment encore de nos
jours.
Par suite de cet état de choses, les communications entre les
deux rives étaient assez difficiles et on ne saurait être surpris
q u ’on ait choisi, p o u r les assurer, le point de l’estuaire le plus
rétréci, ainsi que l’indiquent les anciennes cartes qui font m ention
d ’un gué, et plus tard, d ’un p o n t à l’endroit où se trouve le p o n t
ac tu e l de Béhobie. C ’est p a r là que, p e n d a n t des siècles, se sont
faits les échanges entre les deux rives de la Bidassoa.
Existait-il alors une agglom ération quelconque à Hendaye ?
quelle fut l’époque de sa fondation ? p a r qui fut-elle peuplée ?
A u ta n t de questions auxquelles il n ’est p a s possible de répondre.
S an s doute au to u r de la petite baie occupée a u jo u rd ’hui p a r le
b a s quartier, pro tég é e des vents d ’est et d ’ouest p a r les h a u –
te u rs environnantes, d u ren t s’élever quelques hab itatio n s d ’indi-
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gènes qui se livraient à la pêche et p o u r lesquels cet endroit form
ait un abri sûr. P eu t-être étaient-ce des au to ch to n e s ; p e u t-
être étaient-ils venus de contrées inconnues et se rattachaient-ils
aux Ligures mélangés de populations indo-européennes. Ce sont
a u ta n t de questions qui n ’ont p a s encore reçu de réponse.
On n ’est p a s mieux fixé sur les prem iers tem ps de leur histoire.
D ’ap rè s la tradition, la prem ière localité b â tie sur les b o rd s
d e la B id asso a au ra it été F o n tarab ie fondée, en l’an 907, sur le
territoire de la N avarre qui confinait alors à l’Océan.
La création d ’Irun serait postérieure à celle de Fontarabie et
rem o n terait seulem ent au XIe siècle, bien que, an térieu re m en t à
cette époque, peut-être même dans les temps préhistoriques, les
gisements de fer de la montagne Les-Trois-Couronnes aient
donné lieu à une exploitation qui semble avoir été assez intensive.
Q uant à H endaye, ce ne fut, à l’origine et p e n d a n t longtem ps,
q u ’un tout petit village d é p e n d a n t d ’U rrugne, une des p aro isses
les plus anciennes du p ay s de L abourd (1). Il en est fait mention,
a u XIIe siècle, d ans le cartulaire de la cath é d ra le de B ayonne et
elle englobait alors tout le pays compris entre la Nivelle et la
B idassoa. Avec le tem ps ce territoire arriv a à se peupler et il s’y
forma des quartiers importants qui finirent par se rendre indé-
p e n d a n ts et form èrent d ’au tre s paroisses. Ce fut le cas de Ciboure,
en 1613, et, plus tard, de Biriatou et d ’H endaye qui se
tro u v ait d a n s un vaste q uartier appelé « S u b e rn o a ». Il s ’étendait
des h au teu rs de la Croix des B ouquets à la crique d ’H aïçabia,
ta n d is q u ’à l’ouest, il était limité p a r la B idassoa.
D ’après la tradition, un gentilhom m e labourdin, seigneur de ce
pays, Guillaume de Subernoa, conseiller intime du vicomte de
Labourd, Bertrand, fonda, sur les bords de cette rivière, vers
l’an 1137, un hôpital p o u r les pèlerins de S ain t-Ja cq u e s-d e -C o m –
postelle. Cet établissem ent était tenu p a r des religieux de l’o rd re
des P rém ontrés do n t la m a iso n -m ère était à l’a b b a y e d ’A rtous
(1) Le Labourd, la plus occidentale (les trois provinces basques fran-
çaises, était bornée, à l’Est par la Basse-Navarre, au Nord par l’Adour, à
l’Ouest par l’Océan et au Sud par la frontière d’Espagne.
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p rè s de P eyrehorade. Il faisait p artie d ’un prieuré p o r ta n t le nom
d e « S an tia g o » ou « S ain t-Jacq u es de S u b ern o a » e t était situé
sur les bords de la Bidassoa, dans le quartier encore appelé
« S an tiag o », un peu en am o n t du nouveau p o n t international.
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Le nom « H endaye » vient de deux m ots b a s q u e s : « H andi »
g ra n d et « Baya » baie. Son  o rth o g ra p h e a souvent varié. On
trouve Endaye, Endaiye, A ndaye et H endaye qui n ’a p p a r a ît q u ’à
la fin du XVIIIe siècle. Q u an t à la B idassoa, elle s ’appelait, d a n s
les tem ps anciens, « Almichu ».
P arm i les rares documents qui font m ention d ’H endaye il en
est un qui fait allusion à un pont la reliant à Fontarabie. En
1309 en effet, des difficultés s ’étan t pro d u ites entre les h a b ita
n ts d ’H endaye et ceux de Castro-U rdialés, sa n s doute sur des
questions de pêche, deux députés français et deux espagnols se
réunirent « au milieu du p o n t de F o n tarab ie » p o u r ap lan ir ce
litige. Les cartes anciennes ta n t françaises q u ’esp ag n o le s indiq
u en t en effet les vestiges d ’un p o n t qui d û t sa n s doute d is p a –
raître au cours des nombreuses guerres entre les deux pays.
Q u o iq u ’il en soit p u isq u ’un po n t av a it été justifié c’est q u ’il y
avait sur les deux bords du fleuve deux localités assez importantes
et entretenant des relations suivies.
C ’est to u t ce que l’on p e u t dire car les d o cu m en ts que l’on
possède sur la région dans les temps anciens sont des plus rares,
les Anglais, quand ils durent évacuer le pays, en 1450, ayant
e m p o rté leurs archives avec eux. Il faut donc arriver à la seconde
p artie du XVe siècle p o u r entrer d an s la période v éritab lement
historique, car on trouve alors, dans les textes officiels,
des renseignements absolument sûrs.
II. — De la fin de l’occupation anglaise
au XVIIe siècle
P e n d a n t to u t le tem ps de l’occupation du L ab o u rd p a r les
Anglais, les com m unications entre la F rance et l’E sp a g n e se
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firent surtout par Dax, Saint-Jean-Pied-de-Port et Pampelune.
Mais, après le retour de cette province à la France, cet itinéraire
lut un peu délaissé et on passa plus volontiers par Dax, Bayonne,
Hendaye et Tolosa. Très nombreux furent alors les rois, les
reines, les princes, les ambassadeurs, les généraux et les grands
personnages qui traversèrent la Bidassoa ou vinrent dans le
pays. On ne sa u ra it les m entionner tous m ais il n ’est p a s sans
intérêt d ’indiquer les p a s sa g e s qui furent les plus sensationnels.
Un des premiers événements qui m arqua le retour du pays de
L abourd à la France fut le voyage du roi Louis XI. Ce souverain
n ’était p a s mû seulem ent p a r le désir de visiter une province
ra tta ch é e depuis peu à son royaum e, il était aussi ch a rg é d ’un
a rb itra g e entre Henri IV, roi de Castille, et Jean II, roi d ’A ragon,
afin de rétablir la paix troublée par les Castillans. Ces derniers,
p rofitant des luttes en g ag ées entre Jean II et son fils, Charles
d e Viane, s ’étaient em p arés d ’une partie de la N avarre m éridionale.
Le roi de France alla s’installer au château d ’U rtubie situé à
U rrugne. De cette résidence, il se rendait à H endaye où av aien t
lieu les conférences. Il prononça, d an s ce village, le 4 mai 1464,
u ne sentence arbitrale en vertu de laquelle la province d ’Estella
était enlevée à la Navarre et passait à la Castille. Par ses allures
et sa manière de se vêtir, le roi de France provoqua quelques
sa rc a sm e s dissimulés car il eut été dan g e reu x de faire la m oind
re allusion désobligeante à son sujet. Il n ’en fit pas m oins une
bizarre impression sur les Castillans ainsi que le raconte Commines
dans les termes suivants :
« Notre roy se habilloit court et si mal que pis ne povaits et
» assez m auvais d rap aucune fois ; et portoit u n g m auvais c h a p –
» peau différent des aultres, et une imaige de plomb dessus. Les
» Castillans s ’en m oquèrent et disaient que c’etait p a r chicheté.
» En effect, ainsi se despartit cette assemblée pleine de mocque-
» rie et de picque : o n eques puis ces deux roys ne s ’aim erent et
» se dressa de grans brouillis entre les serviteurs du roy de Cas-
» tille qui ont duré ju sq u ’à sa m ort et longtem ps ap rè s et l’ay
» veu le plus povre roy, habandonné de ses serviteurs que je veiz
» jamais. »
Avant de quitter le pays, le roi de France lui concéda quelques
privilèges, mais il ne sem ble p a s que les H endayais en aient eu
leur part.
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Si, p a r la suite, ils p u ren t assister à bien d ’au tre s événem ents
historiques ils eurent aussi beaucoup à souffrir entre la France et
l’E spagne.
Au com m encem ent du XVIe siècle, ils subirent le contre-coup
des g u erres de N avarre, lorsque F erdinand le Catholique s’em ­
p ara, en 1512, de la partie des E tats de Jean d ’A lbret située au
sud des Pyrénées. On connaît les tentatives du roi de Navarre
pour reconquérir ses possessions, en 1512 et en 1521. Après cette
dernière, Henri II d û t se résigner à ne conserver de son royaum e
que la « m érindad d ’U ltra-p u erto s » appelée, de nos jours,
« B a sse -N av a rre ».
Si les principales op éra tio n s de cette ca m p a g n e eurent d ’a u –
tres régions p o u r théâtre, la vallée de la B id asso a n ’en subit p a s
moins le contre-coup des hostilités. En 1513, une armée anglaise
alliée de l’E spagne, o ccupa p e n d a n t quelque tem ps, H endaye,
au grand dommage des habitants.
P endant les années qui suivirent, le calme régna dans le pays
ju s q u ’au jour où, en 1521, lors de la seconde guerre de N av a rre
l’am iral Bonnivet fit une diversion d an s le Guipuzcoa. A près
avoir pris le fort de B éhobie de construction récente, il s ’e m p a ra
de Fontarabie. Cette place resta en possession des Français
ju s q u ’en se ptem bre 1523 et fut reprise alors p a r les arm ées de
Charles Quint.
Hendaye se ressentit de ces opérations car elle fut souvent
traversée par des convois de troupes, de ravitaillement, de munitions
et aussi par les incursions des Espagnols qui faisaient des
razzias d an s le L abourd. Ce n’est q u ’ap rè s la prise de F o n tarab ie
par les Espagnols et lorsque les hostilités eurent été portées
ailleurs que les Hendayais connurent une longue période de paix.
Ils ne devaient p a s ta rd e r à assister à un événem ent se n sa –
tionnel. Le roi de France, F rançois 1er, fait prisonnier à la b a –
taille de Pavie, avait été conduit en Espagne où, emprisonné à
l’A lcazar de M adrid, Il av a it dû souscrire, com m e p rix de s a
liberté, aux conditions les plus dures. En vertu d ’une des clauses
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que lui av a it im posé Charles Quint, il dev a it p ay e r une rançon
de d e ux cent mille écus d ’or et, en a tte n d a n t q u ’il ait pu réunir
une som m e aussi considérable p o u r l’époque, il devait envoyer,
en otage, les deux fils aînés q u ’il avait eus de la feu reine Claude,
le dauphin, âgé de huit ans et demi,: qui ne ré g n a pas, et le duc
d ’Orléans, qui av a it alors sept ans, et qui devait devenir le roi
Henri II. Les enfants devaient être rendus après paiem ent de la
rançon et François épouserait alors Eléonore sœur de Charles
Q uint et veuve du roi de P ortugal. Afin d ’être sûr que le roi de
France tiendrait sa parole, Charles Quint avait exigé que
l’éc hange entre la reine, les enfants et la rançon eut lieu à la
frontière.
Cet acte historique se p assa à Hendaye, le 15 m ars 1526. Le
roi et ses fils q u ’on appelait « M essieurs les enfants » se o ré-
sentèrent en même temps sur les bords de la Bidassoa et montèrent
dans deux bateaux qui se rejoignirent au milieu du fleuve.
A près une très courte entrevue qui perm it au roi d ’e m b ra sse r les
jeunes princes, ceux-ci d éb a rq u èren t à F ontarabie d ’où ils furent
dirigés vers la forteresse de Pedrazzo de la Sierra, tandis que
F rançois 1er trouvait à H endaye tous les g ra n d s seigneurs du
ro y au m e qui l’attendaient. Il m o n ta à cheval en s’écriant : « Je
suis encore roi de France » et, suivi d ’une brillante escorte, il
se dirigea vers Bayonne.
Q u atre ans plus tard, eut lieu, au m êm e endroit, l’échange de
m essieurs les enfants contre les deux cent mille écus d ’or. P o u r
rem plir l’im portante mission d ’escorter le trésor, de l’éc h anger
contre les enfants, de recevoir la reine au seuil du royaume et de
diriger son voyage, le roi désigna un des plus grands seigneurs
de France, Anne de Montmorency, grand maître, maréchal de
France et gouverneur du Languedoc. Montmorency était aidé,
dans sa mission, par le cardinal de Tournon.
De son côté, le roi d ’E sp ag n e avait chargé le connétable Don
Pedro Hernandez de Velasco de recevoir la rançon et de faire
la remise des enfants.
Le lieu fixé pour cet échange fut le milieu de la Bidassoa, à
égale distance entre Hendaye et Fontarabie. On y installa un
ponton. Deux gabarres de même grandeur, armées chacune de
douze ram eurs et m ontées, celle d ’Hendaye, p a r douze g entilshommes
français dont le grand maître, celle de Fontarabie par
douze gentilshommes espagnols dont le connétable, devaient

P h o t o B lo c F r è re s
L a P lag e et le Ja izq u ib el
L e J a rd in P u b lic
P h o to B lo c F r è r e s
— 17 —
partir au même moment de chaque rive et arriver, en même
temps, au ponton. Dans la gabarre espagnole seraient les enfants
et la reine, dans la gabarre française, la rançon. La date de cet
éc hange fut fixé au 1er juillet 1530.
Au jo u r dit, Le convoi arrivait de B ayonne à H endaye. Il était
composé de trente mulets portant chacun quarante mille écus et
conduits p a r cent hom m es de pied et trois cents hom m es d ’arm es.
Une troupe de cavalerie et de gentilshommes, aux costumes éclatants,
éblouissaient de leur luxe les populations. Après quelques
malentendus et tâtonnements, provenant de la méfiance des uns
v is-à vis des autres, l’échange p u t se faire ainsi q u ’il av a it été
prévu. Il était huit heures du soir, quand les deux g a b a rre s avec
leurs précieux chargements quittèrent les rives opposées et vinrent
se ranger aux bords du ponton sur lequel une ligne marquait
fa limite des p arties affectées, l’une à la France, l’au tre à l’E s p a –
gne. Ces illustres p erso n n a g es n’y séjournèrent p a s longtem ps
et, peu après, Eléonore d ’Autriche était en France où elle prenait
pied sur le territoire d ’H endaye en m êm e tem ps que ceux qu’elle
appelait déjà ses enfants.
Les Hendayais assistèrent alors à un magnifique défilé. En
prem ier lieu venait la reine, p ortée d ans une litière de d rap d ’or ;
le dauphin et le duc d ’O rléans l’a c c o m p ag n a ien t à cheval tandis
que les nom breuses demoiselles d ’honneur de la reine, assises
en selles, à la mode du Portugal, sur des haquenées luxueusement
harnachées et caparaçonnées de velours, suivaient la litière
deux à deux. Venaient ensuite la foule des gentilshommes dans
leurs costumes étincelants et enfin trois cents cavaliers qui fermaient
la marche. Ce fut un splendide spectacle dont on parla
pendant longtemps sur les bords de la Bidassoa.
Quelques années plus tard, le 13 juin 1565, les H endayais d ev
aien t voir un au tre souverain, le roi Charles IX, qui se rendit
à H endaye p o u r recevoir sa sœ u r Elisabeth, reine d ’E spagne.
Mais on manque de renseignements sur cet événement qui ne fut
q u ’un épisode après les d évastations que les E spagnols com m irent
dans le Labourd, en 1542, sous Sanche de Leiva et, quelques
années plus tard, sous B ertrand de la Cueva, duc d ’A lbuquerque,
vice-roi de Navarre. Pendant plusieurs années, la concentration
— 13 —
sur la frontière de troupes espagnoles destinées à être envoyées
sur divers théâtres d ’opérations de guerre, tro u b la bien souvent
le repos des H endayais ju sq u ’au jo u r où la paix de Vervins
(1598) leur assura une période relativement longue de tranquillité.
III.— Le XVIIe siècle
En octobre 1615 eut lieu le passage de deux fiancées royales.
Le projet de ce double m a riag e avait été eb auché p a r Henri IV ;
il fut réalisé cinq ans après sa mort, en 1615. Elisabeth de
France, sœ u r de Louis XIII, ép o u sa l’infant d ’E sp ag n e qui devait
devenir le roi Philippe IV, tandis que la s œ u r de ce dernier, Anne
d ’Autriche, devenait reine de F rance p a r son m a riag e avec le roi
Louis XIII. Voici d a n s quelles circonstances se fit l’échange des
deux princesses.
Il existait, d an s la B idassoa, à proxim ité du lieu où l’on construisit
plus tard le pont de Béhobie, une petite île, à peu près à
égale distance, à cette époque, de la rive française et de la rive
espagnole. On l’appelait prim itivem ent « île des cygnes », puis
« île de l’hôpital », lorsqu’elle devint la possession du prieuré de
Subernoa. P lus ta rd elle prit le nom « d ’île de la Conférence »
après le m a riag e de Louis XIV, et enfin celui « d ’île des F aisans »
sous lequel elle est surtout désignée de nos jours.
Depuis longtemps cette île était considérée comme un terrain
n eu tre entre la F rance et l’E sp ag n e et c’est là que se réunissaient
les délégués des deux nations, quand ils avaient à régler des
questions de frontière. C’est sa n s doute p our cette raison que cet
endroit fut choisi p o u r l’entrevue et l’échange des deux reines.
Un pavillon av a it été a m é n a g é d a n s l’île ; deux autres, e x a c te ­
ment semblables, sur les deux rives du fleuve sur lesquelles
étaient rangées les troupes et de nombreux musiciens.
Les deux reines arrivèrent en même tem ps, l’une de S ain t-Je an –
de-Luz, l’au tre de F ontarabie. Les b a rq u e s qui d evaient servir à
la traversée du fleuve étaient au pied de chaque pavillon, gardées
par des soldats et montées par des marins revêtus de costumes
uniformes. A son arrivée, Anne d ’Autriche, d o n n a n t la main au
duc d ’U ceda s’e m b a rq u a en m êm e tem ps que M adam e, a c co m –
pagnée du duc de Guise qui, lui aussi, la tenant par la main,
— 19 —
p ren a it place, de l’au tre côté du fleuve d a n s l’au tre barque, sem –
blable à la prem ière. Les deux b a rq u e s atteig n aie n t l’île un instant
après et les deux reines entraient, en même temps, dans la
salle de l’entrevue.
Le cérémonial, m inutieusem ent réglé à l’avance, co m p o rtait un
discours du duc de Lerma, au nom du roi d ’E spagne, et une ré-
ponse du duc de Guise pour le roi de France. Puis les deux reines
s’étan t em brassées, chacune en tra d a n s son nouveau r o y a u ­
me, au son des vivats poussés par les troupes, des accords des
musiques et des coups de canons qui remplissaient de leurs
échos la vallée généralement si tranquille de la Bidassoa.
C ep en d an t la guerre entre la France et l’E sp ag n e ne ta rd a it
pas à recommencer, pour durer, cette fois, presque sans interruption
pendant près de quarante ans. Les opérations antérieures
avaient permis de se rendre compte des avantages des Espagnols
sur les F rançais p ro tég é s q u ’ils étaient p a r le fort de B éhobie
et la place forte de Fontarabie, tandis que la France ne possédait
aucun o u vrage de défense au n ord de la B idassoa. L’am iral
Bonnivet avait bien fait élever à Hendaye quelques terrassements
garnis de pieux, mais cet ouvrage était absolument insuffisant.
Aussi le roi désira-t-il mieux fortifier cette frontière et,
p a r décision du 20 a o û t 1618, il o rd o n n a la construction d ’un fort
vis-à-vis de Fontarabie. On peut encore en voir quelques vestiges
au b a s de l’esplanade sur laquelle se trouve a u jo u rd ’hui le m o n u –
ment aux morts. Le projet comportait six grands bastions et
des logements pour trois ou quatre cents hommes.
Cette décision fut très mal vue des habitants qui adressèrent
leurs doléances au roi. Celui-ci chargea le gouverneur du Labourd,
le comte de Gramont, de les ram ener à la raison. Mais
l’im partialité de G ra m o n t était mise en do u te car il av a it été
nommé gouverneur du fort avant même sa construction. Les
choses traîn èren t en longueur, bea u co u p de te m p s s ’écoula,
lorsque le roi, p e rd a n t patience, do n n a l’ordre formel de com m encer
les travaux. Ceux-ci furent mollement exécutés et le fort
n ’était p a s term iné lorsque se produisirent les événem ents de
1636 à 1638.
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*
* *
En 1635 la guerre avec l’E sp ag n e se p oursuivait d a n s le Nord.
Les prem ières opérations n ’avaient p a s été favorables au x a r –
mées françaises. La prise de C orbie et l’invasion de la B ourgogne
par les troupes ennemies avaient obligé Richelieu à concentrer
d an s l’est des effectifs im portants et, p o u r cela, à d é g a rn ir les
frontières qui n ’étaient p a s directem ent m enacées. C ’était le
cas de celle des Pyrénées et les Espagnols en profitèrent pour
concentrer dans le Guipuzcoa des troupes qui ne tardèrent pas à
franchir la Bidassoa et auxquelles le duc de Gram ont et le duc
de La Valette n ’eurent à o p poser que des effectifs insuffisants.
Aussi l’ennemi réussit-il à s ’em p arer de S aint-Jean-de-L uz et à
s ’établir d an s le L abourd q u ’il o ccupa p e n d a n t plus d ’un an.
Hendaye devint sa base de ravitaillement et les Hendayais durent
subir tous les inconvénients de cette situation. Elle ne cessa
q u ’en 1637, m ais les populations n ’en avaient p a s encore fini
avec les épreuves que la guerre entraîne toujours avec elle.
C ette longue occupation, la m enace q u ’elle av a it constituée
pour Bayonne, avaient fait une mauvaise impression sur le roi
et son premier ministre. Richelieu pensa que le meilleur moyen
d ’en éviter le retour était d ’imiter les E spagnols et d ’occuper un
point strate; que sur la rive gauche de la Bidassoa. Il décida de
s ’em p arer de F ontarabie, place forte d ’une v aleur m ilitaire de
prem ier ordre. M ais l’exécution de ce p ro jet n ’allait p a s sa n s
présenter quelques difficultés.
Pendant les dernières opérations les généraux français
s’étaient m ontrés très insuffisants ; il y avait eu en tr’eux de fré­
quents désaccords, des rivalités de personnes et des questions
de préséance qui avaient fâcheusement influé sur les résultats de
la campagne. Pour en éviter le retour, Richelieu confia le haut
co m m an d em en t à Condé, q u ’on appelait « M onsieur le Prince »,
le père du grand Condé, qui par sa haute situation, devait, dans
l’esprit du cardinal, im poser son au to rité à tous. Ses principaux
lieutenants étaient : le duc de La Valette, le m arquis de La Force
et le comte de Gramont. Leurs troupes réunies dépassaient le
chiffre de douze mille hommes, effectif nécessaire, car Fontarabie
était défendu non seulement par des ouvrages modernes pour
l’époque, mais par des marais qui rendaient son approche des
plus difficiles.
P h o to B lo c F r è re s
L a C orn ich e de S t-Je a n -d e -L u z à H e n d a y e
P h o to B lo c F r è r e s
L es D eux Ju m e au x
L ’Ile des F aisa n s
P h o to B lo c F r è re s
P h o to B lo c F r è r e s
L a B id asso a. V u e sur F o n ta ra b ie
— 23 —
Pour bloquer la place du côté de la mer, Richelieu envoya une
flotte de soixante voiles dont quarante-deux vaisseaux de haut
bord sous le com m andem ent d ’Henri de Sourdis ca rd in al-a rc h evêque
de Bordeaux. Mais auparavant et pour éviter les attaques
de la flotte espagnole, Sourdis partit à sa recherche et la trouva
dans la rade de Guetaria. Elle se composait de quatorze galions
et de trois frégates sous le com m andem ent de l’am iral Don Lope
de Hoces. La flotte française détruisit tous les navires espagnols
ainsi que le petit village de Guétaria. Tranquille de ce côté, Sourdis
ramena sa flotte dans la baie du Figuier et dans la Bidassoa,
établissant ainsi un blocus serré de la place.
Le siège com m ença le 22 juin 1638 et l’investissem ent fut un
fait accompli le 10 juillet. Au début tout sem bla faire prévoir
une prom pte capitulation ; m ais les choses ne ta rd è re n t p a s à
changer de face. Des questions de personnes intervinrent donn
a n t lieu à de fréquents conflits, des dissentim ents s’élevèrent
entre ces grands seigneurs et La Valette, par jalousie et mécontentem
ent de n ’avoir p a s le com m andem ent suprêm e, refusa de
faire marcher ses troupes. Condé lui-même ne put pas briser cette
résistance d ans son conseil et c’est ainsi que, les choses traîn an t
en longueur, firent échouer une opération sur laquelle on avait
fondé les plus belles espérances. Les Espagnols eurent le temps
de former une armée de secours qui fut amenée dans le plus
grand secret à Pasasges et à Renteria.
Le 7 septem bre au m atin cette troupe arriv a à l’erm itag e de
La G uadeloupe et se précipita sur l’arm ée française a v a n t même
q u ’elle eut pu reconnaître les assaillants et l’obligea à fuir d ans
le plus grand désordre, après avoir subi des pertes importantes.
Les g én é rau x s ’éch ap p è re n t non sans peine. Condé lui-m êm e
éprouva les plus grandes difficultés à gagner un des navires de
Sourdis qui l’am ena à S aint-Jean-de-L uz.
Cet abandon du siège fut une véritable déroute à la honte des
F rançais qui s ’enfuirent de toutes parts, d o n n an t un lam entable
spectacle au x E spagnols to u t surpris d ’une victoire aussi facile.
D ès lors s’explique-t-on difficilement l’inscription que l’on peut
lire sur une m aison de F ontarabie, d ’ap rè s laquelle les conditions
de la levée du blocus y auraient été discutées.
Richelieu fut consterné. Ainsi traduisit-il devant un Conseil
d’E ta t ex traordinaire le duc de La V alette qui, p a r ses intrigues
et ses refus d ’obéissance au x o rdres de Condé, était responsable
H E N D A Y E . — 2 .
— 24 —
du désastre. La Valette s ’em p re ssa de fuir en Angleterre. C ondamné
par contumace pour haute trahison à la peine de mort,,
il fut exécuté en effigie. Mais,, à la m o rt de Richelieu, il s’em –
p ressa de revenir en F rance et il ne ta rd a p as à être réintégré
dans ses honneurs et prérogatives.
Il est un intéressant épilogue au siège de F ontarabie. Il y av a it
sur le Jaisquibel une chapelle consacrée à N otre-D am e-de-IaGuadeloupe,
patronne de Fontarabie et que ses habitants tenaient
en g ra n d e dévotion. D ès l’arrivée des F rançais, ils sortirent sa n s
armes de leur ville et se rendirent processionnellement, sans être
inquiétés, à Notre-Dame-de-la-Guadeloupe pour y prendre la
sta tu e de cette vierge ; ils la pla cè re n t d év o tem e n t d a n s leur
église e t ne cessèrent de l’im plorer p e n d a n t le siège. L a p ré c a u –
tion n’était p a s inutile ca r le m arquis de La Force, p r o te s ta n t
sectaire, qui av a it établi son q uartier g énéral à cet endroit, s ’em –
p re ssa de faire faire un prêche p a r son aum ônier d a n s l’o rato ire
de la G uadeloupe. « M a in te n an t je m ourrai content, dit-il, j ’aurai
entendu, au moins une fois, exposer publiquement la religion de
Calvin en E spagne. » Il tra n sfo rm a ensuite la chapelle en écurie
pour ses chevaux. A près la levée du siège, il fallut un an au x
Espagnols pour la remettre en état. La madone y fut replacée,
en grande pompe, en 1639, le jour anniversaire de la libération
de Fontarabie et, depuis lors, tous les ans, à la même date, une
p rocession d ’actions de g râ c e se rend de la ville à la chapelle de
la G uadeloupe où l’on dit une messe.
P a sso n s v ingt ans. H endaye va être le tém oin d ’événem ents
les plus g ro s de conséquences p o u r la p aix de l’E urope, l’élaboration
du traité des P yrénées, en 1659, et l’entrevue de la C o u r d e
F ra n ce et de la Cour d ’E spagne, en 1660.
Lors de la conclusion du traité de W esphalie qui mit fin à la
gu erre de T re n te Ans, les négociations, en vue de la paix, n ’a –
b o u tire n t p a s avec l’E spagne. Il fallut encore plus de dix an s de
luttes et de négociations pour pouvoir arriver à une entente.
Mais, après la bataille des Dunes (1658) et la prise de Dunkerque,
qui livra les F landres à l’arm ée française, l’E spagne, déjà
aux prises avec de sérieuses difficultés dans le Milanais et avec
le Portugal, se montra mieux disposée aux accomodements.
— 25 —
Aussi les négociations ne tardèrent-elles pas à entrer dans une
p h ase plus active et, dès le com m encem ent de l’année 1659,
D on Antoine Pim entel, a m b a s s a d e u r d ’E sp a g n e et le m a rq u is
de Lionne, p o u r la France, av aien t a rrê té les g ra n d e s lignes d ’un
traité de paix. M ais il était réservé au x prem iers m inistres des
deux monarchies, le cardinal Mazarin et Don Luis de Haro, de
convertir ce projet en un traité définitif.
On désigna, comme lieu des conférences, la petite île dont il a
déjà été question. Le cardinal, parti de Paris le 24 juin 1659, arrivait
à Saint-Jean-de-Luz le 28 juillet accompagné du duc de
C réquy, du m inistre d ’E ta t de Lionne, des m a ré ch a u x de Villeroy,
de Clerambault, de la Melleray, du commandeur de Souvray et
d ’une cinquantaine de g ra n d s seigneurs. Son é q u ip ag e était m a –
gnifique. En plus de cent-cinquante personnes de livrée, il y en
avait autant composant sa suite, plus une garde de trois cents
fantassins, vingt-quatre mulets avec des housses brodées de soie,
huit chariots à six chevaux pour ses bagages, sept carosses pour
sa personne et quantité de chevaux de main.
De son côté, le ministre espagnol était arrivé à Saint-Sébastien
avec un équipage pouvant rivaliser avec celui de Mazarin.
A près des p o u rp arlers assez longs sur des questions d ’étiquette
qui avaient une importance capitale à cette époque, on fixa la
prem ière entrevue au 13 août.
L’île av a it été so m p tu eu se m en t am énagée. D an s la salle d e stinée
aux conférences, des deux côtés de la ligne imaginaire qui
la divisait par le milieu, étaient disposés deux tables pareilles,
deux fauteuils pareils et, un peu plus loin, la même disposition
pour les secrétaires. Deux ponts de bois permettaient les communications
avec les rives du fleuve.
Au jour fixé, le cardinal arriva en som ptueux équipage. Trente
carosses, attelés de six chevaux chacun, le portaient lui et sa
suite. Ils étaient précédés et suivis par des gardes à pied et à
cheval vêtus de ca sa q u e s d ’écarlate aux arm es de leur m aître.
M a za rin mit pied à terre et s’e n g a g e a su r le p o n t entre les haies
formées par ses gardes et deux cents mousquetaires.
Un q u a rt d ’heure après, don Luis de H aro se p résenta, a c co m ­
pagné, lui aussi, de soixante personnes dont plusieurs grands
d ’E sp a g n e et escorté p a r deux cents cuirassiers.
Le coup d ’œil des rives du fleuve couvertes de tro u p es et d ’une
foule considérable était des plus beaux.
Il y eut v in g t-q u a tre conférences p e n d a n t lesquelles les F ra n –
çais et les Espagnols firent connaissance et furent remplis de
prévenances les uns pour les autres. Au cours de la dernière
entrevue, le 7 novembre, le traité fut signé. La marche des négociations,
les difficultés que Mazarin eut à surmonter, les heureuses
conséquences du traité sont du dom aine de l’histoire générale
et ne sauraient trouver place ici. Le 12 novem bre les deux ministres
eurent un dernier rendez-vous p o u r p ren d re congé l’un de
l’autre. Ils éc hangèrent de riches p rése n ts et la sé p aratio n do n n a
lieu à un renouvellem ent d ’effusions et d ’accolades ac co m p ag n é es
des plus vives pro testatio n s d ’amitié, tandis que le duc de C réquy
p ren a it la route d ’Aix, où se tro u v ait la cour, p o u r an noncer à
leurs m ajestés l’heureux événem ent.
L’île des F aisans reto m b a d an s l’ab a n d o n , to u t en co nservant
ses bâtisses en planches qui avaient abrité tant de splendeurs.
M a is l’hiver p a s s a et de nouveau les ouvriers p rire n t possession
d e l’île et de ses abords. Il fallait faire plus g ra n d et plus b eau
p o u r l’entrevue des deux cours les plus pu issan te s de l’E urope et
p o u r les prélim inaires du m a riag e du roi de F rance avec l’infante
M a rie -T h é rè ze d ’Autriche.
Le roi d ’E sp ag n e ch a rg ea le g ra n d peintre V elasquez de la
direction des travaux. Celui-ci resta installé, pendant deux mois,
su r les bo rd s de la B id asso a em ployant à l’accom plissem ent de
s a tâche son goût sûr et son génie. M ais il fut mal récom pensé
d e s a peine, car il co n tra cta une fluxion de poitrine d o n t il
mourut.
On transforma et on embellit les bâtiments qui avaient servi
pour les conférences, chaque nation tenant à honneur de les rend
re dignes des g ra n d s actes qui devaient s’y p a s se r suivant un
cérémonial encore plus serré que précédemment. Chaque cour
désirait en effet rester sur son territoire, tout en étant dans une
salle commune. Aussi de chaque côté de la ligne de démarcation,
c h a q u e p artie était ex a ctem e n t sem blable à l’autre. En outre,
p o u r p erm e ttre l’accès du pavillon, on av a it construit de nouveaux
ponts à côté des précédents et on les avait recouverts de
galeries vitrées.
Tandis que Mazarin et don Luis de Haro revoyaient quelques
p o in ts du traité qui n ’avaient p a s été assez précisés, on m ettait
— 27 —
la dernière main aux préparatifs de la réception. Les entrevues
furent au n om bre de deux, m ais elles avaient été précédées d ’une
autre cérém onie exclusivem ent espagnole. Le 3 juin, d an s l’église
de F ontarabie, en p résence du roi d ’E spagne, don Luis de H aro,
représentant le roi de France, avait épousé, par procuration,
l’infante M arie-Thérèze.
Le lendemain, eut lieu, d an s l’île, une rencontre intime, de
ca ractère exclusivem ent familial, entre la reine Anne d ’Autriche,
son frère, le roi d ’E spagne, l’infante, le duc d ’Anjou et M azarin.
Les F rançais arrivèrent en carosse tandis que le roi d ’E s p a g n e
et sa suite étaient transportés dans deux magnifiques galiotes
richement décorées de peintures artistiques représentant des
scènes de la mythologie. Anne d ’Autriche n ’av a it pas vu son
frère depuis vingt-cinq ans. Aussi l’entrevue fut-elle des p lu s
cordiales, a u ta n t du moins que le p erm e tta it l’étiquette e s p a –
gnole renomm ée pour sa rigueur. On se sépara satisfaits les uns,
des autres.
Deux jours plus tard, on assista à une rencontre solennelle des
deux rois. C’était un dim anche, p a r une belle journée de juin. La
rivière était sillonnée de centaines de barques richement pavoisées,
une foule immense couvrait les deux rives le long desquelles
s’échelonnaient des milliers de soldats. Q uand les g ra n d s p e rsonnages
qui devaient se rencontrer et qui étaient arrivés dans
les mêmes conditions que la fois précédente, eurent pris place et
échangé quelques paroles de politesse, les deux rois se placèrent
à genoux sur des carreaux, en face l’un de l’autre, chacun avec sa
table, son écritoire, son évangile et son crucifix, le tout exactement
pareil. Après lecture du contrat, ils prêtèrent serment, la
main sur l’évangile. A ce m om ent le cardinal ouvrit une fenêtre.
C’était un signal convenu et aussitôt, des déc h arg es de m o u squeteries
parties des deux rives annoncèrent au monde la conclusion
de la paix.
L’infante re g a g n a F o n tarab ie avec son père tandis que la cour
de France revenait à Saint-Jean-de-Luz. Le lendemain seulem
ent l’île des F aisans vit p o u r la troisièm e et dernière fois, les
principaux personnages de la cour de France qui venaient chercher
leur nouvelle reine et on assista à la séparation émouvante
du roi d ’E sp ag n e et de sa fille qui ne devaient plus se revoir.
La petite île tém oin de ta n t d ’événem ents et appelée depuis
lors, « l’île de la C onférence », reto m b a d a n s le silence et l’oubli.
— 28 —
S ous l’influence du co u ra n t elle se d é g ra d a it rap id e m en t et m e n a­
çait de disparaître, lorsque, sous le second empire, on se préoccu
p a de la conserver et de l’embellir. On y p la n ta des arbres, on
y éleva un monument commémoratif du traité des Pyrénées et,
un peu plus tard, fut conclu un arrangement entre la France et
l’E spagne, en vertu duquel les co m m an d a n ts des statio n n aires
français et espagnols dans la Bidassoa sont chargés, à tour de
rôle, de la surveillance et de l’entretien de l’île et d e son m o n u –
ment.
IV.— Du XVIIIe siècle à nos jours
Le traité des Pyrénées fut un bienfait pour les riverains de la
Bidassoa qui avaient tant souffert des hostilités entre la France
e t l’E spagne. D epuis lors ju sq u ’au x gu erres d e la Révolution,
c ’est-à -d ire p e n d a n t plus de 130 ans, ils ne co n n u ren t plus les
ho rre u rs de la guerre. Au contraire, les b o n n es relations q u ’ils
entretenaient avec leurs voisins furent une cause de prospérité
relative. N éanm oins la ville ne s’était p a s b e a u co u p étendue. Au
com m encem ent du XVIIIe siècle on co n state l’ap p a ritio n d ’un
seul quartier nouveau dans les environs du prieuré de Subernoa.
M ais les divers do cu m en ts sur l’im portance d ’H endaye à cette
ép o q u e ne concordent pas. D ’après les uns, la chapelle du prieuré
était très fréquentée par les habitants des maisons voisines. On
y a u ra it com pté q u a tre cents com m uniants. D ’au tre s év aluent à
trois cent cinquante seulement le nombre total des habitants en
1726. Q uoiqu’il en soit, ceux-ci ne firent guère p a rle r d ’eux et
v écurent d ’une vie uniform e et peu agitée qui fait p en ser que,
com m e les peuples heureux, ils n ’eurent p a s d ’histoire.
On ne peut noter, pendant cette longue période, que des passages
de grands personnages ou de troupes se rendant sur le
théâtre de la guerre.
Le fort, term iné en 1666, av ait reçu une petite garnison. Il fut
m êm e question d ’en construire un au tre à la suite de l’incident
suivant.
— 29 —
En 1685, Vauban était venu dans la région pour inspecter les
divers o u v rag e s militaires. ll_s’adjoignit le m arquis d e Boufflers
et F. de Ferry inspecteur général des fortifications de Guienne.
A près avoir visité le fort d ’H endaye, ils p a s sè re n t la B id asso a
et, s ’éta n t rendus à L a M adeleine, fau b o u rg de F ontarabie, ils
essuyèrent des coups de feu qui furent par trois fois dirigés sur
eux p a r les E spagnols. P o u r m ontrer le m épris q u ’ils av a ie n t d e
leur « tiraillerie », V auban et ses deux co m pagnons ne quittèrent
le territoire espagnol q u ’une dem i-heure ap rè s que leurs insulteurs
se furent retirés. Mais, dans le com pte-rendu de cette visite,
a d re ssé à M. de Seignelay, secrétaire d ’Etat, V au b a n p ro p o sa it
d e pren d re F o n tarab ie p o u r avoir raison des injures q u ’il av a it
reçues ou bien de bâtir un fort pouvant contenir six ou sept cents
h o m m e s de garnison su r une la n g u e de te rre à l’em bouchure de
la B idassoa, a s su ra n t que c’était le m oyen de dom iner la ra d e en
même temps que les Espagnols et de permettre aux habitants
d ’H endaye de sortir en mer, p o u r aller pêcher, sa n s que leurs
voisins p u sse n t les en em pêcher. Le roi av a it d ’au tre s p réo c cu ­
pations et cette proposition resta sans suite.
*
Si aucun fait saillant ne se produisit d an s le co u ra n t du XVIIIe
siècle, les H endayais n ’en eurent p a s m oins l’occasion de voir
p a s s e r bien des g ra n d s p ersonnages. Le roi d ’E sp ag n e C harles II
a v a it désigné, en m ourant, p o u r son successeur, le duc d ’A njou
petit-fils de Louis XIV. Ce dernier ayant accepté le testament,
le nouveau roi se rendit dans son royaume en passant p ar Hendaye,
le 17 juillet 1701. Il n ’y eut aucune réception officielle à
cette occasion. Les deux frères du duc d ’Anjou, les ducs de B o u rg
o g n e et de B erry l’ac co m p ag n è re n t ju sq u ’à H endaye, d ’où ils
revinrent à B ayonne, tandis que le roi d ’E sp a g n e continuait son
chemin ju s q u ’à M adrid.
La guerre qui suivit cet événem ent; fut l’occasion du p a s s a g e
de nombreuses troupes. Le maréchal de Berwick, chargé de porte
r secours au roi d ’Espagne, était p a s sé le prem ier. En février
1704, on vit dix régim ents d ’infanterie, onze de cavalerie, d e u x
compagnies de canonniers, de nombreux détachements de recrues
et des convois de prisonniers. Ces passages intermittents
— 30 —
cessèrent ap rè s la victoire d ’A lm anza qui mit fin au x hostilités,
en 1709.
La guerre ay a n t recom m encé en 1718, cette fois avec l’E sp a –
gne, le maréchal de Berwick revint avec une armée et mit le
siège devant Fontarabie qui capitula en juin 1719. Les hostilités
se poursuivirent loin de la frontière, ju s q u ’à la conclusion de la
paix en 1720. Le 22 août de cette année, les troupes qui avaient
pris Fontarabie et Saint-Sébastien repassèrent la frontière.
Le traité de paix avait prévu le m ariage du roi Louis XV avec
l’infante d ’E sp ag n e et celui de Mlle de M ontpensier, fille du
régent, avec le prince des Asturies. L’éc hange de ces deux princesses
eut lieu à Hendaye avec le cérémonial accoutumé, le 9
janvier 1722.
Les H endayais virent bien d ’au tre s g ra n d s p e rso n n a g e s : la
reine Marie-Anne de Neubourg, la princesse de Beaujolais,
M arie-A ntoinette d auphine e t b e a u co u p d ’au tre s g ra n d s seigneurs
et grandes dames.
M ais la Révolution ap p ro c h ait et les h ab itan ts d ’H endaye
allaient connaître, une fois de plus, les vicissitudes de la guerre
d’une manière encore plus cruelle que précédemment.
Le 7 m ars 1793, la Convention av a it déclaré la guerre à l’E spagne.
Or les Espagnols disposaient, sur la frontière, de vingtquatre
mille hommes sous les ordres du général Caro, tandis que
les F rançais n ’avaient que huit mille hom m es com m andés p a r le
général Moncey. Ils n ’avaient aucun o u v ra g e de défense, ca r le
fort d ’H endaye était dépourvu d ’artillerie et de garnison. Le
général Reinier, qui commandait les troupes du Labourd, les
avait concentrées à Saint-Jean-de-Luz, en attendant des renforts
laissant H endaye ex posé aux coups de l’ennemi. Celui-ci
se h â ta d ’en profiter.
Sans que rien fit pressentir une attaque, le 25 avril 1793, un
feu subit s’ouvre de F o n tarab ie sur H endaye, alors que les h a b itants,
sa n s méfiance, étaient plongés d an s le sommeil ; la plup
a r t d ’e n tr’eux so n t éc rasés sous les d éc o m b res des m aisons
qui s’écroulent enflam m ées sous l’effet des bo m b e s qui pleuvent
sur la ville, et pour achever sa ruine, profitant du désordre iné-
vitable q u ’avait p roduit cette a tta q u e inopinée, les E spagnols
traversent la rivière et, p ar le moyen de torches, m ettent le feu
aux m aisons que le b o m b a rd e m en t n ’avait p a s atteintes. A la
nouvelle de cet événement, Reinier accourut avec ses troupes.
L’ennemi à son tour, est refoulé sur l’autre rive, l’ép é e aux
reins, par les Français qui se livrèrent, sur le sol espagnol, à
des représailles. M ais H endaye n ’en était p a s m oins un m onceau
de ruines.
Elle le resta lors des g uerres d ’E sp ag n e sous N apoléon et lors
de l’invasion du territoire français p a r les arm ées de W ellington,
en 1813. P e n d a n t longtem ps encore H endaye n ’exista plus.
— Que sont devenus les habitants de ce lieu ? demandait un
voyageur, en 1820, à un vieillard d ’H endaye assis en guenilles
sur quelques ruines.
— Les uns sont morts, dit le Labourdin, en se levant, quelques-uns
ont émigré, la guerre a disséminé le plus grand nombre,
les au tre s sont ensevelis d an s le g ra n d cham p derrière l’église.
— Quel cham p ? d e m a n d a l’interlocuteur.
— Le B a sq u e r e g a rd a fixement l’hom m e frivole qui ne l’avait
p as com pris et, faisant du b ras un geste solennel, il montra…
l’Océan.
D an s un au tre ordre d ’idées, voici ce q u ’écrivait, plus tard,
en 1834, M. L acour : « H endaye n ’existe réellem ent que sur la
» ca rte ; elle n ’offre que des décom bres. Ses h a b ita n ts sont dis-
» persés, son industrie tuée. Je vois p a rto u t la dévastation, la
» solitude et le deuil. Quelques ra re s m aisons s’élèvent à trav e rs
» ses rues désertes et a u -d e ssu s de ces p an s de m urs cachés
» sous le lierre qui se plaît à les tenir em brassés. On croit se
» p ro m en er au milieu de catacom bes. » Et un peu plus loin,
l’a u te u r ajoute : « P ourquoi H endaye, sous la protection de la
» g ra n d e famille à laquelle elle appartient, ne sortirait-elle p a s
» de cet état de désordre, d ’a b a n d o n et de stupeur d o n t elle offre
» la hideuse im age ? »
Ce vœu a été exaucé. Quelques années plus tard, Hendaye
renaissait à la vie, grâce au chemin de fer, et, de nos jours, les
b ain s de m er et le tourism e l’ont porté à un deg ré de p rospérité
q u ’elle n ’av a it ja m ais connu, ainsi q u ’on le v e rra d a n s les p a g e s
suivantes.
CHAPITRE III.
Monuments — Curiosités
Hommes célèbres
Ainsi q u ’on l’a vu d an s le chapitre précédent, H endaye, quoiq
u ’a y a n t des origines lointaines, est de création récente. On ne
sa u ra it donc être surpris de n ’y tro u v er aucun m on u m e n t
ancien. L’église, bien que datant, to u t au m oins la p artie la plus
ancienne, du XVIIe siècle, ne p rése n te aucun c a ractère d e style.
Il n ’y a, d an s toute la com m une, q u ’un o bjet jugé digne de figurer
sur l’inventaire supplém entaire des m onum ents historiques ;
c’est une croix de pierre.
Elle se trouvait autrefois dans le cimetière qui entourait l’é-
glise, comme dans toutes les paroisses du Pays Basque. Depuis
son inscription su r l’inventaire supplém entaire des m onum ents
historiques, elle a été placée to u t p rès de l’église, à côté d ’un b r a s
du transept où elle est mieux protégée que précédemment.
La croix elle-même est des plus simples. Sur le bras, on peut
lire, g rav é e en cham plevé, l’inscription co u ra n te : « O crux ave
spes unica » M ais ce qui attire su rto u t l’attention, c’est le socle
su r lequel elle repose. Il a la form e d ’un cube su r les q u a tre faces
verticales duquel sont g rav é s des dessins assez curieux. S ur l’une
on voit un écartelé avec un A dans chaque canton. Peut-être
a -t-o n voulu rep rése n ter l’initiale de la ville à une époque où
H endaye s’écrivait A ndaye. Sur la face voisine est sculptée une
g ra n d e étoile ; sur une autre, un cro issan t de lune à profil
humain avec un œil largement ouvert. Enfin, la quatrième face,
ou p lu tô t la prem ière, a tten d u q u ’elle est parallèle au b r a s d e la
croix, présente une tête de monstre avec une large gueule
— 33 —
ouverte. Si l’on rap p ro ch e ce dernier dessin d e l’inscription de
la croix, on sem ble fondé à pen ser que l’au teu r a voulu rep ré-
s e n te r la p o rte de l’Enfer o pposée à l’espérance du ciel d o n n ée
p a r l’inscription. On trouve en effet assez so u v en t des m otifs
sim ilaires d an s l’iconographie du M oyen Age. Il n ’est p a s p ossible
de fixer la date de cette croix. Tout au plus pourrait-on la
faire rem onter au milieu du XVIIe siècle à l’époque de la co n struction
de l’église, lors de la création de la paroisse.
Mais, si Hendaye est plutôt pauvre en monuments, on peut
dire que la qualité com pense la quantité. C ’e s t bien le ca s en
effet du châ te au d ’A bbadia, situé à l’origine de la pointe S ainteAnne.
Bien que de construction relativem ent récente, c’est un
superbe édifice qui ajoute encore à la beauté du magnifique dé-
c o r qui l’entoure.
Son prem ier propriétaire, M. A ntoine d ’A b b ad ie d ’A rrast,
éta it basque, originaire d ’A rrast, en p a y s de S o ule. P assio n n é
p o u r l’étude des sciences, il se fit rem arquer, de bo n n e heure,
par ses connaissances multiples qui lui valurent, à plusieurs
reprises, des m issions d a n s les p a y s d ’outre-m er. Il les rem plit
avec un succès qui le désigna comme une des personnalités les
plus en vue du monde savant et ne fut pas étranger à sa nomin
ation de m em bre de l’Institut, en 1867.
P arm i ses n o m b reu ses expéditions, il faut su rto u t m entionner
celle qui le conduisit en Abyssinie, en 1836. Il y fit un séjour de
quinze ans coupé par quelques voyages en France et ailleurs
et, p e n d a n t ce tem ps, il e x p lo ra le p ay s com m e il ne l’a v a it
jam ais été par des Européens. Le Négus le com bla de biens et
lo rsq u ’il revint en France, il r a p p o rta une foule d ’ob je ts et d e
documents précieux parmi lesquels une collection de parchemins
les plus rares, a u jo u rd ’hui d an s la bibliothèque de l’Institut à
Paris.
Revenu en France, en 1865, à l’â g e de 55 ans, M. d ’A b b ad ie
renonça au x g ra n d s v o y ag e s et c’est alors q u ’il ac h e ta de g r a n ­
des étendues de terrains, au nord d ’H endaye et q u ’il com m en ç a
la construction du ch â te au d ’A bbadia. Il ne q u itta plus cette
belle résidence ju sq u ’à sa m ort survenue en 1897 et il s ’y cons
a c ra à des tra v a u x su r l’A stronom ie et la P hysique du Globe.
— 34 —
Aussi, lorsque, vers 1880, sur l’initiative de l’am iral M ouchez,
alors chef du bureau des longitudes, un accord fut intervenu entre
les puissances p o u r l’établissem ent de la ca rte du ciel, il
accueillit cette décision avec enthousiasm e et il d o n n a à l’Institut
son château pour être affecté à un observatoire qui participerait
à ce travail. Depuis lors, Abbadia est devenu une sorte
de sanctuaire de la science où l’on vit, c’est le cas de le dire,
dans le ciel étoilé. T a n d is q u ’à quelques centaines de mètres,
dans les nou v eau x quartiers d ’H endaye, on ne songe q u ’aux
distractions et au plaisir, là-haut, par les nuits sereines et dans
le calme le plus absolu, des jeunes gens procèdent à la détermination
de coordonées d ’étoiles, sous la surveillance d ’un ecclé-
siastique aussi m odeste que distingué, M. l’a b b é Calot, directeur
de l’observatoire.
Mais, à l’exception de trois grandes salles affectées aux instru
m e n ts e t au personnel, le châ te au d ’A b b a d ia a été conservé
tel q u ’il était du tem ps de ses propriétaires. M. d ’A bbadie qui
n ’était p a s seulem ent un savant, m ais aussi un hom m e de goût,
p assait le tem ps q u ’il ne consacrait p a s à la science, à orner et à
embellir sa résidence. Aussi en a-t-il fait un véritable musée. Il
n ’est p a s une pièce, un panneau, un meuble, un objet qui ne soit
une œ u v re d ’a rt et n ’attire l’attention. C haque salle a son c a ra c –
tère individuel (Arabe, Allemande, Irlandaise, Abyssine, etc…)
et partout ce sont des proverbes ou des sentences morales, empruntées
au folk-lore de chaque pays, inscrits sur les murs ou
gravés dans le bois.
A l’extérieur, sur la p orte d ’entrée, c’est un vers anglais qui
accueille le visiteur : « Cent mille bienvenues ».
D ans le vestibule on peut lire quatre vers latins sur le même
sujet.
D an s un ch a rm an t petit salon d ’attente, on lit ces p roverbes
a ra b e s : « L’aiguille habille tout le m onde et reste nue », « Reste
avec Dieu et il reste ra avec toi », « Dieu, quoique bon ouvrier,
veut co m pagnon de travail ».
Sur un vitrail du vestibule « Plus estre que p a ra istre ».
Dans la bibliothèque: « T o u t buisson fait om bre», et «il
suffit d ’un fou p o u r jeter une gro sse pierre d an s un puits ; il faut
six sa g e s pour l’en retirer ».
Sur chaque cheminée il y a une inscription relative au feu,
telle que celle-ci : « Je réchauffe, je brûle, je tue » ; et cette au-
tre, bea u co u p plus poétique : « Que votre âm e soit sem blable à
la flamme ; q u ’elle m onte vers le ciel ».
Dans la salle à manger, toute tendue de cuir, chaque siège
porte une syllabe abyssine et, lorsqu’elles sont toutes réunies, ces
syllabes form ent la p h rase suivante : « Dieu veuille q u ’il n ’y ait
aucun traître autour de cette table ». Sur un m ur de la même
pièce : « Les larm es sont l’éloquence du p au v re ».
D ans la cham bre d ’honneur l’inscription suivante entoure le
lit : « Doux sommeil, songes dorés à qui repose céans ; joyeux
réveil ; m atinée propice ».
Dans une autre pièce, on peut lire quatre vers empruntés à
Schiller : « T r ip le est la m arche du tem ps, hésitante, m ystérieuse
: l’avenir vient vers nous ; rapide com m e la flèche, le p ré –
sent s ’enfuit ; éternel, imm uable, le p a s sé dem eure ».
Nous terminerons cette énumération, déjà peut-être un peu
longue, en signalant les peintures murales du vestibule et de
l’escalier. Ce sont des scènes de la vie abyssine. L’une repré­
sente un chef faisant un discours dont il désigne la ponctuation
par des coups de fouet. Un certain nombre de coups correspondent
au point, aux virgules, etc…
Dans une autre, on voit une école où le maître, un gros Abyssin,
à la figure rébarbative, est ac co m p ag n é d ’un esclave te n an t
un m artinet do n t il m enace les élèves. Ceux-ci sont attach és à
leur banc avec de grosses chaînes afin de les obliger à se tenir
tranquilles et éviter q u ’ils ne fassent l’école buissonnière.
On com prend, d ’ap rè s ces exemples, que l’intérieur du c h â ­
teau d ’A b b ad ia soit bien en harm onie avec l’extérieur.
—- 3 5 —
T o u t autre est la m odeste m aison m a u re sq u e que l’on a p e r-
çoit au b ord de la B idassoa, à côté des ruines de l’ancienne
redoute. Celui qui en fit sa dem eure, lui non plus, n ’était pas
H en d a y ais ; m ais les d eu x nom s « H endaye » et « Pierre Loti »
s o n t devenus inséparables et on ne p eu t p ro n o n ce r l’un sans
penser a l’autre. Voici d an s quelles circonstances Loti fut am ené
à connaître Hendaye.
En 1892, alors officier de marine, il était nom m é au co m m an ­
dem ent du « Javelot » g ard e -p ê ch e d an s la B idassoa. Le P ay s
B asque fut pour lui une révélation. Il ép ro u v a p o u r ce p a y s un
en th o u siasm e qui alla g ra n d issa n t à m esure q u ’il le co n n u t m ieux
e t qui ne le q u itta q u ’avec la vie. Il a c h eta la m aison m a u re sq u e
en b o rd u re de la B idassoa, cette m aison qui est encore com m e
il l’a connue et où se rendent, au m oins une fois, en p èlerin ag e,
to u s ceux que les h a sa rd s de l’ex isten ce am èn en t à H endaye e t
que ne laisse n t p a s indifférents nos gloires littéraires. Il y revint
so u v e n t d an s la suite et c’est d an s ce coin q u ’il a v a it ta n t aim é,
d an s cette m aison d ’où il a v a it si so u v en t contem plé le m agnifiqu
e p a y sa g e qui se d éro u la it so u s ses yeux, q u ’il ren d a it le d ernier
soupir, en juin 1923.
V oici quelques lignes, peu connues, qui so n t ses ad ieu x a u
P a y s B asque, lo rsq u ’il le q u itta p o u r e n tre p re n d re une cam p ag n e
d a n s les m ers de Chine :
Adio E u sk u alleria
« P a rtir ! D ans quelques jo u rs, d an s trè s peu de jo u rs, je
» se ra i loin d ’ici. E t il y a, p o u r to u te âm e hum aine, une intim e
» triste sse à s’en aller de tel ou tel coin de la te rre où l’on a v a it
» fait longue éta p e d an s la vie.
» Elle a v a it du ré six ans, m on éta p e im prévue au P ay s B a s-
» que ; il est vrai, avec des interm èdes de v o y ag e s en A rabie ou
» ailleurs, m ais to u jo u rs avec d es ce rtitu d e s de revenir. E t je
» g a rd a is ici une m aiso n n ette isolée qui, p e n d a n t m es ab sen ces,
» re sta it les vo lets clos ; où je retro u v ais, à m es reto u rs, les
» m êm es p etite s choses au x m êm es p laces ; d an s les tiro irs les
» fleurs fanées des p réc éd en ts étés… L entem ent je m ’étais a tta c h é
» au sol e t au x m o n tag n es de ce pays, au x cim es b ru n es du J a ïs –
» quibel p erp étu ellem en t d ressé là, d e v a n t m es yeux, en face d e
» m es te rra s se s et de m es fenêtres. Q uand on devient tro p las e t
» tro p m eu rtri p o u r s’a tta c h e r au x gens, com m e autrefois, c’e s t
» cet am o u r du te rro ir et des choses qui seul dem eure p o u r
» encore faire souffrir…
» E t j ’ai un délicieux au to m n e cette année, p o u r le dernier..
» Les chem ins qui, d e m a m aison, m ènent au m ouillage de m on
» navire, so n t refleuris com m e en juin. C ’e st là -b a s, ce m ouil-
» lage, au to u rn a n t de la B id asso a, co n tre le p o n t de p ie rres r o u s –
» ses, décoré des écu sso n s de F ran ce et d ’E sp ag n e, qui réunit,.
» p a r d essu s la rivière, les deux p ay s am is et sa n s cesse voi-
» sin an ts. T rè s refleuris, au soleil de n o vem bre ces chem ins
» qui, p resq u e ch aq u e jour, au x m êm es heures, m e vo ien t p a s –
— 36 —
» se r ; ça e t là des brin s de chèvrefeuilles, d e tro èn e s ou bien d es
» ég lan tin es ém erg en t to u te s fraîches d ’en tre les feuillages ro u –
» gis. E t les g ra n d s lointains d ’O céan ou des P y rén ées qui, p a r
» d essu s les haies, a p p a ra iss e n t en un déploiem ent m agnifique,
» so n t im m obiles et bleus. E t de là -b a s où je se ra i bientôt,
» l’E u sk u alleria que j ’ai h ab ité six ans, m ’a p p a ra îtra , d an s le
» recul infini, com m e un tran q u ille p a y s d ’om bre e t de pluie
» tiède, de h êtres e t de fougères, où so n n en t encore le soir, ta n t
» d e v én érab les cloches d ’églises. »
C ’est encore un m arin d o n t on p e u t ap e rcev o ir l’an cien n e
dem eure, plu s en am ont, au b o rd de la B idassoa, m aison to u te
m o d ern e ap p elée P rio ren a. Elle e st h ab itée p a r les d e sce n d an ts
d ’un de ces fam eux co rsaires, bien H endayais celui-là, d o n t les
a v e n tu res tien n en t du rom an. Il s’a p p e la it P ellot-M ontvieux e t il
a p p a rte n a it à une de ces n o m b reu ses fam illes de m arin s b a sq u e s
qui, de p ère en fils, « co u ra ien t sus à l’A nglais ». En 1627, lors du
sièg e de L a R ochelle p a r les arm ées du roi L ouis XIII, un de ses
an c être s a v a it com m andé un n av ire qui faisa it p a rtie d ’un convoi
d e rav itaillem en t p o u r l’île de Ré b lo q u ée p a r la flotte d e B uckingham
. Le succès de cette e n tre p rise a v a it valu au x H endayais
la p o ssessio n de la rive d ro ite de la B id asso a ju sq u ’à l’île d es
F aisa n s. E tienne P ello t-M o n tv ieu x a v a it d onc de qui te n ir e t il
d ép a ssa , en audace, ceux qui l’av a ie n t précédé.
E m b arq u é, en 1778, à l’âg e de 13 ans, il dev in t un de ces m arin
s d o n t le c a ractère in d é p en d a n t ne p o u v a it p a s se p lier à la
discipline de la m arine ro y ale et qui, au x hon n eu rs e t au x d ig n ités,
p référaie n t la vie im prévue e t pleine d ’aléa s qui é ta it celle
d es co rsa ires encore à cette époque.
O n ne sa u ra it, d an s un o u v rag e com m e celui-ci, ra c o n te r les
p ro u esse s de P ellot. N ous renvoyons ceux que le su je t in téresse
au x b io g rap h ies qui o n t été écrites su r lui (1 ). N ous no u s b o rn e-
(1) Voir « Le dernier des corsaires ou la vie d’Etienne Pellot-Montvieux
de Hendaye » par le capitaine Duvoisin et l’ouvrage plus récent :
« Le Corsaire Pellot par Thierry Sandre » publié par « La Renaissance
du Livre ».
— 37 —
— 38 —
rons à dire que pendant les guerres de la Révolution, du Consulat
et de l’Empire, ju sq u ’en 1812, Pellot fit une chasse continuelle
aux Anglais avec des navires armés par les armateurs de Bayonne
ou de Saint-Jean-de-Luz et souvent à ses frais. Sa vie, pend
a n t ses 34 années de course, est un véritable rom an d ’av e n tu –
res. Six fois prisonnier des Anglais, il s ’éc h a p p a six fois p a r les
m oyens les plus invraisem blables. Il était la te rreu r des Anglais
comme, avant lui, Jean Bart, Duquesne et Tourville et aussi
Surcouf, son contem porain. A défaut d ’au tre s preuves, il suffira
de rappeler q u ’une prime de 500 guinées était prom ise à qui le
ferait prisonnier, tandis que cette prime était de 5 guinées seulem
ent pour la capture d ’un capitaine ordinaire.
Retiré à H endaye en 1812, il y vécut à Prioréna, maison familiale
récem m ent reconstruite, et il se co n sac ra à ses enfants et
petits-enfants ju sq u ’au jour de sa m ort survenue le 30 avril 1856.
Cet homme qui avait mille fois exposé sa vie au milieu des pires
dangers, la conserva ju sq u ’à 91 an s !
Non loin de P riorena, sur la hauteur, au milieu d ’arb res centenaires,
on peut apercevoir une très ancienne maison qui conserve
l’a p p a rence des habitations du XVIIIe siècle. On l’appelle
Iranda. De l a est sorti un hom m e do n t l’existence, bien diffé-
rente de celle de Pellot-M ontvieux, n ’en est p a s moins des plus
curieuses et rappelle celle de certains héros de romans.
Iranda était une très ancienne seigneurie qui figure dans des
actes du XIIe siècle. Au XVIIIe siècle elle a p p a rte n a it à un H endayais,
Nicolas Arragorry, qui eut trois enfants, un garçon et
deux filles. Simon, le fils, après avoir passé quelque tem ps dans
son p a y s se décida à aller chercher fortune en E sp ag n e et il l’y
trouva. En très peu de tem ps il arriv a à une des plus h au tes
situations que l’on put esp érer m êm e à cette époque ; il devint
un des favoris du roi Charles III qui le nom m a conseiller honoraire
en son conseil des Finances. Il est p ro b ab le q u ’A rrag o rry
remplit ses fonctions avec distinction car, un peu plus tard, le
roi, en considération des services q u ’il en av a it reçus, lui conféra
un titre de Castille sous la dénomination particulière de
« m arquis d ’Iranda » pour lui et ses héritiers p a r lettres p aten te s
du 9 novembre 1764.
P h o t o B lo c F r è r e s
Le C asino
P h o t o B lo c F r è re s
C h â te a u d ’A b b a d ia

— 41 —
Devenu conseiller d ’Etat, A rrag o rry fut chargé, en 1795, de
négocier la paix avec le général Servant, com m andant en chef
de l’arm ée des P yrénées Occidentales.
La fortune q u ’il réalisa était considérable et il en fit un noble
usage en venant en aide à ses compatriotes lors de la destruction
d ’H endaye p a r les E spagnols. Il m ourut sans postérité et
laissa son titre et ses biens à un neveu, fils d ’une s œ u r m ariée
au seigneur d ’A rcangues. Ce titre fut reconnu p o u r la France
par lettres patentes de Louis AVI en 1782, confirmées par N apoléon
Ier et N apoléon III, en faveur des d esce n d an ts du prem ier
titulaire. La famille est encore représentée dans le pays par M.
P ierre d ’A rcangues, m arquis d ’Iranda.
Il serait difficile de citer d ’au tre s dem eures évocatrices du
passé dans une ville de construction récente. Cependant, sans
q u ’ils prése n ten t un ca ractère esthétique, il convient de faire
mention des vestiges de l’ancien fort que l’on p eu t encore a p e rcevoir
au bord de la Bidassoa. Il a été dit précédem m ent dans
quelles circonstances cet ouvrage avait été construit. Son achè-
vem ent fut suivi d ’une longue période de paix, conséquence du
traité des Pyrénées, p e n d a n t laquelle il ne fut plus d ’aucune utilité.
Aussi on le dépouilla de son artillerie, de sa garnison et il
n ’était plus g a rd é que p a r quelques m o rte -p a ies lorsqu’arriv a la
Révolution.
Il occupait tout l’em placem ent traversé p a r la route conduisant
à Hendaye-plage et sur laquelle se trouve le monument aux
m orts. D ’ap rè s le plan que l’on p o ssèd e et les so u b a ssem en ts que
l’on peut voir en c o n tre -b a s de l’esplanade, on p eu t dire q u ’il
était solidem ent construit et m êm e que la question d ’esthétique
n ’av a it p a s été p erd u e de vue. Bien abim é p a r l’artillerie e s p a –
gnole, lors des guerres de la Révolution, complètement ab an –
donné, il ne form ait plus q u ’un a m a s de ruines lorsqu’il fut démoli
à la fin du XIXe siècle.
*
**
On voit p a r ces quelques lignes qu’H endaye est plutôt p au v re
H E N D A Y E . — 3 .
— 42 —
en m onum ents, ce qui ne sa u ra it su rp re n d re q u a n d on se ra p p e lle
son histoire. Mais cette ville réserve à ses visiteurs mieux que
des œ u v re s de l’hom m e ; c’est le site adm irab le qui l’entoure, ce
sont les incom parables horizons q u ’on y découvre, c’est, en un
mot, une situation exceptionnellement favorable et qui en fait
une résidence des plus privilégiées.
CHAPITRE IV.
Vie Sociale – Commerce – Industrie
Sports
Au point de vue social, Hendaye présente le double caractère
d ’être une station balnéaire, d o n t la population fait plus que
doubler p e n d a n t les m ois d ’été et de vivre, p e n d a n t to u te l’a n n ée
d ’une vie qui lui est propre.
Ainsi q u ’il a été dit plus haut, l’o u verture de la ligne de chemin
de fer de Paris à M adrid a été le signal de la renaissance
de cette petite localité qui, depuis les guerres du Premier Empire,
n ’av a it fait que végéter. Non seulem ent les form alités de douane
p o u r le p a s s a g e des m a rc h an d ises d ’un p a y s à l’autre, m ais
aussi leur transbordement, conséquence de la différence de voies
en F rance et en E spagne, am en è re n t b e a u c o u p d ’étra n g ers qui
se fixèrent à H endaye, en m êm e te m p s q u ’un n om bre élevé
d ’em ployés de chemin de fer. C ’est alors que com m ença a se
former le quartier dit de la gare.
A l’origine, c’est-à -d ire en 1857, on ne sa v ait p a s encore ce
que donneraient les chemins de fer. Beaucoup, parmi les personnes
les plus éclairées, ne p en saien t p a s q u ’ils du sse n t prendre
une extension aussi considérable que celle q u ’ils o n t prise. Les
résu ltats de l’expérience n ’o n t p a s ta rd é à lever les do u te s et a
montrer que la conséquence de ce nouveau mode de transport a
été une véritable transformation de la vie sociale. Depuis cette
époque, le trafic de la g a re d ’H endaye a b ea u co u p v arie et a s u b i
_ 44 —
des fluctuations considérables qui ont eu naturellement une
grande répercussion sur les habitants en vivant directement ou
indirectement.
Voici quelques chiffres qui donnent une idée de son importance
:
Le tonnage expédié par cette gare en 1913 a été de 199.000
tonnes ; celui de l’année 1932 a atteint 390.581 tonnes p a r suite
de diverses circonstances et en particulier des suivantes. Ces
dernières années, en raison de n o u veaux tarifs d ouaniers et d ’accords
entre les compagnies de Chemins de fer, un très gros trafic
d ’o ran g e s s ’est créé entre l’E spagne, la France et certains p a y s
du Nord qui en recevaient une petite quantité auparavant. Four
s ’en faire une idée, il suffira de citer quelques chiffres concern
a n t l’année considérée, c’e st-à -d ire 1932. Il a été expédié
d ’H endaye, v en a n t d ’E spagne, 32.000 w a g o n s tra n sp o rta n t
146.000 tonnes d ’o ran g es et a y a n t ra p p o rté aux com pagnies
françaises 42 millions de francs.
On conçoit q u ’un sem blable trafic justifie l’emploi de beaucoup
de monde. Le nombre des commissionnaires en douane, qui est
habituellem ent d ’une cinquantaine, atteint 105 p e n d a n t la ca m ­
pagne des oranges et chacun emploie une moyenne de trois commis.
Le transbordement nécessite 60 équipes de manoeuvres à
5 hommes chacune, soit 300 personnes, sans compter les journaliers
perm a n en ts évalués à une centaine d ’hommes. Le personnel
fixe de la g are est de 300 hom m es ; celui de la D ouane de 120.
Il faut dire que tout ce m onde n ’habite p a s H endaye ; bea u co u p
vivent à Irun. On n ’en p e u t pas moins évaluer à 600 ou 700 le
nombre de personnes dont la présence est justifiée par le trafic
tran sitan t p a r la g are d ’H endaye. On voit donc l’influence considérable
que sa création a eue sur la renaissance de cette ville.
C ep en d an t il ne faudrait pas conclure de ce qui précède
q u ’H endaye n ’a été une localité de tran sit que depuis la création
du chemin de fer. Sa situation sur la frontière l’a mise en relations,
à toutes les époques, avec les villes voisines de la France
et de l’E sp ag n e entre lesquelles elle servait d ’intermédiaire. Les
intérêts commerciaux en jeu étaient si importants que, même
p en d a n t les g uerres si fréquentes entre ces deux nations, il se
— 45 —
faisait des traités de commerce entre ces localités. Les députés
français et esp ag n o ls se réunissaient d an s l’île des F aisa n s et
convenaient de tous les articles de ces traités q u ’on ap p e la it
« de bonne correspondance ». Ces traités étaient ensuite ratifiés
par les rois. Ainsi, pendant toute la durée des hostilités, les relations
com m erciales continuaient au g ra n d profit d ’H endaye qui
a s su ra it les échanges. Ces traités s’appliquaient aussi au x relations
par mer. Le premier dont on ait trouvé trace porte la date
d u 29 o ctobre 1353. Il y en eut bea u co u p d ’au tre s p a r la suite
ju s q u ’au XVIIIe siècle.
L a mer, il p ara ît superflu de le dire, a toujours joué un g ran d
rôle d ans l’existence des H endayais, q u ’ils fussent m arins ou
pêcheurs.
Le régim e incertain des e a u x de la B id asso a n ’a y a n t ja m ais
perm is d ’y créer un port, les m arins s ’enrôlaient sur des navires
équipés par les armateurs de Bayonne ou de Saint-Jean-de-Luz.
Quant aux pêcheurs qui étaient le plus grand nombre, ils
péchaient avec des embarcations en mer ou sur la rivière. Mais
l’accord ne rég n a it p a s to u jo u rs en tr’eux et les pêcheurs e s p a –
gnols. Les incidents étaient fréquents et se terminaient souvent
d ’une m anière tragique. Voici la relation d ’une affaire qui m ontre
combien les rapports pouvaient être tendus entre les riverains
des deux nations.
Les Espagnols prétendaient que la rivière leur appartenait
sur toute sa largeur. Partant de ce principe et au mépris des
revendications françaises, l’alcade de F o n tarab ie vint, le 23 ja n –
v ier 1617, ju sq u e sur le rivage d ’H endaye, à la poursuite d ’un
malfaiteur, étant porteur de son bâton de justice (1). Arrêté à
son tour, avec les bateliers qui le conduisaient, il fut envoyé p a r
les au to rités d ’H endaye au go u v ern e u r de la province, M. de
G ra m o n t, qui les em p riso n n a à B ayonne ju s q u ’à ce q u ’une enquête
eut été faite.
Mais, a v a n t q u ’elle fut term inée, les E spagnols, u sa n t de
(1) Aujourd’hui encore, en Guipuzcoa, le bâton est l’insigne des alcades
et des agents de police.
— 46 —
représailles, arrêtèrent et emprisonnèrent plusieurs pêcheurs
français qui naviguaient paisiblement sur les eaux de la Bidassoa.
Ils firent plus ; ils saisirent trois navires d e S a in t-Je a n -d e –
Luz armés pour la pêche à la baleine qui, à cause du mauvais
tem ps, s’étaient réfugiés d a n s la baie de F ontarabie.
L’affaire se com pliquait. Le com te de G ra m o n t sig n a la la situation
au roi Louis XIII qui traita la question p ar voie diplom
atique. Il d o n n a l’ordre de relâcher les E sp ag n o ls contre rem ise
des prisonniers français. Cet échange eut lieu le 4 mai 1617.
Mais, au moment où les pêcheurs français libérés abordaient
s u r la côte d ’H endaye, le ch â te au de F o n tarab ie leur envoya, en
guise d ’adieu, une volée de dix coups de canon. P erso n n e h eure
u se m e n t ne fut blessé p a r ces d é c h a rg e s ; m ais l’une d ’elles
e n d o m m a g e a sérieusem ent le clocher de l’église.
Cette nouvelle affaire donna lieu à une seconde enquête suivie
de longues conférences internationales dont le siège fut,
com m e toujours, l’île des Faisans. Les délégués français et e s p a ­
g n o ls n ’a v a ie n t p a s encore p u se m ettre d ’accord, lorsque les
négociations pour la paix des Pyrénées commencèrent le 13
août 1659. Mazarin et don Luis de Haro abordèrent aussi la
question de la B idassoa, m ais elle ne fut p a s suivie d ’une solution
imm édiate. Les négociations se poursuivirent entre d ’au tre s
plénipotentiaires et se terminèrent p ar un traité signé le 9 octobre
1685 et qui reconnaissait des droits égaux aux habitants
des deux rives de la rivière.
Depuis cette époque un stationnaire français et un stationnaire
espagnol séjournent en permanence dans la Bidassoa.
L eurs co m m an d a n ts veillent à l’exécution du traité et règlent
les différends de leur compétence qui peuvent se produire.
En ce qui concerne la pêche, à la saison du saumon et de
l’alose, c’e s t-à -d ire p e n d a n t les mois du printem ps, et p o u r éviter
les incidents entre pêcheurs français et espagnols, il fut décidé
q u ’ils p éc h eraien t à to u r de rôle. Au coup de midi, à l’église
d ’Irun, un des statio n n aires dev a it tirer un coup de canon e t les
p êc h eu rs de s a nationalité p o u v aien t seuls p êc h er ju sq u ’au coup
d e canon de l’au tre stationnaire le lendem ain à midi, et ainsi de
suite. Le règlement de 1685 a été modifié à plusieurs reprises
notam m ent en 1856, 1857 et 1879. Plus récemment de nouvelles
conventions ont modifié cette situation et rendu la pêche libre
pour tous et en tous temps dans la Bidassoa.
— 47. —
C ependant il faut ajouter que les intérêts en jeu ne sont p as
les m êm es q u ’autrefois. Le personnel vivant de la pêche sur la
rive française a p r e s q u ’entièrem ent disparu. Une trentaine d ’H endayais
seulement, ayant une autre profession normale, font seuls
la pêche pendant quelques semaines, tandis que, du côté espagnol,
le nom bre de pêcheurs de profession est assez élevé. M algré
cela il se produit encore, de tem ps à autre quelques incidents,
dûs, le plus souvent, à une fausse interprétation des règlements
p a r des a g e n ts subalternes ; m ais ils n ’influent p a s sur les relations
entre riverains lesquelles sont toujours excellentes. On en
a eu maintes preuves, notamment pendant la dernière guerre.
Les choses ne se p a s se n t p a s ainsi q u ’il vient d ’être dit d an s
la baie du F iguier com prise entre la pointe Sainte-A nne et l’extrémité
du Jaisquibel. On peut remarquer sur ces deux promontoires,
sur la promenade de la plage et dans la Bidassoa, des
sortes de pyramides placées deux par deux. Elles forment des
alignements qui donnent les limites des eaux françaises et des
eaux espagnoles ainsi que des eaux neutres intermédiaires dans
cette baie. Celle qui se trouve sur le mur de la plage, donnait,
avec une autre qui semble avoir disparu, la délimitation des eaux
territoriales au large de la baie du Figuier. Cette délimitation
est l’œ u v re de la com m ission m ixte des P yrénées qui existe
depuis le traité des Pyrénées et qui est toujours en vigueur.
En dehors de l’industrie de la pêche et du com m erce de tran sit
p a r le chemin de fer, H endaye n ’a ni industrie ni com merce. S a
richesse vient exclusivem ent de ces deux facteurs, si l’on excepte
cep en d an t les étran g ers d o n t il se ra question d ans le chapitre
suivant.
Il n ’en est p a s m oins vrai q u ’on trouve à H endaye to u t ce qui
est nécessaire p o u r les besoins de la vie courante. D ans l’a n –
cienne ville on peut voir de beaux magasins bien achalandés et
d o n t les E sp a g n o ls form ent une clientèle qui n’est p a s négligeable.
Il y a aussi à H endaye-Plage des m agasins dont beaucoup ne
— 48 —
sont ouverts que p e n d a n t la saison d ’été m ais suffisants p o u r
que les personnes en villégiature y trouvent à peu près tout ce
q u ’elles peuvent désirer. Du reste, le tra m w a y qui relie les deux
agglomérations et sur lequel circulent plusieurs voitures par
heure p erm e t e n tr’elles des com m unications rap id es et fréquentes.
Enfin le voisinage de l’E sp ag n e constitue p o u r tous une très
grande ressource. Malgré le change au profit des Espagnols, les
denrées et la plupart des marchandises sont, en Espagne, à des
prix bien inférieurs à ceux de la France et il y a là„ p o u r les
étrangers comme pour les indigènes des facilités dont tous profitent
largement.
S ’il en est ainsi de la vie matérielle, on ne p eu t p a s en dire de
m êm e de la vie intellectuelle. Il n ’est publié à H endaye ni jo u rnaux
ni revues, mais il y a plusieurs m ag asin s qui font la librairie
et, à défaut de journaux locaux, on y trouve les grands périodiques
français et espagnols et aussi les publications les plus
modernes.
A Hendaye, comme ailleurs, les sports trouvent pas mal
d ’am ateurs. Un terrain de foot-ball à H endaye ville, un au tre à
Hendaye-plage donnent toutes facilités à la jeunesse pour ce
sport si à la mode de nos jours. Les parties y sont fréquentes en
hiver, car il y a beaucoup de jeunes gens, libres le dim anche, qui
s’intéressent à ce genre de distractions. T rè s fréquents aussi
sont leurs déplacem ents p o u r se livrer à des m atches avec d ’a u –
tres sociétés.
Le golf lui-même est en honneur. Les terrains de la pointe
Sainte-A nne a p p a rte n a n t à l’Institut o n t été affermés et tr a n s ­
formés en un terrain de golf des mieux aménagés tant comme
étendue que d a n s ses détails. Il p rése n te 27 trous, sur un p a r ­
cours de 5700 mètres, longueur désormais exigible pour les
cham pionnats. Si l’on ajoute à ces av a n ta g es, la situation ém inem
m ent favorable de cet em placem ent, où l’on jouit co n stam –
m ent d ’une vue su p e rb e sur la m o n ta g n e et su r la mer, l’air
essentiellem ent salubre q u ’on y respire, on p eu t dire que ce terrain
de golf est de beaucoup le mieux situé de toute la région.
Enfin, il convient de m entionner aussi le sport de la natation,
d on t il est question au chapitre suivant.
CHAPITRE V.
Hendaye
Station climatique et centre touristique
La Côte B a sq u e ne jouit p a s d ’une très bo n n e réputation, au
point de vue du climat. Au dire de certains, la pluie y règne
p r e s q u ’en perm a n en c e ; elle est souvent ac co m p ag n é e de te m p ê –
tes et on y vit d a n s une atm o sp h è re d ’humidité continuelle. Il y
a une petite part de vérité dans cette appréciation et une grosse
p a r t d ’ex agération. Evidem m ent, on ne sa u ra it co m p arer le clim
a t de cette région à celui de la Côte d ’Azur. Les deux contrées
so n t très différentes l’une de l’au tre à tous é g a rd ; elles ont leurs
avantages et leurs inconvénients qui ne sauraient être mis en
parallèle.
En réalité le climat de la Côte Basque est un climat essentiellement
marin, avec des périodes de pluie au printemps et quelquefois
des dépressions du nord-ouest, principalement au voisinage
des Equinoxes. Mais, sauf dans des années exceptionnelles,
on ignore ce que sont les grands froids et les grandes chaleurs.
En été le therm omètre se maintient généralement à 2 ou 3
deg ré s plus b a s q u ’à l’intérieur des terres et il n ’arrive pas à 30°.
A la chute du jour, il se p ro d u it un ab aissem en t de tem p ératu re
qui rend les nuits fort agréables. En hiver le minimum se maintient
au-dessus de 5° et on traverse souvent des périodes assez
longues de vent de sud qui p o rte la te m p ératu re ju sq u ’à 15°, ce
qui est très apprécié des indigènes et des étrangers.
Du reste, il est une preuve certaine que le climat de cette ré­
— 50 —
gion est des plus sains, c’est q u ’elle a été choisie p o u r des
sanatoria. Ces établissements sont au nombre de deux.
Le plus ancien a p p a rtie n t à l’A ssistance P ublique de la ville de
P aris. Il est situé à l’extrém ité de la plage, abrité des vents d ’est
p a r la pointe S ainte-A nne et se com pose d ’un certain n o m b re de
pavillons isolés les uns des autres et servant de dortoirs, de
salles d ’étude et de réfectoires.
C réé en 1899, so u s le nom de « S an ato riu m d ’H endaye », il
reçoit les enfants de la ville de Paris provenant des hôpitaux
et qui o n t besoin de g ra n d air et d ’un milieu sain. A l’origine il
avait 250 lits. Mais ce nombre devint rapidem ent insuffisant pour
des besoins cro issants tous les ans et, en 1905, il fut a g ra n d i et
p u t recevoir 712 lits. G râce à ces nouvelles dispositions, il est
fréquenté par une moyenne annuelle de 1400 enfants des deux
sexes qui y font un séjour de 5 à 6 mois. Leur existence est partagée
entre un peu de travail, beaucoup de repos et surtout beaucoup
de grand air dont ils profitent p ar des prom enades aux
environs et de longues statio n s su r la plage. P e n d a n t l’été, les
bains de mer font naturellement partie du traitement.
L’au tre établissem ent, voisin de ce dernier, est situé su r la
hauteur, où il est exposé à l’air m arin que ne brise aucun o b s ­
tacle. C ’est une œ u v re privée a p p a r te n a n t à l’« Union des femm
es de France, de P a u » et qui répond au nom poétique de « Nid
M arin ».
Fondé en a o û t 1919, il se co m p o sait à l’origine d ’une seule m aison
co m p re n an t une soixantaine de lits seulem ent. M ais il devint
rapidement insuffisant pour des besoins de plus en plus grands
et on l’ag randit, à deux reprises, en 1925 et 1929, de m anière a
pouvoir disposer de cent lits de plus chaque fois. Actuellement
il p eu t recevoir 260 pensionnaires.
Le régime des enfants est, à peu de choses près, le même que
celui du sa n ato riu m de la Ville de P aris. On est frappé de l’o rdre
et de la propreté qui régnent dans cet établissement dont la
directrice, avec l’aide de plusieurs jeunes femm es, fait face, d a n s
les conditions d ’économ ie les plus appréciables, à une tâche
— 51 —
m atérielle et m orale des plus lourdes et d o n t elle s’acquitte à la
satisfaction de tous.
Les enfants des sanatoria ne sont pas les seuls à profiter des
bienfaits de la mer, car Hendaye est une des stations les plus
ap p ré cié es de la Côte B asque, bien q u ’elle soit de création ré­
cente. Sa plage longue de plus de deux kilomètres de la pointe
Sainte-Anne à la pointe des Dunes que baigne la Bidassoa, absolument
unie, sans sables mouvants, sans pierres, sans rochers
et formée du sable le plus fin, sans parler du site magnifique au
milieu duquel elle se trouve, est certainement une des plus belles
des plages de France. Aussi, de tous temps, les Hendayais ont-ils
pris des bains de mer. Quelques étrangers même venaient pend
a n t l’été, ce qui conduisit, il y a une cin q u an ta in e d ’années, à
construire l’établissem ent de bains actuel, avec un casino.
Cependant cette station resta longtemps sans se développer.
J u s q u ’à la fin du XIXe siècle, il n ’y av a it q u ’une im m ense étendue
de sable et des dunes avec quelques rares maisons au pied des
coteaux. Le sa n ato riu m de l’A ssistance P ublique fut le prem ier
étab lissem en t m o derne q u ’on y éleva, po sté rieu rem e n t au casino.
M ais, plus tard, on com prit l’intérêt q u ’il y av a it à m e ttre en
v aleu r un site pareil et sous le nom de « La F oncière d ’H en ­
d a y e », il se fonda, en 1910, une société immobilière. Les p re ­
m iers tra v a u x d ’un g ra n d p ro g ra m m e a u jo u rd ’hui en p a rtie r é a ­
lisé, consistèrent à construire le b o u le v ard s ’éten d a n t du s a n a ­
torium aux abords de la Bidassoa, le grand hôtel et à lotir les
te rrain s qui so n t a u jo u rd ’hui p r e s q u ’en tièrem ent construits. Les
villas s ’élevèrent alors com m e p a r e n c h an tem e n t et, a p rè s un
te m p s d ’arrêt, p e n d a n t la guerre, leur n o m b re devint tel q u ’on
voit m aintenant sur cette terre, il y a 25 ans nue et désolée, une
véritable ville avec les magasins indispensables à la vie journalière.
Aussi nulle station n ’est-elle plus ap p réciée et les b aig n eu rs
d eviennent tous les ans plus nom breux. C ’est que l’a ttra it exercé
par cette nouvelle ville se comprend. En outre du site en luimême
et de ses environs, on trouve peu de plages aussi vaste
que celle-là. Quel que soit le nom bre des baigneurs, ils peuvent
y stationner, y circuler à leur aise, sans se gêner les uns les
— 52 —
autres, com m e d an s beau co u p d ’au tre s endroits. Elle a un au tre
a v a n ta g e bien appréciable, c’est que sa déclivité vers le large est
très peu sensible. Si c’est un défaut, au gré des bons n ageurs,
c’est une g ra n d e qualité p o u r ceux qui ne sa v en t n a g e r que peu
ou pas du tout et qui constituent de beaucoup le plus grand
n om bre. C’est su rto u t une g ra n d e tranquillité p o u r les m ères de
familles qui peuvent laisser leurs enfants jouer à leur gré, en
toute sécurité.
P e n d a n t l’été, cette p la g e présente, sur toute sa longueur, un
coup d ’œil unique. On y voit une véritable fourmillière hum aine,
depuis les enfants du sanatorium prenant leurs ébats au pied de
la pointe S ainte-A nne ju sq u ’aux h a b ita n ts de la pointe des
D u n es qui n ’ont que quelques p a s à faire p o u r aller de chez eux
sur le sable.
Station essentiellement balnéaire, Hendaye est aussi un centre
de tourism e de prem ier ordre. Il est vrai q u ’il ne faut p a s chercher
d an s ses environs im m édiats, com m e d an s bea u co u p d ’a u –
tres stations des Pyrénées, des b u ts d ’excursions de g ra n d e
envergure. On n ’en p eu t p a s m oins faire d an s ses alentours immédiats
des courses tout à fait intéressantes. Le parcours de la
corniche basque, entre la pointe Sainte-A nne et Socoa, q u ’on le
fasse à pied ou par le tram way, est une des plus jolies prom en
a d e s que l’on puisse désirer.
La Croix des B ouquets, d ’où l’on jouit d ’une vue magnifique
s u r la F rance et sur l’E spagne, ne le cède à aucun au tre site du
pays.
Le petit village de Biriatou peut être donné comme le type du
village basque labourdin, dans un endroit charmant.
De l’au tre côté de la B idassoa, l’E sp ag n e offre des sujets
d’excursions plus attrayants les uns que les autres. Sans parler
de F o n tarab ie et d ’Irun où l’on revient to u jo u rs avec plaisir,
citons :
La vallée de la Bidassoa, desservie par un petit chemin de fer,
av e c ses vallées convergentes où s ’a b riten t les ch a rm a n ts villages
de Vear, Echalar, Yanci, Aranaz, Lesaca, Sumbilla, Mugaire
e t enfin Elizondo d ’où l’on p e u t g a g n e r B a ïg o rry p a r le col
d ’Isp ég u y ou A inhoa p a r le col de M aya.
— 53 —
T o u t près d ’Irun l’escalade de S aint-M artial p e rm e ttra d ’em ­
b ra s s e r d ’un coup d ’œil to u t le p a y s en to u ra n t H endaye, en m ê­
me tem ps q u ’elle év o q u e ra bien des souvenirs historiques. B ornons-nous
à citer un des plus anciens. En 1522, pendant une des
g u erres entre F rançois Ier et Charles Quint, les F rançais a v a ie n t
trav e rsé la B id asso a à B éhobie et s ’étaient em p aré du fort de
Gasteluzar. Les espagnols, dissimulés dans les bois et les
bruyères qui couvraient la montagne, tombèrent sur eux et les
mirent en déroute. Pour commémorer cet événement, on construisit
une chapelle et un ermitage sur cette petite montagne et
on les appela Saint-Martial, du nom du saint du calendrier à cette
date. On arriva par la suite, à désigner la montagne elle-même
sous ce nom. On y fait un pèlerinage le 30 juin.
P arm i les excursions que l’on p e u t faire en E sp a g n e les plus
jolies sont celles du Jaisquibel.
De son extrém ité, p rè s du phare, on jouit d ’une très belle vue
sur H endaye et la côte, que l’on p eu t voir, p a r les tem ps clairs,
ju s q u ’au delà de C apbreton.
Une p ro m e n a d e à la G u adeloupe est chose aisée et l’on est
bien récom pensé de la peine q u ’on a prise p o u r effectuer le tra je t
de trois kilom ètres qui la sépare d ’Irun.
Ces deux courses p eu v e n t faire l’o bjet d ’une seule prom enade,
en commençant par la seconde.
M ais l’excursion la plus reco m m an d é e et qui laisse une im ­
pression d urable à ceux qui la font est l’ascension du Jaisquibel
ju s q u ’à la redoute qui couronne son som m et. L a vue, de cet
endroit élevé de 543 mètres, d ’où l’on dom ine la m er et les
Pyrénées, ne saurait se décrire, surtout si on peut y aller en
a u to m n e p a r une journée de vent du sud. Le descente p e u t s’effectuer
par Renteria, si on est pressé, ou par Passages (San Juan)
que l’on ab o rd e p a r le goulet et que l’on trav e rse en entier av a n t
de gagner Renteria. Cinq à six heures suffisent pour cette randonnée,
sans se presser.
Enfin Saint-Sébastien, Passages, Renteria, Oyharsun sont des
buts de promenade très différents les uns des autres, mais ayant
tous leur charme et leur originalité.
Il convient d ’ajo u ter q u ’H endaye réserve bien des satisfac-
— 54 —
tions aussi bien à ceux qui n ’aim ent p a s à se d ép lac er q u ’a u x
a m a te u rs de courses. Rien q u ’à flâner sur la plage, à errer sur
la pointe des dunes ou sur les bords de la Bidassoa, à suivre le
v a et vient de la m arée qui tran sfo rm e l’estuaire ta n tô t en un
bassin coupé de canaux, tantôt en un véritable bras de mer, à
contempler, au coucher du soleil, les teintes si variées dont se
p a re n t le Jaisquibel et les n u a g e s ju sq u ’au m om ent où s ’allum ent
le phare du Figuier et celui de Biarritz, aperçu entre les Deux
Jumeaux, on éprouve une sensation de bien-être physique et
moral qui font regretter les jours et les heures qui passent.
Et c’est ce qui explique que très ra re s soient ceux qui, ap rè s
avoir passé quelques semaines à Hendaye, regagnent leur chez
eux sans esprit de retour.
B o is d ’H e n r i M a rtin –
TABLE DES MATIÈRESU SUD-OUEST
P h o to B lo c F r è r e s
HENDAYE
par J. NOGARET
L i b r a i r i e D. C H A BAS, édi teur
H O S S E G O R Landes
Tél 65 C h è q . Post. BO R D EA U X 2 3 9 .3 0 R. C . D ax 4431
VILLES DU SUD-OUEST
(Sous le patronage de la Fédération Régionaliste Française, de la Fédération
des S. I. de Guienne-Gascogne-Côte d’Argent, l’ appui de la Fédération des
S. I. des Pyrénées-Côte Basque et de nombreuses Sociétés Savantes).
La collection des Monographies des VILLES DU SUD-OUEST
a été fondée d a n s le b u t de vulgariser l’Histoire Locale et d ’aider
la cause du Régionalisme et du Tourisme.

A to u te s les m onographies, d ’un texte inédit, a présidé un
plan com m un se résu m a n t ainsi : Situation géographique, aspect
g én é ral ; Histoire ; H om m es illustres ; Curiosités, m onum ents ;
Vie sociale ; Com m erce, industrie ; Tourism e.
Les VILLES DU SUD-OUEST constituent une collection de
m o n o g rap h ies unique. Elles s ’a d re ssen t à to u s ceux qui s’in té­
resse n t à l’histoire et g éo g ra p h ie locales, à tous ceux qui veulent
s ’initier à la vie d ’une ville e t d e s a région im m édiate, au point de
vue du présent. La première série à elle seule réunit un ensemble
d ’environ 1500 p a g e s et g ro u p e près de 400 illustrations. Le to u t
forme une œuvre monumentale qui répond aux nécessités de
l’heure.
Bois d ’H en ri M artin.
C H A PIT R E Ier.
Vue d’ensemble
On est frappé, lo rsq u ’on arrive à H endaye, p a r la situation
pittoresque de cette ville, au bord du large estuaire formé par la
B id a sso a et au milieu d ’un cirque de m o n ta g n es et de h au teu rs
qui sem blent créées p o u r le plaisir des yeux. Au sud, l’erm itage
de Saint-Martial, se profilant sur le massif des Trois-Couronnes,
à l’ouest, la ville espag n o le et encore bien m oy e n n âg e u se de
F ontarabie, ajo u ten t à la b e a u té de ce d éco r unique et l’on
com p re n d dès lors l’enthousiasm e d ’un au teu r qui a qualifié cet
ensem ble de : « site m erveilleux que la N atu re sem ble avoir disposé
à dessein, pour servir de cadre aux grandes scènes historiq
u es ». Rien n ’est plus vrai et l’histoire d ’H endaye, ainsi q u ’on le
verra par la suite, est intimement liée aux événements qui se
sont déroulés dans ses environs immédiats.
Sa partie centrale et une des plus anciennes est située vis-à-
vis Fontarabie, sur la rive droite de la Bidassoa qui forme, sur
un parcours de 15 kilomètres environ, la frontière entre la France
e t l’E spagne. Mais, depuis quelques années, cette ville a p ris un
d éveloppem ent considérable ; de la p ointe du « to m b e a u », plus
couram m ent appelée « pointe Sainte-Anne », à son extrém ité
Extrait du plan d ’H endaye-V ille et H e n d a y e -P la g e , dressé par M. P u y a d e
Carte d ’H endaye du X V I I e siècle
D o c u m e n t c o m m u n iq u é par le M usée Basque à B a y o n n e
La Maison de Pierre L oti
sud, elle s ’étend sur une longueur de plus de 4 kilom ètres. Elle
e s t bornée, au nord, p a r la m er ; à l’ouest et au sud, p a r la
B id asso a et à l’est p a r la com m une d ’U rrugne do n t fait p artie
Béhobie. Ses m aisons b o rd en t la mer, le fleuve et s ’éta g e n t su r
les coteaux, g ro upées en sept quartiers : le b a s -q u a rtie r qui fut
le prem ier g ro u p em e n t d ’où est sortie l’H endaye m oderne ; il
entourait autrefois une petite baie, bien réduite a u jo u rd ’hui,
alim entée p a r les eaux de la B id asso a ; le quartier du centre ou
de l’église qui com prend l’église, la mairie, les services publics,
plusieurs hôtels et de nom b reu x m a g asin s ; le quartier de la g a re
formé autour de la gare internationale, lors de sa création, et
qui s’est développé au point de se réunir à ses voisins ; S antiago,
d o n t le nom vient d ’un établissem ent religieux où l’on h é b e rgeait
les pèlerins allant à Santiago de Compostelle ou en reven
a n t ; B arandéguy, lim itrophe des d eu x p récédents ; Belcénia,
au nord du b a s -q u a rtie r et confinant à celui de la pla g e ; enfin,
ce dernier, de création récente, est su rto u t com posé d ’hôtels et
de villas habités, p e n d a n t l’été, p a r une population de b a ig n e u rs
et de touristes.
Cette ville, si étendue et si p ro sp ère a u jo u rd ’hui, a connu, d an s
le passé, bien des vicissitudes. Modeste hameau de pêcheurs à
l’origine, elle est restée, p e n d a n t des siècles, une petite b o u rg
a d e sa n s im portance. Située entre la F rance et l’E spagne, elle
a beaucoup souffert de cette situation, au cours des nombreuses
guerres entre ces deux nations. Mais elle avait un fond de vitalité
qui lui a perm is de résister à une longue série d ’épreuves,
ju s q u ’au jour où la création du chemin de fer a été p o u r elle
l’origine d ’un développem ent qui en a fait une des plus favorisées
de nos villes frontières. Plus récemment, la création, sur ses
plages, d ’une véritable station balnéaire, a encore ajo u té à s a
prospérité.
H endaye a un ca ractère très particulier. On s ’y sent d a n s une
ambiance très différente de celle des autres villes de bains de la
région, ce que l’on doit a ttrib u er au voisinage de l’E spagne. S a
— 7 —
proximité de ce pays ami et accueillant lui donne en effet un
charme auquel les plus indifférents ne restent pas insensibles.
Mais, parm i ses visiteurs, il en est qui ne sau raien t se contenter
des satisfactions passagères du présent et qui aimeraient pouvoir
évoquer un peu du passé de ce pays, dont ils ont momenta
n ém e n t fait le leur. C’est p o u r eux que les p a g e s su iv a n te s
ont été rédigées. Ils y trouveront, brièvement exposée, la relation
des principaux événements qui se sont déroulés au voisinage
de la ville d ’H endaye et quelques considérations su r s a situation
actuelle.
— 8 —
C H A PITR E II.
Histoire
I .— Des origines à la fin de l’occupation anglaise
On doit se figurer la vallée de la Bidassoa, dans les tem ps
anciens, peu différente de ce q u ’elle est a u jo u rd ’hui. Seule la larg
e u r du fleuve a dû varier. L’estuaire, qui se dessine en aval de
Béhobie, était beaucoup plus large et formait, à marée haute,
une immense nappe liquide atteignant le pied des coteaux qui
l’encadrent. A m arée basse, toute cette étendue était fangeuse,
morcellée en de nombreuses îles, séparées par des canaux plus
ou moins larges et plus ou moins profonds qui se sont transformés,
au cours des siècles, et se transforment encore de nos
jours.
Par suite de cet état de choses, les communications entre les
deux rives étaient assez difficiles et on ne saurait être surpris
q u ’on ait choisi, p o u r les assurer, le point de l’estuaire le plus
rétréci, ainsi que l’indiquent les anciennes cartes qui font m ention
d ’un gué, et plus tard, d ’un p o n t à l’endroit où se trouve le p o n t
ac tu e l de Béhobie. C ’est p a r là que, p e n d a n t des siècles, se sont
faits les échanges entre les deux rives de la Bidassoa.
Existait-il alors une agglom ération quelconque à Hendaye ?
quelle fut l’époque de sa fondation ? p a r qui fut-elle peuplée ?
A u ta n t de questions auxquelles il n ’est p a s possible de répondre.
S an s doute au to u r de la petite baie occupée a u jo u rd ’hui p a r le
b a s quartier, pro tég é e des vents d ’est et d ’ouest p a r les h a u –
te u rs environnantes, d u ren t s’élever quelques hab itatio n s d ’indi-
— 10 —
gènes qui se livraient à la pêche et p o u r lesquels cet endroit form
ait un abri sûr. P eu t-être étaient-ce des au to ch to n e s ; p e u t-
être étaient-ils venus de contrées inconnues et se rattachaient-ils
aux Ligures mélangés de populations indo-européennes. Ce sont
a u ta n t de questions qui n ’ont p a s encore reçu de réponse.
On n ’est p a s mieux fixé sur les prem iers tem ps de leur histoire.
D ’ap rè s la tradition, la prem ière localité b â tie sur les b o rd s
d e la B id asso a au ra it été F o n tarab ie fondée, en l’an 907, sur le
territoire de la N avarre qui confinait alors à l’Océan.
La création d ’Irun serait postérieure à celle de F o n tarab ie et
rem o n terait seulem ent au XIe siècle, bien que, an térieu re m en t à
cette époque, peut-être même dans les temps préhistoriques, les
gisements de fer de la montagne Les-Trois-Couronnes aient
donné lieu à une exploitation qui semble avoir été assez intensive.
Q uant à H endaye, ce ne fut, à l’origine et p e n d a n t longtem ps,
q u ’un tout petit village d é p e n d a n t d ’U rrugne, une des p aro isses
les plus anciennes du p ay s de L abourd (1). Il en est fait mention,
a u XIIe siècle, d ans le cartulaire de la cath é d ra le de B ayonne et
elle englobait alors tout le pays compris entre la Nivelle et la
B idassoa. Avec le tem ps ce territoire arriv a à se peupler et il s’y
forma des quartiers importants qui finirent par se rendre indé-
p e n d a n ts et form èrent d ’au tre s paroisses. Ce fut le cas de Ciboure,
en 1613, et, plus tard, de Biriatou et d ’H endaye qui se
tro u v ait d a n s un vaste q uartier appelé « S u b e rn o a ». Il s ’étendait
des h au teu rs de la Croix des B ouquets à la crique d ’H aïçabia,
ta n d is q u ’à l’ouest, il était limité p a r la B idassoa.
D ’après la tradition, un gentilhom m e labourdin, seigneur de ce
pays, Guillaume de Subernoa, conseiller intime du vicomte de
Labourd, Bertrand, fonda, sur les bords de cette rivière, vers
l’an 1137, un hôpital p o u r les pèlerins de S ain t-Ja cq u e s-d e -C o m –
postelle. Cet établissem ent était tenu p a r des religieux de l’o rd re
des P rém ontrés do n t la m a iso n -m ère était à l’a b b a y e d ’A rtous
(1) Le Labourd, la plus occidentale (les trois provinces basques fran-
çaises, était bornée, à l’Est par la Basse-Navarre, au Nord par l’Adour, à
l’Ouest par l’Océan et au Sud par la frontière d’Espagne.
— 11 —
p rè s de P eyrehorade. Il faisait p artie d ’un prieuré p o r ta n t le nom
d e « S an tia g o » ou « S ain t-Jacq u es de S u b ern o a » e t était situé
sur les bords de la Bidassoa, dans le quartier encore appelé
« S an tiag o », un peu en am o n t du nouveau p o n t international.
*
**
Le nom « H endaye » vient de deux m ots b a s q u e s : « H andi »
g r a n d et « B a y a » baie. Son o rth o g ra p h e a souvent varié. On
trouve Endaye, Endaiye, A ndaye et H endaye qui n ’a p p a r a ît q u ’à
la fin du XVIIIe siècle. Q u an t à la B idassoa, elle s ’appelait, d a n s
les tem ps anciens, « Almichu ».
P arm i les rares docum ents qui font m ention d ’H endaye il en
est un qui fait allusion à un pont la reliant à Fontarabie. En
1309 en effet, des difficultés s ’étan t pro d u ites entre les h a b ita
n ts d ’H endaye et ceux de Castro-U rdialés, sa n s doute sur des
questions de pêche, deux députés français et deux espagnols se
réunirent « au milieu du p o n t de F o n tarab ie » p o u r ap lan ir ce
litige. Les cartes anciennes ta n t françaises q u ’esp ag n o le s indiq
u en t en effet les vestiges d ’un p o n t qui d û t sa n s doute d is p a –
raître au cours des nombreuses guerres entre les deux pays.
Q u o iq u ’il en soit p u isq u ’un po n t av a it été justifié c’est q u ’il y
avait sur les deux bords du fleuve deux localités assez importantes
et entretenant des relations suivies.
C ’est to u t ce que l’on p e u t dire car les d o cu m en ts que l’on
possède sur la région dans les temps anciens sont des plus rares,
les Anglais, quand ils durent évacuer le pays, en 1450, ayant
e m p o rté leurs archives avec eux. Il faut donc arriver à la seconde
p artie du XVe siècle p o u r entrer d an s la période v éritab lement
historique, car on trouve alors, dans les textes officiels,
des renseignements absolument sûrs.
II. — De la fin de l’occupation anglaise
au XVIIe siècle
P e n d a n t to u t le tem ps de l’occupation du L ab o u rd p a r les
Anglais, les com m unications entre la F rance et l’E sp a g n e se
— 12 —
firent surtout par Dax, Saint-Jean-Pied-de-Port et Pampelune.
Mais, après le retour de cette province à la France, cet itinéraire
lut un peu délaissé et on passa plus volontiers par Dax, Bayonne,
Hendaye et Tolosa. Très nombreux furent alors les rois, les
reines, les princes, les ambassadeurs, les généraux et les grands
personnages qui traversèrent la Bidassoa ou vinrent dans le
pays. On ne sa u ra it les m entionner tous m ais il n ’est p a s sans
intérêt d ’indiquer les p a s sa g e s qui furent les plus sensationnels.
Un des premiers événements qui m arqua le retour du pays de
L abourd à la France fut le voyage du roi Louis XI. Ce souverain
n ’était p a s mû seulem ent p a r le désir de visiter une province
ra tta ch é e depuis peu à son royaum e, il était aussi ch a rg é d ’un
a rb itra g e entre Henri IV, roi de Castille, et Jean II, roi d ’A ragon,
afin de rétablir la paix troublée par les Castillans. Ces derniers,
p rofitant des luttes en g ag ées entre Jean II et son fils, Charles
d e Viane, s ’étaient em p arés d ’une partie de la N avarre m éridionale.
Le roi de France alla s’installer au château d ’U rtubie situé à
U rrugne. De cette résidence, il se rendait à H endaye où av aien t
lieu les conférences. Il prononça, d an s ce village, le 4 mai 1464,
u ne sentence arbitrale en vertu de laquelle la province d ’Estella
était enlevée à la Navarre et passait à la Castille. Par ses allures
et sa manière de se vêtir, le roi de France provoqua quelques
sa rc a sm e s dissimulés car il eut été dan g e reu x de faire la m oind
re allusion désobligeante à son sujet. Il n ’en fit pas m oins une
bizarre impression sur les Castillans ainsi que le raconte Commines
dans les termes suivants :
« Notre roy se habilloit court et si mal que pis ne povaits et
» assez m auvais d rap aucune fois ; et portoit u n g m auvais c h a p –
» peau différent des aultres, et une imaige de plomb dessus. Les
» Castillans s ’en m oquèrent et disaient que c’etait p a r chicheté.
» En effect, ainsi se despartit cette assemblée pleine de mocque-
» rie et de picque : o n eques puis ces deux roys ne s ’aim erent et
» se dressa de grans brouillis entre les serviteurs du roy de Cas-
» tille qui ont duré ju sq u ’à sa m ort et longtem ps ap rè s et l’ay
» veu le plus povre roy, habandonné de ses serviteurs que je veiz
» jamais. »
Avant de quitter le pays, le roi de France lui concéda quelques
privilèges, mais il ne sem ble p a s que les H endayais en aient eu
leur part.
— 13 —
Si, p a r la suite, ils p u ren t assister à bien d ’au tre s événem ents
historiques ils eurent aussi beaucoup à souffrir entre la France et
l’E spagne.
Au com m encem ent du XVIe siècle, ils subirent le contre-coup
des g u erres de N avarre, lorsque F erdinand le Catholique s’em ­
p ara, en 1512, de la partie des E tats de Jean d ’A lbret située au
sud des Pyrénées. On connaît les tentatives du roi de Navarre
pour reconquérir ses possessions, en 1512 et en 1521. Après cette
dernière, Henri II d û t se résigner à ne conserver de son royaum e
que la « m érindad d ’U ltra-p u erto s » appelée, de nos jours,
« B a sse -N av a rre ».
Si les principales op éra tio n s de cette ca m p a g n e eurent d ’a u –
tres régions p o u r théâtre, la vallée de la B id asso a n ’en subit p a s
moins le contre-coup des hostilités. En 1513, une armée anglaise
alliée de l’E spagne, o ccupa p e n d a n t quelque tem ps, H endaye,
au grand dommage des habitants.
P endant les années qui suivirent, le calme régna dans le pays
ju s q u ’au jour où, en 1521, lors de la seconde guerre de N av a rre
l’am iral Bonnivet fit une diversion d an s le Guipuzcoa. A près
avoir pris le fort de B éhobie de construction récente, il s ’e m p a ra
de Fontarabie. Cette place resta en possession des Français
ju s q u ’en se ptem bre 1523 et fut reprise alors p a r les arm ées de
Charles Quint.
Hendaye se ressentit de ces opérations car elle fut souvent
traversée par des convois de troupes, de ravitaillement, de munitions
et aussi par les incursions des Espagnols qui faisaient des
razzias d an s le L abourd. Ce n’est q u ’ap rè s la prise de F o n tarab ie
par les Espagnols et lorsque les hostilités eurent été portées
ailleurs que les Hendayais connurent une longue période de paix.
Ils ne devaient p a s ta rd e r à assister à un événem ent se n sa –
tionnel. Le roi de France, F rançois 1er, fait prisonnier à la b a –
taille de Pavie, avait été conduit en Espagne où, emprisonné à
l’A lcazar de M adrid, Il av a it dû souscrire, com m e p rix de s a
liberté, aux conditions les plus dures. En vertu d ’une des clauses
— 14 —
que lui av a it im posé Charles Quint, il dev a it p ay e r une rançon
de d e ux cent mille écus d ’or et, en a tte n d a n t q u ’il ait pu réunir
une som m e aussi considérable p o u r l’époque, il devait envoyer,
en otage, les deux fils aînés q u ’il avait eus de la feu reine Claude,
le dauphin, âgé de huit ans et demi,: qui ne ré g n a pas, et le duc
d ’Orléans, qui av a it alors sept ans, et qui devait devenir le roi
Henri II. Les enfants devaient être rendus après paiem ent de la
rançon et François épouserait alors Eléonore sœur de Charles
Q uint et veuve du roi de P ortugal. Afin d ’être sûr que le roi de
France tiendrait sa parole, Charles Quint avait exigé que
l’éc hange entre la reine, les enfants et la rançon eut lieu à la
frontière.
Cet acte historique se p assa à Hendaye, le 15 m ars 1526. Le
roi et ses fils q u ’on appelait « M essieurs les enfants » se o ré-
sentèrent en même temps sur les bords de la Bidassoa et montèrent
dans deux bateaux qui se rejoignirent au milieu du fleuve.
A près une très courte entrevue qui perm it au roi d ’e m b ra sse r les
jeunes princes, ceux-ci d éb a rq u èren t à F ontarabie d ’où ils furent
dirigés vers la forteresse de Pedrazzo de la Sierra, tandis que
F rançois 1er trouvait à H endaye tous les g ra n d s seigneurs du
ro y au m e qui l’attendaient. Il m o n ta à cheval en s’écriant : « Je
suis encore roi de France » et, suivi d ’une brillante escorte, il
se dirigea vers Bayonne.
Q u atre ans plus tard, eut lieu, au m êm e endroit, l’échange de
m essieurs les enfants contre les deux cent mille écus d ’or. P o u r
rem plir l’im portante mission d ’escorter le trésor, de l’éc h anger
contre les enfants, de recevoir la reine au seuil du royaume et de
diriger son voyage, le roi désigna un des plus grands seigneurs
de France, Anne de Montmorency, grand maître, maréchal de
France et gouverneur du Languedoc. Montmorency était aidé,
dans sa mission, par le cardinal de Tournon.
De son côté, le roi d ’E sp ag n e avait chargé le connétable Don
Pedro Hernandez de Velasco de recevoir la rançon et de faire
la remise des enfants.
Le lieu fixé pour cet échange fut le milieu de la Bidassoa, à
égale distance entre Hendaye et Fontarabie. On y installa un
ponton. Deux gabarres de même grandeur, armées chacune de
douze ram eurs et m ontées, celle d ’Hendaye, p a r douze g entilshommes
français dont le grand maître, celle de Fontarabie par
douze gentilshommes espagnols dont le connétable, devaient

P h o t o B lo c F r è re s
L a P lag e et le Ja izq u ib el
L e J a rd in P u b lic
P h o to B lo c F r è r e s
— 17 —
partir au même moment de chaque rive et arriver, en même
temps, au ponton. Dans la gabarre espagnole seraient les enfants
et la reine, dans la gabarre française, la rançon. La date de cet
éc hange fut fixé au 1er juillet 1530.
Au jo u r dit, Le convoi arrivait de B ayonne à H endaye. Il était
composé de trente mulets portant chacun quarante mille écus et
conduits p a r cent hom m es de pied et trois cents hom m es d ’arm es.
Une troupe de cavalerie et de gentilshommes, aux costumes éclatants,
éblouissaient de leur luxe les populations. Après quelques
malentendus et tâtonnements, provenant de la méfiance des uns
v is-à vis des autres, l’échange p u t se faire ainsi q u ’il av a it été
prévu. Il était huit heures du soir, quand les deux g a b a rre s avec
leurs précieux chargements quittèrent les rives opposées et vinrent
se ranger aux bords du ponton sur lequel une ligne marquait
fa limite des p arties affectées, l’une à la France, l’au tre à l’E s p a –
gne. Ces illustres p erso n n a g es n’y séjournèrent p a s longtem ps
et, peu après, Eléonore d ’Autriche était en France où elle prenait
pied sur le territoire d ’H endaye en m êm e tem ps que ceux qu’elle
appelait déjà ses enfants.
Les Hendayais assistèrent alors à un magnifique défilé. En
prem ier lieu venait la reine, p ortée d ans une litière de d rap d ’or ;
le dauphin et le duc d ’O rléans l’a c c o m p ag n a ien t à cheval tandis
que les nom breuses demoiselles d ’honneur de la reine, assises
en selles, à la mode du Portugal, sur des haquenées luxueusement
harnachées et caparaçonnées de velours, suivaient la litière
deux à deux. Venaient ensuite la foule des gentilshommes dans
leurs costumes étincelants et enfin trois cents cavaliers qui fermaient
la marche. Ce fut un splendide spectacle dont on parla
pendant longtemps sur les bords de la Bidassoa.
Quelques années plus tard, le 13 juin 1565, les H endayais d ev
aien t voir un au tre souverain, le roi Charles IX, qui se rendit
à H endaye p o u r recevoir sa sœ u r Elisabeth, reine d ’E spagne.
Mais on manque de renseignements sur cet événement qui ne fut
q u ’un épisode après les d évastations que les E spagnols com m irent
dans le Labourd, en 1542, sous Sanche de Leiva et, quelques
années plus tard, sous B ertrand de la Cueva, duc d ’A lbuquerque,
vice-roi de Navarre. Pendant plusieurs années, la concentration
— 13 —
sur la frontière de troupes espagnoles destinées à être envoyées
sur divers théâtres d ’opérations de guerre, tro u b la bien souvent
le repos des H endayais ju sq u ’au jo u r où la paix de Vervins
(1598) leur assura une période relativement longue de tranquillité.
III.— Le XVIIe siècle
En octobre 1615 eut lieu le passage de deux fiancées royales.
Le projet de ce double m a riag e avait été eb auché p a r Henri IV ;
il fut réalisé cinq ans après sa mort, en 1615. Elisabeth de
France, sœ u r de Louis XIII, ép o u sa l’infant d ’E sp ag n e qui devait
devenir le roi Philippe IV, tandis que la s œ u r de ce dernier, Anne
d ’Autriche, devenait reine de F rance p a r son m a riag e avec le roi
Louis XIII. Voici d a n s quelles circonstances se fit l’échange des
deux princesses.
Il existait, d an s la B idassoa, à proxim ité du lieu où l’on construisit
plus tard le pont de Béhobie, une petite île, à peu près à
égale distance, à cette époque, de la rive française et de la rive
espagnole. On l’appelait prim itivem ent « île des cygnes », puis
« île de l’hôpital », lorsqu’elle devint la possession du prieuré de
Subernoa. P lus ta rd elle prit le nom « d ’île de la Conférence »
après le m a riag e de Louis XIV, et enfin celui « d ’île des F aisans »
sous lequel elle est surtout désignée de nos jours.
Depuis longtemps cette île était considérée comme un terrain
n eu tre entre la F rance et l’E sp ag n e et c’est là que se réunissaient
les délégués des deux nations, quand ils avaient à régler des
questions de frontière. C’est sa n s doute p our cette raison que cet
endroit fut choisi p o u r l’entrevue et l’échange des deux reines.
Un pavillon av a it été a m é n a g é d a n s l’île ; deux autres, e x a c te ­
ment semblables, sur les deux rives du fleuve sur lesquelles
étaient rangées les troupes et de nombreux musiciens.
Les deux reines arrivèrent en même tem ps, l’une de S ain t-Je an –
de-Luz, l’au tre de F ontarabie. Les b a rq u e s qui d evaient servir à
la traversée du fleuve étaient au pied de chaque pavillon, gardées
par des soldats et montées par des marins revêtus de costumes
uniformes. A son arrivée, Anne d ’Autriche, d o n n a n t la main au
duc d ’U ceda s’e m b a rq u a en m êm e tem ps que M adam e, a c co m –
pagnée du duc de Guise qui, lui aussi, la tenant par la main,
— 19 —
p ren a it place, de l’au tre côté du fleuve d a n s l’au tre barque, sem –
blable à la prem ière. Les deux b a rq u e s atteig n aie n t l’île un instant
après et les deux reines entraient, en même temps, dans la
salle de l’entrevue.
Le cérémonial, m inutieusem ent réglé à l’avance, co m p o rtait un
discours du duc de Lerma, au nom du roi d ’E spagne, et une ré-
ponse du duc de Guise pour le roi de France. Puis les deux reines
s’étan t em brassées, chacune en tra d a n s son nouveau r o y a u ­
me, au son des vivats poussés par les troupes, des accords des
musiques et des coups de canons qui remplissaient de leurs
échos la vallée généralement si tranquille de la Bidassoa.
C ep en d an t la guerre entre la France et l’E sp ag n e ne ta rd a it
pas à recommencer, pour durer, cette fois, presque sans interruption
pendant près de quarante ans. Les opérations antérieures
avaient permis de se rendre compte des avantages des Espagnols
sur les F rançais p ro tég é s q u ’ils étaient p a r le fort de B éhobie
et la place forte de Fontarabie, tandis que la France ne possédait
aucun o u vrage de défense au n ord de la B idassoa. L’am iral
Bonnivet avait bien fait élever à Hendaye quelques terrassements
garnis de pieux, mais cet ouvrage était absolument insuffisant.
Aussi le roi désira-t-il mieux fortifier cette frontière et,
p a r décision du 20 a o û t 1618, il o rd o n n a la construction d ’un fort
vis-à-vis de Fontarabie. On peut encore en voir quelques vestiges
au b a s de l’esplanade sur laquelle se trouve a u jo u rd ’hui le m o n u –
ment aux morts. Le projet comportait six grands bastions et
des logements pour trois ou quatre cents hommes.
Cette décision fut très mal vue des habitants qui adressèrent
leurs doléances au roi. Celui-ci chargea le gouverneur du Labourd,
le comte de Gramont, de les ram ener à la raison. Mais
l’im partialité de G ra m o n t était mise en do u te car il av a it été
nommé gouverneur du fort avant même sa construction. Les
choses traîn èren t en longueur, bea u co u p de te m p s s ’écoula,
lorsque le roi, p e rd a n t patience, do n n a l’ordre formel de com m encer
les travaux. Ceux-ci furent mollement exécutés et le fort
n ’était p a s term iné lorsque se produisirent les événem ents de
1636 à 1638.
— 20
*
* *
En 1635 la guerre avec l’E sp ag n e se p oursuivait d a n s le Nord.
Les prem ières opérations n ’avaient p a s été favorables au x a r –
mées françaises. La prise de C orbie et l’invasion de la B ourgogne
par les troupes ennemies avaient obligé Richelieu à concentrer
d an s l’est des effectifs im portants et, p o u r cela, à d é g a rn ir les
frontières qui n ’étaient p a s directem ent m enacées. C ’était le
cas de celle des Pyrénées et les Espagnols en profitèrent pour
concentrer dans le Guipuzcoa des troupes qui ne tardèrent pas à
franchir la Bidassoa et auxquelles le duc de Gram ont et le duc
de La Valette n ’eurent à o p poser que des effectifs insuffisants.
Aussi l’ennemi réussit-il à s ’em p arer de S aint-Jean-de-L uz et à
s ’établir d an s le L abourd q u ’il o ccupa p e n d a n t plus d ’un an.
Hendaye devint sa base de ravitaillement et les Hendayais durent
subir tous les inconvénients de cette situation. Elle ne cessa
q u ’en 1637, m ais les populations n ’en avaient p a s encore fini
avec les épreuves que la guerre entraîne toujours avec elle.
C ette longue occupation, la m enace q u ’elle av a it constituée
pour Bayonne, avaient fait une mauvaise impression sur le roi
et son premier ministre. Richelieu pensa que le meilleur moyen
d ’en éviter le retour était d ’imiter les E spagnols et d ’occuper un
point strate; que sur la rive gauche de la Bidassoa. Il décida de
s ’em p arer de F ontarabie, place forte d ’une v aleur m ilitaire de
prem ier ordre. M ais l’exécution de ce p ro jet n ’allait p a s sa n s
présenter quelques difficultés.
Pendant les dernières opérations les généraux français
s’étaient m ontrés très insuffisants ; il y avait eu en tr’eux de fré­
quents désaccords, des rivalités de personnes et des questions
de préséance qui avaient fâcheusement influé sur les résultats de
la campagne. Pour en éviter le retour, Richelieu confia le haut
co m m an d em en t à Condé, q u ’on appelait « M onsieur le Prince »,
le père du grand Condé, qui par sa haute situation, devait, dans
l’esprit du cardinal, im poser son au to rité à tous. Ses principaux
lieutenants étaient : le duc de La Valette, le m arquis de La Force
et le comte de Gramont. Leurs troupes réunies dépassaient le
chiffre de douze mille hommes, effectif nécessaire, car Fontarabie
était défendu non seulement par des ouvrages modernes pour
l’époque, mais par des marais qui rendaient son approche des
plus difficiles.
P h o to B lo c F r è re s
L a C orn ich e de S t-Je a n -d e -L u z à H e n d a y e
P h o to B lo c F r è r e s
L es D eux Ju m e au x
L ’Ile des F aisa n s
P h o to B lo c F r è re s
P h o to B lo c F r è r e s
L a B id asso a. V u e sur F o n ta ra b ie
— 23 —
Pour bloquer la place du côté de la mer, Richelieu envoya une
flotte de soixante voiles dont quarante-deux vaisseaux de haut
bord sous le com m andem ent d ’Henri de Sourdis ca rd in al-a rc h evêque
de Bordeaux. Mais auparavant et pour éviter les attaques
de la flotte espagnole, Sourdis partit à sa recherche et la trouva
dans la rade de Guetaria. Elle se composait de quatorze galions
et de trois frégates sous le com m andem ent de l’am iral Don Lope
de Hoces. La flotte française détruisit tous les navires espagnols
ainsi que le petit village de Guétaria. Tranquille de ce côté, Sourdis
ramena sa flotte dans la baie du Figuier et dans la Bidassoa,
établissant ainsi un blocus serré de la place.
Le siège com m ença le 22 juin 1638 et l’investissem ent fut un
fait accompli le 10 juillet. Au début tout sem bla faire prévoir
une prom pte capitulation ; m ais les choses ne ta rd è re n t p a s à
changer de face. Des questions de personnes intervinrent donn
a n t lieu à de fréquents conflits, des dissentim ents s’élevèrent
entre ces grands seigneurs et La Valette, par jalousie et mécontentem
ent de n ’avoir p a s le com m andem ent suprêm e, refusa de
faire marcher ses troupes. Condé lui-même ne put pas briser cette
résistance d ans son conseil et c’est ainsi que, les choses traîn an t
en longueur, firent échouer une opération sur laquelle on avait
fondé les plus belles espérances. Les Espagnols eurent le temps
de former une armée de secours qui fut amenée dans le plus
grand secret à Pasasges et à Renteria.
Le 7 septem bre au m atin cette troupe arriv a à l’erm itag e de
La G uadeloupe et se précipita sur l’arm ée française a v a n t même
q u ’elle eut pu reconnaître les assaillants et l’obligea à fuir d ans
le plus grand désordre, après avoir subi des pertes importantes.
Les g én é rau x s ’éch ap p è re n t non sans peine. Condé lui-m êm e
éprouva les plus grandes difficultés à gagner un des navires de
Sourdis qui l’am ena à S aint-Jean-de-L uz.
Cet abandon du siège fut une véritable déroute à la honte des
F rançais qui s ’enfuirent de toutes parts, d o n n an t un lam entable
spectacle au x E spagnols to u t surpris d ’une victoire aussi facile.
D ès lors s’explique-t-on difficilement l’inscription que l’on peut
lire sur une m aison de F ontarabie, d ’ap rè s laquelle les conditions
de la levée du blocus y auraient été discutées.
Richelieu fut consterné. Ainsi traduisit-il devant un Conseil
d’E ta t ex traordinaire le duc de La V alette qui, p a r ses intrigues
et ses refus d ’obéissance au x o rdres de Condé, était responsable
H E N D A Y E . — 2 .
— 24 —
du désastre. La Valette s ’em p re ssa de fuir en Angleterre. C ondamné
par contumace pour haute trahison à la peine de mort,,
il fut exécuté en effigie. Mais,, à la m o rt de Richelieu, il s’em –
p ressa de revenir en F rance et il ne ta rd a p as à être réintégré
dans ses honneurs et prérogatives.
Il est un intéressant épilogue au siège de F ontarabie. Il y av a it
sur le Jaisquibel une chapelle consacrée à N otre-D am e-de-IaGuadeloupe,
patronne de Fontarabie et que ses habitants tenaient
en g ra n d e dévotion. D ès l’arrivée des F rançais, ils sortirent sa n s
armes de leur ville et se rendirent processionnellement, sans être
inquiétés, à Notre-Dame-de-la-Guadeloupe pour y prendre la
sta tu e de cette vierge ; ils la pla cè re n t d év o tem e n t d a n s leur
église e t ne cessèrent de l’im plorer p e n d a n t le siège. L a p ré c a u –
tion n’était p a s inutile ca r le m arquis de La Force, p r o te s ta n t
sectaire, qui av a it établi son q uartier g énéral à cet endroit, s ’em –
p re ssa de faire faire un prêche p a r son aum ônier d a n s l’o rato ire
de la G uadeloupe. « M a in te n an t je m ourrai content, dit-il, j ’aurai
entendu, au moins une fois, exposer publiquement la religion de
Calvin en E spagne. » Il tra n sfo rm a ensuite la chapelle en écurie
pour ses chevaux. A près la levée du siège, il fallut un an au x
Espagnols pour la remettre en état. La madone y fut replacée,
en grande pompe, en 1639, le jour anniversaire de la libération
de Fontarabie et, depuis lors, tous les ans, à la même date, une
p rocession d ’actions de g râ c e se rend de la ville à la chapelle de
la G uadeloupe où l’on dit une messe.
P a sso n s v ingt ans. H endaye va être le tém oin d ’événem ents
les plus g ro s de conséquences p o u r la p aix de l’E urope, l’élaboration
du traité des P yrénées, en 1659, et l’entrevue de la C o u r d e
F ra n ce et de la Cour d ’E spagne, en 1660.
Lors de la conclusion du traité de W esphalie qui mit fin à la
gu erre de T re n te Ans, les négociations, en vue de la paix, n ’a –
b o u tire n t p a s avec l’E spagne. Il fallut encore plus de dix an s de
luttes et de négociations pour pouvoir arriver à une entente.
Mais, après la bataille des Dunes (1658) et la prise de Dunkerque,
qui livra les F landres à l’arm ée française, l’E spagne, déjà
aux prises avec de sérieuses difficultés dans le Milanais et avec
le Portugal, se montra mieux disposée aux accomodements.
— 25 —
Aussi les négociations ne tardèrent-elles pas à entrer dans une
p h ase plus active et, dès le com m encem ent de l’année 1659,
D on Antoine Pim entel, a m b a s s a d e u r d ’E sp a g n e et le m a rq u is
de Lionne, p o u r la France, av aien t a rrê té les g ra n d e s lignes d ’un
traité de paix. M ais il était réservé au x prem iers m inistres des
deux monarchies, le cardinal Mazarin et Don Luis de Haro, de
convertir ce projet en un traité définitif.
On désigna, comme lieu des conférences, la petite île dont il a
déjà été question. Le cardinal, parti de Paris le 24 juin 1659, arrivait
à Saint-Jean-de-Luz le 28 juillet accompagné du duc de
C réquy, du m inistre d ’E ta t de Lionne, des m a ré ch a u x de Villeroy,
de Clerambault, de la Melleray, du commandeur de Souvray et
d ’une cinquantaine de g ra n d s seigneurs. Son é q u ip ag e était m a –
gnifique. En plus de cent-cinquante personnes de livrée, il y en
avait autant composant sa suite, plus une garde de trois cents
fantassins, vingt-quatre mulets avec des housses brodées de soie,
huit chariots à six chevaux pour ses bagages, sept carosses pour
sa personne et quantité de chevaux de main.
De son côté, le ministre espagnol était arrivé à Saint-Sébastien
avec un équipage pouvant rivaliser avec celui de Mazarin.
A près des p o u rp arlers assez longs sur des questions d ’étiquette
qui avaient une importance capitale à cette époque, on fixa la
prem ière entrevue au 13 août.
L’île av a it été so m p tu eu se m en t am énagée. D an s la salle d e stinée
aux conférences, des deux côtés de la ligne imaginaire qui
la divisait par le milieu, étaient disposés deux tables pareilles,
deux fauteuils pareils et, un peu plus loin, la même disposition
pour les secrétaires. Deux ponts de bois permettaient les communications
avec les rives du fleuve.
Au jour fixé, le cardinal arriva en som ptueux équipage. Trente
carosses, attelés de six chevaux chacun, le portaient lui et sa
suite. Ils étaient précédés et suivis par des gardes à pied et à
cheval vêtus de ca sa q u e s d ’écarlate aux arm es de leur m aître.
M a za rin mit pied à terre et s’e n g a g e a su r le p o n t entre les haies
formées par ses gardes et deux cents mousquetaires.
Un q u a rt d ’heure après, don Luis de H aro se p résenta, a c co m ­
pagné, lui aussi, de soixante personnes dont plusieurs grands
d ’E sp a g n e et escorté p a r deux cents cuirassiers.
Le coup d ’œil des rives du fleuve couvertes de tro u p es et d ’une
foule considérable était des plus beaux.
Il y eut v in g t-q u a tre conférences p e n d a n t lesquelles les F ra n –
çais et les Espagnols firent connaissance et furent remplis de
prévenances les uns pour les autres. Au cours de la dernière
entrevue, le 7 novembre, le traité fut signé. La marche des négociations,
les difficultés que Mazarin eut à surmonter, les heureuses
conséquences du traité sont du dom aine de l’histoire générale
et ne sauraient trouver place ici. Le 12 novem bre les deux ministres
eurent un dernier rendez-vous p o u r p ren d re congé l’un de
l’autre. Ils éc hangèrent de riches p rése n ts et la sé p aratio n do n n a
lieu à un renouvellem ent d ’effusions et d ’accolades ac co m p ag n é es
des plus vives pro testatio n s d ’amitié, tandis que le duc de C réquy
p ren a it la route d ’Aix, où se tro u v ait la cour, p o u r an noncer à
leurs m ajestés l’heureux événem ent.
L’île des F aisans reto m b a d an s l’ab a n d o n , to u t en co nservant
ses bâtisses en planches qui avaient abrité tant de splendeurs.
M a is l’hiver p a s s a et de nouveau les ouvriers p rire n t possession
d e l’île et de ses abords. Il fallait faire plus g ra n d et plus b eau
p o u r l’entrevue des deux cours les plus pu issan te s de l’E urope et
p o u r les prélim inaires du m a riag e du roi de F rance avec l’infante
M a rie -T h é rè ze d ’Autriche.
Le roi d ’E sp ag n e ch a rg ea le g ra n d peintre V elasquez de la
direction des travaux. Celui-ci resta installé, pendant deux mois,
su r les bo rd s de la B id asso a em ployant à l’accom plissem ent de
s a tâche son goût sûr et son génie. M ais il fut mal récom pensé
d e s a peine, car il co n tra cta une fluxion de poitrine d o n t il
mourut.
On transforma et on embellit les bâtiments qui avaient servi
pour les conférences, chaque nation tenant à honneur de les rend
re dignes des g ra n d s actes qui devaient s’y p a s se r suivant un
cérémonial encore plus serré que précédemment. Chaque cour
désirait en effet rester sur son territoire, tout en étant dans une
salle commune. Aussi de chaque côté de la ligne de démarcation,
c h a q u e p artie était ex a ctem e n t sem blable à l’autre. En outre,
p o u r p erm e ttre l’accès du pavillon, on av a it construit de nouveaux
ponts à côté des précédents et on les avait recouverts de
galeries vitrées.
Tandis que Mazarin et don Luis de Haro revoyaient quelques
p o in ts du traité qui n ’avaient p a s été assez précisés, on m ettait
— 27 —
la dernière main aux préparatifs de la réception. Les entrevues
furent au n om bre de deux, m ais elles avaient été précédées d ’une
autre cérém onie exclusivem ent espagnole. Le 3 juin, d an s l’église
de F ontarabie, en p résence du roi d ’E spagne, don Luis de H aro,
représentant le roi de France, avait épousé, par procuration,
l’infante M arie-Thérèze.
Le lendemain, eut lieu, d an s l’île, une rencontre intime, de
ca ractère exclusivem ent familial, entre la reine Anne d ’Autriche,
son frère, le roi d ’E spagne, l’infante, le duc d ’Anjou et M azarin.
Les F rançais arrivèrent en carosse tandis que le roi d ’E s p a g n e
et sa suite étaient transportés dans deux magnifiques galiotes
richement décorées de peintures artistiques représentant des
scènes de la mythologie. Anne d ’Autriche n ’av a it pas vu son
frère depuis vingt-cinq ans. Aussi l’entrevue fut-elle des p lu s
cordiales, a u ta n t du moins que le p erm e tta it l’étiquette e s p a –
gnole renomm ée pour sa rigueur. On se sépara satisfaits les uns,
des autres.
Deux jours plus tard, on assista à une rencontre solennelle des
deux rois. C’était un dim anche, p a r une belle journée de juin. La
rivière était sillonnée de centaines de barques richement pavoisées,
une foule immense couvrait les deux rives le long desquelles
s’échelonnaient des milliers de soldats. Q uand les g ra n d s p e rsonnages
qui devaient se rencontrer et qui étaient arrivés dans
les mêmes conditions que la fois précédente, eurent pris place et
échangé quelques paroles de politesse, les deux rois se placèrent
à genoux sur des carreaux, en face l’un de l’autre, chacun avec sa
table, son écritoire, son évangile et son crucifix, le tout exactement
pareil. Après lecture du contrat, ils prêtèrent serment, la
main sur l’évangile. A ce m om ent le cardinal ouvrit une fenêtre.
C’était un signal convenu et aussitôt, des déc h arg es de m o u squeteries
parties des deux rives annoncèrent au monde la conclusion
de la paix.
L’infante re g a g n a F o n tarab ie avec son père tandis que la cour
de France revenait à Saint-Jean-de-Luz. Le lendemain seulem
ent l’île des F aisans vit p o u r la troisièm e et dernière fois, les
principaux personnages de la cour de France qui venaient chercher
leur nouvelle reine et on assista à la séparation émouvante
du roi d ’E sp ag n e et de sa fille qui ne devaient plus se revoir.
La petite île tém oin de ta n t d ’événem ents et appelée depuis
lors, « l’île de la C onférence », reto m b a d a n s le silence et l’oubli.
— 28 —
S ous l’influence du co u ra n t elle se d é g ra d a it rap id e m en t et m e n a­
çait de disparaître, lorsque, sous le second empire, on se préoccu
p a de la conserver et de l’embellir. On y p la n ta des arbres, on
y éleva un monument commémoratif du traité des Pyrénées et,
un peu plus tard, fut conclu un arrangement entre la France et
l’E spagne, en vertu duquel les co m m an d a n ts des statio n n aires
français et espagnols dans la Bidassoa sont chargés, à tour de
rôle, de la surveillance et de l’entretien de l’île et d e son m o n u –
ment.
IV.— Du XVIIIe siècle à nos jours
Le traité des Pyrénées fut un bienfait pour les riverains de la
Bidassoa qui avaient tant souffert des hostilités entre la France
e t l’E spagne. D epuis lors ju sq u ’au x gu erres d e la Révolution,
c ’est-à -d ire p e n d a n t plus de 130 ans, ils ne co n n u ren t plus les
ho rre u rs de la guerre. Au contraire, les b o n n es relations q u ’ils
entretenaient avec leurs voisins furent une cause de prospérité
relative. N éanm oins la ville ne s’était p a s b e a u co u p étendue. Au
com m encem ent du XVIIIe siècle on co n state l’ap p a ritio n d ’un
seul quartier nouveau dans les environs du prieuré de Subernoa.
M ais les divers do cu m en ts sur l’im portance d ’H endaye à cette
ép o q u e ne concordent pas. D ’après les uns, la chapelle du prieuré
était très fréquentée par les habitants des maisons voisines. On
y a u ra it com pté q u a tre cents com m uniants. D ’au tre s év aluent à
trois cent cinquante seulement le nombre total des habitants en
1726. Q uoiqu’il en soit, ceux-ci ne firent guère p a rle r d ’eux et
v écurent d ’une vie uniform e et peu agitée qui fait p en ser que,
com m e les peuples heureux, ils n ’eurent p a s d ’histoire.
On ne peut noter, pendant cette longue période, que des passages
de grands personnages ou de troupes se rendant sur le
théâtre de la guerre.
Le fort, term iné en 1666, av ait reçu une petite garnison. Il fut
m êm e question d ’en construire un au tre à la suite de l’incident
suivant.
— 29 —
En 1685, Vauban était venu dans la région pour inspecter les
divers o u v rag e s militaires. ll_s’adjoignit le m arquis d e Boufflers
et F. de Ferry inspecteur général des fortifications de Guienne.
A près avoir visité le fort d ’H endaye, ils p a s sè re n t la B id asso a
et, s ’éta n t rendus à L a M adeleine, fau b o u rg de F ontarabie, ils
essuyèrent des coups de feu qui furent par trois fois dirigés sur
eux p a r les E spagnols. P o u r m ontrer le m épris q u ’ils av a ie n t d e
leur « tiraillerie », V auban et ses deux co m pagnons ne quittèrent
le territoire espagnol q u ’une dem i-heure ap rè s que leurs insulteurs
se furent retirés. Mais, dans le com pte-rendu de cette visite,
a d re ssé à M. de Seignelay, secrétaire d ’Etat, V au b a n p ro p o sa it
d e pren d re F o n tarab ie p o u r avoir raison des injures q u ’il av a it
reçues ou bien de bâtir un fort pouvant contenir six ou sept cents
h o m m e s de garnison su r une la n g u e de te rre à l’em bouchure de
la B idassoa, a s su ra n t que c’était le m oyen de dom iner la ra d e en
même temps que les Espagnols et de permettre aux habitants
d ’H endaye de sortir en mer, p o u r aller pêcher, sa n s que leurs
voisins p u sse n t les en em pêcher. Le roi av a it d ’au tre s p réo c cu ­
pations et cette proposition resta sans suite.
*
Si aucun fait saillant ne se produisit d an s le co u ra n t du XVIIIe
siècle, les H endayais n ’en eurent p a s m oins l’occasion de voir
p a s s e r bien des g ra n d s p ersonnages. Le roi d ’E sp ag n e C harles II
a v a it désigné, en m ourant, p o u r son successeur, le duc d ’A njou
petit-fils de Louis XIV. Ce dernier ayant accepté le testament,
le nouveau roi se rendit dans son royaume en passant p ar Hendaye,
le 17 juillet 1701. Il n ’y eut aucune réception officielle à
cette occasion. Les deux frères du duc d ’Anjou, les ducs de B o u rg
o g n e et de B erry l’ac co m p ag n è re n t ju sq u ’à H endaye, d ’où ils
revinrent à B ayonne, tandis que le roi d ’E sp a g n e continuait son
chemin ju s q u ’à M adrid.
La guerre qui suivit cet événem ent; fut l’occasion du p a s s a g e
de nombreuses troupes. Le maréchal de Berwick, chargé de porte
r secours au roi d ’Espagne, était p a s sé le prem ier. En février
1704, on vit dix régim ents d ’infanterie, onze de cavalerie, d e u x
compagnies de canonniers, de nombreux détachements de recrues
et des convois de prisonniers. Ces passages intermittents
— 30 —
cessèrent ap rè s la victoire d ’A lm anza qui mit fin au x hostilités,
en 1709.
La guerre ay a n t recom m encé en 1718, cette fois avec l’E sp a –
gne, le maréchal de Berwick revint avec une armée et mit le
siège devant Fontarabie qui capitula en juin 1719. Les hostilités
se poursuivirent loin de la frontière, ju s q u ’à la conclusion de la
paix en 1720. Le 22 août de cette année, les troupes qui avaient
pris Fontarabie et Saint-Sébastien repassèrent la frontière.
Le traité de paix avait prévu le m ariage du roi Louis XV avec
l’infante d ’E sp ag n e et celui de Mlle de M ontpensier, fille du
régent, avec le prince des Asturies. L’éc hange de ces deux princesses
eut lieu à Hendaye avec le cérémonial accoutumé, le 9
janvier 1722.
Les H endayais virent bien d ’au tre s g ra n d s p e rso n n a g e s : la
reine Marie-Anne de Neubourg, la princesse de Beaujolais,
M arie-A ntoinette d auphine e t b e a u co u p d ’au tre s g ra n d s seigneurs
et grandes dames.
M ais la Révolution ap p ro c h ait et les h ab itan ts d ’H endaye
allaient connaître, une fois de plus, les vicissitudes de la guerre
d’une manière encore plus cruelle que précédemment.
Le 7 m ars 1793, la Convention av a it déclaré la guerre à l’E spagne.
Or les Espagnols disposaient, sur la frontière, de vingtquatre
mille hommes sous les ordres du général Caro, tandis que
les F rançais n ’avaient que huit mille hom m es com m andés p a r le
général Moncey. Ils n ’avaient aucun o u v ra g e de défense, ca r le
fort d ’H endaye était dépourvu d ’artillerie et de garnison. Le
général Reinier, qui commandait les troupes du Labourd, les
avait concentrées à Saint-Jean-de-Luz, en attendant des renforts
laissant H endaye ex posé aux coups de l’ennemi. Celui-ci
se h â ta d ’en profiter.
Sans que rien fit pressentir une attaque, le 25 avril 1793, un
feu subit s’ouvre de F o n tarab ie sur H endaye, alors que les h a b itants,
sa n s méfiance, étaient plongés d an s le sommeil ; la plup
a r t d ’e n tr’eux so n t éc rasés sous les d éc o m b res des m aisons
qui s’écroulent enflam m ées sous l’effet des bo m b e s qui pleuvent
sur la ville, et pour achever sa ruine, profitant du désordre iné-
vitable q u ’avait p roduit cette a tta q u e inopinée, les E spagnols
traversent la rivière et, p ar le moyen de torches, m ettent le feu
aux m aisons que le b o m b a rd e m en t n ’avait p a s atteintes. A la
nouvelle de cet événement, Reinier accourut avec ses troupes.
L’ennemi à son tour, est refoulé sur l’autre rive, l’ép é e aux
reins, par les Français qui se livrèrent, sur le sol espagnol, à
des représailles. M ais H endaye n ’en était p a s m oins un m onceau
de ruines.
Elle le resta lors des g uerres d ’E sp ag n e sous N apoléon et lors
de l’invasion du territoire français p a r les arm ées de W ellington,
en 1813. P e n d a n t longtem ps encore H endaye n ’exista plus.
— Que sont devenus les habitants de ce lieu ? demandait un
voyageur, en 1820, à un vieillard d ’H endaye assis en guenilles
sur quelques ruines.
— Les uns sont morts, dit le Labourdin, en se levant, quelques-uns
ont émigré, la guerre a disséminé le plus grand nombre,
les au tre s sont ensevelis d an s le g ra n d cham p derrière l’église.
— Quel cham p ? d e m a n d a l’interlocuteur.
— Le B a sq u e r e g a rd a fixement l’hom m e frivole qui ne l’avait
p as com pris et, faisant du b ras un geste solennel, il montra…
l’Océan.
D an s un au tre ordre d ’idées, voici ce q u ’écrivait, plus tard,
en 1834, M. L acour : « H endaye n ’existe réellem ent que sur la
» ca rte ; elle n ’offre que des décom bres. Ses h a b ita n ts sont dis-
» persés, son industrie tuée. Je vois p a rto u t la dévastation, la
» solitude et le deuil. Quelques ra re s m aisons s’élèvent à trav e rs
» ses rues désertes et a u -d e ssu s de ces p an s de m urs cachés
» sous le lierre qui se plaît à les tenir em brassés. On croit se
» p ro m en er au milieu de catacom bes. » Et un peu plus loin,
l’a u te u r ajoute : « P ourquoi H endaye, sous la protection de la
» g ra n d e famille à laquelle elle appartient, ne sortirait-elle p a s
» de cet état de désordre, d ’a b a n d o n et de stupeur d o n t elle offre
» la hideuse im age ? »
Ce vœu a été exaucé. Quelques années plus tard, Hendaye
renaissait à la vie, grâce au chemin de fer, et, de nos jours, les
b ain s de m er et le tourism e l’ont porté à un deg ré de p rospérité
q u ’elle n ’av a it ja m ais connu, ainsi q u ’on le v e rra d a n s les p a g e s
suivantes.
CHAPITRE III.
Monuments — Curiosités
Hommes célèbres
Ainsi q u ’on l’a vu d an s le chapitre précédent, H endaye, quoiq
u ’a y a n t des origines lointaines, est de création récente. On ne
sa u ra it donc être surpris de n ’y tro u v er aucun m on u m e n t
ancien. L’église, bien que datant, to u t au m oins la p artie la plus
ancienne, du XVIIe siècle, ne p rése n te aucun c a ractère d e style.
Il n ’y a, d an s toute la com m une, q u ’un o bjet jugé digne de figurer
sur l’inventaire supplém entaire des m onum ents historiques ;
c’est une croix de pierre.
Elle se trouvait autrefois dans le cimetière qui entourait l’é-
glise, comme dans toutes les paroisses du Pays Basque. Depuis
son inscription su r l’inventaire supplém entaire des m onum ents
historiques, elle a été placée to u t p rès de l’église, à côté d ’un b r a s
du transept où elle est mieux protégée que précédemment.
La croix elle-même est des plus simples. Sur le bras, on peut
lire, g rav é e en cham plevé, l’inscription co u ra n te : « O crux ave
spes unica » M ais ce qui attire su rto u t l’attention, c’est le socle
su r lequel elle repose. Il a la form e d ’un cube su r les q u a tre faces
verticales duquel sont g rav é s des dessins assez curieux. S ur l’une
on voit un écartelé avec un A dans chaque canton. Peut-être
a -t-o n voulu rep rése n ter l’initiale de la ville à une époque où
H endaye s’écrivait A ndaye. Sur la face voisine est sculptée une
g ra n d e étoile ; sur une autre, un cro issan t de lune à profil
humain avec un œil largement ouvert. Enfin, la quatrième face,
ou p lu tô t la prem ière, a tten d u q u ’elle est parallèle au b r a s d e la
croix, présente une tête de monstre avec une large gueule
— 33 —
ouverte. Si l’on rap p ro ch e ce dernier dessin d e l’inscription de
la croix, on sem ble fondé à pen ser que l’au teu r a voulu rep ré-
s e n te r la p o rte de l’Enfer o pposée à l’espérance du ciel d o n n ée
p a r l’inscription. On trouve en effet assez so u v en t des m otifs
sim ilaires d an s l’iconographie du M oyen Age. Il n ’est p a s p ossible
de fixer la date de cette croix. Tout au plus pourrait-on la
faire rem onter au milieu du XVIIe siècle à l’époque de la co n struction
de l’église, lors de la création de la paroisse.
Mais, si Hendaye est plutôt pauvre en monuments, on peut
dire que la qualité com pense la quantité. C ’e s t bien le ca s en
effet du châ te au d ’A bbadia, situé à l’origine de la pointe S ainteAnne.
Bien que de construction relativem ent récente, c’est un
superbe édifice qui ajoute encore à la beauté du magnifique dé-
c o r qui l’entoure.
Son prem ier propriétaire, M. A ntoine d ’A b b ad ie d ’A rrast,
éta it basque, originaire d ’A rrast, en p a y s de S o ule. P assio n n é
p o u r l’étude des sciences, il se fit rem arquer, de bo n n e heure,
par ses connaissances multiples qui lui valurent, à plusieurs
reprises, des m issions d a n s les p a y s d ’outre-m er. Il les rem plit
avec un succès qui le désigna comme une des personnalités les
plus en vue du monde savant et ne fut pas étranger à sa nomin
ation de m em bre de l’Institut, en 1867.
P arm i ses n o m b reu ses expéditions, il faut su rto u t m entionner
celle qui le conduisit en Abyssinie, en 1836. Il y fit un séjour de
quinze ans coupé par quelques voyages en France et ailleurs
et, p e n d a n t ce tem ps, il e x p lo ra le p ay s com m e il ne l’a v a it
jam ais été par des Européens. Le Négus le com bla de biens et
lo rsq u ’il revint en France, il r a p p o rta une foule d ’ob je ts et d e
documents précieux parmi lesquels une collection de parchemins
les plus rares, a u jo u rd ’hui d an s la bibliothèque de l’Institut à
Paris.
Revenu en France, en 1865, à l’â g e de 55 ans, M. d ’A b b ad ie
renonça au x g ra n d s v o y ag e s et c’est alors q u ’il ac h e ta de g r a n ­
des étendues de terrains, au nord d ’H endaye et q u ’il com m en ç a
la construction du ch â te au d ’A bbadia. Il ne q u itta plus cette
belle résidence ju sq u ’à sa m ort survenue en 1897 et il s ’y cons
a c ra à des tra v a u x su r l’A stronom ie et la P hysique du Globe.
— 34 —
Aussi, lorsque, vers 1880, sur l’initiative de l’am iral M ouchez,
alors chef du bureau des longitudes, un accord fut intervenu entre
les puissances p o u r l’établissem ent de la ca rte du ciel, il
accueillit cette décision avec enthousiasm e et il d o n n a à l’Institut
son château pour être affecté à un observatoire qui participerait
à ce travail. Depuis lors, Abbadia est devenu une sorte
de sanctuaire de la science où l’on vit, c’est le cas de le dire,
dans le ciel étoilé. T a n d is q u ’à quelques centaines de mètres,
dans les nou v eau x quartiers d ’H endaye, on ne songe q u ’aux
distractions et au plaisir, là-haut, par les nuits sereines et dans
le calme le plus absolu, des jeunes gens procèdent à la détermination
de coordonées d ’étoiles, sous la surveillance d ’un ecclé-
siastique aussi m odeste que distingué, M. l’a b b é Calot, directeur
de l’observatoire.
Mais, à l’exception de trois grandes salles affectées aux instru
m e n ts e t au personnel, le châ te au d ’A b b a d ia a été conservé
tel q u ’il était du tem ps de ses propriétaires. M. d ’A bbadie qui
n ’était p a s seulem ent un savant, m ais aussi un hom m e de goût,
p assait le tem ps q u ’il ne consacrait p a s à la science, à orner et à
embellir sa résidence. Aussi en a-t-il fait un véritable musée. Il
n ’est p a s une pièce, un panneau, un meuble, un objet qui ne soit
une œ u v re d ’a rt et n ’attire l’attention. C haque salle a son c a ra c –
tère individuel (Arabe, Allemande, Irlandaise, Abyssine, etc…)
et partout ce sont des proverbes ou des sentences morales, empruntées
au folk-lore de chaque pays, inscrits sur les murs ou
gravés dans le bois.
A l’extérieur, sur la p orte d ’entrée, c’est un vers anglais qui
accueille le visiteur : « Cent mille bienvenues ».
D ans le vestibule on peut lire quatre vers latins sur le même
sujet.
D an s un ch a rm an t petit salon d ’attente, on lit ces p roverbes
a ra b e s : « L’aiguille habille tout le m onde et reste nue », « Reste
avec Dieu et il reste ra avec toi », « Dieu, quoique bon ouvrier,
veut co m pagnon de travail ».
Sur un vitrail du vestibule « Plus estre que p a ra istre ».
Dans la bibliothèque: « T o u t buisson fait om bre», et «il
suffit d ’un fou p o u r jeter une gro sse pierre d an s un puits ; il faut
six sa g e s pour l’en retirer ».
Sur chaque cheminée il y a une inscription relative au feu,
telle que celle-ci : « Je réchauffe, je brûle, je tue » ; et cette au-
tre, bea u co u p plus poétique : « Que votre âm e soit sem blable à
la flamme ; q u ’elle m onte vers le ciel ».
Dans la salle à manger, toute tendue de cuir, chaque siège
porte une syllabe abyssine et, lorsqu’elles sont toutes réunies, ces
syllabes form ent la p h rase suivante : « Dieu veuille q u ’il n ’y ait
aucun traître autour de cette table ». Sur un m ur de la même
pièce : « Les larm es sont l’éloquence du p au v re ».
D ans la cham bre d ’honneur l’inscription suivante entoure le
lit : « Doux sommeil, songes dorés à qui repose céans ; joyeux
réveil ; m atinée propice ».
Dans une autre pièce, on peut lire quatre vers empruntés à
Schiller : « T r ip le est la m arche du tem ps, hésitante, m ystérieuse
: l’avenir vient vers nous ; rapide com m e la flèche, le p ré –
sent s ’enfuit ; éternel, imm uable, le p a s sé dem eure ».
Nous terminerons cette énumération, déjà peut-être un peu
longue, en signalant les peintures murales du vestibule et de
l’escalier. Ce sont des scènes de la vie abyssine. L’une repré­
sente un chef faisant un discours dont il désigne la ponctuation
par des coups de fouet. Un certain nombre de coups correspondent
au point, aux virgules, etc…
Dans une autre, on voit une école où le maître, un gros Abyssin,
à la figure rébarbative, est ac co m p ag n é d ’un esclave te n an t
un m artinet do n t il m enace les élèves. Ceux-ci sont attach és à
leur banc avec de grosses chaînes afin de les obliger à se tenir
tranquilles et éviter q u ’ils ne fassent l’école buissonnière.
On com prend, d ’ap rè s ces exemples, que l’intérieur du c h â ­
teau d ’A b b ad ia soit bien en harm onie avec l’extérieur.
—- 3 5 —
T o u t autre est la m odeste m aison m a u re sq u e que l’on a p e r-
çoit au b ord de la B idassoa, à côté des ruines de l’ancienne
redoute. Celui qui en fit sa dem eure, lui non plus, n ’était pas
H en d a y ais ; m ais les d eu x nom s « H endaye » et « Pierre Loti »
s o n t devenus inséparables et on ne p eu t p ro n o n ce r l’un sans
penser a l’autre. Voici d an s quelles circonstances Loti fut am ené
à connaître Hendaye.
En 1892, alors officier de marine, il était nom m é au co m m an ­
dem ent du « Javelot » g ard e -p ê ch e d an s la B idassoa. Le P ay s
B asque fut pour lui une révélation. Il ép ro u v a p o u r ce p a y s un
en th o u siasm e qui alla g ra n d issa n t à m esure q u ’il le co n n u t m ieux
e t qui ne le q u itta q u ’avec la vie. Il a c h eta la m aison m a u re sq u e
en b o rd u re de la B idassoa, cette m aison qui est encore com m e
il l’a connue et où se rendent, au m oins une fois, en p èlerin ag e,
to u s ceux que les h a sa rd s de l’ex isten ce am èn en t à H endaye e t
que ne laisse n t p a s indifférents nos gloires littéraires. Il y revint
so u v e n t d an s la suite et c’est d an s ce coin q u ’il a v a it ta n t aim é,
d an s cette m aison d ’où il a v a it si so u v en t contem plé le m agnifiqu
e p a y sa g e qui se d éro u la it so u s ses yeux, q u ’il ren d a it le d ernier
soupir, en juin 1923.
V oici quelques lignes, peu connues, qui so n t ses ad ieu x a u
P a y s B asque, lo rsq u ’il le q u itta p o u r e n tre p re n d re une cam p ag n e
d a n s les m ers de Chine :
Adio E u sk u alleria
« P a rtir ! D ans quelques jo u rs, d an s trè s peu de jo u rs, je
» se ra i loin d ’ici. E t il y a, p o u r to u te âm e hum aine, une intim e
» triste sse à s’en aller de tel ou tel coin de la te rre où l’on a v a it
» fait longue éta p e d an s la vie.
» Elle a v a it du ré six ans, m on éta p e im prévue au P ay s B a s-
» que ; il est vrai, avec des interm èdes de v o y ag e s en A rabie ou
» ailleurs, m ais to u jo u rs avec d es ce rtitu d e s de revenir. E t je
» g a rd a is ici une m aiso n n ette isolée qui, p e n d a n t m es ab sen ces,
» re sta it les vo lets clos ; où je retro u v ais, à m es reto u rs, les
» m êm es p etite s choses au x m êm es p laces ; d an s les tiro irs les
» fleurs fanées des p réc éd en ts étés… L entem ent je m ’étais a tta c h é
» au sol e t au x m o n tag n es de ce pays, au x cim es b ru n es du J a ïs –
» quibel p erp étu ellem en t d ressé là, d e v a n t m es yeux, en face d e
» m es te rra s se s et de m es fenêtres. Q uand on devient tro p las e t
» tro p m eu rtri p o u r s’a tta c h e r au x gens, com m e autrefois, c’e s t
» cet am o u r du te rro ir et des choses qui seul dem eure p o u r
» encore faire souffrir…
» E t j ’ai un délicieux au to m n e cette année, p o u r le dernier..
» Les chem ins qui, d e m a m aison, m ènent au m ouillage de m on
» navire, so n t refleuris com m e en juin. C ’e st là -b a s, ce m ouil-
» lage, au to u rn a n t de la B id asso a, co n tre le p o n t de p ie rres r o u s –
» ses, décoré des écu sso n s de F ran ce et d ’E sp ag n e, qui réunit,.
» p a r d essu s la rivière, les deux p ay s am is et sa n s cesse voi-
» sin an ts. T rè s refleuris, au soleil de n o vem bre ces chem ins
» qui, p resq u e ch aq u e jour, au x m êm es heures, m e vo ien t p a s –
— 36 —
» se r ; ça e t là des brin s de chèvrefeuilles, d e tro èn e s ou bien d es
» ég lan tin es ém erg en t to u te s fraîches d ’en tre les feuillages ro u –
» gis. E t les g ra n d s lointains d ’O céan ou des P y rén ées qui, p a r
» d essu s les haies, a p p a ra iss e n t en un déploiem ent m agnifique,
» so n t im m obiles et bleus. E t de là -b a s où je se ra i bientôt,
» l’E u sk u alleria que j ’ai h ab ité six ans, m ’a p p a ra îtra , d an s le
» recul infini, com m e un tran q u ille p a y s d ’om bre e t de pluie
» tiède, de h êtres e t de fougères, où so n n en t encore le soir, ta n t
» d e v én érab les cloches d ’églises. »
C ’est encore un m arin d o n t on p e u t ap e rcev o ir l’an cien n e
dem eure, plu s en am ont, au b o rd de la B idassoa, m aison to u te
m o d ern e ap p elée P rio ren a. Elle e st h ab itée p a r les d e sce n d an ts
d ’un de ces fam eux co rsaires, bien H endayais celui-là, d o n t les
a v e n tu res tien n en t du rom an. Il s’a p p e la it P ellot-M ontvieux e t il
a p p a rte n a it à une de ces n o m b reu ses fam illes de m arin s b a sq u e s
qui, de p ère en fils, « co u ra ien t sus à l’A nglais ». En 1627, lors du
sièg e de L a R ochelle p a r les arm ées du roi L ouis XIII, un de ses
an c être s a v a it com m andé un n av ire qui faisa it p a rtie d ’un convoi
d e rav itaillem en t p o u r l’île de Ré b lo q u ée p a r la flotte d e B uckingham
. Le succès de cette e n tre p rise a v a it valu au x H endayais
la p o ssessio n de la rive d ro ite de la B id asso a ju sq u ’à l’île d es
F aisa n s. E tienne P ello t-M o n tv ieu x a v a it d onc de qui te n ir e t il
d ép a ssa , en audace, ceux qui l’av a ie n t précédé.
E m b arq u é, en 1778, à l’âg e de 13 ans, il dev in t un de ces m arin
s d o n t le c a ractère in d é p en d a n t ne p o u v a it p a s se p lier à la
discipline de la m arine ro y ale et qui, au x hon n eu rs e t au x d ig n ités,
p référaie n t la vie im prévue e t pleine d ’aléa s qui é ta it celle
d es co rsa ires encore à cette époque.
O n ne sa u ra it, d an s un o u v rag e com m e celui-ci, ra c o n te r les
p ro u esse s de P ellot. N ous renvoyons ceux que le su je t in téresse
au x b io g rap h ies qui o n t été écrites su r lui (1 ). N ous no u s b o rn e-
(1) Voir « Le dernier des corsaires ou la vie d’Etienne Pellot-Montvieux
de Hendaye » par le capitaine Duvoisin et l’ouvrage plus récent :
« Le Corsaire Pellot par Thierry Sandre » publié par « La Renaissance
du Livre ».
— 37 —
— 38 —
rons à dire que pendant les guerres de la Révolution, du Consulat
et de l’Empire, ju sq u ’en 1812, Pellot fit une chasse continuelle
aux Anglais avec des navires armés par les armateurs de Bayonne
ou de Saint-Jean-de-Luz et souvent à ses frais. Sa vie, pend
a n t ses 34 années de course, est un véritable rom an d ’av e n tu –
res. Six fois prisonnier des Anglais, il s ’éc h a p p a six fois p a r les
m oyens les plus invraisem blables. Il était la te rreu r des Anglais
comme, avant lui, Jean Bart, Duquesne et Tourville et aussi
Surcouf, son contem porain. A défaut d ’au tre s preuves, il suffira
de rappeler q u ’une prime de 500 guinées était prom ise à qui le
ferait prisonnier, tandis que cette prime était de 5 guinées seulem
ent pour la capture d ’un capitaine ordinaire.
Retiré à H endaye en 1812, il y vécut à Prioréna, maison familiale
récem m ent reconstruite, et il se co n sac ra à ses enfants et
petits-enfants ju sq u ’au jour de sa m ort survenue le 30 avril 1856.
Cet homme qui avait mille fois exposé sa vie au milieu des pires
dangers, la conserva ju sq u ’à 91 an s !
Non loin de P riorena, sur la hauteur, au milieu d ’arb res centenaires,
on peut apercevoir une très ancienne maison qui conserve
l’a p p a rence des habitations du XVIIIe siècle. On l’appelle
Iranda. De l a est sorti un hom m e do n t l’existence, bien diffé-
rente de celle de Pellot-M ontvieux, n ’en est p a s moins des plus
curieuses et rappelle celle de certains héros de romans.
Iranda était une très ancienne seigneurie qui figure dans des
actes du XIIe siècle. Au XVIIIe siècle elle a p p a rte n a it à un H endayais,
Nicolas Arragorry, qui eut trois enfants, un garçon et
deux filles. Simon, le fils, après avoir passé quelque tem ps dans
son p a y s se décida à aller chercher fortune en E sp ag n e et il l’y
trouva. En très peu de tem ps il arriv a à une des plus h au tes
situations que l’on put esp érer m êm e à cette époque ; il devint
un des favoris du roi Charles III qui le nom m a conseiller honoraire
en son conseil des Finances. Il est p ro b ab le q u ’A rrag o rry
remplit ses fonctions avec distinction car, un peu plus tard, le
roi, en considération des services q u ’il en av a it reçus, lui conféra
un titre de Castille sous la dénomination particulière de
« m arquis d ’Iranda » pour lui et ses héritiers p a r lettres p aten te s
du 9 novembre 1764.
P h o t o B lo c F r è r e s
Le C asino
P h o t o B lo c F r è re s
C h â te a u d ’A b b a d ia

— 41 —
Devenu conseiller d ’Etat, A rrag o rry fut chargé, en 1795, de
négocier la paix avec le général Servant, com m andant en chef
de l’arm ée des P yrénées Occidentales.
La fortune q u ’il réalisa était considérable et il en fit un noble
usage en venant en aide à ses compatriotes lors de la destruction
d ’H endaye p a r les E spagnols. Il m ourut sans postérité et
laissa son titre et ses biens à un neveu, fils d ’une s œ u r m ariée
au seigneur d ’A rcangues. Ce titre fut reconnu p o u r la France
par lettres patentes de Louis AVI en 1782, confirmées par N apoléon
Ier et N apoléon III, en faveur des d esce n d an ts du prem ier
titulaire. La famille est encore représentée dans le pays par M.
P ierre d ’A rcangues, m arquis d ’Iranda.
Il serait difficile de citer d ’au tre s dem eures évocatrices du
passé dans une ville de construction récente. Cependant, sans
q u ’ils prése n ten t un ca ractère esthétique, il convient de faire
mention des vestiges de l’ancien fort que l’on p eu t encore a p e rcevoir
au bord de la Bidassoa. Il a été dit précédem m ent dans
quelles circonstances cet ouvrage avait été construit. Son achè-
vem ent fut suivi d ’une longue période de paix, conséquence du
traité des Pyrénées, p e n d a n t laquelle il ne fut plus d ’aucune utilité.
Aussi on le dépouilla de son artillerie, de sa garnison et il
n ’était plus g a rd é que p a r quelques m o rte -p a ies lorsqu’arriv a la
Révolution.
Il occupait tout l’em placem ent traversé p a r la route conduisant
à Hendaye-plage et sur laquelle se trouve le monument aux
m orts. D ’ap rè s le plan que l’on p o ssèd e et les so u b a ssem en ts que
l’on peut voir en c o n tre -b a s de l’esplanade, on p eu t dire q u ’il
était solidem ent construit et m êm e que la question d ’esthétique
n ’av a it p a s été p erd u e de vue. Bien abim é p a r l’artillerie e s p a –
gnole, lors des guerres de la Révolution, complètement ab an –
donné, il ne form ait plus q u ’un a m a s de ruines lorsqu’il fut démoli
à la fin du XIXe siècle.
*
**
On voit p a r ces quelques lignes qu’H endaye est plutôt p au v re
H E N D A Y E . — 3 .
— 42 —
en m onum ents, ce qui ne sa u ra it su rp re n d re q u a n d on se ra p p e lle
son histoire. Mais cette ville réserve à ses visiteurs mieux que
des œ u v re s de l’hom m e ; c’est le site adm irab le qui l’entoure, ce
sont les incom parables horizons q u ’on y découvre, c’est, en un
mot, une situation exceptionnellement favorable et qui en fait
une résidence des plus privilégiées.
CHAPITRE IV.
Vie Sociale – Commerce – Industrie
Sports
Au point de vue social, Hendaye présente le double caractère
d ’être une station balnéaire, d o n t la population fait plus que
doubler p e n d a n t les m ois d ’été et de vivre, p e n d a n t to u te l’a n n ée
d ’une vie qui lui est propre.
Ainsi q u ’il a été dit plus haut, l’o u verture de la ligne de chemin
de fer de Paris à M adrid a été le signal de la renaissance
de cette petite localité qui, depuis les guerres du Premier Empire,
n ’av a it fait que végéter. Non seulem ent les form alités de douane
p o u r le p a s s a g e des m a rc h an d ises d ’un p a y s à l’autre, m ais
aussi leur transbordement, conséquence de la différence de voies
en F rance et en E spagne, am en è re n t b e a u c o u p d ’étra n g ers qui
se fixèrent à H endaye, en m êm e te m p s q u ’un n om bre élevé
d ’em ployés de chemin de fer. C ’est alors que com m ença a se
former le quartier dit de la gare.
A l’origine, c’est-à -d ire en 1857, on ne sa v ait p a s encore ce
que donneraient les chemins de fer. Beaucoup, parmi les personnes
les plus éclairées, ne p en saien t p a s q u ’ils du sse n t prendre
une extension aussi considérable que celle q u ’ils o n t prise. Les
résu ltats de l’expérience n ’o n t p a s ta rd é à lever les do u te s et a
montrer que la conséquence de ce nouveau mode de transport a
été une véritable transformation de la vie sociale. Depuis cette
époque, le trafic de la g a re d ’H endaye a b ea u co u p v arie et a s u b i
_ 44 —
des fluctuations considérables qui ont eu naturellement une
grande répercussion sur les habitants en vivant directement ou
indirectement.
Voici quelques chiffres qui donnent une idée de son importance
:
Le tonnage expédié par cette gare en 1913 a été de 199.000
tonnes ; celui de l’année 1932 a atteint 390.581 tonnes p a r suite
de diverses circonstances et en particulier des suivantes. Ces
dernières années, en raison de n o u veaux tarifs d ouaniers et d ’accords
entre les compagnies de Chemins de fer, un très gros trafic
d ’o ran g e s s ’est créé entre l’E spagne, la France et certains p a y s
du Nord qui en recevaient une petite quantité auparavant. Four
s ’en faire une idée, il suffira de citer quelques chiffres concern
a n t l’année considérée, c’e st-à -d ire 1932. Il a été expédié
d ’H endaye, v en a n t d ’E spagne, 32.000 w a g o n s tra n sp o rta n t
146.000 tonnes d ’o ran g es et a y a n t ra p p o rté aux com pagnies
françaises 42 millions de francs.
On conçoit q u ’un sem blable trafic justifie l’emploi de beaucoup
de monde. Le nombre des commissionnaires en douane, qui est
habituellem ent d ’une cinquantaine, atteint 105 p e n d a n t la ca m ­
pagne des oranges et chacun emploie une moyenne de trois commis.
Le transbordement nécessite 60 équipes de manoeuvres à
5 hommes chacune, soit 300 personnes, sans compter les journaliers
perm a n en ts évalués à une centaine d ’hommes. Le personnel
fixe de la g are est de 300 hom m es ; celui de la D ouane de 120.
Il faut dire que tout ce m onde n ’habite p a s H endaye ; bea u co u p
vivent à Irun. On n ’en p e u t pas moins évaluer à 600 ou 700 le
nombre de personnes dont la présence est justifiée par le trafic
tran sitan t p a r la g are d ’H endaye. On voit donc l’influence considérable
que sa création a eue sur la renaissance de cette ville.
C ep en d an t il ne faudrait pas conclure de ce qui précède
q u ’H endaye n ’a été une localité de tran sit que depuis la création
du chemin de fer. Sa situation sur la frontière l’a mise en relations,
à toutes les époques, avec les villes voisines de la France
et de l’E sp ag n e entre lesquelles elle servait d ’intermédiaire. Les
intérêts commerciaux en jeu étaient si importants que, même
p en d a n t les g uerres si fréquentes entre ces deux nations, il se
— 45 —
faisait des traités de commerce entre ces localités. Les députés
français et esp ag n o ls se réunissaient d an s l’île des F aisa n s et
convenaient de tous les articles de ces traités q u ’on ap p e la it
« de bonne correspondance ». Ces traités étaient ensuite ratifiés
par les rois. Ainsi, pendant toute la durée des hostilités, les relations
com m erciales continuaient au g ra n d profit d ’H endaye qui
a s su ra it les échanges. Ces traités s’appliquaient aussi au x relations
par mer. Le premier dont on ait trouvé trace porte la date
d u 29 o ctobre 1353. Il y en eut bea u co u p d ’au tre s p a r la suite
ju s q u ’au XVIIIe siècle.
L a mer, il p ara ît superflu de le dire, a toujours joué un g ran d
rôle d ans l’existence des H endayais, q u ’ils fussent m arins ou
pêcheurs.
Le régim e incertain des e a u x de la B id asso a n ’a y a n t ja m ais
perm is d ’y créer un port, les m arins s ’enrôlaient sur des navires
équipés par les armateurs de Bayonne ou de Saint-Jean-de-Luz.
Quant aux pêcheurs qui étaient le plus grand nombre, ils
péchaient avec des embarcations en mer ou sur la rivière. Mais
l’accord ne rég n a it p a s to u jo u rs en tr’eux et les pêcheurs e s p a –
gnols. Les incidents étaient fréquents et se terminaient souvent
d ’une m anière tragique. Voici la relation d ’une affaire qui m ontre
combien les rapports pouvaient être tendus entre les riverains
des deux nations.
Les Espagnols prétendaient que la rivière leur appartenait
sur toute sa largeur. Partant de ce principe et au mépris des
revendications françaises, l’alcade de F o n tarab ie vint, le 23 ja n –
v ier 1617, ju sq u e sur le rivage d ’H endaye, à la poursuite d ’un
malfaiteur, étant porteur de son bâton de justice (1). Arrêté à
son tour, avec les bateliers qui le conduisaient, il fut envoyé p a r
les au to rités d ’H endaye au go u v ern e u r de la province, M. de
G ra m o n t, qui les em p riso n n a à B ayonne ju s q u ’à ce q u ’une enquête
eut été faite.
Mais, a v a n t q u ’elle fut term inée, les E spagnols, u sa n t de
(1) Aujourd’hui encore, en Guipuzcoa, le bâton est l’insigne des alcades
et des agents de police.
— 46 —
représailles, arrêtèrent et emprisonnèrent plusieurs pêcheurs
français qui naviguaient paisiblement sur les eaux de la Bidassoa.
Ils firent plus ; ils saisirent trois navires d e S a in t-Je a n -d e –
Luz armés pour la pêche à la baleine qui, à cause du mauvais
tem ps, s’étaient réfugiés d a n s la baie de F ontarabie.
L’affaire se com pliquait. Le com te de G ra m o n t sig n a la la situation
au roi Louis XIII qui traita la question p ar voie diplom
atique. Il d o n n a l’ordre de relâcher les E sp ag n o ls contre rem ise
des prisonniers français. Cet échange eut lieu le 4 mai 1617.
Mais, au moment où les pêcheurs français libérés abordaient
s u r la côte d ’H endaye, le ch â te au de F o n tarab ie leur envoya, en
guise d ’adieu, une volée de dix coups de canon. P erso n n e h eure
u se m e n t ne fut blessé p a r ces d é c h a rg e s ; m ais l’une d ’elles
e n d o m m a g e a sérieusem ent le clocher de l’église.
Cette nouvelle affaire donna lieu à une seconde enquête suivie
de longues conférences internationales dont le siège fut,
com m e toujours, l’île des Faisans. Les délégués français et e s p a ­
g n o ls n ’a v a ie n t p a s encore p u se m ettre d ’accord, lorsque les
négociations pour la paix des Pyrénées commencèrent le 13
août 1659. Mazarin et don Luis de Haro abordèrent aussi la
question de la B idassoa, m ais elle ne fut p a s suivie d ’une solution
imm édiate. Les négociations se poursuivirent entre d ’au tre s
plénipotentiaires et se terminèrent p ar un traité signé le 9 octobre
1685 et qui reconnaissait des droits égaux aux habitants
des deux rives de la rivière.
Depuis cette époque un stationnaire français et un stationnaire
espagnol séjournent en permanence dans la Bidassoa.
L eurs co m m an d a n ts veillent à l’exécution du traité et règlent
les différends de leur compétence qui peuvent se produire.
En ce qui concerne la pêche, à la saison du saumon et de
l’alose, c’e s t-à -d ire p e n d a n t les mois du printem ps, et p o u r éviter
les incidents entre pêcheurs français et espagnols, il fut décidé
q u ’ils p éc h eraien t à to u r de rôle. Au coup de midi, à l’église
d ’Irun, un des statio n n aires dev a it tirer un coup de canon e t les
p êc h eu rs de s a nationalité p o u v aien t seuls p êc h er ju sq u ’au coup
d e canon de l’au tre stationnaire le lendem ain à midi, et ainsi de
suite. Le règlement de 1685 a été modifié à plusieurs reprises
notam m ent en 1856, 1857 et 1879. Plus récemment de nouvelles
conventions ont modifié cette situation et rendu la pêche libre
pour tous et en tous temps dans la Bidassoa.
— 47. —
C ependant il faut ajouter que les intérêts en jeu ne sont p as
les m êm es q u ’autrefois. Le personnel vivant de la pêche sur la
rive française a p r e s q u ’entièrem ent disparu. Une trentaine d ’H endayais
seulement, ayant une autre profession normale, font seuls
la pêche pendant quelques semaines, tandis que, du côté espagnol,
le nom bre de pêcheurs de profession est assez élevé. M algré
cela il se produit encore, de tem ps à autre quelques incidents,
dûs, le plus souvent, à une fausse interprétation des règlements
p a r des a g e n ts subalternes ; m ais ils n ’influent p a s sur les relations
entre riverains lesquelles sont toujours excellentes. On en
a eu maintes preuves, notamment pendant la dernière guerre.
Les choses ne se p a s se n t p a s ainsi q u ’il vient d ’être dit d an s
la baie du F iguier com prise entre la pointe Sainte-A nne et l’extrémité
du Jaisquibel. On peut remarquer sur ces deux promontoires,
sur la promenade de la plage et dans la Bidassoa, des
sortes de pyramides placées deux par deux. Elles forment des
alignements qui donnent les limites des eaux françaises et des
eaux espagnoles ainsi que des eaux neutres intermédiaires dans
cette baie. Celle qui se trouve sur le mur de la plage, donnait,
avec une autre qui semble avoir disparu, la délimitation des eaux
territoriales au large de la baie du Figuier. Cette délimitation
est l’œ u v re de la com m ission m ixte des P yrénées qui existe
depuis le traité des Pyrénées et qui est toujours en vigueur.
En dehors de l’industrie de la pêche et du com m erce de tran sit
p a r le chemin de fer, H endaye n ’a ni industrie ni com merce. S a
richesse vient exclusivem ent de ces deux facteurs, si l’on excepte
cep en d an t les étran g ers d o n t il se ra question d ans le chapitre
suivant.
Il n ’en est p a s m oins vrai q u ’on trouve à H endaye to u t ce qui
est nécessaire p o u r les besoins de la vie courante. D ans l’a n –
cienne ville on peut voir de beaux magasins bien achalandés et
d o n t les E sp a g n o ls form ent une clientèle qui n’est p a s négligeable.
Il y a aussi à H endaye-Plage des m agasins dont beaucoup ne
— 48 —
sont ouverts que p e n d a n t la saison d ’été m ais suffisants p o u r
que les personnes en villégiature y trouvent à peu près tout ce
q u ’elles peuvent désirer. Du reste, le tra m w a y qui relie les deux
agglomérations et sur lequel circulent plusieurs voitures par
heure p erm e t e n tr’elles des com m unications rap id es et fréquentes.
Enfin le voisinage de l’E sp ag n e constitue p o u r tous une très
grande ressource. Malgré le change au profit des Espagnols, les
denrées et la plupart des marchandises sont, en Espagne, à des
prix bien inférieurs à ceux de la France et il y a là„ p o u r les
étrangers comme pour les indigènes des facilités dont tous profitent
largement.
S ’il en est ainsi de la vie matérielle, on ne p eu t p a s en dire de
m êm e de la vie intellectuelle. Il n ’est publié à H endaye ni jo u rnaux
ni revues, mais il y a plusieurs m ag asin s qui font la librairie
et, à défaut de journaux locaux, on y trouve les grands périodiques
français et espagnols et aussi les publications les plus
modernes.
A Hendaye, comme ailleurs, les sports trouvent pas mal
d ’am ateurs. Un terrain de foot-ball à H endaye ville, un au tre à
Hendaye-plage donnent toutes facilités à la jeunesse pour ce
sport si à la mode de nos jours. Les parties y sont fréquentes en
hiver, car il y a beaucoup de jeunes gens, libres le dim anche, qui
s’intéressent à ce genre de distractions. T rè s fréquents aussi
sont leurs déplacem ents p o u r se livrer à des m atches avec d ’a u –
tres sociétés.
Le golf lui-même est en honneur. Les terrains de la pointe
Sainte-A nne a p p a rte n a n t à l’Institut o n t été affermés et tr a n s ­
formés en un terrain de golf des mieux aménagés tant comme
étendue que d a n s ses détails. Il p rése n te 27 trous, sur un p a r ­
cours de 5700 mètres, longueur désormais exigible pour les
cham pionnats. Si l’on ajoute à ces av a n ta g es, la situation ém inem
m ent favorable de cet em placem ent, où l’on jouit co n stam –
m ent d ’une vue su p e rb e sur la m o n ta g n e et su r la mer, l’air
essentiellem ent salubre q u ’on y respire, on p eu t dire que ce terrain
de golf est de beaucoup le mieux situé de toute la région.
Enfin, il convient de m entionner aussi le sport de la natation,
d on t il est question au chapitre suivant.
CHAPITRE V.
Hendaye
Station climatique et centre touristique
La Côte B a sq u e ne jouit p a s d ’une très bo n n e réputation, au
point de vue du climat. Au dire de certains, la pluie y règne
p r e s q u ’en perm a n en c e ; elle est souvent ac co m p ag n é e de te m p ê –
tes et on y vit d a n s une atm o sp h è re d ’humidité continuelle. Il y
a une petite part de vérité dans cette appréciation et une grosse
p a r t d ’ex agération. Evidem m ent, on ne sa u ra it co m p arer le clim
a t de cette région à celui de la Côte d ’Azur. Les deux contrées
so n t très différentes l’une de l’au tre à tous é g a rd ; elles ont leurs
avantages et leurs inconvénients qui ne sauraient être mis en
parallèle.
En réalité le climat de la Côte Basque est un climat essentiellement
marin, avec des périodes de pluie au printemps et quelquefois
des dépressions du nord-ouest, principalement au voisinage
des Equinoxes. Mais, sauf dans des années exceptionnelles,
on ignore ce que sont les grands froids et les grandes chaleurs.
En été le therm omètre se maintient généralement à 2 ou 3
deg ré s plus b a s q u ’à l’intérieur des terres et il n ’arrive pas à 30°.
A la chute du jour, il se p ro d u it un ab aissem en t de tem p ératu re
qui rend les nuits fort agréables. En hiver le minimum se maintient
au-dessus de 5° et on traverse souvent des périodes assez
longues de vent de sud qui p o rte la te m p ératu re ju sq u ’à 15°, ce
qui est très apprécié des indigènes et des étrangers.
Du reste, il est une preuve certaine que le climat de cette ré­
— 50 —
gion est des plus sains, c’est q u ’elle a été choisie p o u r des
sanatoria. Ces établissements sont au nombre de deux.
Le plus ancien a p p a rtie n t à l’A ssistance P ublique de la ville de
P aris. Il est situé à l’extrém ité de la plage, abrité des vents d ’est
p a r la pointe S ainte-A nne et se com pose d ’un certain n o m b re de
pavillons isolés les uns des autres et servant de dortoirs, de
salles d ’étude et de réfectoires.
C réé en 1899, so u s le nom de « S an ato riu m d ’H endaye », il
reçoit les enfants de la ville de Paris provenant des hôpitaux
et qui o n t besoin de g ra n d air et d ’un milieu sain. A l’origine il
avait 250 lits. Mais ce nombre devint rapidem ent insuffisant pour
des besoins cro issants tous les ans et, en 1905, il fut a g ra n d i et
p u t recevoir 712 lits. G râce à ces nouvelles dispositions, il est
fréquenté par une moyenne annuelle de 1400 enfants des deux
sexes qui y font un séjour de 5 à 6 mois. Leur existence est partagée
entre un peu de travail, beaucoup de repos et surtout beaucoup
de grand air dont ils profitent p ar des prom enades aux
environs et de longues statio n s su r la plage. P e n d a n t l’été, les
bains de mer font naturellement partie du traitement.
L’au tre établissem ent, voisin de ce dernier, est situé su r la
hauteur, où il est exposé à l’air m arin que ne brise aucun o b s ­
tacle. C ’est une œ u v re privée a p p a r te n a n t à l’« Union des femm
es de France, de P a u » et qui répond au nom poétique de « Nid
M arin ».
Fondé en a o û t 1919, il se co m p o sait à l’origine d ’une seule m aison
co m p re n an t une soixantaine de lits seulem ent. M ais il devint
rapidement insuffisant pour des besoins de plus en plus grands
et on l’ag randit, à deux reprises, en 1925 et 1929, de m anière a
pouvoir disposer de cent lits de plus chaque fois. Actuellement
il p eu t recevoir 260 pensionnaires.
Le régime des enfants est, à peu de choses près, le même que
celui du sa n ato riu m de la Ville de P aris. On est frappé de l’o rdre
et de la propreté qui régnent dans cet établissement dont la
directrice, avec l’aide de plusieurs jeunes femm es, fait face, d a n s
les conditions d ’économ ie les plus appréciables, à une tâche
— 51 —
m atérielle et m orale des plus lourdes et d o n t elle s’acquitte à la
satisfaction de tous.
Les enfants des sanatoria ne sont pas les seuls à profiter des
bienfaits de la mer, car Hendaye est une des stations les plus
ap p ré cié es de la Côte B asque, bien q u ’elle soit de création ré­
cente. Sa plage longue de plus de deux kilomètres de la pointe
Sainte-Anne à la pointe des Dunes que baigne la Bidassoa, absolument
unie, sans sables mouvants, sans pierres, sans rochers
et formée du sable le plus fin, sans parler du site magnifique au
milieu duquel elle se trouve, est certainement une des plus belles
des plages de France. Aussi, de tous temps, les Hendayais ont-ils
pris des bains de mer. Quelques étrangers même venaient pend
a n t l’été, ce qui conduisit, il y a une cin q u an ta in e d ’années, à
construire l’établissem ent de bains actuel, avec un casino.
Cependant cette station resta longtemps sans se développer.
J u s q u ’à la fin du XIXe siècle, il n ’y av a it q u ’une im m ense étendue
de sable et des dunes avec quelques rares maisons au pied des
coteaux. Le sa n ato riu m de l’A ssistance P ublique fut le prem ier
étab lissem en t m o derne q u ’on y éleva, po sté rieu rem e n t au casino.
M ais, plus tard, on com prit l’intérêt q u ’il y av a it à m e ttre en
v aleu r un site pareil et sous le nom de « La F oncière d ’H en ­
d a y e », il se fonda, en 1910, une société immobilière. Les p re ­
m iers tra v a u x d ’un g ra n d p ro g ra m m e a u jo u rd ’hui en p a rtie r é a ­
lisé, consistèrent à construire le b o u le v ard s ’éten d a n t du s a n a ­
torium aux abords de la Bidassoa, le grand hôtel et à lotir les
te rrain s qui so n t a u jo u rd ’hui p r e s q u ’en tièrem ent construits. Les
villas s ’élevèrent alors com m e p a r e n c h an tem e n t et, a p rè s un
te m p s d ’arrêt, p e n d a n t la guerre, leur n o m b re devint tel q u ’on
voit m aintenant sur cette terre, il y a 25 ans nue et désolée, une
véritable ville avec les magasins indispensables à la vie journalière.
Aussi nulle station n ’est-elle plus ap p réciée et les b aig n eu rs
d eviennent tous les ans plus nom breux. C ’est que l’a ttra it exercé
par cette nouvelle ville se comprend. En outre du site en luimême
et de ses environs, on trouve peu de plages aussi vaste
que celle-là. Quel que soit le nom bre des baigneurs, ils peuvent
y stationner, y circuler à leur aise, sans se gêner les uns les
— 52 —
autres, com m e d an s beau co u p d ’au tre s endroits. Elle a un au tre
a v a n ta g e bien appréciable, c’est que sa déclivité vers le large est
très peu sensible. Si c’est un défaut, au gré des bons n ageurs,
c’est une g ra n d e qualité p o u r ceux qui ne sa v en t n a g e r que peu
ou pas du tout et qui constituent de beaucoup le plus grand
n om bre. C’est su rto u t une g ra n d e tranquillité p o u r les m ères de
familles qui peuvent laisser leurs enfants jouer à leur gré, en
toute sécurité.
P e n d a n t l’été, cette p la g e présente, sur toute sa longueur, un
coup d ’œil unique. On y voit une véritable fourmillière hum aine,
depuis les enfants du sanatorium prenant leurs ébats au pied de
la pointe S ainte-A nne ju sq u ’aux h a b ita n ts de la pointe des
D u n es qui n ’ont que quelques p a s à faire p o u r aller de chez eux
sur le sable.
Station essentiellement balnéaire, Hendaye est aussi un centre
de tourism e de prem ier ordre. Il est vrai q u ’il ne faut p a s chercher
d an s ses environs im m édiats, com m e d an s bea u co u p d ’a u –
tres stations des Pyrénées, des b u ts d ’excursions de g ra n d e
envergure. On n ’en p eu t p a s m oins faire d an s ses alentours immédiats
des courses tout à fait intéressantes. Le parcours de la
corniche basque, entre la pointe Sainte-A nne et Socoa, q u ’on le
fasse à pied ou par le tram way, est une des plus jolies prom en
a d e s que l’on puisse désirer.
La Croix des B ouquets, d ’où l’on jouit d ’une vue magnifique
s u r la F rance et sur l’E spagne, ne le cède à aucun au tre site du
pays.
Le petit village de Biriatou peut être donné comme le type du
village basque labourdin, dans un endroit charmant.
De l’au tre côté de la B idassoa, l’E sp ag n e offre des sujets
d’excursions plus attrayants les uns que les autres. Sans parler
de F o n tarab ie et d ’Irun où l’on revient to u jo u rs avec plaisir,
citons :
La vallée de la Bidassoa, desservie par un petit chemin de fer,
av e c ses vallées convergentes où s ’a b riten t les ch a rm a n ts villages
de Vear, Echalar, Yanci, Aranaz, Lesaca, Sumbilla, Mugaire
e t enfin Elizondo d ’où l’on p e u t g a g n e r B a ïg o rry p a r le col
d ’Isp ég u y ou A inhoa p a r le col de M aya.
— 53 —
T o u t près d ’Irun l’escalade de S aint-M artial p e rm e ttra d ’em ­
b ra s s e r d ’un coup d ’œil to u t le p a y s en to u ra n t H endaye, en m ê­
me tem ps q u ’elle év o q u e ra bien des souvenirs historiques. B ornons-nous
à citer un des plus anciens. En 1522, pendant une des
g u erres entre F rançois Ier et Charles Quint, les F rançais a v a ie n t
trav e rsé la B id asso a à B éhobie et s ’étaient em p aré du fort de
Gasteluzar. Les espagnols, dissimulés dans les bois et les
bruyères qui couvraient la montagne, tombèrent sur eux et les
mirent en déroute. Pour commémorer cet événement, on construisit
une chapelle et un ermitage sur cette petite montagne et
on les appela Saint-Martial, du nom du saint du calendrier à cette
date. On arriva par la suite, à désigner la montagne elle-même
sous ce nom. On y fait un pèlerinage le 30 juin.
P arm i les excursions que l’on p e u t faire en E sp a g n e les plus
jolies sont celles du Jaisquibel.
De son extrém ité, p rè s du phare, on jouit d ’une très belle vue
sur H endaye et la côte, que l’on p eu t voir, p a r les tem ps clairs,
ju s q u ’au delà de C apbreton.
Une p ro m e n a d e à la G u adeloupe est chose aisée et l’on est
bien récom pensé de la peine q u ’on a prise p o u r effectuer le tra je t
de trois kilom ètres qui la sépare d ’Irun.
Ces deux courses p eu v e n t faire l’o bjet d ’une seule prom enade,
en commençant par la seconde.
M ais l’excursion la plus reco m m an d é e et qui laisse une im ­
pression d urable à ceux qui la font est l’ascension du Jaisquibel
ju s q u ’à la redoute qui couronne son som m et. L a vue, de cet
endroit élevé de 543 mètres, d ’où l’on dom ine la m er et les
Pyrénées, ne saurait se décrire, surtout si on peut y aller en
a u to m n e p a r une journée de vent du sud. Le descente p e u t s’effectuer
par Renteria, si on est pressé, ou par Passages (San Juan)
que l’on ab o rd e p a r le goulet et que l’on trav e rse en entier av a n t
de gagner Renteria. Cinq à six heures suffisent pour cette randonnée,
sans se presser.
Enfin Saint-Sébastien, Passages, Renteria, Oyharsun sont des
buts de promenade très différents les uns des autres, mais ayant
tous leur charme et leur originalité.
Il convient d ’ajo u ter q u ’H endaye réserve bien des satisfac-
— 54 —
tions aussi bien à ceux qui n ’aim ent p a s à se d ép lac er q u ’a u x
a m a te u rs de courses. Rien q u ’à flâner sur la plage, à errer sur
la pointe des dunes ou sur les bords de la Bidassoa, à suivre le
v a et vient de la m arée qui tran sfo rm e l’estuaire ta n tô t en un
bassin coupé de canaux, tantôt en un véritable bras de mer, à
contempler, au coucher du soleil, les teintes si variées dont se
p a re n t le Jaisquibel et les n u a g e s ju sq u ’au m om ent où s ’allum ent
le phare du Figuier et celui de Biarritz, aperçu entre les Deux
Jumeaux, on éprouve une sensation de bien-être physique et
moral qui font regretter les jours et les heures qui passent.
Et c’est ce qui explique que très ra re s soient ceux qui, ap rè s
avoir passé quelques semaines à Hendaye, regagnent leur chez
eux sans esprit de retour.
B o is d ’H e n r i M a rtin –
TABLE DES MATIÈRES
C H A PIT R E Ier.
Vue d ’e n s e m b le ………………………………………………………………………….. 3
C H A PIT R E II.
Histoire :
I . — D es origines à la fin de l’occupation a n g l a i s e . . 9
II. — D e la fin de l’occupation anglaise au XVIIe siècle 11
III. — Le XVIIe siècle …………………………………………….. 17
IV.— Du XVIIIe siècle à nos jo u rs…………………… 27
CH A PITRE III.
Monuments — Curiosités — Hommes célèbres……………………… 32
C H A PITR E IV.
Vie sociale — Commerce — Industrie — S ports…………………. 43
C H A PIT R E V.
Hendaye, station climatique et centre de tourism e 50
I MP. J . GLIZE, BUE DURRIEU, SAINT-SEV EB. — TÉL. 6 1
C H A PIT R E Ier.
Vue d ’e n s e m b le ………………………………………………………………………….. 3
C H A PIT R E II.
Histoire :
I . — D es origines à la fin de l’occupation a n g l a i s e . . 9
II. — D e la fin de l’occupation anglaise au XVIIe siècle 11
III. — Le XVIIe siècle …………………………………………….. 17
IV.— Du XVIIIe siècle à nos jo u rs…………………… 27
CH A PITRE III.
Monuments — Curiosités — Hommes célèbres……………………… 32
C H A PITR E IV.
Vie sociale — Commerce — Industrie — S ports…………………. 43
C H A PIT R E V.
Hendaye, station climatique et centre de tourism e 50
I MP. J . GLIZE, BUE DURRIEU, SAINT-SEV EB. — TÉL. 6 1

NOGARETU SUD-OUEST
P h o to B lo c F r è r e s
HENDAYE
par J. NOGARET
L i b r a i r i e D. C H A BAS, édi teur
H O S S E G O R Landes
Tél 65 C h è q . Post. BO R D EA U X 2 3 9 .3 0 R. C . D ax 4431
U SUD-OUEST
P h o to B lo c F r è r e s
HENDAYE
par J. NOGARET
L i b r a i r i e D. C H A BAS, édi teur
H O S S E G O R Landes
Tél 65 C h è q . Post. BO R D EA U X 2 3 9 .3 0 R. C . D ax 4431
VILLES DU SUD-OUEST
(Sous le patronage de la Fédération Régionaliste Française, de la Fédération
des S. I. de Guienne-Gascogne-Côte d’Argent, l’ appui de la Fédération des
S. I. des Pyrénées-Côte Basque et de nombreuses Sociétés Savantes).
La collection des Monographies des VILLES DU SUD-OUEST
a été fondée d a n s le b u t de vulgariser l’Histoire Locale et d ’aider
la cause du Régionalisme et du Tourisme.

A to u te s les m onographies, d ’un texte inédit, a présidé un
plan com m un se résu m a n t ainsi : Situation géographique, aspect
g én é ral ; Histoire ; H om m es illustres ; Curiosités, m onum ents ;
Vie sociale ; Com m erce, industrie ; Tourism e.
Les VILLES DU SUD-OUEST constituent une collection de
m o n o g rap h ies unique. Elles s ’a d re ssen t à to u s ceux qui s’in té­
resse n t à l’histoire et g éo g ra p h ie locales, à tous ceux qui veulent
s ’initier à la vie d ’une ville e t d e s a région im m édiate, au point de
vue du présent. La première série à elle seule réunit un ensemble
d ’environ 1500 p a g e s et g ro u p e près de 400 illustrations. Le to u t
forme une œuvre monumentale qui répond aux nécessités de
l’heure.
Bois d ’H en ri M artin.
C H A PIT R E Ier.
Vue d’ensemble
On est frappé, lo rsq u ’on arrive à H endaye, p a r la situation
pittoresque de cette ville, au bord du large estuaire formé par la
B id a sso a et au milieu d ’un cirque de m o n ta g n es et de h au teu rs
qui sem blent créées p o u r le plaisir des yeux. Au sud, l’erm itage
de Saint-Martial, se profilant sur le massif des Trois-Couronnes,
à l’ouest, la ville espag n o le et encore bien m oy e n n âg e u se de
F ontarabie, ajo u ten t à la b e a u té de ce d éco r unique et l’on
com p re n d dès lors l’enthousiasm e d ’un au teu r qui a qualifié cet
ensem ble de : « site m erveilleux que la N atu re sem ble avoir disposé
à dessein, pour servir de cadre aux grandes scènes historiq
u es ». Rien n ’est plus vrai et l’histoire d ’H endaye, ainsi q u ’on le
verra par la suite, est intimement liée aux événements qui se
sont déroulés dans ses environs immédiats.
Sa partie centrale et une des plus anciennes est située vis-à-
vis Fontarabie, sur la rive droite de la Bidassoa qui forme, sur
un parcours de 15 kilomètres environ, la frontière entre la France
e t l’E spagne. Mais, depuis quelques années, cette ville a p ris un
d éveloppem ent considérable ; de la p ointe du « to m b e a u », plus
couram m ent appelée « pointe Sainte-Anne », à son extrém ité
Extrait du plan d ’H endaye-V ille et H e n d a y e -P la g e , dressé par M. P u y a d e
Carte d ’H endaye du X V I I e siècle
D o c u m e n t c o m m u n iq u é par le M usée Basque à B a y o n n e
La Maison de Pierre L oti
sud, elle s ’étend sur une longueur de plus de 4 kilom ètres. Elle
e s t bornée, au nord, p a r la m er ; à l’ouest et au sud, p a r la
B id asso a et à l’est p a r la com m une d ’U rrugne do n t fait p artie
Béhobie. Ses m aisons b o rd en t la mer, le fleuve et s ’éta g e n t su r
les coteaux, g ro upées en sept quartiers : le b a s -q u a rtie r qui fut
le prem ier g ro u p em e n t d ’où est sortie l’H endaye m oderne ; il
entourait autrefois une petite baie, bien réduite a u jo u rd ’hui,
alim entée p a r les eaux de la B id asso a ; le quartier du centre ou
de l’église qui com prend l’église, la mairie, les services publics,
plusieurs hôtels et de nom b reu x m a g asin s ; le quartier de la g a re
formé autour de la gare internationale, lors de sa création, et
qui s’est développé au point de se réunir à ses voisins ; S antiago,
d o n t le nom vient d ’un établissem ent religieux où l’on h é b e rgeait
les pèlerins allant à Santiago de Compostelle ou en reven
a n t ; B arandéguy, lim itrophe des d eu x p récédents ; Belcénia,
au nord du b a s -q u a rtie r et confinant à celui de la pla g e ; enfin,
ce dernier, de création récente, est su rto u t com posé d ’hôtels et
de villas habités, p e n d a n t l’été, p a r une population de b a ig n e u rs
et de touristes.
Cette ville, si étendue et si p ro sp ère a u jo u rd ’hui, a connu, d an s
le passé, bien des vicissitudes. Modeste hameau de pêcheurs à
l’origine, elle est restée, p e n d a n t des siècles, une petite b o u rg
a d e sa n s im portance. Située entre la F rance et l’E spagne, elle
a beaucoup souffert de cette situation, au cours des nombreuses
guerres entre ces deux nations. Mais elle avait un fond de vitalité
qui lui a perm is de résister à une longue série d ’épreuves,
ju s q u ’au jour où la création du chemin de fer a été p o u r elle
l’origine d ’un développem ent qui en a fait une des plus favorisées
de nos villes frontières. Plus récemment, la création, sur ses
plages, d ’une véritable station balnéaire, a encore ajo u té à s a
prospérité.
H endaye a un ca ractère très particulier. On s ’y sent d a n s une
ambiance très différente de celle des autres villes de bains de la
région, ce que l’on doit a ttrib u er au voisinage de l’E spagne. S a
— 7 —
proximité de ce pays ami et accueillant lui donne en effet un
charme auquel les plus indifférents ne restent pas insensibles.
Mais, parm i ses visiteurs, il en est qui ne sau raien t se contenter
des satisfactions passagères du présent et qui aimeraient pouvoir
évoquer un peu du passé de ce pays, dont ils ont momenta
n ém e n t fait le leur. C’est p o u r eux que les p a g e s su iv a n te s
ont été rédigées. Ils y trouveront, brièvement exposée, la relation
des principaux événements qui se sont déroulés au voisinage
de la ville d ’H endaye et quelques considérations su r s a situation
actuelle.
— 8 —
C H A PITR E II.
Histoire
I .— Des origines à la fin de l’occupation anglaise
On doit se figurer la vallée de la Bidassoa, dans les tem ps
anciens, peu différente de ce q u ’elle est a u jo u rd ’hui. Seule la larg
e u r du fleuve a dû varier. L’estuaire, qui se dessine en aval de
Béhobie, était beaucoup plus large et formait, à marée haute,
une immense nappe liquide atteignant le pied des coteaux qui
l’encadrent. A m arée basse, toute cette étendue était fangeuse,
morcellée en de nombreuses îles, séparées par des canaux plus
ou moins larges et plus ou moins profonds qui se sont transformés,
au cours des siècles, et se transforment encore de nos
jours.
Par suite de cet état de choses, les communications entre les
deux rives étaient assez difficiles et on ne saurait être surpris
q u ’on ait choisi, p o u r les assurer, le point de l’estuaire le plus
rétréci, ainsi que l’indiquent les anciennes cartes qui font m ention
d ’un gué, et plus tard, d ’un p o n t à l’endroit où se trouve le p o n t
ac tu e l de Béhobie. C ’est p a r là que, p e n d a n t des siècles, se sont
faits les échanges entre les deux rives de la Bidassoa.
Existait-il alors une agglom ération quelconque à Hendaye ?
quelle fut l’époque de sa fondation ? p a r qui fut-elle peuplée ?
A u ta n t de questions auxquelles il n ’est p a s possible de répondre.
S an s doute au to u r de la petite baie occupée a u jo u rd ’hui p a r le
b a s quartier, pro tég é e des vents d ’est et d ’ouest p a r les h a u –
te u rs environnantes, d u ren t s’élever quelques hab itatio n s d ’indi-
— 10 —
gènes qui se livraient à la pêche et p o u r lesquels cet endroit form
ait un abri sûr. P eu t-être étaient-ce des au to ch to n e s ; p e u t-
être étaient-ils venus de contrées inconnues et se rattachaient-ils
aux Ligures mélangés de populations indo-européennes. Ce sont
a u ta n t de questions qui n ’ont p a s encore reçu de réponse.
On n ’est p a s mieux fixé sur les prem iers tem ps de leur histoire.
D ’ap rè s la tradition, la prem ière localité b â tie sur les b o rd s
d e la B id asso a au ra it été F o n tarab ie fondée, en l’an 907, sur le
territoire de la N avarre qui confinait alors à l’Océan.
La création d ’Irun serait postérieure à celle de F o n tarab ie et
rem o n terait seulem ent au XIe siècle, bien que, an térieu re m en t à
cette époque, peut-être même dans les temps préhistoriques, les
gisements de fer de la montagne Les-Trois-Couronnes aient
donné lieu à une exploitation qui semble avoir été assez intensive.
Q uant à H endaye, ce ne fut, à l’origine et p e n d a n t longtem ps,
q u ’un tout petit village d é p e n d a n t d ’U rrugne, une des p aro isses
les plus anciennes du p ay s de L abourd (1). Il en est fait mention,
a u XIIe siècle, d ans le cartulaire de la cath é d ra le de B ayonne et
elle englobait alors tout le pays compris entre la Nivelle et la
B idassoa. Avec le tem ps ce territoire arriv a à se peupler et il s’y
forma des quartiers importants qui finirent par se rendre indé-
p e n d a n ts et form èrent d ’au tre s paroisses. Ce fut le cas de Ciboure,
en 1613, et, plus tard, de Biriatou et d ’H endaye qui se
tro u v ait d a n s un vaste q uartier appelé « S u b e rn o a ». Il s ’étendait
des h au teu rs de la Croix des B ouquets à la crique d ’H aïçabia,
ta n d is q u ’à l’ouest, il était limité p a r la B idassoa.
D ’après la tradition, un gentilhom m e labourdin, seigneur de ce
pays, Guillaume de Subernoa, conseiller intime du vicomte de
Labourd, Bertrand, fonda, sur les bords de cette rivière, vers
l’an 1137, un hôpital p o u r les pèlerins de S ain t-Ja cq u e s-d e -C o m –
postelle. Cet établissem ent était tenu p a r des religieux de l’o rd re
des P rém ontrés do n t la m a iso n -m ère était à l’a b b a y e d ’A rtous
(1) Le Labourd, la plus occidentale (les trois provinces basques fran-
çaises, était bornée, à l’Est par la Basse-Navarre, au Nord par l’Adour, à
l’Ouest par l’Océan et au Sud par la frontière d’Espagne.
— 11 —
p rè s de P eyrehorade. Il faisait p artie d ’un prieuré p o r ta n t le nom
d e « S an tia g o » ou « S ain t-Jacq u es de S u b ern o a » e t était situé
sur les bords de la Bidassoa, dans le quartier encore appelé
« S an tiag o », un peu en am o n t du nouveau p o n t international.
*
**
Le nom « H endaye » vient de deux m ots b a s q u e s : « H andi »
g r a n d et « B a y a » baie. Son o rth o g ra p h e a souvent varié. On
trouve Endaye, Endaiye, A ndaye et H endaye qui n ’a p p a r a ît q u ’à
la fin du XVIIIe siècle. Q u an t à la B idassoa, elle s ’appelait, d a n s
les tem ps anciens, « Almichu ».
P arm i les rares docum ents qui font m ention d ’H endaye il en
est un qui fait allusion à un pont la reliant à Fontarabie. En
1309 en effet, des difficultés s ’étan t pro d u ites entre les h a b ita
n ts d ’H endaye et ceux de Castro-U rdialés, sa n s doute sur des
questions de pêche, deux députés français et deux espagnols se
réunirent « au milieu du p o n t de F o n tarab ie » p o u r ap lan ir ce
litige. Les cartes anciennes ta n t françaises q u ’esp ag n o le s indiq
u en t en effet les vestiges d ’un p o n t qui d û t sa n s doute d is p a –
raître au cours des nombreuses guerres entre les deux pays.
Q u o iq u ’il en soit p u isq u ’un po n t av a it été justifié c’est q u ’il y
avait sur les deux bords du fleuve deux localités assez importantes
et entretenant des relations suivies.
C ’est to u t ce que l’on p e u t dire car les d o cu m en ts que l’on
possède sur la région dans les temps anciens sont des plus rares,
les Anglais, quand ils durent évacuer le pays, en 1450, ayant
e m p o rté leurs archives avec eux. Il faut donc arriver à la seconde
p artie du XVe siècle p o u r entrer d an s la période v éritab lement
historique, car on trouve alors, dans les textes officiels,
des renseignements absolument sûrs.
II. — De la fin de l’occupation anglaise
au XVIIe siècle
P e n d a n t to u t le tem ps de l’occupation du L ab o u rd p a r les
Anglais, les com m unications entre la F rance et l’E sp a g n e se
— 12 —
firent surtout par Dax, Saint-Jean-Pied-de-Port et Pampelune.
Mais, après le retour de cette province à la France, cet itinéraire
lut un peu délaissé et on passa plus volontiers par Dax, Bayonne,
Hendaye et Tolosa. Très nombreux furent alors les rois, les
reines, les princes, les ambassadeurs, les généraux et les grands
personnages qui traversèrent la Bidassoa ou vinrent dans le
pays. On ne sa u ra it les m entionner tous m ais il n ’est p a s sans
intérêt d ’indiquer les p a s sa g e s qui furent les plus sensationnels.
Un des premiers événements qui m arqua le retour du pays de
L abourd à la France fut le voyage du roi Louis XI. Ce souverain
n ’était p a s mû seulem ent p a r le désir de visiter une province
ra tta ch é e depuis peu à son royaum e, il était aussi ch a rg é d ’un
a rb itra g e entre Henri IV, roi de Castille, et Jean II, roi d ’A ragon,
afin de rétablir la paix troublée par les Castillans. Ces derniers,
p rofitant des luttes en g ag ées entre Jean II et son fils, Charles
d e Viane, s ’étaient em p arés d ’une partie de la N avarre m éridionale.
Le roi de France alla s’installer au château d ’U rtubie situé à
U rrugne. De cette résidence, il se rendait à H endaye où av aien t
lieu les conférences. Il prononça, d an s ce village, le 4 mai 1464,
u ne sentence arbitrale en vertu de laquelle la province d ’Estella
était enlevée à la Navarre et passait à la Castille. Par ses allures
et sa manière de se vêtir, le roi de France provoqua quelques
sa rc a sm e s dissimulés car il eut été dan g e reu x de faire la m oind
re allusion désobligeante à son sujet. Il n ’en fit pas m oins une
bizarre impression sur les Castillans ainsi que le raconte Commines
dans les termes suivants :
« Notre roy se habilloit court et si mal que pis ne povaits et
» assez m auvais d rap aucune fois ; et portoit u n g m auvais c h a p –
» peau différent des aultres, et une imaige de plomb dessus. Les
» Castillans s ’en m oquèrent et disaient que c’etait p a r chicheté.
» En effect, ainsi se despartit cette assemblée pleine de mocque-
» rie et de picque : o n eques puis ces deux roys ne s ’aim erent et
» se dressa de grans brouillis entre les serviteurs du roy de Cas-
» tille qui ont duré ju sq u ’à sa m ort et longtem ps ap rè s et l’ay
» veu le plus povre roy, habandonné de ses serviteurs que je veiz
» jamais. »
Avant de quitter le pays, le roi de France lui concéda quelques
privilèges, mais il ne sem ble p a s que les H endayais en aient eu
leur part.
— 13 —
Si, p a r la suite, ils p u ren t assister à bien d ’au tre s événem ents
historiques ils eurent aussi beaucoup à souffrir entre la France et
l’E spagne.
Au com m encem ent du XVIe siècle, ils subirent le contre-coup
des g u erres de N avarre, lorsque F erdinand le Catholique s’em ­
p ara, en 1512, de la partie des E tats de Jean d ’A lbret située au
sud des Pyrénées. On connaît les tentatives du roi de Navarre
pour reconquérir ses possessions, en 1512 et en 1521. Après cette
dernière, Henri II d û t se résigner à ne conserver de son royaum e
que la « m érindad d ’U ltra-p u erto s » appelée, de nos jours,
« B a sse -N av a rre ».
Si les principales op éra tio n s de cette ca m p a g n e eurent d ’a u –
tres régions p o u r théâtre, la vallée de la B id asso a n ’en subit p a s
moins le contre-coup des hostilités. En 1513, une armée anglaise
alliée de l’E spagne, o ccupa p e n d a n t quelque tem ps, H endaye,
au grand dommage des habitants.
P endant les années qui suivirent, le calme régna dans le pays
ju s q u ’au jour où, en 1521, lors de la seconde guerre de N av a rre
l’am iral Bonnivet fit une diversion d an s le Guipuzcoa. A près
avoir pris le fort de B éhobie de construction récente, il s ’e m p a ra
de Fontarabie. Cette place resta en possession des Français
ju s q u ’en se ptem bre 1523 et fut reprise alors p a r les arm ées de
Charles Quint.
Hendaye se ressentit de ces opérations car elle fut souvent
traversée par des convois de troupes, de ravitaillement, de munitions
et aussi par les incursions des Espagnols qui faisaient des
razzias d an s le L abourd. Ce n’est q u ’ap rè s la prise de F o n tarab ie
par les Espagnols et lorsque les hostilités eurent été portées
ailleurs que les Hendayais connurent une longue période de paix.
Ils ne devaient p a s ta rd e r à assister à un événem ent se n sa –
tionnel. Le roi de France, F rançois 1er, fait prisonnier à la b a –
taille de Pavie, avait été conduit en Espagne où, emprisonné à
l’A lcazar de M adrid, Il av a it dû souscrire, com m e p rix de s a
liberté, aux conditions les plus dures. En vertu d ’une des clauses
— 14 —
que lui av a it im posé Charles Quint, il dev a it p ay e r une rançon
de d e ux cent mille écus d ’or et, en a tte n d a n t q u ’il ait pu réunir
une som m e aussi considérable p o u r l’époque, il devait envoyer,
en otage, les deux fils aînés q u ’il avait eus de la feu reine Claude,
le dauphin, âgé de huit ans et demi,: qui ne ré g n a pas, et le duc
d ’Orléans, qui av a it alors sept ans, et qui devait devenir le roi
Henri II. Les enfants devaient être rendus après paiem ent de la
rançon et François épouserait alors Eléonore sœur de Charles
Q uint et veuve du roi de P ortugal. Afin d ’être sûr que le roi de
France tiendrait sa parole, Charles Quint avait exigé que
l’éc hange entre la reine, les enfants et la rançon eut lieu à la
frontière.
Cet acte historique se p assa à Hendaye, le 15 m ars 1526. Le
roi et ses fils q u ’on appelait « M essieurs les enfants » se o ré-
sentèrent en même temps sur les bords de la Bidassoa et montèrent
dans deux bateaux qui se rejoignirent au milieu du fleuve.
A près une très courte entrevue qui perm it au roi d ’e m b ra sse r les
jeunes princes, ceux-ci d éb a rq u èren t à F ontarabie d ’où ils furent
dirigés vers la forteresse de Pedrazzo de la Sierra, tandis que
F rançois 1er trouvait à H endaye tous les g ra n d s seigneurs du
ro y au m e qui l’attendaient. Il m o n ta à cheval en s’écriant : « Je
suis encore roi de France » et, suivi d ’une brillante escorte, il
se dirigea vers Bayonne.
Q u atre ans plus tard, eut lieu, au m êm e endroit, l’échange de
m essieurs les enfants contre les deux cent mille écus d ’or. P o u r
rem plir l’im portante mission d ’escorter le trésor, de l’éc h anger
contre les enfants, de recevoir la reine au seuil du royaume et de
diriger son voyage, le roi désigna un des plus grands seigneurs
de France, Anne de Montmorency, grand maître, maréchal de
France et gouverneur du Languedoc. Montmorency était aidé,
dans sa mission, par le cardinal de Tournon.
De son côté, le roi d ’E sp ag n e avait chargé le connétable Don
Pedro Hernandez de Velasco de recevoir la rançon et de faire
la remise des enfants.
Le lieu fixé pour cet échange fut le milieu de la Bidassoa, à
égale distance entre Hendaye et Fontarabie. On y installa un
ponton. Deux gabarres de même grandeur, armées chacune de
douze ram eurs et m ontées, celle d ’Hendaye, p a r douze g entilshommes
français dont le grand maître, celle de Fontarabie par
douze gentilshommes espagnols dont le connétable, devaient

P h o t o B lo c F r è re s
L a P lag e et le Ja izq u ib el
L e J a rd in P u b lic
P h o to B lo c F r è r e s
— 17 —
partir au même moment de chaque rive et arriver, en même
temps, au ponton. Dans la gabarre espagnole seraient les enfants
et la reine, dans la gabarre française, la rançon. La date de cet
éc hange fut fixé au 1er juillet 1530.
Au jo u r dit, Le convoi arrivait de B ayonne à H endaye. Il était
composé de trente mulets portant chacun quarante mille écus et
conduits p a r cent hom m es de pied et trois cents hom m es d ’arm es.
Une troupe de cavalerie et de gentilshommes, aux costumes éclatants,
éblouissaient de leur luxe les populations. Après quelques
malentendus et tâtonnements, provenant de la méfiance des uns
v is-à vis des autres, l’échange p u t se faire ainsi q u ’il av a it été
prévu. Il était huit heures du soir, quand les deux g a b a rre s avec
leurs précieux chargements quittèrent les rives opposées et vinrent
se ranger aux bords du ponton sur lequel une ligne marquait
fa limite des p arties affectées, l’une à la France, l’au tre à l’E s p a –
gne. Ces illustres p erso n n a g es n’y séjournèrent p a s longtem ps
et, peu après, Eléonore d ’Autriche était en France où elle prenait
pied sur le territoire d ’H endaye en m êm e tem ps que ceux qu’elle
appelait déjà ses enfants.
Les Hendayais assistèrent alors à un magnifique défilé. En
prem ier lieu venait la reine, p ortée d ans une litière de d rap d ’or ;
le dauphin et le duc d ’O rléans l’a c c o m p ag n a ien t à cheval tandis
que les nom breuses demoiselles d ’honneur de la reine, assises
en selles, à la mode du Portugal, sur des haquenées luxueusement
harnachées et caparaçonnées de velours, suivaient la litière
deux à deux. Venaient ensuite la foule des gentilshommes dans
leurs costumes étincelants et enfin trois cents cavaliers qui fermaient
la marche. Ce fut un splendide spectacle dont on parla
pendant longtemps sur les bords de la Bidassoa.
Quelques années plus tard, le 13 juin 1565, les H endayais d ev
aien t voir un au tre souverain, le roi Charles IX, qui se rendit
à H endaye p o u r recevoir sa sœ u r Elisabeth, reine d ’E spagne.
Mais on manque de renseignements sur cet événement qui ne fut
q u ’un épisode après les d évastations que les E spagnols com m irent
dans le Labourd, en 1542, sous Sanche de Leiva et, quelques
années plus tard, sous B ertrand de la Cueva, duc d ’A lbuquerque,
vice-roi de Navarre. Pendant plusieurs années, la concentration
— 13 —
sur la frontière de troupes espagnoles destinées à être envoyées
sur divers théâtres d ’opérations de guerre, tro u b la bien souvent
le repos des H endayais ju sq u ’au jo u r où la paix de Vervins
(1598) leur assura une période relativement longue de tranquillité.
III.— Le XVIIe siècle
En octobre 1615 eut lieu le passage de deux fiancées royales.
Le projet de ce double m a riag e avait été eb auché p a r Henri IV ;
il fut réalisé cinq ans après sa mort, en 1615. Elisabeth de
France, sœ u r de Louis XIII, ép o u sa l’infant d ’E sp ag n e qui devait
devenir le roi Philippe IV, tandis que la s œ u r de ce dernier, Anne
d ’Autriche, devenait reine de F rance p a r son m a riag e avec le roi
Louis XIII. Voici d a n s quelles circonstances se fit l’échange des
deux princesses.
Il existait, d an s la B idassoa, à proxim ité du lieu où l’on construisit
plus tard le pont de Béhobie, une petite île, à peu près à
égale distance, à cette époque, de la rive française et de la rive
espagnole. On l’appelait prim itivem ent « île des cygnes », puis
« île de l’hôpital », lorsqu’elle devint la possession du prieuré de
Subernoa. P lus ta rd elle prit le nom « d ’île de la Conférence »
après le m a riag e de Louis XIV, et enfin celui « d ’île des F aisans »
sous lequel elle est surtout désignée de nos jours.
Depuis longtemps cette île était considérée comme un terrain
n eu tre entre la F rance et l’E sp ag n e et c’est là que se réunissaient
les délégués des deux nations, quand ils avaient à régler des
questions de frontière. C’est sa n s doute p our cette raison que cet
endroit fut choisi p o u r l’entrevue et l’échange des deux reines.
Un pavillon av a it été a m é n a g é d a n s l’île ; deux autres, e x a c te ­
ment semblables, sur les deux rives du fleuve sur lesquelles
étaient rangées les troupes et de nombreux musiciens.
Les deux reines arrivèrent en même tem ps, l’une de S ain t-Je an –
de-Luz, l’au tre de F ontarabie. Les b a rq u e s qui d evaient servir à
la traversée du fleuve étaient au pied de chaque pavillon, gardées
par des soldats et montées par des marins revêtus de costumes
uniformes. A son arrivée, Anne d ’Autriche, d o n n a n t la main au
duc d ’U ceda s’e m b a rq u a en m êm e tem ps que M adam e, a c co m –
pagnée du duc de Guise qui, lui aussi, la tenant par la main,
— 19 —
p ren a it place, de l’au tre côté du fleuve d a n s l’au tre barque, sem –
blable à la prem ière. Les deux b a rq u e s atteig n aie n t l’île un instant
après et les deux reines entraient, en même temps, dans la
salle de l’entrevue.
Le cérémonial, m inutieusem ent réglé à l’avance, co m p o rtait un
discours du duc de Lerma, au nom du roi d ’E spagne, et une ré-
ponse du duc de Guise pour le roi de France. Puis les deux reines
s’étan t em brassées, chacune en tra d a n s son nouveau r o y a u ­
me, au son des vivats poussés par les troupes, des accords des
musiques et des coups de canons qui remplissaient de leurs
échos la vallée généralement si tranquille de la Bidassoa.
C ep en d an t la guerre entre la France et l’E sp ag n e ne ta rd a it
pas à recommencer, pour durer, cette fois, presque sans interruption
pendant près de quarante ans. Les opérations antérieures
avaient permis de se rendre compte des avantages des Espagnols
sur les F rançais p ro tég é s q u ’ils étaient p a r le fort de B éhobie
et la place forte de Fontarabie, tandis que la France ne possédait
aucun o u vrage de défense au n ord de la B idassoa. L’am iral
Bonnivet avait bien fait élever à Hendaye quelques terrassements
garnis de pieux, mais cet ouvrage était absolument insuffisant.
Aussi le roi désira-t-il mieux fortifier cette frontière et,
p a r décision du 20 a o û t 1618, il o rd o n n a la construction d ’un fort
vis-à-vis de Fontarabie. On peut encore en voir quelques vestiges
au b a s de l’esplanade sur laquelle se trouve a u jo u rd ’hui le m o n u –
ment aux morts. Le projet comportait six grands bastions et
des logements pour trois ou quatre cents hommes.
Cette décision fut très mal vue des habitants qui adressèrent
leurs doléances au roi. Celui-ci chargea le gouverneur du Labourd,
le comte de Gramont, de les ram ener à la raison. Mais
l’im partialité de G ra m o n t était mise en do u te car il av a it été
nommé gouverneur du fort avant même sa construction. Les
choses traîn èren t en longueur, bea u co u p de te m p s s ’écoula,
lorsque le roi, p e rd a n t patience, do n n a l’ordre formel de com m encer
les travaux. Ceux-ci furent mollement exécutés et le fort
n ’était p a s term iné lorsque se produisirent les événem ents de
1636 à 1638.
— 20
*
* *
En 1635 la guerre avec l’E sp ag n e se p oursuivait d a n s le Nord.
Les prem ières opérations n ’avaient p a s été favorables au x a r –
mées françaises. La prise de C orbie et l’invasion de la B ourgogne
par les troupes ennemies avaient obligé Richelieu à concentrer
d an s l’est des effectifs im portants et, p o u r cela, à d é g a rn ir les
frontières qui n ’étaient p a s directem ent m enacées. C ’était le
cas de celle des Pyrénées et les Espagnols en profitèrent pour
concentrer dans le Guipuzcoa des troupes qui ne tardèrent pas à
franchir la Bidassoa et auxquelles le duc de Gram ont et le duc
de La Valette n ’eurent à o p poser que des effectifs insuffisants.
Aussi l’ennemi réussit-il à s ’em p arer de S aint-Jean-de-L uz et à
s ’établir d an s le L abourd q u ’il o ccupa p e n d a n t plus d ’un an.
Hendaye devint sa base de ravitaillement et les Hendayais durent
subir tous les inconvénients de cette situation. Elle ne cessa
q u ’en 1637, m ais les populations n ’en avaient p a s encore fini
avec les épreuves que la guerre entraîne toujours avec elle.
C ette longue occupation, la m enace q u ’elle av a it constituée
pour Bayonne, avaient fait une mauvaise impression sur le roi
et son premier ministre. Richelieu pensa que le meilleur moyen
d ’en éviter le retour était d ’imiter les E spagnols et d ’occuper un
point strate; que sur la rive gauche de la Bidassoa. Il décida de
s ’em p arer de F ontarabie, place forte d ’une v aleur m ilitaire de
prem ier ordre. M ais l’exécution de ce p ro jet n ’allait p a s sa n s
présenter quelques difficultés.
Pendant les dernières opérations les généraux français
s’étaient m ontrés très insuffisants ; il y avait eu en tr’eux de fré­
quents désaccords, des rivalités de personnes et des questions
de préséance qui avaient fâcheusement influé sur les résultats de
la campagne. Pour en éviter le retour, Richelieu confia le haut
co m m an d em en t à Condé, q u ’on appelait « M onsieur le Prince »,
le père du grand Condé, qui par sa haute situation, devait, dans
l’esprit du cardinal, im poser son au to rité à tous. Ses principaux
lieutenants étaient : le duc de La Valette, le m arquis de La Force
et le comte de Gramont. Leurs troupes réunies dépassaient le
chiffre de douze mille hommes, effectif nécessaire, car Fontarabie
était défendu non seulement par des ouvrages modernes pour
l’époque, mais par des marais qui rendaient son approche des
plus difficiles.
P h o to B lo c F r è re s
L a C orn ich e de S t-Je a n -d e -L u z à H e n d a y e
P h o to B lo c F r è r e s
L es D eux Ju m e au x
L ’Ile des F aisa n s
P h o to B lo c F r è re s
P h o to B lo c F r è r e s
L a B id asso a. V u e sur F o n ta ra b ie
— 23 —
Pour bloquer la place du côté de la mer, Richelieu envoya une
flotte de soixante voiles dont quarante-deux vaisseaux de haut
bord sous le com m andem ent d ’Henri de Sourdis ca rd in al-a rc h evêque
de Bordeaux. Mais auparavant et pour éviter les attaques
de la flotte espagnole, Sourdis partit à sa recherche et la trouva
dans la rade de Guetaria. Elle se composait de quatorze galions
et de trois frégates sous le com m andem ent de l’am iral Don Lope
de Hoces. La flotte française détruisit tous les navires espagnols
ainsi que le petit village de Guétaria. Tranquille de ce côté, Sourdis
ramena sa flotte dans la baie du Figuier et dans la Bidassoa,
établissant ainsi un blocus serré de la place.
Le siège com m ença le 22 juin 1638 et l’investissem ent fut un
fait accompli le 10 juillet. Au début tout sem bla faire prévoir
une prom pte capitulation ; m ais les choses ne ta rd è re n t p a s à
changer de face. Des questions de personnes intervinrent donn
a n t lieu à de fréquents conflits, des dissentim ents s’élevèrent
entre ces grands seigneurs et La Valette, par jalousie et mécontentem
ent de n ’avoir p a s le com m andem ent suprêm e, refusa de
faire marcher ses troupes. Condé lui-même ne put pas briser cette
résistance d ans son conseil et c’est ainsi que, les choses traîn an t
en longueur, firent échouer une opération sur laquelle on avait
fondé les plus belles espérances. Les Espagnols eurent le temps
de former une armée de secours qui fut amenée dans le plus
grand secret à Pasasges et à Renteria.
Le 7 septem bre au m atin cette troupe arriv a à l’erm itag e de
La G uadeloupe et se précipita sur l’arm ée française a v a n t même
q u ’elle eut pu reconnaître les assaillants et l’obligea à fuir d ans
le plus grand désordre, après avoir subi des pertes importantes.
Les g én é rau x s ’éch ap p è re n t non sans peine. Condé lui-m êm e
éprouva les plus grandes difficultés à gagner un des navires de
Sourdis qui l’am ena à S aint-Jean-de-L uz.
Cet abandon du siège fut une véritable déroute à la honte des
F rançais qui s ’enfuirent de toutes parts, d o n n an t un lam entable
spectacle au x E spagnols to u t surpris d ’une victoire aussi facile.
D ès lors s’explique-t-on difficilement l’inscription que l’on peut
lire sur une m aison de F ontarabie, d ’ap rè s laquelle les conditions
de la levée du blocus y auraient été discutées.
Richelieu fut consterné. Ainsi traduisit-il devant un Conseil
d’E ta t ex traordinaire le duc de La V alette qui, p a r ses intrigues
et ses refus d ’obéissance au x o rdres de Condé, était responsable
H E N D A Y E . — 2 .
— 24 —
du désastre. La Valette s ’em p re ssa de fuir en Angleterre. C ondamné
par contumace pour haute trahison à la peine de mort,,
il fut exécuté en effigie. Mais,, à la m o rt de Richelieu, il s’em –
p ressa de revenir en F rance et il ne ta rd a p as à être réintégré
dans ses honneurs et prérogatives.
Il est un intéressant épilogue au siège de F ontarabie. Il y av a it
sur le Jaisquibel une chapelle consacrée à N otre-D am e-de-IaGuadeloupe,
patronne de Fontarabie et que ses habitants tenaient
en g ra n d e dévotion. D ès l’arrivée des F rançais, ils sortirent sa n s
armes de leur ville et se rendirent processionnellement, sans être
inquiétés, à Notre-Dame-de-la-Guadeloupe pour y prendre la
sta tu e de cette vierge ; ils la pla cè re n t d év o tem e n t d a n s leur
église e t ne cessèrent de l’im plorer p e n d a n t le siège. L a p ré c a u –
tion n’était p a s inutile ca r le m arquis de La Force, p r o te s ta n t
sectaire, qui av a it établi son q uartier g énéral à cet endroit, s ’em –
p re ssa de faire faire un prêche p a r son aum ônier d a n s l’o rato ire
de la G uadeloupe. « M a in te n an t je m ourrai content, dit-il, j ’aurai
entendu, au moins une fois, exposer publiquement la religion de
Calvin en E spagne. » Il tra n sfo rm a ensuite la chapelle en écurie
pour ses chevaux. A près la levée du siège, il fallut un an au x
Espagnols pour la remettre en état. La madone y fut replacée,
en grande pompe, en 1639, le jour anniversaire de la libération
de Fontarabie et, depuis lors, tous les ans, à la même date, une
p rocession d ’actions de g râ c e se rend de la ville à la chapelle de
la G uadeloupe où l’on dit une messe.
P a sso n s v ingt ans. H endaye va être le tém oin d ’événem ents
les plus g ro s de conséquences p o u r la p aix de l’E urope, l’élaboration
du traité des P yrénées, en 1659, et l’entrevue de la C o u r d e
F ra n ce et de la Cour d ’E spagne, en 1660.
Lors de la conclusion du traité de W esphalie qui mit fin à la
gu erre de T re n te Ans, les négociations, en vue de la paix, n ’a –
b o u tire n t p a s avec l’E spagne. Il fallut encore plus de dix an s de
luttes et de négociations pour pouvoir arriver à une entente.
Mais, après la bataille des Dunes (1658) et la prise de Dunkerque,
qui livra les F landres à l’arm ée française, l’E spagne, déjà
aux prises avec de sérieuses difficultés dans le Milanais et avec
le Portugal, se montra mieux disposée aux accomodements.
— 25 —
Aussi les négociations ne tardèrent-elles pas à entrer dans une
p h ase plus active et, dès le com m encem ent de l’année 1659,
D on Antoine Pim entel, a m b a s s a d e u r d ’E sp a g n e et le m a rq u is
de Lionne, p o u r la France, av aien t a rrê té les g ra n d e s lignes d ’un
traité de paix. M ais il était réservé au x prem iers m inistres des
deux monarchies, le cardinal Mazarin et Don Luis de Haro, de
convertir ce projet en un traité définitif.
On désigna, comme lieu des conférences, la petite île dont il a
déjà été question. Le cardinal, parti de Paris le 24 juin 1659, arrivait
à Saint-Jean-de-Luz le 28 juillet accompagné du duc de
C réquy, du m inistre d ’E ta t de Lionne, des m a ré ch a u x de Villeroy,
de Clerambault, de la Melleray, du commandeur de Souvray et
d ’une cinquantaine de g ra n d s seigneurs. Son é q u ip ag e était m a –
gnifique. En plus de cent-cinquante personnes de livrée, il y en
avait autant composant sa suite, plus une garde de trois cents
fantassins, vingt-quatre mulets avec des housses brodées de soie,
huit chariots à six chevaux pour ses bagages, sept carosses pour
sa personne et quantité de chevaux de main.
De son côté, le ministre espagnol était arrivé à Saint-Sébastien
avec un équipage pouvant rivaliser avec celui de Mazarin.
A près des p o u rp arlers assez longs sur des questions d ’étiquette
qui avaient une importance capitale à cette époque, on fixa la
prem ière entrevue au 13 août.
L’île av a it été so m p tu eu se m en t am énagée. D an s la salle d e stinée
aux conférences, des deux côtés de la ligne imaginaire qui
la divisait par le milieu, étaient disposés deux tables pareilles,
deux fauteuils pareils et, un peu plus loin, la même disposition
pour les secrétaires. Deux ponts de bois permettaient les communications
avec les rives du fleuve.
Au jour fixé, le cardinal arriva en som ptueux équipage. Trente
carosses, attelés de six chevaux chacun, le portaient lui et sa
suite. Ils étaient précédés et suivis par des gardes à pied et à
cheval vêtus de ca sa q u e s d ’écarlate aux arm es de leur m aître.
M a za rin mit pied à terre et s’e n g a g e a su r le p o n t entre les haies
formées par ses gardes et deux cents mousquetaires.
Un q u a rt d ’heure après, don Luis de H aro se p résenta, a c co m ­
pagné, lui aussi, de soixante personnes dont plusieurs grands
d ’E sp a g n e et escorté p a r deux cents cuirassiers.
Le coup d ’œil des rives du fleuve couvertes de tro u p es et d ’une
foule considérable était des plus beaux.
Il y eut v in g t-q u a tre conférences p e n d a n t lesquelles les F ra n –
çais et les Espagnols firent connaissance et furent remplis de
prévenances les uns pour les autres. Au cours de la dernière
entrevue, le 7 novembre, le traité fut signé. La marche des négociations,
les difficultés que Mazarin eut à surmonter, les heureuses
conséquences du traité sont du dom aine de l’histoire générale
et ne sauraient trouver place ici. Le 12 novem bre les deux ministres
eurent un dernier rendez-vous p o u r p ren d re congé l’un de
l’autre. Ils éc hangèrent de riches p rése n ts et la sé p aratio n do n n a
lieu à un renouvellem ent d ’effusions et d ’accolades ac co m p ag n é es
des plus vives pro testatio n s d ’amitié, tandis que le duc de C réquy
p ren a it la route d ’Aix, où se tro u v ait la cour, p o u r an noncer à
leurs m ajestés l’heureux événem ent.
L’île des F aisans reto m b a d an s l’ab a n d o n , to u t en co nservant
ses bâtisses en planches qui avaient abrité tant de splendeurs.
M a is l’hiver p a s s a et de nouveau les ouvriers p rire n t possession
d e l’île et de ses abords. Il fallait faire plus g ra n d et plus b eau
p o u r l’entrevue des deux cours les plus pu issan te s de l’E urope et
p o u r les prélim inaires du m a riag e du roi de F rance avec l’infante
M a rie -T h é rè ze d ’Autriche.
Le roi d ’E sp ag n e ch a rg ea le g ra n d peintre V elasquez de la
direction des travaux. Celui-ci resta installé, pendant deux mois,
su r les bo rd s de la B id asso a em ployant à l’accom plissem ent de
s a tâche son goût sûr et son génie. M ais il fut mal récom pensé
d e s a peine, car il co n tra cta une fluxion de poitrine d o n t il
mourut.
On transforma et on embellit les bâtiments qui avaient servi
pour les conférences, chaque nation tenant à honneur de les rend
re dignes des g ra n d s actes qui devaient s’y p a s se r suivant un
cérémonial encore plus serré que précédemment. Chaque cour
désirait en effet rester sur son territoire, tout en étant dans une
salle commune. Aussi de chaque côté de la ligne de démarcation,
c h a q u e p artie était ex a ctem e n t sem blable à l’autre. En outre,
p o u r p erm e ttre l’accès du pavillon, on av a it construit de nouveaux
ponts à côté des précédents et on les avait recouverts de
galeries vitrées.
Tandis que Mazarin et don Luis de Haro revoyaient quelques
p o in ts du traité qui n ’avaient p a s été assez précisés, on m ettait
— 27 —
la dernière main aux préparatifs de la réception. Les entrevues
furent au n om bre de deux, m ais elles avaient été précédées d ’une
autre cérém onie exclusivem ent espagnole. Le 3 juin, d an s l’église
de F ontarabie, en p résence du roi d ’E spagne, don Luis de H aro,
représentant le roi de France, avait épousé, par procuration,
l’infante M arie-Thérèze.
Le lendemain, eut lieu, d an s l’île, une rencontre intime, de
ca ractère exclusivem ent familial, entre la reine Anne d ’Autriche,
son frère, le roi d ’E spagne, l’infante, le duc d ’Anjou et M azarin.
Les F rançais arrivèrent en carosse tandis que le roi d ’E s p a g n e
et sa suite étaient transportés dans deux magnifiques galiotes
richement décorées de peintures artistiques représentant des
scènes de la mythologie. Anne d ’Autriche n ’av a it pas vu son
frère depuis vingt-cinq ans. Aussi l’entrevue fut-elle des p lu s
cordiales, a u ta n t du moins que le p erm e tta it l’étiquette e s p a –
gnole renomm ée pour sa rigueur. On se sépara satisfaits les uns,
des autres.
Deux jours plus tard, on assista à une rencontre solennelle des
deux rois. C’était un dim anche, p a r une belle journée de juin. La
rivière était sillonnée de centaines de barques richement pavoisées,
une foule immense couvrait les deux rives le long desquelles
s’échelonnaient des milliers de soldats. Q uand les g ra n d s p e rsonnages
qui devaient se rencontrer et qui étaient arrivés dans
les mêmes conditions que la fois précédente, eurent pris place et
échangé quelques paroles de politesse, les deux rois se placèrent
à genoux sur des carreaux, en face l’un de l’autre, chacun avec sa
table, son écritoire, son évangile et son crucifix, le tout exactement
pareil. Après lecture du contrat, ils prêtèrent serment, la
main sur l’évangile. A ce m om ent le cardinal ouvrit une fenêtre.
C’était un signal convenu et aussitôt, des déc h arg es de m o u squeteries
parties des deux rives annoncèrent au monde la conclusion
de la paix.
L’infante re g a g n a F o n tarab ie avec son père tandis que la cour
de France revenait à Saint-Jean-de-Luz. Le lendemain seulem
ent l’île des F aisans vit p o u r la troisièm e et dernière fois, les
principaux personnages de la cour de France qui venaient chercher
leur nouvelle reine et on assista à la séparation émouvante
du roi d ’E sp ag n e et de sa fille qui ne devaient plus se revoir.
La petite île tém oin de ta n t d ’événem ents et appelée depuis
lors, « l’île de la C onférence », reto m b a d a n s le silence et l’oubli.
— 28 —
S ous l’influence du co u ra n t elle se d é g ra d a it rap id e m en t et m e n a­
çait de disparaître, lorsque, sous le second empire, on se préoccu
p a de la conserver et de l’embellir. On y p la n ta des arbres, on
y éleva un monument commémoratif du traité des Pyrénées et,
un peu plus tard, fut conclu un arrangement entre la France et
l’E spagne, en vertu duquel les co m m an d a n ts des statio n n aires
français et espagnols dans la Bidassoa sont chargés, à tour de
rôle, de la surveillance et de l’entretien de l’île et d e son m o n u –
ment.
IV.— Du XVIIIe siècle à nos jours
Le traité des Pyrénées fut un bienfait pour les riverains de la
Bidassoa qui avaient tant souffert des hostilités entre la France
e t l’E spagne. D epuis lors ju sq u ’au x gu erres d e la Révolution,
c ’est-à -d ire p e n d a n t plus de 130 ans, ils ne co n n u ren t plus les
ho rre u rs de la guerre. Au contraire, les b o n n es relations q u ’ils
entretenaient avec leurs voisins furent une cause de prospérité
relative. N éanm oins la ville ne s’était p a s b e a u co u p étendue. Au
com m encem ent du XVIIIe siècle on co n state l’ap p a ritio n d ’un
seul quartier nouveau dans les environs du prieuré de Subernoa.
M ais les divers do cu m en ts sur l’im portance d ’H endaye à cette
ép o q u e ne concordent pas. D ’après les uns, la chapelle du prieuré
était très fréquentée par les habitants des maisons voisines. On
y a u ra it com pté q u a tre cents com m uniants. D ’au tre s év aluent à
trois cent cinquante seulement le nombre total des habitants en
1726. Q uoiqu’il en soit, ceux-ci ne firent guère p a rle r d ’eux et
v écurent d ’une vie uniform e et peu agitée qui fait p en ser que,
com m e les peuples heureux, ils n ’eurent p a s d ’histoire.
On ne peut noter, pendant cette longue période, que des passages
de grands personnages ou de troupes se rendant sur le
théâtre de la guerre.
Le fort, term iné en 1666, av ait reçu une petite garnison. Il fut
m êm e question d ’en construire un au tre à la suite de l’incident
suivant.
— 29 —
En 1685, Vauban était venu dans la région pour inspecter les
divers o u v rag e s militaires. ll_s’adjoignit le m arquis d e Boufflers
et F. de Ferry inspecteur général des fortifications de Guienne.
A près avoir visité le fort d ’H endaye, ils p a s sè re n t la B id asso a
et, s ’éta n t rendus à L a M adeleine, fau b o u rg de F ontarabie, ils
essuyèrent des coups de feu qui furent par trois fois dirigés sur
eux p a r les E spagnols. P o u r m ontrer le m épris q u ’ils av a ie n t d e
leur « tiraillerie », V auban et ses deux co m pagnons ne quittèrent
le territoire espagnol q u ’une dem i-heure ap rè s que leurs insulteurs
se furent retirés. Mais, dans le com pte-rendu de cette visite,
a d re ssé à M. de Seignelay, secrétaire d ’Etat, V au b a n p ro p o sa it
d e pren d re F o n tarab ie p o u r avoir raison des injures q u ’il av a it
reçues ou bien de bâtir un fort pouvant contenir six ou sept cents
h o m m e s de garnison su r une la n g u e de te rre à l’em bouchure de
la B idassoa, a s su ra n t que c’était le m oyen de dom iner la ra d e en
même temps que les Espagnols et de permettre aux habitants
d ’H endaye de sortir en mer, p o u r aller pêcher, sa n s que leurs
voisins p u sse n t les en em pêcher. Le roi av a it d ’au tre s p réo c cu ­
pations et cette proposition resta sans suite.
*
Si aucun fait saillant ne se produisit d an s le co u ra n t du XVIIIe
siècle, les H endayais n ’en eurent p a s m oins l’occasion de voir
p a s s e r bien des g ra n d s p ersonnages. Le roi d ’E sp ag n e C harles II
a v a it désigné, en m ourant, p o u r son successeur, le duc d ’A njou
petit-fils de Louis XIV. Ce dernier ayant accepté le testament,
le nouveau roi se rendit dans son royaume en passant p ar Hendaye,
le 17 juillet 1701. Il n ’y eut aucune réception officielle à
cette occasion. Les deux frères du duc d ’Anjou, les ducs de B o u rg
o g n e et de B erry l’ac co m p ag n è re n t ju sq u ’à H endaye, d ’où ils
revinrent à B ayonne, tandis que le roi d ’E sp a g n e continuait son
chemin ju s q u ’à M adrid.
La guerre qui suivit cet événem ent; fut l’occasion du p a s s a g e
de nombreuses troupes. Le maréchal de Berwick, chargé de porte
r secours au roi d ’Espagne, était p a s sé le prem ier. En février
1704, on vit dix régim ents d ’infanterie, onze de cavalerie, d e u x
compagnies de canonniers, de nombreux détachements de recrues
et des convois de prisonniers. Ces passages intermittents
— 30 —
cessèrent ap rè s la victoire d ’A lm anza qui mit fin au x hostilités,
en 1709.
La guerre ay a n t recom m encé en 1718, cette fois avec l’E sp a –
gne, le maréchal de Berwick revint avec une armée et mit le
siège devant Fontarabie qui capitula en juin 1719. Les hostilités
se poursuivirent loin de la frontière, ju s q u ’à la conclusion de la
paix en 1720. Le 22 août de cette année, les troupes qui avaient
pris Fontarabie et Saint-Sébastien repassèrent la frontière.
Le traité de paix avait prévu le m ariage du roi Louis XV avec
l’infante d ’E sp ag n e et celui de Mlle de M ontpensier, fille du
régent, avec le prince des Asturies. L’éc hange de ces deux princesses
eut lieu à Hendaye avec le cérémonial accoutumé, le 9
janvier 1722.
Les H endayais virent bien d ’au tre s g ra n d s p e rso n n a g e s : la
reine Marie-Anne de Neubourg, la princesse de Beaujolais,
M arie-A ntoinette d auphine e t b e a u co u p d ’au tre s g ra n d s seigneurs
et grandes dames.
M ais la Révolution ap p ro c h ait et les h ab itan ts d ’H endaye
allaient connaître, une fois de plus, les vicissitudes de la guerre
d’une manière encore plus cruelle que précédemment.
Le 7 m ars 1793, la Convention av a it déclaré la guerre à l’E spagne.
Or les Espagnols disposaient, sur la frontière, de vingtquatre
mille hommes sous les ordres du général Caro, tandis que
les F rançais n ’avaient que huit mille hom m es com m andés p a r le
général Moncey. Ils n ’avaient aucun o u v ra g e de défense, ca r le
fort d ’H endaye était dépourvu d ’artillerie et de garnison. Le
général Reinier, qui commandait les troupes du Labourd, les
avait concentrées à Saint-Jean-de-Luz, en attendant des renforts
laissant H endaye ex posé aux coups de l’ennemi. Celui-ci
se h â ta d ’en profiter.
Sans que rien fit pressentir une attaque, le 25 avril 1793, un
feu subit s’ouvre de F o n tarab ie sur H endaye, alors que les h a b itants,
sa n s méfiance, étaient plongés d an s le sommeil ; la plup
a r t d ’e n tr’eux so n t éc rasés sous les d éc o m b res des m aisons
qui s’écroulent enflam m ées sous l’effet des bo m b e s qui pleuvent
sur la ville, et pour achever sa ruine, profitant du désordre iné-
vitable q u ’avait p roduit cette a tta q u e inopinée, les E spagnols
traversent la rivière et, p ar le moyen de torches, m ettent le feu
aux m aisons que le b o m b a rd e m en t n ’avait p a s atteintes. A la
nouvelle de cet événement, Reinier accourut avec ses troupes.
L’ennemi à son tour, est refoulé sur l’autre rive, l’ép é e aux
reins, par les Français qui se livrèrent, sur le sol espagnol, à
des représailles. M ais H endaye n ’en était p a s m oins un m onceau
de ruines.
Elle le resta lors des g uerres d ’E sp ag n e sous N apoléon et lors
de l’invasion du territoire français p a r les arm ées de W ellington,
en 1813. P e n d a n t longtem ps encore H endaye n ’exista plus.
— Que sont devenus les habitants de ce lieu ? demandait un
voyageur, en 1820, à un vieillard d ’H endaye assis en guenilles
sur quelques ruines.
— Les uns sont morts, dit le Labourdin, en se levant, quelques-uns
ont émigré, la guerre a disséminé le plus grand nombre,
les au tre s sont ensevelis d an s le g ra n d cham p derrière l’église.
— Quel cham p ? d e m a n d a l’interlocuteur.
— Le B a sq u e r e g a rd a fixement l’hom m e frivole qui ne l’avait
p as com pris et, faisant du b ras un geste solennel, il montra…
l’Océan.
D an s un au tre ordre d ’idées, voici ce q u ’écrivait, plus tard,
en 1834, M. L acour : « H endaye n ’existe réellem ent que sur la
» ca rte ; elle n ’offre que des décom bres. Ses h a b ita n ts sont dis-
» persés, son industrie tuée. Je vois p a rto u t la dévastation, la
» solitude et le deuil. Quelques ra re s m aisons s’élèvent à trav e rs
» ses rues désertes et a u -d e ssu s de ces p an s de m urs cachés
» sous le lierre qui se plaît à les tenir em brassés. On croit se
» p ro m en er au milieu de catacom bes. » Et un peu plus loin,
l’a u te u r ajoute : « P ourquoi H endaye, sous la protection de la
» g ra n d e famille à laquelle elle appartient, ne sortirait-elle p a s
» de cet état de désordre, d ’a b a n d o n et de stupeur d o n t elle offre
» la hideuse im age ? »
Ce vœu a été exaucé. Quelques années plus tard, Hendaye
renaissait à la vie, grâce au chemin de fer, et, de nos jours, les
b ain s de m er et le tourism e l’ont porté à un deg ré de p rospérité
q u ’elle n ’av a it ja m ais connu, ainsi q u ’on le v e rra d a n s les p a g e s
suivantes.
CHAPITRE III.
Monuments — Curiosités
Hommes célèbres
Ainsi q u ’on l’a vu d an s le chapitre précédent, H endaye, quoiq
u ’a y a n t des origines lointaines, est de création récente. On ne
sa u ra it donc être surpris de n ’y tro u v er aucun m on u m e n t
ancien. L’église, bien que datant, to u t au m oins la p artie la plus
ancienne, du XVIIe siècle, ne p rése n te aucun c a ractère d e style.
Il n ’y a, d an s toute la com m une, q u ’un o bjet jugé digne de figurer
sur l’inventaire supplém entaire des m onum ents historiques ;
c’est une croix de pierre.
Elle se trouvait autrefois dans le cimetière qui entourait l’é-
glise, comme dans toutes les paroisses du Pays Basque. Depuis
son inscription su r l’inventaire supplém entaire des m onum ents
historiques, elle a été placée to u t p rès de l’église, à côté d ’un b r a s
du transept où elle est mieux protégée que précédemment.
La croix elle-même est des plus simples. Sur le bras, on peut
lire, g rav é e en cham plevé, l’inscription co u ra n te : « O crux ave
spes unica » M ais ce qui attire su rto u t l’attention, c’est le socle
su r lequel elle repose. Il a la form e d ’un cube su r les q u a tre faces
verticales duquel sont g rav é s des dessins assez curieux. S ur l’une
on voit un écartelé avec un A dans chaque canton. Peut-être
a -t-o n voulu rep rése n ter l’initiale de la ville à une époque où
H endaye s’écrivait A ndaye. Sur la face voisine est sculptée une
g ra n d e étoile ; sur une autre, un cro issan t de lune à profil
humain avec un œil largement ouvert. Enfin, la quatrième face,
ou p lu tô t la prem ière, a tten d u q u ’elle est parallèle au b r a s d e la
croix, présente une tête de monstre avec une large gueule
— 33 —
ouverte. Si l’on rap p ro ch e ce dernier dessin d e l’inscription de
la croix, on sem ble fondé à pen ser que l’au teu r a voulu rep ré-
s e n te r la p o rte de l’Enfer o pposée à l’espérance du ciel d o n n ée
p a r l’inscription. On trouve en effet assez so u v en t des m otifs
sim ilaires d an s l’iconographie du M oyen Age. Il n ’est p a s p ossible
de fixer la date de cette croix. Tout au plus pourrait-on la
faire rem onter au milieu du XVIIe siècle à l’époque de la co n struction
de l’église, lors de la création de la paroisse.
Mais, si Hendaye est plutôt pauvre en monuments, on peut
dire que la qualité com pense la quantité. C ’e s t bien le ca s en
effet du châ te au d ’A bbadia, situé à l’origine de la pointe S ainteAnne.
Bien que de construction relativem ent récente, c’est un
superbe édifice qui ajoute encore à la beauté du magnifique dé-
c o r qui l’entoure.
Son prem ier propriétaire, M. A ntoine d ’A b b ad ie d ’A rrast,
éta it basque, originaire d ’A rrast, en p a y s de S o ule. P assio n n é
p o u r l’étude des sciences, il se fit rem arquer, de bo n n e heure,
par ses connaissances multiples qui lui valurent, à plusieurs
reprises, des m issions d a n s les p a y s d ’outre-m er. Il les rem plit
avec un succès qui le désigna comme une des personnalités les
plus en vue du monde savant et ne fut pas étranger à sa nomin
ation de m em bre de l’Institut, en 1867.
P arm i ses n o m b reu ses expéditions, il faut su rto u t m entionner
celle qui le conduisit en Abyssinie, en 1836. Il y fit un séjour de
quinze ans coupé par quelques voyages en France et ailleurs
et, p e n d a n t ce tem ps, il e x p lo ra le p ay s com m e il ne l’a v a it
jam ais été par des Européens. Le Négus le com bla de biens et
lo rsq u ’il revint en France, il r a p p o rta une foule d ’ob je ts et d e
documents précieux parmi lesquels une collection de parchemins
les plus rares, a u jo u rd ’hui d an s la bibliothèque de l’Institut à
Paris.
Revenu en France, en 1865, à l’â g e de 55 ans, M. d ’A b b ad ie
renonça au x g ra n d s v o y ag e s et c’est alors q u ’il ac h e ta de g r a n ­
des étendues de terrains, au nord d ’H endaye et q u ’il com m en ç a
la construction du ch â te au d ’A bbadia. Il ne q u itta plus cette
belle résidence ju sq u ’à sa m ort survenue en 1897 et il s ’y cons
a c ra à des tra v a u x su r l’A stronom ie et la P hysique du Globe.
— 34 —
Aussi, lorsque, vers 1880, sur l’initiative de l’am iral M ouchez,
alors chef du bureau des longitudes, un accord fut intervenu entre
les puissances p o u r l’établissem ent de la ca rte du ciel, il
accueillit cette décision avec enthousiasm e et il d o n n a à l’Institut
son château pour être affecté à un observatoire qui participerait
à ce travail. Depuis lors, Abbadia est devenu une sorte
de sanctuaire de la science où l’on vit, c’est le cas de le dire,
dans le ciel étoilé. T a n d is q u ’à quelques centaines de mètres,
dans les nou v eau x quartiers d ’H endaye, on ne songe q u ’aux
distractions et au plaisir, là-haut, par les nuits sereines et dans
le calme le plus absolu, des jeunes gens procèdent à la détermination
de coordonées d ’étoiles, sous la surveillance d ’un ecclé-
siastique aussi m odeste que distingué, M. l’a b b é Calot, directeur
de l’observatoire.
Mais, à l’exception de trois grandes salles affectées aux instru
m e n ts e t au personnel, le châ te au d ’A b b a d ia a été conservé
tel q u ’il était du tem ps de ses propriétaires. M. d ’A bbadie qui
n ’était p a s seulem ent un savant, m ais aussi un hom m e de goût,
p assait le tem ps q u ’il ne consacrait p a s à la science, à orner et à
embellir sa résidence. Aussi en a-t-il fait un véritable musée. Il
n ’est p a s une pièce, un panneau, un meuble, un objet qui ne soit
une œ u v re d ’a rt et n ’attire l’attention. C haque salle a son c a ra c –
tère individuel (Arabe, Allemande, Irlandaise, Abyssine, etc…)
et partout ce sont des proverbes ou des sentences morales, empruntées
au folk-lore de chaque pays, inscrits sur les murs ou
gravés dans le bois.
A l’extérieur, sur la p orte d ’entrée, c’est un vers anglais qui
accueille le visiteur : « Cent mille bienvenues ».
D ans le vestibule on peut lire quatre vers latins sur le même
sujet.
D an s un ch a rm an t petit salon d ’attente, on lit ces p roverbes
a ra b e s : « L’aiguille habille tout le m onde et reste nue », « Reste
avec Dieu et il reste ra avec toi », « Dieu, quoique bon ouvrier,
veut co m pagnon de travail ».
Sur un vitrail du vestibule « Plus estre que p a ra istre ».
Dans la bibliothèque: « T o u t buisson fait om bre», et «il
suffit d ’un fou p o u r jeter une gro sse pierre d an s un puits ; il faut
six sa g e s pour l’en retirer ».
Sur chaque cheminée il y a une inscription relative au feu,
telle que celle-ci : « Je réchauffe, je brûle, je tue » ; et cette au-
tre, bea u co u p plus poétique : « Que votre âm e soit sem blable à
la flamme ; q u ’elle m onte vers le ciel ».
Dans la salle à manger, toute tendue de cuir, chaque siège
porte une syllabe abyssine et, lorsqu’elles sont toutes réunies, ces
syllabes form ent la p h rase suivante : « Dieu veuille q u ’il n ’y ait
aucun traître autour de cette table ». Sur un m ur de la même
pièce : « Les larm es sont l’éloquence du p au v re ».
D ans la cham bre d ’honneur l’inscription suivante entoure le
lit : « Doux sommeil, songes dorés à qui repose céans ; joyeux
réveil ; m atinée propice ».
Dans une autre pièce, on peut lire quatre vers empruntés à
Schiller : « T r ip le est la m arche du tem ps, hésitante, m ystérieuse
: l’avenir vient vers nous ; rapide com m e la flèche, le p ré –
sent s ’enfuit ; éternel, imm uable, le p a s sé dem eure ».
Nous terminerons cette énumération, déjà peut-être un peu
longue, en signalant les peintures murales du vestibule et de
l’escalier. Ce sont des scènes de la vie abyssine. L’une repré­
sente un chef faisant un discours dont il désigne la ponctuation
par des coups de fouet. Un certain nombre de coups correspondent
au point, aux virgules, etc…
Dans une autre, on voit une école où le maître, un gros Abyssin,
à la figure rébarbative, est ac co m p ag n é d ’un esclave te n an t
un m artinet do n t il m enace les élèves. Ceux-ci sont attach és à
leur banc avec de grosses chaînes afin de les obliger à se tenir
tranquilles et éviter q u ’ils ne fassent l’école buissonnière.
On com prend, d ’ap rè s ces exemples, que l’intérieur du c h â ­
teau d ’A b b ad ia soit bien en harm onie avec l’extérieur.
—- 3 5 —
T o u t autre est la m odeste m aison m a u re sq u e que l’on a p e r-
çoit au b ord de la B idassoa, à côté des ruines de l’ancienne
redoute. Celui qui en fit sa dem eure, lui non plus, n ’était pas
H en d a y ais ; m ais les d eu x nom s « H endaye » et « Pierre Loti »
s o n t devenus inséparables et on ne p eu t p ro n o n ce r l’un sans
penser a l’autre. Voici d an s quelles circonstances Loti fut am ené
à connaître Hendaye.
En 1892, alors officier de marine, il était nom m é au co m m an ­
dem ent du « Javelot » g ard e -p ê ch e d an s la B idassoa. Le P ay s
B asque fut pour lui une révélation. Il ép ro u v a p o u r ce p a y s un
en th o u siasm e qui alla g ra n d issa n t à m esure q u ’il le co n n u t m ieux
e t qui ne le q u itta q u ’avec la vie. Il a c h eta la m aison m a u re sq u e
en b o rd u re de la B idassoa, cette m aison qui est encore com m e
il l’a connue et où se rendent, au m oins une fois, en p èlerin ag e,
to u s ceux que les h a sa rd s de l’ex isten ce am èn en t à H endaye e t
que ne laisse n t p a s indifférents nos gloires littéraires. Il y revint
so u v e n t d an s la suite et c’est d an s ce coin q u ’il a v a it ta n t aim é,
d an s cette m aison d ’où il a v a it si so u v en t contem plé le m agnifiqu
e p a y sa g e qui se d éro u la it so u s ses yeux, q u ’il ren d a it le d ernier
soupir, en juin 1923.
V oici quelques lignes, peu connues, qui so n t ses ad ieu x a u
P a y s B asque, lo rsq u ’il le q u itta p o u r e n tre p re n d re une cam p ag n e
d a n s les m ers de Chine :
Adio E u sk u alleria
« P a rtir ! D ans quelques jo u rs, d an s trè s peu de jo u rs, je
» se ra i loin d ’ici. E t il y a, p o u r to u te âm e hum aine, une intim e
» triste sse à s’en aller de tel ou tel coin de la te rre où l’on a v a it
» fait longue éta p e d an s la vie.
» Elle a v a it du ré six ans, m on éta p e im prévue au P ay s B a s-
» que ; il est vrai, avec des interm èdes de v o y ag e s en A rabie ou
» ailleurs, m ais to u jo u rs avec d es ce rtitu d e s de revenir. E t je
» g a rd a is ici une m aiso n n ette isolée qui, p e n d a n t m es ab sen ces,
» re sta it les vo lets clos ; où je retro u v ais, à m es reto u rs, les
» m êm es p etite s choses au x m êm es p laces ; d an s les tiro irs les
» fleurs fanées des p réc éd en ts étés… L entem ent je m ’étais a tta c h é
» au sol e t au x m o n tag n es de ce pays, au x cim es b ru n es du J a ïs –
» quibel p erp étu ellem en t d ressé là, d e v a n t m es yeux, en face d e
» m es te rra s se s et de m es fenêtres. Q uand on devient tro p las e t
» tro p m eu rtri p o u r s’a tta c h e r au x gens, com m e autrefois, c’e s t
» cet am o u r du te rro ir et des choses qui seul dem eure p o u r
» encore faire souffrir…
» E t j ’ai un délicieux au to m n e cette année, p o u r le dernier..
» Les chem ins qui, d e m a m aison, m ènent au m ouillage de m on
» navire, so n t refleuris com m e en juin. C ’e st là -b a s, ce m ouil-
» lage, au to u rn a n t de la B id asso a, co n tre le p o n t de p ie rres r o u s –
» ses, décoré des écu sso n s de F ran ce et d ’E sp ag n e, qui réunit,.
» p a r d essu s la rivière, les deux p ay s am is et sa n s cesse voi-
» sin an ts. T rè s refleuris, au soleil de n o vem bre ces chem ins
» qui, p resq u e ch aq u e jour, au x m êm es heures, m e vo ien t p a s –
— 36 —
» se r ; ça e t là des brin s de chèvrefeuilles, d e tro èn e s ou bien d es
» ég lan tin es ém erg en t to u te s fraîches d ’en tre les feuillages ro u –
» gis. E t les g ra n d s lointains d ’O céan ou des P y rén ées qui, p a r
» d essu s les haies, a p p a ra iss e n t en un déploiem ent m agnifique,
» so n t im m obiles et bleus. E t de là -b a s où je se ra i bientôt,
» l’E u sk u alleria que j ’ai h ab ité six ans, m ’a p p a ra îtra , d an s le
» recul infini, com m e un tran q u ille p a y s d ’om bre e t de pluie
» tiède, de h êtres e t de fougères, où so n n en t encore le soir, ta n t
» d e v én érab les cloches d ’églises. »
C ’est encore un m arin d o n t on p e u t ap e rcev o ir l’an cien n e
dem eure, plu s en am ont, au b o rd de la B idassoa, m aison to u te
m o d ern e ap p elée P rio ren a. Elle e st h ab itée p a r les d e sce n d an ts
d ’un de ces fam eux co rsaires, bien H endayais celui-là, d o n t les
a v e n tu res tien n en t du rom an. Il s’a p p e la it P ellot-M ontvieux e t il
a p p a rte n a it à une de ces n o m b reu ses fam illes de m arin s b a sq u e s
qui, de p ère en fils, « co u ra ien t sus à l’A nglais ». En 1627, lors du
sièg e de L a R ochelle p a r les arm ées du roi L ouis XIII, un de ses
an c être s a v a it com m andé un n av ire qui faisa it p a rtie d ’un convoi
d e rav itaillem en t p o u r l’île de Ré b lo q u ée p a r la flotte d e B uckingham
. Le succès de cette e n tre p rise a v a it valu au x H endayais
la p o ssessio n de la rive d ro ite de la B id asso a ju sq u ’à l’île d es
F aisa n s. E tienne P ello t-M o n tv ieu x a v a it d onc de qui te n ir e t il
d ép a ssa , en audace, ceux qui l’av a ie n t précédé.
E m b arq u é, en 1778, à l’âg e de 13 ans, il dev in t un de ces m arin
s d o n t le c a ractère in d é p en d a n t ne p o u v a it p a s se p lier à la
discipline de la m arine ro y ale et qui, au x hon n eu rs e t au x d ig n ités,
p référaie n t la vie im prévue e t pleine d ’aléa s qui é ta it celle
d es co rsa ires encore à cette époque.
O n ne sa u ra it, d an s un o u v rag e com m e celui-ci, ra c o n te r les
p ro u esse s de P ellot. N ous renvoyons ceux que le su je t in téresse
au x b io g rap h ies qui o n t été écrites su r lui (1 ). N ous no u s b o rn e-
(1) Voir « Le dernier des corsaires ou la vie d’Etienne Pellot-Montvieux
de Hendaye » par le capitaine Duvoisin et l’ouvrage plus récent :
« Le Corsaire Pellot par Thierry Sandre » publié par « La Renaissance
du Livre ».
— 37 —
— 38 —
rons à dire que pendant les guerres de la Révolution, du Consulat
et de l’Empire, ju sq u ’en 1812, Pellot fit une chasse continuelle
aux Anglais avec des navires armés par les armateurs de Bayonne
ou de Saint-Jean-de-Luz et souvent à ses frais. Sa vie, pend
a n t ses 34 années de course, est un véritable rom an d ’av e n tu –
res. Six fois prisonnier des Anglais, il s ’éc h a p p a six fois p a r les
m oyens les plus invraisem blables. Il était la te rreu r des Anglais
comme, avant lui, Jean Bart, Duquesne et Tourville et aussi
Surcouf, son contem porain. A défaut d ’au tre s preuves, il suffira
de rappeler q u ’une prime de 500 guinées était prom ise à qui le
ferait prisonnier, tandis que cette prime était de 5 guinées seulem
ent pour la capture d ’un capitaine ordinaire.
Retiré à H endaye en 1812, il y vécut à Prioréna, maison familiale
récem m ent reconstruite, et il se co n sac ra à ses enfants et
petits-enfants ju sq u ’au jour de sa m ort survenue le 30 avril 1856.
Cet homme qui avait mille fois exposé sa vie au milieu des pires
dangers, la conserva ju sq u ’à 91 an s !
Non loin de P riorena, sur la hauteur, au milieu d ’arb res centenaires,
on peut apercevoir une très ancienne maison qui conserve
l’a p p a rence des habitations du XVIIIe siècle. On l’appelle
Iranda. De l a est sorti un hom m e do n t l’existence, bien diffé-
rente de celle de Pellot-M ontvieux, n ’en est p a s moins des plus
curieuses et rappelle celle de certains héros de romans.
Iranda était une très ancienne seigneurie qui figure dans des
actes du XIIe siècle. Au XVIIIe siècle elle a p p a rte n a it à un H endayais,
Nicolas Arragorry, qui eut trois enfants, un garçon et
deux filles. Simon, le fils, après avoir passé quelque tem ps dans
son p a y s se décida à aller chercher fortune en E sp ag n e et il l’y
trouva. En très peu de tem ps il arriv a à une des plus h au tes
situations que l’on put esp érer m êm e à cette époque ; il devint
un des favoris du roi Charles III qui le nom m a conseiller honoraire
en son conseil des Finances. Il est p ro b ab le q u ’A rrag o rry
remplit ses fonctions avec distinction car, un peu plus tard, le
roi, en considération des services q u ’il en av a it reçus, lui conféra
un titre de Castille sous la dénomination particulière de
« m arquis d ’Iranda » pour lui et ses héritiers p a r lettres p aten te s
du 9 novembre 1764.
P h o t o B lo c F r è r e s
Le C asino
P h o t o B lo c F r è re s
C h â te a u d ’A b b a d ia

— 41 —
Devenu conseiller d ’Etat, A rrag o rry fut chargé, en 1795, de
négocier la paix avec le général Servant, com m andant en chef
de l’arm ée des P yrénées Occidentales.
La fortune q u ’il réalisa était considérable et il en fit un noble
usage en venant en aide à ses compatriotes lors de la destruction
d ’H endaye p a r les E spagnols. Il m ourut sans postérité et
laissa son titre et ses biens à un neveu, fils d ’une s œ u r m ariée
au seigneur d ’A rcangues. Ce titre fut reconnu p o u r la France
par lettres patentes de Louis AVI en 1782, confirmées par N apoléon
Ier et N apoléon III, en faveur des d esce n d an ts du prem ier
titulaire. La famille est encore représentée dans le pays par M.
P ierre d ’A rcangues, m arquis d ’Iranda.
Il serait difficile de citer d ’au tre s dem eures évocatrices du
passé dans une ville de construction récente. Cependant, sans
q u ’ils prése n ten t un ca ractère esthétique, il convient de faire
mention des vestiges de l’ancien fort que l’on p eu t encore a p e rcevoir
au bord de la Bidassoa. Il a été dit précédem m ent dans
quelles circonstances cet ouvrage avait été construit. Son achè-
vem ent fut suivi d ’une longue période de paix, conséquence du
traité des Pyrénées, p e n d a n t laquelle il ne fut plus d ’aucune utilité.
Aussi on le dépouilla de son artillerie, de sa garnison et il
n ’était plus g a rd é que p a r quelques m o rte -p a ies lorsqu’arriv a la
Révolution.
Il occupait tout l’em placem ent traversé p a r la route conduisant
à Hendaye-plage et sur laquelle se trouve le monument aux
m orts. D ’ap rè s le plan que l’on p o ssèd e et les so u b a ssem en ts que
l’on peut voir en c o n tre -b a s de l’esplanade, on p eu t dire q u ’il
était solidem ent construit et m êm e que la question d ’esthétique
n ’av a it p a s été p erd u e de vue. Bien abim é p a r l’artillerie e s p a –
gnole, lors des guerres de la Révolution, complètement ab an –
donné, il ne form ait plus q u ’un a m a s de ruines lorsqu’il fut démoli
à la fin du XIXe siècle.
*
**
On voit p a r ces quelques lignes qu’H endaye est plutôt p au v re
H E N D A Y E . — 3 .
— 42 —
en m onum ents, ce qui ne sa u ra it su rp re n d re q u a n d on se ra p p e lle
son histoire. Mais cette ville réserve à ses visiteurs mieux que
des œ u v re s de l’hom m e ; c’est le site adm irab le qui l’entoure, ce
sont les incom parables horizons q u ’on y découvre, c’est, en un
mot, une situation exceptionnellement favorable et qui en fait
une résidence des plus privilégiées.
CHAPITRE IV.
Vie Sociale – Commerce – Industrie
Sports
Au point de vue social, Hendaye présente le double caractère
d ’être une station balnéaire, d o n t la population fait plus que
doubler p e n d a n t les m ois d ’été et de vivre, p e n d a n t to u te l’a n n ée
d ’une vie qui lui est propre.
Ainsi q u ’il a été dit plus haut, l’o u verture de la ligne de chemin
de fer de Paris à M adrid a été le signal de la renaissance
de cette petite localité qui, depuis les guerres du Premier Empire,
n ’av a it fait que végéter. Non seulem ent les form alités de douane
p o u r le p a s s a g e des m a rc h an d ises d ’un p a y s à l’autre, m ais
aussi leur transbordement, conséquence de la différence de voies
en F rance et en E spagne, am en è re n t b e a u c o u p d ’étra n g ers qui
se fixèrent à H endaye, en m êm e te m p s q u ’un n om bre élevé
d ’em ployés de chemin de fer. C ’est alors que com m ença a se
former le quartier dit de la gare.
A l’origine, c’est-à -d ire en 1857, on ne sa v ait p a s encore ce
que donneraient les chemins de fer. Beaucoup, parmi les personnes
les plus éclairées, ne p en saien t p a s q u ’ils du sse n t prendre
une extension aussi considérable que celle q u ’ils o n t prise. Les
résu ltats de l’expérience n ’o n t p a s ta rd é à lever les do u te s et a
montrer que la conséquence de ce nouveau mode de transport a
été une véritable transformation de la vie sociale. Depuis cette
époque, le trafic de la g a re d ’H endaye a b ea u co u p v arie et a s u b i
_ 44 —
des fluctuations considérables qui ont eu naturellement une
grande répercussion sur les habitants en vivant directement ou
indirectement.
Voici quelques chiffres qui donnent une idée de son importance
:
Le tonnage expédié par cette gare en 1913 a été de 199.000
tonnes ; celui de l’année 1932 a atteint 390.581 tonnes p a r suite
de diverses circonstances et en particulier des suivantes. Ces
dernières années, en raison de n o u veaux tarifs d ouaniers et d ’accords
entre les compagnies de Chemins de fer, un très gros trafic
d ’o ran g e s s ’est créé entre l’E spagne, la France et certains p a y s
du Nord qui en recevaient une petite quantité auparavant. Four
s ’en faire une idée, il suffira de citer quelques chiffres concern
a n t l’année considérée, c’e st-à -d ire 1932. Il a été expédié
d ’H endaye, v en a n t d ’E spagne, 32.000 w a g o n s tra n sp o rta n t
146.000 tonnes d ’o ran g es et a y a n t ra p p o rté aux com pagnies
françaises 42 millions de francs.
On conçoit q u ’un sem blable trafic justifie l’emploi de beaucoup
de monde. Le nombre des commissionnaires en douane, qui est
habituellem ent d ’une cinquantaine, atteint 105 p e n d a n t la ca m ­
pagne des oranges et chacun emploie une moyenne de trois commis.
Le transbordement nécessite 60 équipes de manoeuvres à
5 hommes chacune, soit 300 personnes, sans compter les journaliers
perm a n en ts évalués à une centaine d ’hommes. Le personnel
fixe de la g are est de 300 hom m es ; celui de la D ouane de 120.
Il faut dire que tout ce m onde n ’habite p a s H endaye ; bea u co u p
vivent à Irun. On n ’en p e u t pas moins évaluer à 600 ou 700 le
nombre de personnes dont la présence est justifiée par le trafic
tran sitan t p a r la g are d ’H endaye. On voit donc l’influence considérable
que sa création a eue sur la renaissance de cette ville.
C ep en d an t il ne faudrait pas conclure de ce qui précède
q u ’H endaye n ’a été une localité de tran sit que depuis la création
du chemin de fer. Sa situation sur la frontière l’a mise en relations,
à toutes les époques, avec les villes voisines de la France
et de l’E sp ag n e entre lesquelles elle servait d ’intermédiaire. Les
intérêts commerciaux en jeu étaient si importants que, même
p en d a n t les g uerres si fréquentes entre ces deux nations, il se
— 45 —
faisait des traités de commerce entre ces localités. Les députés
français et esp ag n o ls se réunissaient d an s l’île des F aisa n s et
convenaient de tous les articles de ces traités q u ’on ap p e la it
« de bonne correspondance ». Ces traités étaient ensuite ratifiés
par les rois. Ainsi, pendant toute la durée des hostilités, les relations
com m erciales continuaient au g ra n d profit d ’H endaye qui
a s su ra it les échanges. Ces traités s’appliquaient aussi au x relations
par mer. Le premier dont on ait trouvé trace porte la date
d u 29 o ctobre 1353. Il y en eut bea u co u p d ’au tre s p a r la suite
ju s q u ’au XVIIIe siècle.
L a mer, il p ara ît superflu de le dire, a toujours joué un g ran d
rôle d ans l’existence des H endayais, q u ’ils fussent m arins ou
pêcheurs.
Le régim e incertain des e a u x de la B id asso a n ’a y a n t ja m ais
perm is d ’y créer un port, les m arins s ’enrôlaient sur des navires
équipés par les armateurs de Bayonne ou de Saint-Jean-de-Luz.
Quant aux pêcheurs qui étaient le plus grand nombre, ils
péchaient avec des embarcations en mer ou sur la rivière. Mais
l’accord ne rég n a it p a s to u jo u rs en tr’eux et les pêcheurs e s p a –
gnols. Les incidents étaient fréquents et se terminaient souvent
d ’une m anière tragique. Voici la relation d ’une affaire qui m ontre
combien les rapports pouvaient être tendus entre les riverains
des deux nations.
Les Espagnols prétendaient que la rivière leur appartenait
sur toute sa largeur. Partant de ce principe et au mépris des
revendications françaises, l’alcade de F o n tarab ie vint, le 23 ja n –
v ier 1617, ju sq u e sur le rivage d ’H endaye, à la poursuite d ’un
malfaiteur, étant porteur de son bâton de justice (1). Arrêté à
son tour, avec les bateliers qui le conduisaient, il fut envoyé p a r
les au to rités d ’H endaye au go u v ern e u r de la province, M. de
G ra m o n t, qui les em p riso n n a à B ayonne ju s q u ’à ce q u ’une enquête
eut été faite.
Mais, a v a n t q u ’elle fut term inée, les E spagnols, u sa n t de
(1) Aujourd’hui encore, en Guipuzcoa, le bâton est l’insigne des alcades
et des agents de police.
— 46 —
représailles, arrêtèrent et emprisonnèrent plusieurs pêcheurs
français qui naviguaient paisiblement sur les eaux de la Bidassoa.
Ils firent plus ; ils saisirent trois navires d e S a in t-Je a n -d e –
Luz armés pour la pêche à la baleine qui, à cause du mauvais
tem ps, s’étaient réfugiés d a n s la baie de F ontarabie.
L’affaire se com pliquait. Le com te de G ra m o n t sig n a la la situation
au roi Louis XIII qui traita la question p ar voie diplom
atique. Il d o n n a l’ordre de relâcher les E sp ag n o ls contre rem ise
des prisonniers français. Cet échange eut lieu le 4 mai 1617.
Mais, au moment où les pêcheurs français libérés abordaient
s u r la côte d ’H endaye, le ch â te au de F o n tarab ie leur envoya, en
guise d ’adieu, une volée de dix coups de canon. P erso n n e h eure
u se m e n t ne fut blessé p a r ces d é c h a rg e s ; m ais l’une d ’elles
e n d o m m a g e a sérieusem ent le clocher de l’église.
Cette nouvelle affaire donna lieu à une seconde enquête suivie
de longues conférences internationales dont le siège fut,
com m e toujours, l’île des Faisans. Les délégués français et e s p a ­
g n o ls n ’a v a ie n t p a s encore p u se m ettre d ’accord, lorsque les
négociations pour la paix des Pyrénées commencèrent le 13
août 1659. Mazarin et don Luis de Haro abordèrent aussi la
question de la B idassoa, m ais elle ne fut p a s suivie d ’une solution
imm édiate. Les négociations se poursuivirent entre d ’au tre s
plénipotentiaires et se terminèrent p ar un traité signé le 9 octobre
1685 et qui reconnaissait des droits égaux aux habitants
des deux rives de la rivière.
Depuis cette époque un stationnaire français et un stationnaire
espagnol séjournent en permanence dans la Bidassoa.
L eurs co m m an d a n ts veillent à l’exécution du traité et règlent
les différends de leur compétence qui peuvent se produire.
En ce qui concerne la pêche, à la saison du saumon et de
l’alose, c’e s t-à -d ire p e n d a n t les mois du printem ps, et p o u r éviter
les incidents entre pêcheurs français et espagnols, il fut décidé
q u ’ils p éc h eraien t à to u r de rôle. Au coup de midi, à l’église
d ’Irun, un des statio n n aires dev a it tirer un coup de canon e t les
p êc h eu rs de s a nationalité p o u v aien t seuls p êc h er ju sq u ’au coup
d e canon de l’au tre stationnaire le lendem ain à midi, et ainsi de
suite. Le règlement de 1685 a été modifié à plusieurs reprises
notam m ent en 1856, 1857 et 1879. Plus récemment de nouvelles
conventions ont modifié cette situation et rendu la pêche libre
pour tous et en tous temps dans la Bidassoa.
— 47. —
C ependant il faut ajouter que les intérêts en jeu ne sont p as
les m êm es q u ’autrefois. Le personnel vivant de la pêche sur la
rive française a p r e s q u ’entièrem ent disparu. Une trentaine d ’H endayais
seulement, ayant une autre profession normale, font seuls
la pêche pendant quelques semaines, tandis que, du côté espagnol,
le nom bre de pêcheurs de profession est assez élevé. M algré
cela il se produit encore, de tem ps à autre quelques incidents,
dûs, le plus souvent, à une fausse interprétation des règlements
p a r des a g e n ts subalternes ; m ais ils n ’influent p a s sur les relations
entre riverains lesquelles sont toujours excellentes. On en
a eu maintes preuves, notamment pendant la dernière guerre.
Les choses ne se p a s se n t p a s ainsi q u ’il vient d ’être dit d an s
la baie du F iguier com prise entre la pointe Sainte-A nne et l’extrémité
du Jaisquibel. On peut remarquer sur ces deux promontoires,
sur la promenade de la plage et dans la Bidassoa, des
sortes de pyramides placées deux par deux. Elles forment des
alignements qui donnent les limites des eaux françaises et des
eaux espagnoles ainsi que des eaux neutres intermédiaires dans
cette baie. Celle qui se trouve sur le mur de la plage, donnait,
avec une autre qui semble avoir disparu, la délimitation des eaux
territoriales au large de la baie du Figuier. Cette délimitation
est l’œ u v re de la com m ission m ixte des P yrénées qui existe
depuis le traité des Pyrénées et qui est toujours en vigueur.
En dehors de l’industrie de la pêche et du com m erce de tran sit
p a r le chemin de fer, H endaye n ’a ni industrie ni com merce. S a
richesse vient exclusivem ent de ces deux facteurs, si l’on excepte
cep en d an t les étran g ers d o n t il se ra question d ans le chapitre
suivant.
Il n ’en est p a s m oins vrai q u ’on trouve à H endaye to u t ce qui
est nécessaire p o u r les besoins de la vie courante. D ans l’a n –
cienne ville on peut voir de beaux magasins bien achalandés et
d o n t les E sp a g n o ls form ent une clientèle qui n’est p a s négligeable.
Il y a aussi à H endaye-Plage des m agasins dont beaucoup ne
— 48 —
sont ouverts que p e n d a n t la saison d ’été m ais suffisants p o u r
que les personnes en villégiature y trouvent à peu près tout ce
q u ’elles peuvent désirer. Du reste, le tra m w a y qui relie les deux
agglomérations et sur lequel circulent plusieurs voitures par
heure p erm e t e n tr’elles des com m unications rap id es et fréquentes.
Enfin le voisinage de l’E sp ag n e constitue p o u r tous une très
grande ressource. Malgré le change au profit des Espagnols, les
denrées et la plupart des marchandises sont, en Espagne, à des
prix bien inférieurs à ceux de la France et il y a là„ p o u r les
étrangers comme pour les indigènes des facilités dont tous profitent
largement.
S ’il en est ainsi de la vie matérielle, on ne p eu t p a s en dire de
m êm e de la vie intellectuelle. Il n ’est publié à H endaye ni jo u rnaux
ni revues, mais il y a plusieurs m ag asin s qui font la librairie
et, à défaut de journaux locaux, on y trouve les grands périodiques
français et espagnols et aussi les publications les plus
modernes.
A Hendaye, comme ailleurs, les sports trouvent pas mal
d ’am ateurs. Un terrain de foot-ball à H endaye ville, un au tre à
Hendaye-plage donnent toutes facilités à la jeunesse pour ce
sport si à la mode de nos jours. Les parties y sont fréquentes en
hiver, car il y a beaucoup de jeunes gens, libres le dim anche, qui
s’intéressent à ce genre de distractions. T rè s fréquents aussi
sont leurs déplacem ents p o u r se livrer à des m atches avec d ’a u –
tres sociétés.
Le golf lui-même est en honneur. Les terrains de la pointe
Sainte-A nne a p p a rte n a n t à l’Institut o n t été affermés et tr a n s ­
formés en un terrain de golf des mieux aménagés tant comme
étendue que d a n s ses détails. Il p rése n te 27 trous, sur un p a r ­
cours de 5700 mètres, longueur désormais exigible pour les
cham pionnats. Si l’on ajoute à ces av a n ta g es, la situation ém inem
m ent favorable de cet em placem ent, où l’on jouit co n stam –
m ent d ’une vue su p e rb e sur la m o n ta g n e et su r la mer, l’air
essentiellem ent salubre q u ’on y respire, on p eu t dire que ce terrain
de golf est de beaucoup le mieux situé de toute la région.
Enfin, il convient de m entionner aussi le sport de la natation,
d on t il est question au chapitre suivant.
CHAPITRE V.
Hendaye
Station climatique et centre touristique
La Côte B a sq u e ne jouit p a s d ’une très bo n n e réputation, au
point de vue du climat. Au dire de certains, la pluie y règne
p r e s q u ’en perm a n en c e ; elle est souvent ac co m p ag n é e de te m p ê –
tes et on y vit d a n s une atm o sp h è re d ’humidité continuelle. Il y
a une petite part de vérité dans cette appréciation et une grosse
p a r t d ’ex agération. Evidem m ent, on ne sa u ra it co m p arer le clim
a t de cette région à celui de la Côte d ’Azur. Les deux contrées
so n t très différentes l’une de l’au tre à tous é g a rd ; elles ont leurs
avantages et leurs inconvénients qui ne sauraient être mis en
parallèle.
En réalité le climat de la Côte Basque est un climat essentiellement
marin, avec des périodes de pluie au printemps et quelquefois
des dépressions du nord-ouest, principalement au voisinage
des Equinoxes. Mais, sauf dans des années exceptionnelles,
on ignore ce que sont les grands froids et les grandes chaleurs.
En été le therm omètre se maintient généralement à 2 ou 3
deg ré s plus b a s q u ’à l’intérieur des terres et il n ’arrive pas à 30°.
A la chute du jour, il se p ro d u it un ab aissem en t de tem p ératu re
qui rend les nuits fort agréables. En hiver le minimum se maintient
au-dessus de 5° et on traverse souvent des périodes assez
longues de vent de sud qui p o rte la te m p ératu re ju sq u ’à 15°, ce
qui est très apprécié des indigènes et des étrangers.
Du reste, il est une preuve certaine que le climat de cette ré­
— 50 —
gion est des plus sains, c’est q u ’elle a été choisie p o u r des
sanatoria. Ces établissements sont au nombre de deux.
Le plus ancien a p p a rtie n t à l’A ssistance P ublique de la ville de
P aris. Il est situé à l’extrém ité de la plage, abrité des vents d ’est
p a r la pointe S ainte-A nne et se com pose d ’un certain n o m b re de
pavillons isolés les uns des autres et servant de dortoirs, de
salles d ’étude et de réfectoires.
C réé en 1899, so u s le nom de « S an ato riu m d ’H endaye », il
reçoit les enfants de la ville de Paris provenant des hôpitaux
et qui o n t besoin de g ra n d air et d ’un milieu sain. A l’origine il
avait 250 lits. Mais ce nombre devint rapidem ent insuffisant pour
des besoins cro issants tous les ans et, en 1905, il fut a g ra n d i et
p u t recevoir 712 lits. G râce à ces nouvelles dispositions, il est
fréquenté par une moyenne annuelle de 1400 enfants des deux
sexes qui y font un séjour de 5 à 6 mois. Leur existence est partagée
entre un peu de travail, beaucoup de repos et surtout beaucoup
de grand air dont ils profitent p ar des prom enades aux
environs et de longues statio n s su r la plage. P e n d a n t l’été, les
bains de mer font naturellement partie du traitement.
L’au tre établissem ent, voisin de ce dernier, est situé su r la
hauteur, où il est exposé à l’air m arin que ne brise aucun o b s ­
tacle. C ’est une œ u v re privée a p p a r te n a n t à l’« Union des femm
es de France, de P a u » et qui répond au nom poétique de « Nid
M arin ».
Fondé en a o û t 1919, il se co m p o sait à l’origine d ’une seule m aison
co m p re n an t une soixantaine de lits seulem ent. M ais il devint
rapidement insuffisant pour des besoins de plus en plus grands
et on l’ag randit, à deux reprises, en 1925 et 1929, de m anière a
pouvoir disposer de cent lits de plus chaque fois. Actuellement
il p eu t recevoir 260 pensionnaires.
Le régime des enfants est, à peu de choses près, le même que
celui du sa n ato riu m de la Ville de P aris. On est frappé de l’o rdre
et de la propreté qui régnent dans cet établissement dont la
directrice, avec l’aide de plusieurs jeunes femm es, fait face, d a n s
les conditions d ’économ ie les plus appréciables, à une tâche
— 51 —
m atérielle et m orale des plus lourdes et d o n t elle s’acquitte à la
satisfaction de tous.
Les enfants des sanatoria ne sont pas les seuls à profiter des
bienfaits de la mer, car Hendaye est une des stations les plus
ap p ré cié es de la Côte B asque, bien q u ’elle soit de création ré­
cente. Sa plage longue de plus de deux kilomètres de la pointe
Sainte-Anne à la pointe des Dunes que baigne la Bidassoa, absolument
unie, sans sables mouvants, sans pierres, sans rochers
et formée du sable le plus fin, sans parler du site magnifique au
milieu duquel elle se trouve, est certainement une des plus belles
des plages de France. Aussi, de tous temps, les Hendayais ont-ils
pris des bains de mer. Quelques étrangers même venaient pend
a n t l’été, ce qui conduisit, il y a une cin q u an ta in e d ’années, à
construire l’établissem ent de bains actuel, avec un casino.
Cependant cette station resta longtemps sans se développer.
J u s q u ’à la fin du XIXe siècle, il n ’y av a it q u ’une im m ense étendue
de sable et des dunes avec quelques rares maisons au pied des
coteaux. Le sa n ato riu m de l’A ssistance P ublique fut le prem ier
étab lissem en t m o derne q u ’on y éleva, po sté rieu rem e n t au casino.
M ais, plus tard, on com prit l’intérêt q u ’il y av a it à m e ttre en
v aleu r un site pareil et sous le nom de « La F oncière d ’H en ­
d a y e », il se fonda, en 1910, une société immobilière. Les p re ­
m iers tra v a u x d ’un g ra n d p ro g ra m m e a u jo u rd ’hui en p a rtie r é a ­
lisé, consistèrent à construire le b o u le v ard s ’éten d a n t du s a n a ­
torium aux abords de la Bidassoa, le grand hôtel et à lotir les
te rrain s qui so n t a u jo u rd ’hui p r e s q u ’en tièrem ent construits. Les
villas s ’élevèrent alors com m e p a r e n c h an tem e n t et, a p rè s un
te m p s d ’arrêt, p e n d a n t la guerre, leur n o m b re devint tel q u ’on
voit m aintenant sur cette terre, il y a 25 ans nue et désolée, une
véritable ville avec les magasins indispensables à la vie journalière.
Aussi nulle station n ’est-elle plus ap p réciée et les b aig n eu rs
d eviennent tous les ans plus nom breux. C ’est que l’a ttra it exercé
par cette nouvelle ville se comprend. En outre du site en luimême
et de ses environs, on trouve peu de plages aussi vaste
que celle-là. Quel que soit le nom bre des baigneurs, ils peuvent
y stationner, y circuler à leur aise, sans se gêner les uns les
— 52 —
autres, com m e d an s beau co u p d ’au tre s endroits. Elle a un au tre
a v a n ta g e bien appréciable, c’est que sa déclivité vers le large est
très peu sensible. Si c’est un défaut, au gré des bons n ageurs,
c’est une g ra n d e qualité p o u r ceux qui ne sa v en t n a g e r que peu
ou pas du tout et qui constituent de beaucoup le plus grand
n om bre. C’est su rto u t une g ra n d e tranquillité p o u r les m ères de
familles qui peuvent laisser leurs enfants jouer à leur gré, en
toute sécurité.
P e n d a n t l’été, cette p la g e présente, sur toute sa longueur, un
coup d ’œil unique. On y voit une véritable fourmillière hum aine,
depuis les enfants du sanatorium prenant leurs ébats au pied de
la pointe S ainte-A nne ju sq u ’aux h a b ita n ts de la pointe des
D u n es qui n ’ont que quelques p a s à faire p o u r aller de chez eux
sur le sable.
Station essentiellement balnéaire, Hendaye est aussi un centre
de tourism e de prem ier ordre. Il est vrai q u ’il ne faut p a s chercher
d an s ses environs im m édiats, com m e d an s bea u co u p d ’a u –
tres stations des Pyrénées, des b u ts d ’excursions de g ra n d e
envergure. On n ’en p eu t p a s m oins faire d an s ses alentours immédiats
des courses tout à fait intéressantes. Le parcours de la
corniche basque, entre la pointe Sainte-A nne et Socoa, q u ’on le
fasse à pied ou par le tram way, est une des plus jolies prom en
a d e s que l’on puisse désirer.
La Croix des B ouquets, d ’où l’on jouit d ’une vue magnifique
s u r la F rance et sur l’E spagne, ne le cède à aucun au tre site du
pays.
Le petit village de Biriatou peut être donné comme le type du
village basque labourdin, dans un endroit charmant.
De l’au tre côté de la B idassoa, l’E sp ag n e offre des sujets
d’excursions plus attrayants les uns que les autres. Sans parler
de F o n tarab ie et d ’Irun où l’on revient to u jo u rs avec plaisir,
citons :
La vallée de la Bidassoa, desservie par un petit chemin de fer,
av e c ses vallées convergentes où s ’a b riten t les ch a rm a n ts villages
de Vear, Echalar, Yanci, Aranaz, Lesaca, Sumbilla, Mugaire
e t enfin Elizondo d ’où l’on p e u t g a g n e r B a ïg o rry p a r le col
d ’Isp ég u y ou A inhoa p a r le col de M aya.
— 53 —
T o u t près d ’Irun l’escalade de S aint-M artial p e rm e ttra d ’em ­
b ra s s e r d ’un coup d ’œil to u t le p a y s en to u ra n t H endaye, en m ê­
me tem ps q u ’elle év o q u e ra bien des souvenirs historiques. B ornons-nous
à citer un des plus anciens. En 1522, pendant une des
g u erres entre F rançois Ier et Charles Quint, les F rançais a v a ie n t
trav e rsé la B id asso a à B éhobie et s ’étaient em p aré du fort de
Gasteluzar. Les espagnols, dissimulés dans les bois et les
bruyères qui couvraient la montagne, tombèrent sur eux et les
mirent en déroute. Pour commémorer cet événement, on construisit
une chapelle et un ermitage sur cette petite montagne et
on les appela Saint-Martial, du nom du saint du calendrier à cette
date. On arriva par la suite, à désigner la montagne elle-même
sous ce nom. On y fait un pèlerinage le 30 juin.
P arm i les excursions que l’on p e u t faire en E sp a g n e les plus
jolies sont celles du Jaisquibel.
De son extrém ité, p rè s du phare, on jouit d ’une très belle vue
sur H endaye et la côte, que l’on p eu t voir, p a r les tem ps clairs,
ju s q u ’au delà de C apbreton.
Une p ro m e n a d e à la G u adeloupe est chose aisée et l’on est
bien récom pensé de la peine q u ’on a prise p o u r effectuer le tra je t
de trois kilom ètres qui la sépare d ’Irun.
Ces deux courses p eu v e n t faire l’o bjet d ’une seule prom enade,
en commençant par la seconde.
M ais l’excursion la plus reco m m an d é e et qui laisse une im ­
pression d urable à ceux qui la font est l’ascension du Jaisquibel
ju s q u ’à la redoute qui couronne son som m et. L a vue, de cet
endroit élevé de 543 mètres, d ’où l’on dom ine la m er et les
Pyrénées, ne saurait se décrire, surtout si on peut y aller en
a u to m n e p a r une journée de vent du sud. Le descente p e u t s’effectuer
par Renteria, si on est pressé, ou par Passages (San Juan)
que l’on ab o rd e p a r le goulet et que l’on trav e rse en entier av a n t
de gagner Renteria. Cinq à six heures suffisent pour cette randonnée,
sans se presser.
Enfin Saint-Sébastien, Passages, Renteria, Oyharsun sont des
buts de promenade très différents les uns des autres, mais ayant
tous leur charme et leur originalité.
Il convient d ’ajo u ter q u ’H endaye réserve bien des satisfac-
— 54 —
tions aussi bien à ceux qui n ’aim ent p a s à se d ép lac er q u ’a u x
a m a te u rs de courses. Rien q u ’à flâner sur la plage, à errer sur
la pointe des dunes ou sur les bords de la Bidassoa, à suivre le
v a et vient de la m arée qui tran sfo rm e l’estuaire ta n tô t en un
bassin coupé de canaux, tantôt en un véritable bras de mer, à
contempler, au coucher du soleil, les teintes si variées dont se
p a re n t le Jaisquibel et les n u a g e s ju sq u ’au m om ent où s ’allum ent
le phare du Figuier et celui de Biarritz, aperçu entre les Deux
Jumeaux, on éprouve une sensation de bien-être physique et
moral qui font regretter les jours et les heures qui passent.
Et c’est ce qui explique que très ra re s soient ceux qui, ap rè s
avoir passé quelques semaines à Hendaye, regagnent leur chez
eux sans esprit de retour.
B o is d ’H e n r i M a rtin –
TABLE DES MATIÈRES
C H A PIT R E Ier.
Vue d ’e n s e m b le ………………………………………………………………………….. 3
C H A PIT R E II.
Histoire :
I . — D es origines à la fin de l’occupation a n g l a i s e . . 9
II. — D e la fin de l’occupation anglaise au XVIIe siècle 11
III. — Le XVIIe siècle …………………………………………….. 17
IV.— Du XVIIIe siècle à nos jo u rs…………………… 27
CH A PITRE III.
Monuments — Curiosités — Hommes célèbres……………………… 32
C H A PITR E IV.
Vie sociale — Commerce — Industrie — S ports…………………. 43
C H A PIT R E V.
Hendaye, station climatique et centre de tourism e 50
I MP. J . GLIZE, BUE DURRIEU, SAINT-SEV EB. — TÉL. 6 1

VILLES DU SUD-OUEST
(Sous le patronage de la Fédération Régionaliste Française, de la Fédération
des S. I. de Guienne-Gascogne-Côte d’Argent, l’ appui de la Fédération des
S. I. des Pyrénées-Côte Basque et de nombreuses Sociétés Savantes).
La collection des Monographies des VILLES DU SUD-OUEST
a été fondée d a n s le b u t de vulgariser l’Histoire Locale et d ’aider
la cause du Régionalisme et du Tourisme.

A to u te s les m onographies, d ’un texte inédit, a présidé un
plan com m un se résu m a n t ainsi : Situation géographique, aspect
g én é ral ; Histoire ; H om m es illustres ; Curiosités, m onum ents ;
Vie sociale ; Com m erce, industrie ; Tourism e.
Les VILLES DU SUD-OUEST constituent une collection de
m o n o g rap h ies unique. Elles s ’a d re ssen t à to u s ceux qui s’in té­
resse n t à l’histoire et g éo g ra p h ie locales, à tous ceux qui veulent
s ’initier à la vie d ’une ville e t d e s a région im m édiate, au point de
vue du présent. La première série à elle seule réunit un ensemble
d ’environ 1500 p a g e s et g ro u p e près de 400 illustrations. Le to u t
forme une œuvre monumentale qui répond aux nécessités de
l’heure.
Bois d ’H en ri M artin.
C H A PIT R E Ier.
Vue d’ensemble
On est frappé, lo rsq u ’on arrive à H endaye, p a r la situation
pittoresque de cette ville, au bord du large estuaire formé par la
B id a sso a et au milieu d ’un cirque de m o n ta g n es et de h au teu rs
qui sem blent créées p o u r le plaisir des yeux. Au sud, l’erm itage
de Saint-Martial, se profilant sur le massif des Trois-Couronnes,
à l’ouest, la ville espag n o le et encore bien m oy e n n âg e u se de
F ontarabie, ajo u ten t à la b e a u té de ce d éco r unique et l’on
com p re n d dès lors l’enthousiasm e d ’un au teu r qui a qualifié cet
ensem ble de : « site m erveilleux que la N atu re sem ble avoir disposé
à dessein, pour servir de cadre aux grandes scènes historiq
u es ». Rien n ’est plus vrai et l’histoire d ’H endaye, ainsi q u ’on le
verra par la suite, est intimement liée aux événements qui se
sont déroulés dans ses environs immédiats.
Sa partie centrale et une des plus anciennes est située vis-à-
vis Fontarabie, sur la rive droite de la Bidassoa qui forme, sur
un parcours de 15 kilomètres environ, la frontière entre la France
e t l’E spagne. Mais, depuis quelques années, cette ville a p ris un
d éveloppem ent considérable ; de la p ointe du « to m b e a u », plus
couram m ent appelée « pointe Sainte-Anne », à son extrém ité
Extrait du plan d ’H endaye-V ille et H e n d a y e -P la g e , dressé par M. P u y a d e
Carte d ’H endaye du X V I I e siècle
D o c u m e n t c o m m u n iq u é par le M usée Basque à B a y o n n e
La Maison de Pierre L oti
sud, elle s ’étend sur une longueur de plus de 4 kilom ètres. Elle
e s t bornée, au nord, p a r la m er ; à l’ouest et au sud, p a r la
B id asso a et à l’est p a r la com m une d ’U rrugne do n t fait p artie
Béhobie. Ses m aisons b o rd en t la mer, le fleuve et s ’éta g e n t su r
les coteaux, g ro upées en sept quartiers : le b a s -q u a rtie r qui fut
le prem ier g ro u p em e n t d ’où est sortie l’H endaye m oderne ; il
entourait autrefois une petite baie, bien réduite a u jo u rd ’hui,
alim entée p a r les eaux de la B id asso a ; le quartier du centre ou
de l’église qui com prend l’église, la mairie, les services publics,
plusieurs hôtels et de nom b reu x m a g asin s ; le quartier de la g a re
formé autour de la gare internationale, lors de sa création, et
qui s’est développé au point de se réunir à ses voisins ; S antiago,
d o n t le nom vient d ’un établissem ent religieux où l’on h é b e rgeait
les pèlerins allant à Santiago de Compostelle ou en reven
a n t ; B arandéguy, lim itrophe des d eu x p récédents ; Belcénia,
au nord du b a s -q u a rtie r et confinant à celui de la pla g e ; enfin,
ce dernier, de création récente, est su rto u t com posé d ’hôtels et
de villas habités, p e n d a n t l’été, p a r une population de b a ig n e u rs
et de touristes.
Cette ville, si étendue et si p ro sp ère a u jo u rd ’hui, a connu, d an s
le passé, bien des vicissitudes. Modeste hameau de pêcheurs à
l’origine, elle est restée, p e n d a n t des siècles, une petite b o u rg
a d e sa n s im portance. Située entre la F rance et l’E spagne, elle
a beaucoup souffert de cette situation, au cours des nombreuses
guerres entre ces deux nations. Mais elle avait un fond de vitalité
qui lui a perm is de résister à une longue série d ’épreuves,
ju s q u ’au jour où la création du chemin de fer a été p o u r elle
l’origine d ’un développem ent qui en a fait une des plus favorisées
de nos villes frontières. Plus récemment, la création, sur ses
plages, d ’une véritable station balnéaire, a encore ajo u té à s a
prospérité.
H endaye a un ca ractère très particulier. On s ’y sent d a n s une
ambiance très différente de celle des autres villes de bains de la
région, ce que l’on doit a ttrib u er au voisinage de l’E spagne. S a
— 7 —
proximité de ce pays ami et accueillant lui donne en effet un
charme auquel les plus indifférents ne restent pas insensibles.
Mais, parm i ses visiteurs, il en est qui ne sau raien t se contenter
des satisfactions passagères du présent et qui aimeraient pouvoir
évoquer un peu du passé de ce pays, dont ils ont momenta
n ém e n t fait le leur. C’est p o u r eux que les p a g e s su iv a n te s
ont été rédigées. Ils y trouveront, brièvement exposée, la relation
des principaux événements qui se sont déroulés au voisinage
de la ville d ’H endaye et quelques considérations su r s a situation
actuelle.
— 8 —
C H A PITR E II.
Histoire
I .— Des origines à la fin de l’occupation anglaise
On doit se figurer la vallée de la Bidassoa, dans les tem ps
anciens, peu différente de ce q u ’elle est a u jo u rd ’hui. Seule la larg
e u r du fleuve a dû varier. L’estuaire, qui se dessine en aval de
Béhobie, était beaucoup plus large et formait, à marée haute,
une immense nappe liquide atteignant le pied des coteaux qui
l’encadrent. A m arée basse, toute cette étendue était fangeuse,
morcellée en de nombreuses îles, séparées par des canaux plus
ou moins larges et plus ou moins profonds qui se sont transformés,
au cours des siècles, et se transforment encore de nos
jours.
Par suite de cet état de choses, les communications entre les
deux rives étaient assez difficiles et on ne saurait être surpris
q u ’on ait choisi, p o u r les assurer, le point de l’estuaire le plus
rétréci, ainsi que l’indiquent les anciennes cartes qui font m ention
d ’un gué, et plus tard, d ’un p o n t à l’endroit où se trouve le p o n t
ac tu e l de Béhobie. C ’est p a r là que, p e n d a n t des siècles, se sont
faits les échanges entre les deux rives de la Bidassoa.
Existait-il alors une agglom ération quelconque à Hendaye ?
quelle fut l’époque de sa fondation ? p a r qui fut-elle peuplée ?
A u ta n t de questions auxquelles il n ’est p a s possible de répondre.
S an s doute au to u r de la petite baie occupée a u jo u rd ’hui p a r le
b a s quartier, pro tég é e des vents d ’est et d ’ouest p a r les h a u –
te u rs environnantes, d u ren t s’élever quelques hab itatio n s d ’indi-
— 10 —
gènes qui se livraient à la pêche et p o u r lesquels cet endroit form
ait un abri sûr. P eu t-être étaient-ce des au to ch to n e s ; p e u t-
être étaient-ils venus de contrées inconnues et se rattachaient-ils
aux Ligures mélangés de populations indo-européennes. Ce sont
a u ta n t de questions qui n ’ont p a s encore reçu de réponse.
On n ’est p a s mieux fixé sur les prem iers tem ps de leur histoire.
D ’ap rè s la tradition, la prem ière localité b â tie sur les b o rd s
d e la B id asso a au ra it été F o n tarab ie fondée, en l’an 907, sur le
territoire de la N avarre qui confinait alors à l’Océan.
La création d ’Irun serait postérieure à celle de F o n tarab ie et
rem o n terait seulem ent au XIe siècle, bien que, an térieu re m en t à
cette époque, peut-être même dans les temps préhistoriques, les
gisements de fer de la montagne Les-Trois-Couronnes aient
donné lieu à une exploitation qui semble avoir été assez intensive.
Q uant à H endaye, ce ne fut, à l’origine et p e n d a n t longtem ps,
q u ’un tout petit village d é p e n d a n t d ’U rrugne, une des p aro isses
les plus anciennes du p ay s de L abourd (1). Il en est fait mention,
a u XIIe siècle, d ans le cartulaire de la cath é d ra le de B ayonne et
elle englobait alors tout le pays compris entre la Nivelle et la
B idassoa. Avec le tem ps ce territoire arriv a à se peupler et il s’y
forma des quartiers importants qui finirent par se rendre indé-
p e n d a n ts et form èrent d ’au tre s paroisses. Ce fut le cas de Ciboure,
en 1613, et, plus tard, de Biriatou et d ’H endaye qui se
tro u v ait d a n s un vaste q uartier appelé « S u b e rn o a ». Il s ’étendait
des h au teu rs de la Croix des B ouquets à la crique d ’H aïçabia,
ta n d is q u ’à l’ouest, il était limité p a r la B idassoa.
D ’après la tradition, un gentilhom m e labourdin, seigneur de ce
pays, Guillaume de Subernoa, conseiller intime du vicomte de
Labourd, Bertrand, fonda, sur les bords de cette rivière, vers
l’an 1137, un hôpital p o u r les pèlerins de S ain t-Ja cq u e s-d e -C o m –
postelle. Cet établissem ent était tenu p a r des religieux de l’o rd re
des P rém ontrés do n t la m a iso n -m ère était à l’a b b a y e d ’A rtous
(1) Le Labourd, la plus occidentale (les trois provinces basques fran-
çaises, était bornée, à l’Est par la Basse-Navarre, au Nord par l’Adour, à
l’Ouest par l’Océan et au Sud par la frontière d’Espagne.
— 11 —
p rè s de P eyrehorade. Il faisait p artie d ’un prieuré p o r ta n t le nom
d e « S an tia g o » ou « S ain t-Jacq u es de S u b ern o a » e t était situé
sur les bords de la Bidassoa, dans le quartier encore appelé
« S an tiag o », un peu en am o n t du nouveau p o n t international.
*
**
Le nom « H endaye » vient de deux m ots b a s q u e s : « H andi »
g r a n d et « B a y a » baie. Son o rth o g ra p h e a souvent varié. On
trouve Endaye, Endaiye, A ndaye et H endaye qui n ’a p p a r a ît q u ’à
la fin du XVIIIe siècle. Q u an t à la B idassoa, elle s ’appelait, d a n s
les tem ps anciens, « Almichu ».
P arm i les rares docum ents qui font m ention d ’H endaye il en
est un qui fait allusion à un pont la reliant à Fontarabie. En
1309 en effet, des difficultés s ’étan t pro d u ites entre les h a b ita
n ts d ’H endaye et ceux de Castro-U rdialés, sa n s doute sur des
questions de pêche, deux députés français et deux espagnols se
réunirent « au milieu du p o n t de F o n tarab ie » p o u r ap lan ir ce
litige. Les cartes anciennes ta n t françaises q u ’esp ag n o le s indiq
u en t en effet les vestiges d ’un p o n t qui d û t sa n s doute d is p a –
raître au cours des nombreuses guerres entre les deux pays.
Q u o iq u ’il en soit p u isq u ’un po n t av a it été justifié c’est q u ’il y
avait sur les deux bords du fleuve deux localités assez importantes
et entretenant des relations suivies.
C ’est to u t ce que l’on p e u t dire car les d o cu m en ts que l’on
possède sur la région dans les temps anciens sont des plus rares,
les Anglais, quand ils durent évacuer le pays, en 1450, ayant
e m p o rté leurs archives avec eux. Il faut donc arriver à la seconde
p artie du XVe siècle p o u r entrer d an s la période v éritab lement
historique, car on trouve alors, dans les textes officiels,
des renseignements absolument sûrs.
II. — De la fin de l’occupation anglaise
au XVIIe siècle
P e n d a n t to u t le tem ps de l’occupation du L ab o u rd p a r les
Anglais, les com m unications entre la F rance et l’E sp a g n e se
— 12 —
firent surtout par Dax, Saint-Jean-Pied-de-Port et Pampelune.
Mais, après le retour de cette province à la France, cet itinéraire
lut un peu délaissé et on passa plus volontiers par Dax, Bayonne,
Hendaye et Tolosa. Très nombreux furent alors les rois, les
reines, les princes, les ambassadeurs, les généraux et les grands
personnages qui traversèrent la Bidassoa ou vinrent dans le
pays. On ne sa u ra it les m entionner tous m ais il n ’est p a s sans
intérêt d ’indiquer les p a s sa g e s qui furent les plus sensationnels.
Un des premiers événements qui m arqua le retour du pays de
L abourd à la France fut le voyage du roi Louis XI. Ce souverain
n ’était p a s mû seulem ent p a r le désir de visiter une province
ra tta ch é e depuis peu à son royaum e, il était aussi ch a rg é d ’un
a rb itra g e entre Henri IV, roi de Castille, et Jean II, roi d ’A ragon,
afin de rétablir la paix troublée par les Castillans. Ces derniers,
p rofitant des luttes en g ag ées entre Jean II et son fils, Charles
d e Viane, s ’étaient em p arés d ’une partie de la N avarre m éridionale.
Le roi de France alla s’installer au château d ’U rtubie situé à
U rrugne. De cette résidence, il se rendait à H endaye où av aien t
lieu les conférences. Il prononça, d an s ce village, le 4 mai 1464,
u ne sentence arbitrale en vertu de laquelle la province d ’Estella
était enlevée à la Navarre et passait à la Castille. Par ses allures
et sa manière de se vêtir, le roi de France provoqua quelques
sa rc a sm e s dissimulés car il eut été dan g e reu x de faire la m oind
re allusion désobligeante à son sujet. Il n ’en fit pas m oins une
bizarre impression sur les Castillans ainsi que le raconte Commines
dans les termes suivants :
« Notre roy se habilloit court et si mal que pis ne povaits et
» assez m auvais d rap aucune fois ; et portoit u n g m auvais c h a p –
» peau différent des aultres, et une imaige de plomb dessus. Les
» Castillans s ’en m oquèrent et disaient que c’etait p a r chicheté.
» En effect, ainsi se despartit cette assemblée pleine de mocque-
» rie et de picque : o n eques puis ces deux roys ne s ’aim erent et
» se dressa de grans brouillis entre les serviteurs du roy de Cas-
» tille qui ont duré ju sq u ’à sa m ort et longtem ps ap rè s et l’ay
» veu le plus povre roy, habandonné de ses serviteurs que je veiz
» jamais. »
Avant de quitter le pays, le roi de France lui concéda quelques
privilèges, mais il ne sem ble p a s que les H endayais en aient eu
leur part.
— 13 —
Si, p a r la suite, ils p u ren t assister à bien d ’au tre s événem ents
historiques ils eurent aussi beaucoup à souffrir entre la France et
l’E spagne.
Au com m encem ent du XVIe siècle, ils subirent le contre-coup
des g u erres de N avarre, lorsque F erdinand le Catholique s’em ­
p ara, en 1512, de la partie des E tats de Jean d ’A lbret située au
sud des Pyrénées. On connaît les tentatives du roi de Navarre
pour reconquérir ses possessions, en 1512 et en 1521. Après cette
dernière, Henri II d û t se résigner à ne conserver de son royaum e
que la « m érindad d ’U ltra-p u erto s » appelée, de nos jours,
« B a sse -N av a rre ».
Si les principales op éra tio n s de cette ca m p a g n e eurent d ’a u –
tres régions p o u r théâtre, la vallée de la B id asso a n ’en subit p a s
moins le contre-coup des hostilités. En 1513, une armée anglaise
alliée de l’E spagne, o ccupa p e n d a n t quelque tem ps, H endaye,
au grand dommage des habitants.
P endant les années qui suivirent, le calme régna dans le pays
ju s q u ’au jour où, en 1521, lors de la seconde guerre de N av a rre
l’am iral Bonnivet fit une diversion d an s le Guipuzcoa. A près
avoir pris le fort de B éhobie de construction récente, il s ’e m p a ra
de Fontarabie. Cette place resta en possession des Français
ju s q u ’en se ptem bre 1523 et fut reprise alors p a r les arm ées de
Charles Quint.
Hendaye se ressentit de ces opérations car elle fut souvent
traversée par des convois de troupes, de ravitaillement, de munitions
et aussi par les incursions des Espagnols qui faisaient des
razzias d an s le L abourd. Ce n’est q u ’ap rè s la prise de F o n tarab ie
par les Espagnols et lorsque les hostilités eurent été portées
ailleurs que les Hendayais connurent une longue période de paix.
Ils ne devaient p a s ta rd e r à assister à un événem ent se n sa –
tionnel. Le roi de France, F rançois 1er, fait prisonnier à la b a –
taille de Pavie, avait été conduit en Espagne où, emprisonné à
l’A lcazar de M adrid, Il av a it dû souscrire, com m e p rix de s a
liberté, aux conditions les plus dures. En vertu d ’une des clauses
— 14 —
que lui av a it im posé Charles Quint, il dev a it p ay e r une rançon
de d e ux cent mille écus d ’or et, en a tte n d a n t q u ’il ait pu réunir
une som m e aussi considérable p o u r l’époque, il devait envoyer,
en otage, les deux fils aînés q u ’il avait eus de la feu reine Claude,
le dauphin, âgé de huit ans et demi,: qui ne ré g n a pas, et le duc
d ’Orléans, qui av a it alors sept ans, et qui devait devenir le roi
Henri II. Les enfants devaient être rendus après paiem ent de la
rançon et François épouserait alors Eléonore sœur de Charles
Q uint et veuve du roi de P ortugal. Afin d ’être sûr que le roi de
France tiendrait sa parole, Charles Quint avait exigé que
l’éc hange entre la reine, les enfants et la rançon eut lieu à la
frontière.
Cet acte historique se p assa à Hendaye, le 15 m ars 1526. Le
roi et ses fils q u ’on appelait « M essieurs les enfants » se o ré-
sentèrent en même temps sur les bords de la Bidassoa et montèrent
dans deux bateaux qui se rejoignirent au milieu du fleuve.
A près une très courte entrevue qui perm it au roi d ’e m b ra sse r les
jeunes princes, ceux-ci d éb a rq u èren t à F ontarabie d ’où ils furent
dirigés vers la forteresse de Pedrazzo de la Sierra, tandis que
F rançois 1er trouvait à H endaye tous les g ra n d s seigneurs du
ro y au m e qui l’attendaient. Il m o n ta à cheval en s’écriant : « Je
suis encore roi de France » et, suivi d ’une brillante escorte, il
se dirigea vers Bayonne.
Q u atre ans plus tard, eut lieu, au m êm e endroit, l’échange de
m essieurs les enfants contre les deux cent mille écus d ’or. P o u r
rem plir l’im portante mission d ’escorter le trésor, de l’éc h anger
contre les enfants, de recevoir la reine au seuil du royaume et de
diriger son voyage, le roi désigna un des plus grands seigneurs
de France, Anne de Montmorency, grand maître, maréchal de
France et gouverneur du Languedoc. Montmorency était aidé,
dans sa mission, par le cardinal de Tournon.
De son côté, le roi d ’E sp ag n e avait chargé le connétable Don
Pedro Hernandez de Velasco de recevoir la rançon et de faire
la remise des enfants.
Le lieu fixé pour cet échange fut le milieu de la Bidassoa, à
égale distance entre Hendaye et Fontarabie. On y installa un
ponton. Deux gabarres de même grandeur, armées chacune de
douze ram eurs et m ontées, celle d ’Hendaye, p a r douze g entilshommes
français dont le grand maître, celle de Fontarabie par
douze gentilshommes espagnols dont le connétable, devaient

P h o t o B lo c F r è re s
L a P lag e et le Ja izq u ib el
L e J a rd in P u b lic
P h o to B lo c F r è r e s
— 17 —
partir au même moment de chaque rive et arriver, en même
temps, au ponton. Dans la gabarre espagnole seraient les enfants
et la reine, dans la gabarre française, la rançon. La date de cet
éc hange fut fixé au 1er juillet 1530.
Au jo u r dit, Le convoi arrivait de B ayonne à H endaye. Il était
composé de trente mulets portant chacun quarante mille écus et
conduits p a r cent hom m es de pied et trois cents hom m es d ’arm es.
Une troupe de cavalerie et de gentilshommes, aux costumes éclatants,
éblouissaient de leur luxe les populations. Après quelques
malentendus et tâtonnements, provenant de la méfiance des uns
v is-à vis des autres, l’échange p u t se faire ainsi q u ’il av a it été
prévu. Il était huit heures du soir, quand les deux g a b a rre s avec
leurs précieux chargements quittèrent les rives opposées et vinrent
se ranger aux bords du ponton sur lequel une ligne marquait
fa limite des p arties affectées, l’une à la France, l’au tre à l’E s p a –
gne. Ces illustres p erso n n a g es n’y séjournèrent p a s longtem ps
et, peu après, Eléonore d ’Autriche était en France où elle prenait
pied sur le territoire d ’H endaye en m êm e tem ps que ceux qu’elle
appelait déjà ses enfants.
Les Hendayais assistèrent alors à un magnifique défilé. En
prem ier lieu venait la reine, p ortée d ans une litière de d rap d ’or ;
le dauphin et le duc d ’O rléans l’a c c o m p ag n a ien t à cheval tandis
que les nom breuses demoiselles d ’honneur de la reine, assises
en selles, à la mode du Portugal, sur des haquenées luxueusement
harnachées et caparaçonnées de velours, suivaient la litière
deux à deux. Venaient ensuite la foule des gentilshommes dans
leurs costumes étincelants et enfin trois cents cavaliers qui fermaient
la marche. Ce fut un splendide spectacle dont on parla
pendant longtemps sur les bords de la Bidassoa.
Quelques années plus tard, le 13 juin 1565, les H endayais d ev
aien t voir un au tre souverain, le roi Charles IX, qui se rendit
à H endaye p o u r recevoir sa sœ u r Elisabeth, reine d ’E spagne.
Mais on manque de renseignements sur cet événement qui ne fut
q u ’un épisode après les d évastations que les E spagnols com m irent
dans le Labourd, en 1542, sous Sanche de Leiva et, quelques
années plus tard, sous B ertrand de la Cueva, duc d ’A lbuquerque,
vice-roi de Navarre. Pendant plusieurs années, la concentration
— 13 —
sur la frontière de troupes espagnoles destinées à être envoyées
sur divers théâtres d ’opérations de guerre, tro u b la bien souvent
le repos des H endayais ju sq u ’au jo u r où la paix de Vervins
(1598) leur assura une période relativement longue de tranquillité.
III.— Le XVIIe siècle
En octobre 1615 eut lieu le passage de deux fiancées royales.
Le projet de ce double m a riag e avait été eb auché p a r Henri IV ;
il fut réalisé cinq ans après sa mort, en 1615. Elisabeth de
France, sœ u r de Louis XIII, ép o u sa l’infant d ’E sp ag n e qui devait
devenir le roi Philippe IV, tandis que la s œ u r de ce dernier, Anne
d ’Autriche, devenait reine de F rance p a r son m a riag e avec le roi
Louis XIII. Voici d a n s quelles circonstances se fit l’échange des
deux princesses.
Il existait, d an s la B idassoa, à proxim ité du lieu où l’on construisit
plus tard le pont de Béhobie, une petite île, à peu près à
égale distance, à cette époque, de la rive française et de la rive
espagnole. On l’appelait prim itivem ent « île des cygnes », puis
« île de l’hôpital », lorsqu’elle devint la possession du prieuré de
Subernoa. P lus ta rd elle prit le nom « d ’île de la Conférence »
après le m a riag e de Louis XIV, et enfin celui « d ’île des F aisans »
sous lequel elle est surtout désignée de nos jours.
Depuis longtemps cette île était considérée comme un terrain
n eu tre entre la F rance et l’E sp ag n e et c’est là que se réunissaient
les délégués des deux nations, quand ils avaient à régler des
questions de frontière. C’est sa n s doute p our cette raison que cet
endroit fut choisi p o u r l’entrevue et l’échange des deux reines.
Un pavillon av a it été a m é n a g é d a n s l’île ; deux autres, e x a c te ­
ment semblables, sur les deux rives du fleuve sur lesquelles
étaient rangées les troupes et de nombreux musiciens.
Les deux reines arrivèrent en même tem ps, l’une de S ain t-Je an –
de-Luz, l’au tre de F ontarabie. Les b a rq u e s qui d evaient servir à
la traversée du fleuve étaient au pied de chaque pavillon, gardées
par des soldats et montées par des marins revêtus de costumes
uniformes. A son arrivée, Anne d ’Autriche, d o n n a n t la main au
duc d ’U ceda s’e m b a rq u a en m êm e tem ps que M adam e, a c co m –
pagnée du duc de Guise qui, lui aussi, la tenant par la main,
— 19 —
p ren a it place, de l’au tre côté du fleuve d a n s l’au tre barque, sem –
blable à la prem ière. Les deux b a rq u e s atteig n aie n t l’île un instant
après et les deux reines entraient, en même temps, dans la
salle de l’entrevue.
Le cérémonial, m inutieusem ent réglé à l’avance, co m p o rtait un
discours du duc de Lerma, au nom du roi d ’E spagne, et une ré-
ponse du duc de Guise pour le roi de France. Puis les deux reines
s’étan t em brassées, chacune en tra d a n s son nouveau r o y a u ­
me, au son des vivats poussés par les troupes, des accords des
musiques et des coups de canons qui remplissaient de leurs
échos la vallée généralement si tranquille de la Bidassoa.
C ep en d an t la guerre entre la France et l’E sp ag n e ne ta rd a it
pas à recommencer, pour durer, cette fois, presque sans interruption
pendant près de quarante ans. Les opérations antérieures
avaient permis de se rendre compte des avantages des Espagnols
sur les F rançais p ro tég é s q u ’ils étaient p a r le fort de B éhobie
et la place forte de Fontarabie, tandis que la France ne possédait
aucun o u vrage de défense au n ord de la B idassoa. L’am iral
Bonnivet avait bien fait élever à Hendaye quelques terrassements
garnis de pieux, mais cet ouvrage était absolument insuffisant.
Aussi le roi désira-t-il mieux fortifier cette frontière et,
p a r décision du 20 a o û t 1618, il o rd o n n a la construction d ’un fort
vis-à-vis de Fontarabie. On peut encore en voir quelques vestiges
au b a s de l’esplanade sur laquelle se trouve a u jo u rd ’hui le m o n u –
ment aux morts. Le projet comportait six grands bastions et
des logements pour trois ou quatre cents hommes.
Cette décision fut très mal vue des habitants qui adressèrent
leurs doléances au roi. Celui-ci chargea le gouverneur du Labourd,
le comte de Gramont, de les ram ener à la raison. Mais
l’im partialité de G ra m o n t était mise en do u te car il av a it été
nommé gouverneur du fort avant même sa construction. Les
choses traîn èren t en longueur, bea u co u p de te m p s s ’écoula,
lorsque le roi, p e rd a n t patience, do n n a l’ordre formel de com m encer
les travaux. Ceux-ci furent mollement exécutés et le fort
n ’était p a s term iné lorsque se produisirent les événem ents de
1636 à 1638.
— 20
*
* *
En 1635 la guerre avec l’E sp ag n e se p oursuivait d a n s le Nord.
Les prem ières opérations n ’avaient p a s été favorables au x a r –
mées françaises. La prise de C orbie et l’invasion de la B ourgogne
par les troupes ennemies avaient obligé Richelieu à concentrer
d an s l’est des effectifs im portants et, p o u r cela, à d é g a rn ir les
frontières qui n ’étaient p a s directem ent m enacées. C ’était le
cas de celle des Pyrénées et les Espagnols en profitèrent pour
concentrer dans le Guipuzcoa des troupes qui ne tardèrent pas à
franchir la Bidassoa et auxquelles le duc de Gram ont et le duc
de La Valette n ’eurent à o p poser que des effectifs insuffisants.
Aussi l’ennemi réussit-il à s ’em p arer de S aint-Jean-de-L uz et à
s ’établir d an s le L abourd q u ’il o ccupa p e n d a n t plus d ’un an.
Hendaye devint sa base de ravitaillement et les Hendayais durent
subir tous les inconvénients de cette situation. Elle ne cessa
q u ’en 1637, m ais les populations n ’en avaient p a s encore fini
avec les épreuves que la guerre entraîne toujours avec elle.
C ette longue occupation, la m enace q u ’elle av a it constituée
pour Bayonne, avaient fait une mauvaise impression sur le roi
et son premier ministre. Richelieu pensa que le meilleur moyen
d ’en éviter le retour était d ’imiter les E spagnols et d ’occuper un
point strate; que sur la rive gauche de la Bidassoa. Il décida de
s ’em p arer de F ontarabie, place forte d ’une v aleur m ilitaire de
prem ier ordre. M ais l’exécution de ce p ro jet n ’allait p a s sa n s
présenter quelques difficultés.
Pendant les dernières opérations les généraux français
s’étaient m ontrés très insuffisants ; il y avait eu en tr’eux de fré­
quents désaccords, des rivalités de personnes et des questions
de préséance qui avaient fâcheusement influé sur les résultats de
la campagne. Pour en éviter le retour, Richelieu confia le haut
co m m an d em en t à Condé, q u ’on appelait « M onsieur le Prince »,
le père du grand Condé, qui par sa haute situation, devait, dans
l’esprit du cardinal, im poser son au to rité à tous. Ses principaux
lieutenants étaient : le duc de La Valette, le m arquis de La Force
et le comte de Gramont. Leurs troupes réunies dépassaient le
chiffre de douze mille hommes, effectif nécessaire, car Fontarabie
était défendu non seulement par des ouvrages modernes pour
l’époque, mais par des marais qui rendaient son approche des
plus difficiles.
P h o to B lo c F r è re s
L a C orn ich e de S t-Je a n -d e -L u z à H e n d a y e
P h o to B lo c F r è r e s
L es D eux Ju m e au x
L ’Ile des F aisa n s
P h o to B lo c F r è re s
P h o to B lo c F r è r e s
L a B id asso a. V u e sur F o n ta ra b ie
— 23 —
Pour bloquer la place du côté de la mer, Richelieu envoya une
flotte de soixante voiles dont quarante-deux vaisseaux de haut
bord sous le com m andem ent d ’Henri de Sourdis ca rd in al-a rc h evêque
de Bordeaux. Mais auparavant et pour éviter les attaques
de la flotte espagnole, Sourdis partit à sa recherche et la trouva
dans la rade de Guetaria. Elle se composait de quatorze galions
et de trois frégates sous le com m andem ent de l’am iral Don Lope
de Hoces. La flotte française détruisit tous les navires espagnols
ainsi que le petit village de Guétaria. Tranquille de ce côté, Sourdis
ramena sa flotte dans la baie du Figuier et dans la Bidassoa,
établissant ainsi un blocus serré de la place.
Le siège com m ença le 22 juin 1638 et l’investissem ent fut un
fait accompli le 10 juillet. Au début tout sem bla faire prévoir
une prom pte capitulation ; m ais les choses ne ta rd è re n t p a s à
changer de face. Des questions de personnes intervinrent donn
a n t lieu à de fréquents conflits, des dissentim ents s’élevèrent
entre ces grands seigneurs et La Valette, par jalousie et mécontentem
ent de n ’avoir p a s le com m andem ent suprêm e, refusa de
faire marcher ses troupes. Condé lui-même ne put pas briser cette
résistance d ans son conseil et c’est ainsi que, les choses traîn an t
en longueur, firent échouer une opération sur laquelle on avait
fondé les plus belles espérances. Les Espagnols eurent le temps
de former une armée de secours qui fut amenée dans le plus
grand secret à Pasasges et à Renteria.
Le 7 septem bre au m atin cette troupe arriv a à l’erm itag e de
La G uadeloupe et se précipita sur l’arm ée française a v a n t même
q u ’elle eut pu reconnaître les assaillants et l’obligea à fuir d ans
le plus grand désordre, après avoir subi des pertes importantes.
Les g én é rau x s ’éch ap p è re n t non sans peine. Condé lui-m êm e
éprouva les plus grandes difficultés à gagner un des navires de
Sourdis qui l’am ena à S aint-Jean-de-L uz.
Cet abandon du siège fut une véritable déroute à la honte des
F rançais qui s ’enfuirent de toutes parts, d o n n an t un lam entable
spectacle au x E spagnols to u t surpris d ’une victoire aussi facile.
D ès lors s’explique-t-on difficilement l’inscription que l’on peut
lire sur une m aison de F ontarabie, d ’ap rè s laquelle les conditions
de la levée du blocus y auraient été discutées.
Richelieu fut consterné. Ainsi traduisit-il devant un Conseil
d’E ta t ex traordinaire le duc de La V alette qui, p a r ses intrigues
et ses refus d ’obéissance au x o rdres de Condé, était responsable
H E N D A Y E . — 2 .
— 24 —
du désastre. La Valette s ’em p re ssa de fuir en Angleterre. C ondamné
par contumace pour haute trahison à la peine de mort,,
il fut exécuté en effigie. Mais,, à la m o rt de Richelieu, il s’em –
p ressa de revenir en F rance et il ne ta rd a p as à être réintégré
dans ses honneurs et prérogatives.
Il est un intéressant épilogue au siège de F ontarabie. Il y av a it
sur le Jaisquibel une chapelle consacrée à N otre-D am e-de-IaGuadeloupe,
patronne de Fontarabie et que ses habitants tenaient
en g ra n d e dévotion. D ès l’arrivée des F rançais, ils sortirent sa n s
armes de leur ville et se rendirent processionnellement, sans être
inquiétés, à Notre-Dame-de-la-Guadeloupe pour y prendre la
sta tu e de cette vierge ; ils la pla cè re n t d év o tem e n t d a n s leur
église e t ne cessèrent de l’im plorer p e n d a n t le siège. L a p ré c a u –
tion n’était p a s inutile ca r le m arquis de La Force, p r o te s ta n t
sectaire, qui av a it établi son q uartier g énéral à cet endroit, s ’em –
p re ssa de faire faire un prêche p a r son aum ônier d a n s l’o rato ire
de la G uadeloupe. « M a in te n an t je m ourrai content, dit-il, j ’aurai
entendu, au moins une fois, exposer publiquement la religion de
Calvin en E spagne. » Il tra n sfo rm a ensuite la chapelle en écurie
pour ses chevaux. A près la levée du siège, il fallut un an au x
Espagnols pour la remettre en état. La madone y fut replacée,
en grande pompe, en 1639, le jour anniversaire de la libération
de Fontarabie et, depuis lors, tous les ans, à la même date, une
p rocession d ’actions de g râ c e se rend de la ville à la chapelle de
la G uadeloupe où l’on dit une messe.
P a sso n s v ingt ans. H endaye va être le tém oin d ’événem ents
les plus g ro s de conséquences p o u r la p aix de l’E urope, l’élaboration
du traité des P yrénées, en 1659, et l’entrevue de la C o u r d e
F ra n ce et de la Cour d ’E spagne, en 1660.
Lors de la conclusion du traité de W esphalie qui mit fin à la
gu erre de T re n te Ans, les négociations, en vue de la paix, n ’a –
b o u tire n t p a s avec l’E spagne. Il fallut encore plus de dix an s de
luttes et de négociations pour pouvoir arriver à une entente.
Mais, après la bataille des Dunes (1658) et la prise de Dunkerque,
qui livra les F landres à l’arm ée française, l’E spagne, déjà
aux prises avec de sérieuses difficultés dans le Milanais et avec
le Portugal, se montra mieux disposée aux accomodements.
— 25 —
Aussi les négociations ne tardèrent-elles pas à entrer dans une
p h ase plus active et, dès le com m encem ent de l’année 1659,
D on Antoine Pim entel, a m b a s s a d e u r d ’E sp a g n e et le m a rq u is
de Lionne, p o u r la France, av aien t a rrê té les g ra n d e s lignes d ’un
traité de paix. M ais il était réservé au x prem iers m inistres des
deux monarchies, le cardinal Mazarin et Don Luis de Haro, de
convertir ce projet en un traité définitif.
On désigna, comme lieu des conférences, la petite île dont il a
déjà été question. Le cardinal, parti de Paris le 24 juin 1659, arrivait
à Saint-Jean-de-Luz le 28 juillet accompagné du duc de
C réquy, du m inistre d ’E ta t de Lionne, des m a ré ch a u x de Villeroy,
de Clerambault, de la Melleray, du commandeur de Souvray et
d ’une cinquantaine de g ra n d s seigneurs. Son é q u ip ag e était m a –
gnifique. En plus de cent-cinquante personnes de livrée, il y en
avait autant composant sa suite, plus une garde de trois cents
fantassins, vingt-quatre mulets avec des housses brodées de soie,
huit chariots à six chevaux pour ses bagages, sept carosses pour
sa personne et quantité de chevaux de main.
De son côté, le ministre espagnol était arrivé à Saint-Sébastien
avec un équipage pouvant rivaliser avec celui de Mazarin.
A près des p o u rp arlers assez longs sur des questions d ’étiquette
qui avaient une importance capitale à cette époque, on fixa la
prem ière entrevue au 13 août.
L’île av a it été so m p tu eu se m en t am énagée. D an s la salle d e stinée
aux conférences, des deux côtés de la ligne imaginaire qui
la divisait par le milieu, étaient disposés deux tables pareilles,
deux fauteuils pareils et, un peu plus loin, la même disposition
pour les secrétaires. Deux ponts de bois permettaient les communications
avec les rives du fleuve.
Au jour fixé, le cardinal arriva en som ptueux équipage. Trente
carosses, attelés de six chevaux chacun, le portaient lui et sa
suite. Ils étaient précédés et suivis par des gardes à pied et à
cheval vêtus de ca sa q u e s d ’écarlate aux arm es de leur m aître.
M a za rin mit pied à terre et s’e n g a g e a su r le p o n t entre les haies
formées par ses gardes et deux cents mousquetaires.
Un q u a rt d ’heure après, don Luis de H aro se p résenta, a c co m ­
pagné, lui aussi, de soixante personnes dont plusieurs grands
d ’E sp a g n e et escorté p a r deux cents cuirassiers.
Le coup d ’œil des rives du fleuve couvertes de tro u p es et d ’une
foule considérable était des plus beaux.
Il y eut v in g t-q u a tre conférences p e n d a n t lesquelles les F ra n –
çais et les Espagnols firent connaissance et furent remplis de
prévenances les uns pour les autres. Au cours de la dernière
entrevue, le 7 novembre, le traité fut signé. La marche des négociations,
les difficultés que Mazarin eut à surmonter, les heureuses
conséquences du traité sont du dom aine de l’histoire générale
et ne sauraient trouver place ici. Le 12 novem bre les deux ministres
eurent un dernier rendez-vous p o u r p ren d re congé l’un de
l’autre. Ils éc hangèrent de riches p rése n ts et la sé p aratio n do n n a
lieu à un renouvellem ent d ’effusions et d ’accolades ac co m p ag n é es
des plus vives pro testatio n s d ’amitié, tandis que le duc de C réquy
p ren a it la route d ’Aix, où se tro u v ait la cour, p o u r an noncer à
leurs m ajestés l’heureux événem ent.
L’île des F aisans reto m b a d an s l’ab a n d o n , to u t en co nservant
ses bâtisses en planches qui avaient abrité tant de splendeurs.
M a is l’hiver p a s s a et de nouveau les ouvriers p rire n t possession
d e l’île et de ses abords. Il fallait faire plus g ra n d et plus b eau
p o u r l’entrevue des deux cours les plus pu issan te s de l’E urope et
p o u r les prélim inaires du m a riag e du roi de F rance avec l’infante
M a rie -T h é rè ze d ’Autriche.
Le roi d ’E sp ag n e ch a rg ea le g ra n d peintre V elasquez de la
direction des travaux. Celui-ci resta installé, pendant deux mois,
su r les bo rd s de la B id asso a em ployant à l’accom plissem ent de
s a tâche son goût sûr et son génie. M ais il fut mal récom pensé
d e s a peine, car il co n tra cta une fluxion de poitrine d o n t il
mourut.
On transforma et on embellit les bâtiments qui avaient servi
pour les conférences, chaque nation tenant à honneur de les rend
re dignes des g ra n d s actes qui devaient s’y p a s se r suivant un
cérémonial encore plus serré que précédemment. Chaque cour
désirait en effet rester sur son territoire, tout en étant dans une
salle commune. Aussi de chaque côté de la ligne de démarcation,
c h a q u e p artie était ex a ctem e n t sem blable à l’autre. En outre,
p o u r p erm e ttre l’accès du pavillon, on av a it construit de nouveaux
ponts à côté des précédents et on les avait recouverts de
galeries vitrées.
Tandis que Mazarin et don Luis de Haro revoyaient quelques
p o in ts du traité qui n ’avaient p a s été assez précisés, on m ettait
— 27 —
la dernière main aux préparatifs de la réception. Les entrevues
furent au n om bre de deux, m ais elles avaient été précédées d ’une
autre cérém onie exclusivem ent espagnole. Le 3 juin, d an s l’église
de F ontarabie, en p résence du roi d ’E spagne, don Luis de H aro,
représentant le roi de France, avait épousé, par procuration,
l’infante M arie-Thérèze.
Le lendemain, eut lieu, d an s l’île, une rencontre intime, de
ca ractère exclusivem ent familial, entre la reine Anne d ’Autriche,
son frère, le roi d ’E spagne, l’infante, le duc d ’Anjou et M azarin.
Les F rançais arrivèrent en carosse tandis que le roi d ’E s p a g n e
et sa suite étaient transportés dans deux magnifiques galiotes
richement décorées de peintures artistiques représentant des
scènes de la mythologie. Anne d ’Autriche n ’av a it pas vu son
frère depuis vingt-cinq ans. Aussi l’entrevue fut-elle des p lu s
cordiales, a u ta n t du moins que le p erm e tta it l’étiquette e s p a –
gnole renomm ée pour sa rigueur. On se sépara satisfaits les uns,
des autres.
Deux jours plus tard, on assista à une rencontre solennelle des
deux rois. C’était un dim anche, p a r une belle journée de juin. La
rivière était sillonnée de centaines de barques richement pavoisées,
une foule immense couvrait les deux rives le long desquelles
s’échelonnaient des milliers de soldats. Q uand les g ra n d s p e rsonnages
qui devaient se rencontrer et qui étaient arrivés dans
les mêmes conditions que la fois précédente, eurent pris place et
échangé quelques paroles de politesse, les deux rois se placèrent
à genoux sur des carreaux, en face l’un de l’autre, chacun avec sa
table, son écritoire, son évangile et son crucifix, le tout exactement
pareil. Après lecture du contrat, ils prêtèrent serment, la
main sur l’évangile. A ce m om ent le cardinal ouvrit une fenêtre.
C’était un signal convenu et aussitôt, des déc h arg es de m o u squeteries
parties des deux rives annoncèrent au monde la conclusion
de la paix.
L’infante re g a g n a F o n tarab ie avec son père tandis que la cour
de France revenait à Saint-Jean-de-Luz. Le lendemain seulem
ent l’île des F aisans vit p o u r la troisièm e et dernière fois, les
principaux personnages de la cour de France qui venaient chercher
leur nouvelle reine et on assista à la séparation émouvante
du roi d ’E sp ag n e et de sa fille qui ne devaient plus se revoir.
La petite île tém oin de ta n t d ’événem ents et appelée depuis
lors, « l’île de la C onférence », reto m b a d a n s le silence et l’oubli.
— 28 —
S ous l’influence du co u ra n t elle se d é g ra d a it rap id e m en t et m e n a­
çait de disparaître, lorsque, sous le second empire, on se préoccu
p a de la conserver et de l’embellir. On y p la n ta des arbres, on
y éleva un monument commémoratif du traité des Pyrénées et,
un peu plus tard, fut conclu un arrangement entre la France et
l’E spagne, en vertu duquel les co m m an d a n ts des statio n n aires
français et espagnols dans la Bidassoa sont chargés, à tour de
rôle, de la surveillance et de l’entretien de l’île et d e son m o n u –
ment.
IV.— Du XVIIIe siècle à nos jours
Le traité des Pyrénées fut un bienfait pour les riverains de la
Bidassoa qui avaient tant souffert des hostilités entre la France
e t l’E spagne. D epuis lors ju sq u ’au x gu erres d e la Révolution,
c ’est-à -d ire p e n d a n t plus de 130 ans, ils ne co n n u ren t plus les
ho rre u rs de la guerre. Au contraire, les b o n n es relations q u ’ils
entretenaient avec leurs voisins furent une cause de prospérité
relative. N éanm oins la ville ne s’était p a s b e a u co u p étendue. Au
com m encem ent du XVIIIe siècle on co n state l’ap p a ritio n d ’un
seul quartier nouveau dans les environs du prieuré de Subernoa.
M ais les divers do cu m en ts sur l’im portance d ’H endaye à cette
ép o q u e ne concordent pas. D ’après les uns, la chapelle du prieuré
était très fréquentée par les habitants des maisons voisines. On
y a u ra it com pté q u a tre cents com m uniants. D ’au tre s év aluent à
trois cent cinquante seulement le nombre total des habitants en
1726. Q uoiqu’il en soit, ceux-ci ne firent guère p a rle r d ’eux et
v écurent d ’une vie uniform e et peu agitée qui fait p en ser que,
com m e les peuples heureux, ils n ’eurent p a s d ’histoire.
On ne peut noter, pendant cette longue période, que des passages
de grands personnages ou de troupes se rendant sur le
théâtre de la guerre.
Le fort, term iné en 1666, av ait reçu une petite garnison. Il fut
m êm e question d ’en construire un au tre à la suite de l’incident
suivant.
— 29 —
En 1685, Vauban était venu dans la région pour inspecter les
divers o u v rag e s militaires. ll_s’adjoignit le m arquis d e Boufflers
et F. de Ferry inspecteur général des fortifications de Guienne.
A près avoir visité le fort d ’H endaye, ils p a s sè re n t la B id asso a
et, s ’éta n t rendus à L a M adeleine, fau b o u rg de F ontarabie, ils
essuyèrent des coups de feu qui furent par trois fois dirigés sur
eux p a r les E spagnols. P o u r m ontrer le m épris q u ’ils av a ie n t d e
leur « tiraillerie », V auban et ses deux co m pagnons ne quittèrent
le territoire espagnol q u ’une dem i-heure ap rè s que leurs insulteurs
se furent retirés. Mais, dans le com pte-rendu de cette visite,
a d re ssé à M. de Seignelay, secrétaire d ’Etat, V au b a n p ro p o sa it
d e pren d re F o n tarab ie p o u r avoir raison des injures q u ’il av a it
reçues ou bien de bâtir un fort pouvant contenir six ou sept cents
h o m m e s de garnison su r une la n g u e de te rre à l’em bouchure de
la B idassoa, a s su ra n t que c’était le m oyen de dom iner la ra d e en
même temps que les Espagnols et de permettre aux habitants
d ’H endaye de sortir en mer, p o u r aller pêcher, sa n s que leurs
voisins p u sse n t les en em pêcher. Le roi av a it d ’au tre s p réo c cu ­
pations et cette proposition resta sans suite.
*
Si aucun fait saillant ne se produisit d an s le co u ra n t du XVIIIe
siècle, les H endayais n ’en eurent p a s m oins l’occasion de voir
p a s s e r bien des g ra n d s p ersonnages. Le roi d ’E sp ag n e C harles II
a v a it désigné, en m ourant, p o u r son successeur, le duc d ’A njou
petit-fils de Louis XIV. Ce dernier ayant accepté le testament,
le nouveau roi se rendit dans son royaume en passant p ar Hendaye,
le 17 juillet 1701. Il n ’y eut aucune réception officielle à
cette occasion. Les deux frères du duc d ’Anjou, les ducs de B o u rg
o g n e et de B erry l’ac co m p ag n è re n t ju sq u ’à H endaye, d ’où ils
revinrent à B ayonne, tandis que le roi d ’E sp a g n e continuait son
chemin ju s q u ’à M adrid.
La guerre qui suivit cet événem ent; fut l’occasion du p a s s a g e
de nombreuses troupes. Le maréchal de Berwick, chargé de porte
r secours au roi d ’Espagne, était p a s sé le prem ier. En février
1704, on vit dix régim ents d ’infanterie, onze de cavalerie, d e u x
compagnies de canonniers, de nombreux détachements de recrues
et des convois de prisonniers. Ces passages intermittents
— 30 —
cessèrent ap rè s la victoire d ’A lm anza qui mit fin au x hostilités,
en 1709.
La guerre ay a n t recom m encé en 1718, cette fois avec l’E sp a –
gne, le maréchal de Berwick revint avec une armée et mit le
siège devant Fontarabie qui capitula en juin 1719. Les hostilités
se poursuivirent loin de la frontière, ju s q u ’à la conclusion de la
paix en 1720. Le 22 août de cette année, les troupes qui avaient
pris Fontarabie et Saint-Sébastien repassèrent la frontière.
Le traité de paix avait prévu le m ariage du roi Louis XV avec
l’infante d ’E sp ag n e et celui de Mlle de M ontpensier, fille du
régent, avec le prince des Asturies. L’éc hange de ces deux princesses
eut lieu à Hendaye avec le cérémonial accoutumé, le 9
janvier 1722.
Les H endayais virent bien d ’au tre s g ra n d s p e rso n n a g e s : la
reine Marie-Anne de Neubourg, la princesse de Beaujolais,
M arie-A ntoinette d auphine e t b e a u co u p d ’au tre s g ra n d s seigneurs
et grandes dames.
M ais la Révolution ap p ro c h ait et les h ab itan ts d ’H endaye
allaient connaître, une fois de plus, les vicissitudes de la guerre
d’une manière encore plus cruelle que précédemment.
Le 7 m ars 1793, la Convention av a it déclaré la guerre à l’E spagne.
Or les Espagnols disposaient, sur la frontière, de vingtquatre
mille hommes sous les ordres du général Caro, tandis que
les F rançais n ’avaient que huit mille hom m es com m andés p a r le
général Moncey. Ils n ’avaient aucun o u v ra g e de défense, ca r le
fort d ’H endaye était dépourvu d ’artillerie et de garnison. Le
général Reinier, qui commandait les troupes du Labourd, les
avait concentrées à Saint-Jean-de-Luz, en attendant des renforts
laissant H endaye ex posé aux coups de l’ennemi. Celui-ci
se h â ta d ’en profiter.
Sans que rien fit pressentir une attaque, le 25 avril 1793, un
feu subit s’ouvre de F o n tarab ie sur H endaye, alors que les h a b itants,
sa n s méfiance, étaient plongés d an s le sommeil ; la plup
a r t d ’e n tr’eux so n t éc rasés sous les d éc o m b res des m aisons
qui s’écroulent enflam m ées sous l’effet des bo m b e s qui pleuvent
sur la ville, et pour achever sa ruine, profitant du désordre iné-
vitable q u ’avait p roduit cette a tta q u e inopinée, les E spagnols
traversent la rivière et, p ar le moyen de torches, m ettent le feu
aux m aisons que le b o m b a rd e m en t n ’avait p a s atteintes. A la
nouvelle de cet événement, Reinier accourut avec ses troupes.
L’ennemi à son tour, est refoulé sur l’autre rive, l’ép é e aux
reins, par les Français qui se livrèrent, sur le sol espagnol, à
des représailles. M ais H endaye n ’en était p a s m oins un m onceau
de ruines.
Elle le resta lors des g uerres d ’E sp ag n e sous N apoléon et lors
de l’invasion du territoire français p a r les arm ées de W ellington,
en 1813. P e n d a n t longtem ps encore H endaye n ’exista plus.
— Que sont devenus les habitants de ce lieu ? demandait un
voyageur, en 1820, à un vieillard d ’H endaye assis en guenilles
sur quelques ruines.
— Les uns sont morts, dit le Labourdin, en se levant, quelques-uns
ont émigré, la guerre a disséminé le plus grand nombre,
les au tre s sont ensevelis d an s le g ra n d cham p derrière l’église.
— Quel cham p ? d e m a n d a l’interlocuteur.
— Le B a sq u e r e g a rd a fixement l’hom m e frivole qui ne l’avait
p as com pris et, faisant du b ras un geste solennel, il montra…
l’Océan.
D an s un au tre ordre d ’idées, voici ce q u ’écrivait, plus tard,
en 1834, M. L acour : « H endaye n ’existe réellem ent que sur la
» ca rte ; elle n ’offre que des décom bres. Ses h a b ita n ts sont dis-
» persés, son industrie tuée. Je vois p a rto u t la dévastation, la
» solitude et le deuil. Quelques ra re s m aisons s’élèvent à trav e rs
» ses rues désertes et a u -d e ssu s de ces p an s de m urs cachés
» sous le lierre qui se plaît à les tenir em brassés. On croit se
» p ro m en er au milieu de catacom bes. » Et un peu plus loin,
l’a u te u r ajoute : « P ourquoi H endaye, sous la protection de la
» g ra n d e famille à laquelle elle appartient, ne sortirait-elle p a s
» de cet état de désordre, d ’a b a n d o n et de stupeur d o n t elle offre
» la hideuse im age ? »
Ce vœu a été exaucé. Quelques années plus tard, Hendaye
renaissait à la vie, grâce au chemin de fer, et, de nos jours, les
b ain s de m er et le tourism e l’ont porté à un deg ré de p rospérité
q u ’elle n ’av a it ja m ais connu, ainsi q u ’on le v e rra d a n s les p a g e s
suivantes.
CHAPITRE III.
Monuments — Curiosités
Hommes célèbres
Ainsi q u ’on l’a vu d an s le chapitre précédent, H endaye, quoiq
u ’a y a n t des origines lointaines, est de création récente. On ne
sa u ra it donc être surpris de n ’y tro u v er aucun m on u m e n t
ancien. L’église, bien que datant, to u t au m oins la p artie la plus
ancienne, du XVIIe siècle, ne p rése n te aucun c a ractère d e style.
Il n ’y a, d an s toute la com m une, q u ’un o bjet jugé digne de figurer
sur l’inventaire supplém entaire des m onum ents historiques ;
c’est une croix de pierre.
Elle se trouvait autrefois dans le cimetière qui entourait l’é-
glise, comme dans toutes les paroisses du Pays Basque. Depuis
son inscription su r l’inventaire supplém entaire des m onum ents
historiques, elle a été placée to u t p rès de l’église, à côté d ’un b r a s
du transept où elle est mieux protégée que précédemment.
La croix elle-même est des plus simples. Sur le bras, on peut
lire, g rav é e en cham plevé, l’inscription co u ra n te : « O crux ave
spes unica » M ais ce qui attire su rto u t l’attention, c’est le socle
su r lequel elle repose. Il a la form e d ’un cube su r les q u a tre faces
verticales duquel sont g rav é s des dessins assez curieux. S ur l’une
on voit un écartelé avec un A dans chaque canton. Peut-être
a -t-o n voulu rep rése n ter l’initiale de la ville à une époque où
H endaye s’écrivait A ndaye. Sur la face voisine est sculptée une
g ra n d e étoile ; sur une autre, un cro issan t de lune à profil
humain avec un œil largement ouvert. Enfin, la quatrième face,
ou p lu tô t la prem ière, a tten d u q u ’elle est parallèle au b r a s d e la
croix, présente une tête de monstre avec une large gueule
— 33 —
ouverte. Si l’on rap p ro ch e ce dernier dessin d e l’inscription de
la croix, on sem ble fondé à pen ser que l’au teu r a voulu rep ré-
s e n te r la p o rte de l’Enfer o pposée à l’espérance du ciel d o n n ée
p a r l’inscription. On trouve en effet assez so u v en t des m otifs
sim ilaires d an s l’iconographie du M oyen Age. Il n ’est p a s p ossible
de fixer la date de cette croix. Tout au plus pourrait-on la
faire rem onter au milieu du XVIIe siècle à l’époque de la co n struction
de l’église, lors de la création de la paroisse.
Mais, si Hendaye est plutôt pauvre en monuments, on peut
dire que la qualité com pense la quantité. C ’e s t bien le ca s en
effet du châ te au d ’A bbadia, situé à l’origine de la pointe S ainteAnne.
Bien que de construction relativem ent récente, c’est un
superbe édifice qui ajoute encore à la beauté du magnifique dé-
c o r qui l’entoure.
Son prem ier propriétaire, M. A ntoine d ’A b b ad ie d ’A rrast,
éta it basque, originaire d ’A rrast, en p a y s de S o ule. P assio n n é
p o u r l’étude des sciences, il se fit rem arquer, de bo n n e heure,
par ses connaissances multiples qui lui valurent, à plusieurs
reprises, des m issions d a n s les p a y s d ’outre-m er. Il les rem plit
avec un succès qui le désigna comme une des personnalités les
plus en vue du monde savant et ne fut pas étranger à sa nomin
ation de m em bre de l’Institut, en 1867.
P arm i ses n o m b reu ses expéditions, il faut su rto u t m entionner
celle qui le conduisit en Abyssinie, en 1836. Il y fit un séjour de
quinze ans coupé par quelques voyages en France et ailleurs
et, p e n d a n t ce tem ps, il e x p lo ra le p ay s com m e il ne l’a v a it
jam ais été par des Européens. Le Négus le com bla de biens et
lo rsq u ’il revint en France, il r a p p o rta une foule d ’ob je ts et d e
documents précieux parmi lesquels une collection de parchemins
les plus rares, a u jo u rd ’hui d an s la bibliothèque de l’Institut à
Paris.
Revenu en France, en 1865, à l’â g e de 55 ans, M. d ’A b b ad ie
renonça au x g ra n d s v o y ag e s et c’est alors q u ’il ac h e ta de g r a n ­
des étendues de terrains, au nord d ’H endaye et q u ’il com m en ç a
la construction du ch â te au d ’A bbadia. Il ne q u itta plus cette
belle résidence ju sq u ’à sa m ort survenue en 1897 et il s ’y cons
a c ra à des tra v a u x su r l’A stronom ie et la P hysique du Globe.
— 34 —
Aussi, lorsque, vers 1880, sur l’initiative de l’am iral M ouchez,
alors chef du bureau des longitudes, un accord fut intervenu entre
les puissances p o u r l’établissem ent de la ca rte du ciel, il
accueillit cette décision avec enthousiasm e et il d o n n a à l’Institut
son château pour être affecté à un observatoire qui participerait
à ce travail. Depuis lors, Abbadia est devenu une sorte
de sanctuaire de la science où l’on vit, c’est le cas de le dire,
dans le ciel étoilé. T a n d is q u ’à quelques centaines de mètres,
dans les nou v eau x quartiers d ’H endaye, on ne songe q u ’aux
distractions et au plaisir, là-haut, par les nuits sereines et dans
le calme le plus absolu, des jeunes gens procèdent à la détermination
de coordonées d ’étoiles, sous la surveillance d ’un ecclé-
siastique aussi m odeste que distingué, M. l’a b b é Calot, directeur
de l’observatoire.
Mais, à l’exception de trois grandes salles affectées aux instru
m e n ts e t au personnel, le châ te au d ’A b b a d ia a été conservé
tel q u ’il était du tem ps de ses propriétaires. M. d ’A bbadie qui
n ’était p a s seulem ent un savant, m ais aussi un hom m e de goût,
p assait le tem ps q u ’il ne consacrait p a s à la science, à orner et à
embellir sa résidence. Aussi en a-t-il fait un véritable musée. Il
n ’est p a s une pièce, un panneau, un meuble, un objet qui ne soit
une œ u v re d ’a rt et n ’attire l’attention. C haque salle a son c a ra c –
tère individuel (Arabe, Allemande, Irlandaise, Abyssine, etc…)
et partout ce sont des proverbes ou des sentences morales, empruntées
au folk-lore de chaque pays, inscrits sur les murs ou
gravés dans le bois.
A l’extérieur, sur la p orte d ’entrée, c’est un vers anglais qui
accueille le visiteur : « Cent mille bienvenues ».
D ans le vestibule on peut lire quatre vers latins sur le même
sujet.
D an s un ch a rm an t petit salon d ’attente, on lit ces p roverbes
a ra b e s : « L’aiguille habille tout le m onde et reste nue », « Reste
avec Dieu et il reste ra avec toi », « Dieu, quoique bon ouvrier,
veut co m pagnon de travail ».
Sur un vitrail du vestibule « Plus estre que p a ra istre ».
Dans la bibliothèque: « T o u t buisson fait om bre», et «il
suffit d ’un fou p o u r jeter une gro sse pierre d an s un puits ; il faut
six sa g e s pour l’en retirer ».
Sur chaque cheminée il y a une inscription relative au feu,
telle que celle-ci : « Je réchauffe, je brûle, je tue » ; et cette au-
tre, bea u co u p plus poétique : « Que votre âm e soit sem blable à
la flamme ; q u ’elle m onte vers le ciel ».
Dans la salle à manger, toute tendue de cuir, chaque siège
porte une syllabe abyssine et, lorsqu’elles sont toutes réunies, ces
syllabes form ent la p h rase suivante : « Dieu veuille q u ’il n ’y ait
aucun traître autour de cette table ». Sur un m ur de la même
pièce : « Les larm es sont l’éloquence du p au v re ».
D ans la cham bre d ’honneur l’inscription suivante entoure le
lit : « Doux sommeil, songes dorés à qui repose céans ; joyeux
réveil ; m atinée propice ».
Dans une autre pièce, on peut lire quatre vers empruntés à
Schiller : « T r ip le est la m arche du tem ps, hésitante, m ystérieuse
: l’avenir vient vers nous ; rapide com m e la flèche, le p ré –
sent s ’enfuit ; éternel, imm uable, le p a s sé dem eure ».
Nous terminerons cette énumération, déjà peut-être un peu
longue, en signalant les peintures murales du vestibule et de
l’escalier. Ce sont des scènes de la vie abyssine. L’une repré­
sente un chef faisant un discours dont il désigne la ponctuation
par des coups de fouet. Un certain nombre de coups correspondent
au point, aux virgules, etc…
Dans une autre, on voit une école où le maître, un gros Abyssin,
à la figure rébarbative, est ac co m p ag n é d ’un esclave te n an t
un m artinet do n t il m enace les élèves. Ceux-ci sont attach és à
leur banc avec de grosses chaînes afin de les obliger à se tenir
tranquilles et éviter q u ’ils ne fassent l’école buissonnière.
On com prend, d ’ap rè s ces exemples, que l’intérieur du c h â ­
teau d ’A b b ad ia soit bien en harm onie avec l’extérieur.
—- 3 5 —
T o u t autre est la m odeste m aison m a u re sq u e que l’on a p e r-
çoit au b ord de la B idassoa, à côté des ruines de l’ancienne
redoute. Celui qui en fit sa dem eure, lui non plus, n ’était pas
H en d a y ais ; m ais les d eu x nom s « H endaye » et « Pierre Loti »
s o n t devenus inséparables et on ne p eu t p ro n o n ce r l’un sans
penser a l’autre. Voici d an s quelles circonstances Loti fut am ené
à connaître Hendaye.
En 1892, alors officier de marine, il était nom m é au co m m an ­
dem ent du « Javelot » g ard e -p ê ch e d an s la B idassoa. Le P ay s
B asque fut pour lui une révélation. Il ép ro u v a p o u r ce p a y s un
en th o u siasm e qui alla g ra n d issa n t à m esure q u ’il le co n n u t m ieux
e t qui ne le q u itta q u ’avec la vie. Il a c h eta la m aison m a u re sq u e
en b o rd u re de la B idassoa, cette m aison qui est encore com m e
il l’a connue et où se rendent, au m oins une fois, en p èlerin ag e,
to u s ceux que les h a sa rd s de l’ex isten ce am èn en t à H endaye e t
que ne laisse n t p a s indifférents nos gloires littéraires. Il y revint
so u v e n t d an s la suite et c’est d an s ce coin q u ’il a v a it ta n t aim é,
d an s cette m aison d ’où il a v a it si so u v en t contem plé le m agnifiqu
e p a y sa g e qui se d éro u la it so u s ses yeux, q u ’il ren d a it le d ernier
soupir, en juin 1923.
V oici quelques lignes, peu connues, qui so n t ses ad ieu x a u
P a y s B asque, lo rsq u ’il le q u itta p o u r e n tre p re n d re une cam p ag n e
d a n s les m ers de Chine :
Adio E u sk u alleria
« P a rtir ! D ans quelques jo u rs, d an s trè s peu de jo u rs, je
» se ra i loin d ’ici. E t il y a, p o u r to u te âm e hum aine, une intim e
» triste sse à s’en aller de tel ou tel coin de la te rre où l’on a v a it
» fait longue éta p e d an s la vie.
» Elle a v a it du ré six ans, m on éta p e im prévue au P ay s B a s-
» que ; il est vrai, avec des interm èdes de v o y ag e s en A rabie ou
» ailleurs, m ais to u jo u rs avec d es ce rtitu d e s de revenir. E t je
» g a rd a is ici une m aiso n n ette isolée qui, p e n d a n t m es ab sen ces,
» re sta it les vo lets clos ; où je retro u v ais, à m es reto u rs, les
» m êm es p etite s choses au x m êm es p laces ; d an s les tiro irs les
» fleurs fanées des p réc éd en ts étés… L entem ent je m ’étais a tta c h é
» au sol e t au x m o n tag n es de ce pays, au x cim es b ru n es du J a ïs –
» quibel p erp étu ellem en t d ressé là, d e v a n t m es yeux, en face d e
» m es te rra s se s et de m es fenêtres. Q uand on devient tro p las e t
» tro p m eu rtri p o u r s’a tta c h e r au x gens, com m e autrefois, c’e s t
» cet am o u r du te rro ir et des choses qui seul dem eure p o u r
» encore faire souffrir…
» E t j ’ai un délicieux au to m n e cette année, p o u r le dernier..
» Les chem ins qui, d e m a m aison, m ènent au m ouillage de m on
» navire, so n t refleuris com m e en juin. C ’e st là -b a s, ce m ouil-
» lage, au to u rn a n t de la B id asso a, co n tre le p o n t de p ie rres r o u s –
» ses, décoré des écu sso n s de F ran ce et d ’E sp ag n e, qui réunit,.
» p a r d essu s la rivière, les deux p ay s am is et sa n s cesse voi-
» sin an ts. T rè s refleuris, au soleil de n o vem bre ces chem ins
» qui, p resq u e ch aq u e jour, au x m êm es heures, m e vo ien t p a s –
— 36 —
» se r ; ça e t là des brin s de chèvrefeuilles, d e tro èn e s ou bien d es
» ég lan tin es ém erg en t to u te s fraîches d ’en tre les feuillages ro u –
» gis. E t les g ra n d s lointains d ’O céan ou des P y rén ées qui, p a r
» d essu s les haies, a p p a ra iss e n t en un déploiem ent m agnifique,
» so n t im m obiles et bleus. E t de là -b a s où je se ra i bientôt,
» l’E u sk u alleria que j ’ai h ab ité six ans, m ’a p p a ra îtra , d an s le
» recul infini, com m e un tran q u ille p a y s d ’om bre e t de pluie
» tiède, de h êtres e t de fougères, où so n n en t encore le soir, ta n t
» d e v én érab les cloches d ’églises. »
C ’est encore un m arin d o n t on p e u t ap e rcev o ir l’an cien n e
dem eure, plu s en am ont, au b o rd de la B idassoa, m aison to u te
m o d ern e ap p elée P rio ren a. Elle e st h ab itée p a r les d e sce n d an ts
d ’un de ces fam eux co rsaires, bien H endayais celui-là, d o n t les
a v e n tu res tien n en t du rom an. Il s’a p p e la it P ellot-M ontvieux e t il
a p p a rte n a it à une de ces n o m b reu ses fam illes de m arin s b a sq u e s
qui, de p ère en fils, « co u ra ien t sus à l’A nglais ». En 1627, lors du
sièg e de L a R ochelle p a r les arm ées du roi L ouis XIII, un de ses
an c être s a v a it com m andé un n av ire qui faisa it p a rtie d ’un convoi
d e rav itaillem en t p o u r l’île de Ré b lo q u ée p a r la flotte d e B uckingham
. Le succès de cette e n tre p rise a v a it valu au x H endayais
la p o ssessio n de la rive d ro ite de la B id asso a ju sq u ’à l’île d es
F aisa n s. E tienne P ello t-M o n tv ieu x a v a it d onc de qui te n ir e t il
d ép a ssa , en audace, ceux qui l’av a ie n t précédé.
E m b arq u é, en 1778, à l’âg e de 13 ans, il dev in t un de ces m arin
s d o n t le c a ractère in d é p en d a n t ne p o u v a it p a s se p lier à la
discipline de la m arine ro y ale et qui, au x hon n eu rs e t au x d ig n ités,
p référaie n t la vie im prévue e t pleine d ’aléa s qui é ta it celle
d es co rsa ires encore à cette époque.
O n ne sa u ra it, d an s un o u v rag e com m e celui-ci, ra c o n te r les
p ro u esse s de P ellot. N ous renvoyons ceux que le su je t in téresse
au x b io g rap h ies qui o n t été écrites su r lui (1 ). N ous no u s b o rn e-
(1) Voir « Le dernier des corsaires ou la vie d’Etienne Pellot-Montvieux
de Hendaye » par le capitaine Duvoisin et l’ouvrage plus récent :
« Le Corsaire Pellot par Thierry Sandre » publié par « La Renaissance
du Livre ».
— 37 —
— 38 —
rons à dire que pendant les guerres de la Révolution, du Consulat
et de l’Empire, ju sq u ’en 1812, Pellot fit une chasse continuelle
aux Anglais avec des navires armés par les armateurs de Bayonne
ou de Saint-Jean-de-Luz et souvent à ses frais. Sa vie, pend
a n t ses 34 années de course, est un véritable rom an d ’av e n tu –
res. Six fois prisonnier des Anglais, il s ’éc h a p p a six fois p a r les
m oyens les plus invraisem blables. Il était la te rreu r des Anglais
comme, avant lui, Jean Bart, Duquesne et Tourville et aussi
Surcouf, son contem porain. A défaut d ’au tre s preuves, il suffira
de rappeler q u ’une prime de 500 guinées était prom ise à qui le
ferait prisonnier, tandis que cette prime était de 5 guinées seulem
ent pour la capture d ’un capitaine ordinaire.
Retiré à H endaye en 1812, il y vécut à Prioréna, maison familiale
récem m ent reconstruite, et il se co n sac ra à ses enfants et
petits-enfants ju sq u ’au jour de sa m ort survenue le 30 avril 1856.
Cet homme qui avait mille fois exposé sa vie au milieu des pires
dangers, la conserva ju sq u ’à 91 an s !
Non loin de P riorena, sur la hauteur, au milieu d ’arb res centenaires,
on peut apercevoir une très ancienne maison qui conserve
l’a p p a rence des habitations du XVIIIe siècle. On l’appelle
Iranda. De l a est sorti un hom m e do n t l’existence, bien diffé-
rente de celle de Pellot-M ontvieux, n ’en est p a s moins des plus
curieuses et rappelle celle de certains héros de romans.
Iranda était une très ancienne seigneurie qui figure dans des
actes du XIIe siècle. Au XVIIIe siècle elle a p p a rte n a it à un H endayais,
Nicolas Arragorry, qui eut trois enfants, un garçon et
deux filles. Simon, le fils, après avoir passé quelque tem ps dans
son p a y s se décida à aller chercher fortune en E sp ag n e et il l’y
trouva. En très peu de tem ps il arriv a à une des plus h au tes
situations que l’on put esp érer m êm e à cette époque ; il devint
un des favoris du roi Charles III qui le nom m a conseiller honoraire
en son conseil des Finances. Il est p ro b ab le q u ’A rrag o rry
remplit ses fonctions avec distinction car, un peu plus tard, le
roi, en considération des services q u ’il en av a it reçus, lui conféra
un titre de Castille sous la dénomination particulière de
« m arquis d ’Iranda » pour lui et ses héritiers p a r lettres p aten te s
du 9 novembre 1764.
P h o t o B lo c F r è r e s
Le C asino
P h o t o B lo c F r è re s
C h â te a u d ’A b b a d ia

— 41 —
Devenu conseiller d ’Etat, A rrag o rry fut chargé, en 1795, de
négocier la paix avec le général Servant, com m andant en chef
de l’arm ée des P yrénées Occidentales.
La fortune q u ’il réalisa était considérable et il en fit un noble
usage en venant en aide à ses compatriotes lors de la destruction
d ’H endaye p a r les E spagnols. Il m ourut sans postérité et
laissa son titre et ses biens à un neveu, fils d ’une s œ u r m ariée
au seigneur d ’A rcangues. Ce titre fut reconnu p o u r la France
par lettres patentes de Louis AVI en 1782, confirmées par N apoléon
Ier et N apoléon III, en faveur des d esce n d an ts du prem ier
titulaire. La famille est encore représentée dans le pays par M.
P ierre d ’A rcangues, m arquis d ’Iranda.
Il serait difficile de citer d ’au tre s dem eures évocatrices du
passé dans une ville de construction récente. Cependant, sans
q u ’ils prése n ten t un ca ractère esthétique, il convient de faire
mention des vestiges de l’ancien fort que l’on p eu t encore a p e rcevoir
au bord de la Bidassoa. Il a été dit précédem m ent dans
quelles circonstances cet ouvrage avait été construit. Son achè-
vem ent fut suivi d ’une longue période de paix, conséquence du
traité des Pyrénées, p e n d a n t laquelle il ne fut plus d ’aucune utilité.
Aussi on le dépouilla de son artillerie, de sa garnison et il
n ’était plus g a rd é que p a r quelques m o rte -p a ies lorsqu’arriv a la
Révolution.
Il occupait tout l’em placem ent traversé p a r la route conduisant
à Hendaye-plage et sur laquelle se trouve le monument aux
m orts. D ’ap rè s le plan que l’on p o ssèd e et les so u b a ssem en ts que
l’on peut voir en c o n tre -b a s de l’esplanade, on p eu t dire q u ’il
était solidem ent construit et m êm e que la question d ’esthétique
n ’av a it p a s été p erd u e de vue. Bien abim é p a r l’artillerie e s p a –
gnole, lors des guerres de la Révolution, complètement ab an –
donné, il ne form ait plus q u ’un a m a s de ruines lorsqu’il fut démoli
à la fin du XIXe siècle.
*
**
On voit p a r ces quelques lignes qu’H endaye est plutôt p au v re
H E N D A Y E . — 3 .
— 42 —
en m onum ents, ce qui ne sa u ra it su rp re n d re q u a n d on se ra p p e lle
son histoire. Mais cette ville réserve à ses visiteurs mieux que
des œ u v re s de l’hom m e ; c’est le site adm irab le qui l’entoure, ce
sont les incom parables horizons q u ’on y découvre, c’est, en un
mot, une situation exceptionnellement favorable et qui en fait
une résidence des plus privilégiées.
CHAPITRE IV.
Vie Sociale – Commerce – Industrie
Sports
Au point de vue social, Hendaye présente le double caractère
d ’être une station balnéaire, d o n t la population fait plus que
doubler p e n d a n t les m ois d ’été et de vivre, p e n d a n t to u te l’a n n ée
d ’une vie qui lui est propre.
Ainsi q u ’il a été dit plus haut, l’o u verture de la ligne de chemin
de fer de Paris à M adrid a été le signal de la renaissance
de cette petite localité qui, depuis les guerres du Premier Empire,
n ’av a it fait que végéter. Non seulem ent les form alités de douane
p o u r le p a s s a g e des m a rc h an d ises d ’un p a y s à l’autre, m ais
aussi leur transbordement, conséquence de la différence de voies
en F rance et en E spagne, am en è re n t b e a u c o u p d ’étra n g ers qui
se fixèrent à H endaye, en m êm e te m p s q u ’un n om bre élevé
d ’em ployés de chemin de fer. C ’est alors que com m ença a se
former le quartier dit de la gare.
A l’origine, c’est-à -d ire en 1857, on ne sa v ait p a s encore ce
que donneraient les chemins de fer. Beaucoup, parmi les personnes
les plus éclairées, ne p en saien t p a s q u ’ils du sse n t prendre
une extension aussi considérable que celle q u ’ils o n t prise. Les
résu ltats de l’expérience n ’o n t p a s ta rd é à lever les do u te s et a
montrer que la conséquence de ce nouveau mode de transport a
été une véritable transformation de la vie sociale. Depuis cette
époque, le trafic de la g a re d ’H endaye a b ea u co u p v arie et a s u b i
_ 44 —
des fluctuations considérables qui ont eu naturellement une
grande répercussion sur les habitants en vivant directement ou
indirectement.
Voici quelques chiffres qui donnent une idée de son importance
:
Le tonnage expédié par cette gare en 1913 a été de 199.000
tonnes ; celui de l’année 1932 a atteint 390.581 tonnes p a r suite
de diverses circonstances et en particulier des suivantes. Ces
dernières années, en raison de n o u veaux tarifs d ouaniers et d ’accords
entre les compagnies de Chemins de fer, un très gros trafic
d ’o ran g e s s ’est créé entre l’E spagne, la France et certains p a y s
du Nord qui en recevaient une petite quantité auparavant. Four
s ’en faire une idée, il suffira de citer quelques chiffres concern
a n t l’année considérée, c’e st-à -d ire 1932. Il a été expédié
d ’H endaye, v en a n t d ’E spagne, 32.000 w a g o n s tra n sp o rta n t
146.000 tonnes d ’o ran g es et a y a n t ra p p o rté aux com pagnies
françaises 42 millions de francs.
On conçoit q u ’un sem blable trafic justifie l’emploi de beaucoup
de monde. Le nombre des commissionnaires en douane, qui est
habituellem ent d ’une cinquantaine, atteint 105 p e n d a n t la ca m ­
pagne des oranges et chacun emploie une moyenne de trois commis.
Le transbordement nécessite 60 équipes de manoeuvres à
5 hommes chacune, soit 300 personnes, sans compter les journaliers
perm a n en ts évalués à une centaine d ’hommes. Le personnel
fixe de la g are est de 300 hom m es ; celui de la D ouane de 120.
Il faut dire que tout ce m onde n ’habite p a s H endaye ; bea u co u p
vivent à Irun. On n ’en p e u t pas moins évaluer à 600 ou 700 le
nombre de personnes dont la présence est justifiée par le trafic
tran sitan t p a r la g are d ’H endaye. On voit donc l’influence considérable
que sa création a eue sur la renaissance de cette ville.
C ep en d an t il ne faudrait pas conclure de ce qui précède
q u ’H endaye n ’a été une localité de tran sit que depuis la création
du chemin de fer. Sa situation sur la frontière l’a mise en relations,
à toutes les époques, avec les villes voisines de la France
et de l’E sp ag n e entre lesquelles elle servait d ’intermédiaire. Les
intérêts commerciaux en jeu étaient si importants que, même
p en d a n t les g uerres si fréquentes entre ces deux nations, il se
— 45 —
faisait des traités de commerce entre ces localités. Les députés
français et esp ag n o ls se réunissaient d an s l’île des F aisa n s et
convenaient de tous les articles de ces traités q u ’on ap p e la it
« de bonne correspondance ». Ces traités étaient ensuite ratifiés
par les rois. Ainsi, pendant toute la durée des hostilités, les relations
com m erciales continuaient au g ra n d profit d ’H endaye qui
a s su ra it les échanges. Ces traités s’appliquaient aussi au x relations
par mer. Le premier dont on ait trouvé trace porte la date
d u 29 o ctobre 1353. Il y en eut bea u co u p d ’au tre s p a r la suite
ju s q u ’au XVIIIe siècle.
L a mer, il p ara ît superflu de le dire, a toujours joué un g ran d
rôle d ans l’existence des H endayais, q u ’ils fussent m arins ou
pêcheurs.
Le régim e incertain des e a u x de la B id asso a n ’a y a n t ja m ais
perm is d ’y créer un port, les m arins s ’enrôlaient sur des navires
équipés par les armateurs de Bayonne ou de Saint-Jean-de-Luz.
Quant aux pêcheurs qui étaient le plus grand nombre, ils
péchaient avec des embarcations en mer ou sur la rivière. Mais
l’accord ne rég n a it p a s to u jo u rs en tr’eux et les pêcheurs e s p a –
gnols. Les incidents étaient fréquents et se terminaient souvent
d ’une m anière tragique. Voici la relation d ’une affaire qui m ontre
combien les rapports pouvaient être tendus entre les riverains
des deux nations.
Les Espagnols prétendaient que la rivière leur appartenait
sur toute sa largeur. Partant de ce principe et au mépris des
revendications françaises, l’alcade de F o n tarab ie vint, le 23 ja n –
v ier 1617, ju sq u e sur le rivage d ’H endaye, à la poursuite d ’un
malfaiteur, étant porteur de son bâton de justice (1). Arrêté à
son tour, avec les bateliers qui le conduisaient, il fut envoyé p a r
les au to rités d ’H endaye au go u v ern e u r de la province, M. de
G ra m o n t, qui les em p riso n n a à B ayonne ju s q u ’à ce q u ’une enquête
eut été faite.
Mais, a v a n t q u ’elle fut term inée, les E spagnols, u sa n t de
(1) Aujourd’hui encore, en Guipuzcoa, le bâton est l’insigne des alcades
et des agents de police.
— 46 —
représailles, arrêtèrent et emprisonnèrent plusieurs pêcheurs
français qui naviguaient paisiblement sur les eaux de la Bidassoa.
Ils firent plus ; ils saisirent trois navires d e S a in t-Je a n -d e –
Luz armés pour la pêche à la baleine qui, à cause du mauvais
tem ps, s’étaient réfugiés d a n s la baie de F ontarabie.
L’affaire se com pliquait. Le com te de G ra m o n t sig n a la la situation
au roi Louis XIII qui traita la question p ar voie diplom
atique. Il d o n n a l’ordre de relâcher les E sp ag n o ls contre rem ise
des prisonniers français. Cet échange eut lieu le 4 mai 1617.
Mais, au moment où les pêcheurs français libérés abordaient
s u r la côte d ’H endaye, le ch â te au de F o n tarab ie leur envoya, en
guise d ’adieu, une volée de dix coups de canon. P erso n n e h eure
u se m e n t ne fut blessé p a r ces d é c h a rg e s ; m ais l’une d ’elles
e n d o m m a g e a sérieusem ent le clocher de l’église.
Cette nouvelle affaire donna lieu à une seconde enquête suivie
de longues conférences internationales dont le siège fut,
com m e toujours, l’île des Faisans. Les délégués français et e s p a ­
g n o ls n ’a v a ie n t p a s encore p u se m ettre d ’accord, lorsque les
négociations pour la paix des Pyrénées commencèrent le 13
août 1659. Mazarin et don Luis de Haro abordèrent aussi la
question de la B idassoa, m ais elle ne fut p a s suivie d ’une solution
imm édiate. Les négociations se poursuivirent entre d ’au tre s
plénipotentiaires et se terminèrent p ar un traité signé le 9 octobre
1685 et qui reconnaissait des droits égaux aux habitants
des deux rives de la rivière.
Depuis cette époque un stationnaire français et un stationnaire
espagnol séjournent en permanence dans la Bidassoa.
L eurs co m m an d a n ts veillent à l’exécution du traité et règlent
les différends de leur compétence qui peuvent se produire.
En ce qui concerne la pêche, à la saison du saumon et de
l’alose, c’e s t-à -d ire p e n d a n t les mois du printem ps, et p o u r éviter
les incidents entre pêcheurs français et espagnols, il fut décidé
q u ’ils p éc h eraien t à to u r de rôle. Au coup de midi, à l’église
d ’Irun, un des statio n n aires dev a it tirer un coup de canon e t les
p êc h eu rs de s a nationalité p o u v aien t seuls p êc h er ju sq u ’au coup
d e canon de l’au tre stationnaire le lendem ain à midi, et ainsi de
suite. Le règlement de 1685 a été modifié à plusieurs reprises
notam m ent en 1856, 1857 et 1879. Plus récemment de nouvelles
conventions ont modifié cette situation et rendu la pêche libre
pour tous et en tous temps dans la Bidassoa.
— 47. —
C ependant il faut ajouter que les intérêts en jeu ne sont p as
les m êm es q u ’autrefois. Le personnel vivant de la pêche sur la
rive française a p r e s q u ’entièrem ent disparu. Une trentaine d ’H endayais
seulement, ayant une autre profession normale, font seuls
la pêche pendant quelques semaines, tandis que, du côté espagnol,
le nom bre de pêcheurs de profession est assez élevé. M algré
cela il se produit encore, de tem ps à autre quelques incidents,
dûs, le plus souvent, à une fausse interprétation des règlements
p a r des a g e n ts subalternes ; m ais ils n ’influent p a s sur les relations
entre riverains lesquelles sont toujours excellentes. On en
a eu maintes preuves, notamment pendant la dernière guerre.
Les choses ne se p a s se n t p a s ainsi q u ’il vient d ’être dit d an s
la baie du F iguier com prise entre la pointe Sainte-A nne et l’extrémité
du Jaisquibel. On peut remarquer sur ces deux promontoires,
sur la promenade de la plage et dans la Bidassoa, des
sortes de pyramides placées deux par deux. Elles forment des
alignements qui donnent les limites des eaux françaises et des
eaux espagnoles ainsi que des eaux neutres intermédiaires dans
cette baie. Celle qui se trouve sur le mur de la plage, donnait,
avec une autre qui semble avoir disparu, la délimitation des eaux
territoriales au large de la baie du Figuier. Cette délimitation
est l’œ u v re de la com m ission m ixte des P yrénées qui existe
depuis le traité des Pyrénées et qui est toujours en vigueur.
En dehors de l’industrie de la pêche et du com m erce de tran sit
p a r le chemin de fer, H endaye n ’a ni industrie ni com merce. S a
richesse vient exclusivem ent de ces deux facteurs, si l’on excepte
cep en d an t les étran g ers d o n t il se ra question d ans le chapitre
suivant.
Il n ’en est p a s m oins vrai q u ’on trouve à H endaye to u t ce qui
est nécessaire p o u r les besoins de la vie courante. D ans l’a n –
cienne ville on peut voir de beaux magasins bien achalandés et
d o n t les E sp a g n o ls form ent une clientèle qui n’est p a s négligeable.
Il y a aussi à H endaye-Plage des m agasins dont beaucoup ne
— 48 —
sont ouverts que p e n d a n t la saison d ’été m ais suffisants p o u r
que les personnes en villégiature y trouvent à peu près tout ce
q u ’elles peuvent désirer. Du reste, le tra m w a y qui relie les deux
agglomérations et sur lequel circulent plusieurs voitures par
heure p erm e t e n tr’elles des com m unications rap id es et fréquentes.
Enfin le voisinage de l’E sp ag n e constitue p o u r tous une très
grande ressource. Malgré le change au profit des Espagnols, les
denrées et la plupart des marchandises sont, en Espagne, à des
prix bien inférieurs à ceux de la France et il y a là„ p o u r les
étrangers comme pour les indigènes des facilités dont tous profitent
largement.
S ’il en est ainsi de la vie matérielle, on ne p eu t p a s en dire de
m êm e de la vie intellectuelle. Il n ’est publié à H endaye ni jo u rnaux
ni revues, mais il y a plusieurs m ag asin s qui font la librairie
et, à défaut de journaux locaux, on y trouve les grands périodiques
français et espagnols et aussi les publications les plus
modernes.
A Hendaye, comme ailleurs, les sports trouvent pas mal
d ’am ateurs. Un terrain de foot-ball à H endaye ville, un au tre à
Hendaye-plage donnent toutes facilités à la jeunesse pour ce
sport si à la mode de nos jours. Les parties y sont fréquentes en
hiver, car il y a beaucoup de jeunes gens, libres le dim anche, qui
s’intéressent à ce genre de distractions. T rè s fréquents aussi
sont leurs déplacem ents p o u r se livrer à des m atches avec d ’a u –
tres sociétés.
Le golf lui-même est en honneur. Les terrains de la pointe
Sainte-A nne a p p a rte n a n t à l’Institut o n t été affermés et tr a n s ­
formés en un terrain de golf des mieux aménagés tant comme
étendue que d a n s ses détails. Il p rése n te 27 trous, sur un p a r ­
cours de 5700 mètres, longueur désormais exigible pour les
cham pionnats. Si l’on ajoute à ces av a n ta g es, la situation ém inem
m ent favorable de cet em placem ent, où l’on jouit co n stam –
m ent d ’une vue su p e rb e sur la m o n ta g n e et su r la mer, l’air
essentiellem ent salubre q u ’on y respire, on p eu t dire que ce terrain
de golf est de beaucoup le mieux situé de toute la région.
Enfin, il convient de m entionner aussi le sport de la natation,
d on t il est question au chapitre suivant.
CHAPITRE V.
Hendaye
Station climatique et centre touristique
La Côte B a sq u e ne jouit p a s d ’une très bo n n e réputation, au
point de vue du climat. Au dire de certains, la pluie y règne
p r e s q u ’en perm a n en c e ; elle est souvent ac co m p ag n é e de te m p ê –
tes et on y vit d a n s une atm o sp h è re d ’humidité continuelle. Il y
a une petite part de vérité dans cette appréciation et une grosse
p a r t d ’ex agération. Evidem m ent, on ne sa u ra it co m p arer le clim
a t de cette région à celui de la Côte d ’Azur. Les deux contrées
so n t très différentes l’une de l’au tre à tous é g a rd ; elles ont leurs
avantages et leurs inconvénients qui ne sauraient être mis en
parallèle.
En réalité le climat de la Côte Basque est un climat essentiellement
marin, avec des périodes de pluie au printemps et quelquefois
des dépressions du nord-ouest, principalement au voisinage
des Equinoxes. Mais, sauf dans des années exceptionnelles,
on ignore ce que sont les grands froids et les grandes chaleurs.
En été le therm omètre se maintient généralement à 2 ou 3
deg ré s plus b a s q u ’à l’intérieur des terres et il n ’arrive pas à 30°.
A la chute du jour, il se p ro d u it un ab aissem en t de tem p ératu re
qui rend les nuits fort agréables. En hiver le minimum se maintient
au-dessus de 5° et on traverse souvent des périodes assez
longues de vent de sud qui p o rte la te m p ératu re ju sq u ’à 15°, ce
qui est très apprécié des indigènes et des étrangers.
Du reste, il est une preuve certaine que le climat de cette ré­
— 50 —
gion est des plus sains, c’est q u ’elle a été choisie p o u r des
sanatoria. Ces établissements sont au nombre de deux.
Le plus ancien a p p a rtie n t à l’A ssistance P ublique de la ville de
P aris. Il est situé à l’extrém ité de la plage, abrité des vents d ’est
p a r la pointe S ainte-A nne et se com pose d ’un certain n o m b re de
pavillons isolés les uns des autres et servant de dortoirs, de
salles d ’étude et de réfectoires.
C réé en 1899, so u s le nom de « S an ato riu m d ’H endaye », il
reçoit les enfants de la ville de Paris provenant des hôpitaux
et qui o n t besoin de g ra n d air et d ’un milieu sain. A l’origine il
avait 250 lits. Mais ce nombre devint rapidem ent insuffisant pour
des besoins cro issants tous les ans et, en 1905, il fut a g ra n d i et
p u t recevoir 712 lits. G râce à ces nouvelles dispositions, il est
fréquenté par une moyenne annuelle de 1400 enfants des deux
sexes qui y font un séjour de 5 à 6 mois. Leur existence est partagée
entre un peu de travail, beaucoup de repos et surtout beaucoup
de grand air dont ils profitent p ar des prom enades aux
environs et de longues statio n s su r la plage. P e n d a n t l’été, les
bains de mer font naturellement partie du traitement.
L’au tre établissem ent, voisin de ce dernier, est situé su r la
hauteur, où il est exposé à l’air m arin que ne brise aucun o b s ­
tacle. C ’est une œ u v re privée a p p a r te n a n t à l’« Union des femm
es de France, de P a u » et qui répond au nom poétique de « Nid
M arin ».
Fondé en a o û t 1919, il se co m p o sait à l’origine d ’une seule m aison
co m p re n an t une soixantaine de lits seulem ent. M ais il devint
rapidement insuffisant pour des besoins de plus en plus grands
et on l’ag randit, à deux reprises, en 1925 et 1929, de m anière a
pouvoir disposer de cent lits de plus chaque fois. Actuellement
il p eu t recevoir 260 pensionnaires.
Le régime des enfants est, à peu de choses près, le même que
celui du sa n ato riu m de la Ville de P aris. On est frappé de l’o rdre
et de la propreté qui régnent dans cet établissement dont la
directrice, avec l’aide de plusieurs jeunes femm es, fait face, d a n s
les conditions d ’économ ie les plus appréciables, à une tâche
— 51 —
m atérielle et m orale des plus lourdes et d o n t elle s’acquitte à la
satisfaction de tous.
Les enfants des sanatoria ne sont pas les seuls à profiter des
bienfaits de la mer, car Hendaye est une des stations les plus
ap p ré cié es de la Côte B asque, bien q u ’elle soit de création ré­
cente. Sa plage longue de plus de deux kilomètres de la pointe
Sainte-Anne à la pointe des Dunes que baigne la Bidassoa, absolument
unie, sans sables mouvants, sans pierres, sans rochers
et formée du sable le plus fin, sans parler du site magnifique au
milieu duquel elle se trouve, est certainement une des plus belles
des plages de France. Aussi, de tous temps, les Hendayais ont-ils
pris des bains de mer. Quelques étrangers même venaient pend
a n t l’été, ce qui conduisit, il y a une cin q u an ta in e d ’années, à
construire l’établissem ent de bains actuel, avec un casino.
Cependant cette station resta longtemps sans se développer.
J u s q u ’à la fin du XIXe siècle, il n ’y av a it q u ’une im m ense étendue
de sable et des dunes avec quelques rares maisons au pied des
coteaux. Le sa n ato riu m de l’A ssistance P ublique fut le prem ier
étab lissem en t m o derne q u ’on y éleva, po sté rieu rem e n t au casino.
M ais, plus tard, on com prit l’intérêt q u ’il y av a it à m e ttre en
v aleu r un site pareil et sous le nom de « La F oncière d ’H en ­
d a y e », il se fonda, en 1910, une société immobilière. Les p re ­
m iers tra v a u x d ’un g ra n d p ro g ra m m e a u jo u rd ’hui en p a rtie r é a ­
lisé, consistèrent à construire le b o u le v ard s ’éten d a n t du s a n a ­
torium aux abords de la Bidassoa, le grand hôtel et à lotir les
te rrain s qui so n t a u jo u rd ’hui p r e s q u ’en tièrem ent construits. Les
villas s ’élevèrent alors com m e p a r e n c h an tem e n t et, a p rè s un
te m p s d ’arrêt, p e n d a n t la guerre, leur n o m b re devint tel q u ’on
voit m aintenant sur cette terre, il y a 25 ans nue et désolée, une
véritable ville avec les magasins indispensables à la vie journalière.
Aussi nulle station n ’est-elle plus ap p réciée et les b aig n eu rs
d eviennent tous les ans plus nom breux. C ’est que l’a ttra it exercé
par cette nouvelle ville se comprend. En outre du site en luimême
et de ses environs, on trouve peu de plages aussi vaste
que celle-là. Quel que soit le nom bre des baigneurs, ils peuvent
y stationner, y circuler à leur aise, sans se gêner les uns les
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autres, com m e d an s beau co u p d ’au tre s endroits. Elle a un au tre
a v a n ta g e bien appréciable, c’est que sa déclivité vers le large est
très peu sensible. Si c’est un défaut, au gré des bons n ageurs,
c’est une g ra n d e qualité p o u r ceux qui ne sa v en t n a g e r que peu
ou pas du tout et qui constituent de beaucoup le plus grand
n om bre. C’est su rto u t une g ra n d e tranquillité p o u r les m ères de
familles qui peuvent laisser leurs enfants jouer à leur gré, en
toute sécurité.
P e n d a n t l’été, cette p la g e présente, sur toute sa longueur, un
coup d ’œil unique. On y voit une véritable fourmillière hum aine,
depuis les enfants du sanatorium prenant leurs ébats au pied de
la pointe S ainte-A nne ju sq u ’aux h a b ita n ts de la pointe des
D u n es qui n ’ont que quelques p a s à faire p o u r aller de chez eux
sur le sable.
Station essentiellement balnéaire, Hendaye est aussi un centre
de tourism e de prem ier ordre. Il est vrai q u ’il ne faut p a s chercher
d an s ses environs im m édiats, com m e d an s bea u co u p d ’a u –
tres stations des Pyrénées, des b u ts d ’excursions de g ra n d e
envergure. On n ’en p eu t p a s m oins faire d an s ses alentours immédiats
des courses tout à fait intéressantes. Le parcours de la
corniche basque, entre la pointe Sainte-A nne et Socoa, q u ’on le
fasse à pied ou par le tram way, est une des plus jolies prom en
a d e s que l’on puisse désirer.
La Croix des B ouquets, d ’où l’on jouit d ’une vue magnifique
s u r la F rance et sur l’E spagne, ne le cède à aucun au tre site du
pays.
Le petit village de Biriatou peut être donné comme le type du
village basque labourdin, dans un endroit charmant.
De l’au tre côté de la B idassoa, l’E sp ag n e offre des sujets
d’excursions plus attrayants les uns que les autres. Sans parler
de F o n tarab ie et d ’Irun où l’on revient to u jo u rs avec plaisir,
citons :
La vallée de la Bidassoa, desservie par un petit chemin de fer,
av e c ses vallées convergentes où s ’a b riten t les ch a rm a n ts villages
de Vear, Echalar, Yanci, Aranaz, Lesaca, Sumbilla, Mugaire
e t enfin Elizondo d ’où l’on p e u t g a g n e r B a ïg o rry p a r le col
d ’Isp ég u y ou A inhoa p a r le col de M aya.
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T o u t près d ’Irun l’escalade de S aint-M artial p e rm e ttra d ’em ­
b ra s s e r d ’un coup d ’œil to u t le p a y s en to u ra n t H endaye, en m ê­
me tem ps q u ’elle év o q u e ra bien des souvenirs historiques. B ornons-nous
à citer un des plus anciens. En 1522, pendant une des
g u erres entre F rançois Ier et Charles Quint, les F rançais a v a ie n t
trav e rsé la B id asso a à B éhobie et s ’étaient em p aré du fort de
Gasteluzar. Les espagnols, dissimulés dans les bois et les
bruyères qui couvraient la montagne, tombèrent sur eux et les
mirent en déroute. Pour commémorer cet événement, on construisit
une chapelle et un ermitage sur cette petite montagne et
on les appela Saint-Martial, du nom du saint du calendrier à cette
date. On arriva par la suite, à désigner la montagne elle-même
sous ce nom. On y fait un pèlerinage le 30 juin.
P arm i les excursions que l’on p e u t faire en E sp a g n e les plus
jolies sont celles du Jaisquibel.
De son extrém ité, p rè s du phare, on jouit d ’une très belle vue
sur H endaye et la côte, que l’on p eu t voir, p a r les tem ps clairs,
ju s q u ’au delà de C apbreton.
Une p ro m e n a d e à la G u adeloupe est chose aisée et l’on est
bien récom pensé de la peine q u ’on a prise p o u r effectuer le tra je t
de trois kilom ètres qui la sépare d ’Irun.
Ces deux courses p eu v e n t faire l’o bjet d ’une seule prom enade,
en commençant par la seconde.
M ais l’excursion la plus reco m m an d é e et qui laisse une im ­
pression d urable à ceux qui la font est l’ascension du Jaisquibel
ju s q u ’à la redoute qui couronne son som m et. L a vue, de cet
endroit élevé de 543 mètres, d ’où l’on dom ine la m er et les
Pyrénées, ne saurait se décrire, surtout si on peut y aller en
a u to m n e p a r une journée de vent du sud. Le descente p e u t s’effectuer
par Renteria, si on est pressé, ou par Passages (San Juan)
que l’on ab o rd e p a r le goulet et que l’on trav e rse en entier av a n t
de gagner Renteria. Cinq à six heures suffisent pour cette randonnée,
sans se presser.
Enfin Saint-Sébastien, Passages, Renteria, Oyharsun sont des
buts de promenade très différents les uns des autres, mais ayant
tous leur charme et leur originalité.
Il convient d ’ajo u ter q u ’H endaye réserve bien des satisfac-
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tions aussi bien à ceux qui n ’aim ent p a s à se d ép lac er q u ’a u x
a m a te u rs de courses. Rien q u ’à flâner sur la plage, à errer sur
la pointe des dunes ou sur les bords de la Bidassoa, à suivre le
v a et vient de la m arée qui tran sfo rm e l’estuaire ta n tô t en un
bassin coupé de canaux, tantôt en un véritable bras de mer, à
contempler, au coucher du soleil, les teintes si variées dont se
p a re n t le Jaisquibel et les n u a g e s ju sq u ’au m om ent où s ’allum ent
le phare du Figuier et celui de Biarritz, aperçu entre les Deux
Jumeaux, on éprouve une sensation de bien-être physique et
moral qui font regretter les jours et les heures qui passent.
Et c’est ce qui explique que très ra re s soient ceux qui, ap rè s
avoir passé quelques semaines à Hendaye, regagnent leur chez
eux sans esprit de retour.
B o is d ’H e n r i M a rtin –
TABLE DES MATIÈRES
C H A PIT R E Ier.
Vue d ’e n s e m b le ………………………………………………………………………….. 3
C H A PIT R E II.
Histoire :
I . — D es origines à la fin de l’occupation a n g l a i s e . . 9
II. — D e la fin de l’occupation anglaise au XVIIe siècle 11
III. — Le XVIIe siècle …………………………………………….. 17
IV.— Du XVIIIe siècle à nos jo u rs…………………… 27
CH A PITRE III.
Monuments — Curiosités — Hommes célèbres……………………… 32
C H A PITR E IV.
Vie sociale — Commerce — Industrie — S ports…………………. 43
C H A PIT R E V.
Hendaye, station climatique et centre de tourism e 50
I MP. J . GLIZE, BUE DURRIEU, SAINT-SEV EB. — TÉL. 6 1

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