La Véritable Histoire De Hendaye

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En P r é p a r a t i o n
Histoire complète de Hendaye
Pour paraître en 1932
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INTRODUCTION

Rares sont actuellement les personnes connaissant les exactes
origines de Hendaye-Plage, sachant les controverses passionées
et les luttes ardentes soutenues dans le passé au sujet
de cette captivante question.
Aussi, nous sommes-nous livrés à une étude de ces origines et nous proposons-nous simplement, dans les lignes qui suivront, de renseigner nos lecteurs et de fixer un point, singulièrement attachant, d’histoirelocale et régionale.
Nous le ferons en toute conscience, c’est-à-dire impartialement et en toute liberté d’esprit. Ce sera un exposé des faits, éclairés à la lumière des documents et archives que nous avons consultés.
Nous y verrons, au cours des années, au cours des siècles même, les différends surgir tantôt avec la puissance voisine, tantôt avec la commune limitrophe. Nous y verrons — naturellement — les intérêts des hommesd’affaires s’y frayer leur place avec un succès variable. Nous y verrons
une petite commune y chercher sa voie, inlassablement ; puis, y voyant clair, s’attacher avec une suite remarquable dans les idées, à une réalisationqu’elle aurait cru plus rapide et plus féconde. Nous y verrons — et ceci consolera de beaucoup de choses — que les Hendayais (les Hendayens comme on disait autrefois) ont eu un culte passionné de leur petite patrie qu’ils ont toujours cherché à faire plus grande et plus belle.
Nous verrons enfin cette commune grandir peu à peu, puis, forte de ses beautés naturelles chantées par un poète incomparable, lancer son nom aux quatre vents de l’espace et proclamer toujours sa foi en un avenir de progrès et de prospérité dans un cadre fait, à coup sûr, de
charme et de beauté.

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Nous, Henry d’Artagnan, Lieutenant pour le Roi au Gouvernement
de Bayonne et pays adjacens, et Daniel de Bares, sieur de
S. Martin, Conseiller du Roi en ses Conseils, Commandeur de
son ordre de S. Michel, Commissaires Députés par Sa Majesté
très Chrestienne le Roy de France et de Navarre , pour régler et décider
conjointement ou séparément, avec les Commissaires du Roy Catholique,
les différends qui sont entre les habitans de Hendaye, et autres objets de
Sa Majesté Très-Chrestienne, et ceux de Fontarabie, et autres subjets du
Roy Catholique, circonstances et dépendances, pour raison tant de la
propriété et Seigneurie de la rivière de Bidassoa. Depuis le lieu où elle
commence d’arroser les terres de France jusques à la mer, emboucheure
couche et rade inclusivement, que pour raison de l’usage d’icelle rivière,
emboucheure, couche et rade, consistant en la pesche et navigation avec
toute sorte de vaisseaux, passages, isles, nasses et autres droits.
Nous estans transportés le vingt-sixième Novembre 1662 dans le lieu de
Hendaye en vertu de la Commission de Sadite Majesté, à nous adressée le vingt-quatrième septembre de la mesme année 1662.
Partant, nous disons, déclarons et jugeons, que la propriété, domaine,
jurisdiction et seigneurie de la moitié de ladite rivière Bidassoa, depuis
l’endroit qu’elle commence d’arroser les terres de France, appelé communément Endarlats, jusques dans la mer, couche et rade, inclusivement, appartient à Sa dite Majesté Très-Chrestienne, ensemble la propriété de la moitié desdites couche et rade, appelé le Figuier, les Tombes, et Onda ralcou, comme aussi que la propriété de la moitié de la Nasse de Biriatou appelée communément Martias coroenea, qui est une maison de costé deFrance dont ladite nasse porte le nom, et la propriété de toutes les isles qui sont du costé de France au deça le milieu de ladite rivière Bidassoa,particulièrement de l’isle appelée Insura, aussi bien que la propriété domaine, jurisdiction, et seigneurie des passages de Biriatu, de Béhobie,de l’Hospital S. Jacques, et de Hendaye, appartiennent à Sadite Majesté Très-Chrestienne.
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Dans la possession de la moitié de laquelle rivière et grand canal
d’icelle, en quelque lieu qu’il puisse estre et se changer à l’avenir, depuis
ledit lieu d’Andarlats où elle commence d’arroser les terres de France,
jusques dans la mer inclusivement, ensemble de la moitié desdites couche, rade et nasse de Biriatu et de la totalité desdites isles et Joncaux, qui sontau deça le milieu de ladite rivière et desdits passages, de Biriatu, de Béhobie, de l’hospital S. Jacques, et de Hendaye, nous avons maintenu
et maintenons lesdits habitans de Hendaye, et autres subjets de Sadite
Majesté Très-Chrestienne, et en conséquence avons ordonné et ordonnons qu’ils continueront d’en jouyr pleinemeut et paisiblement, et qu’ils aurontle droit et faculté de naviguer avec toute sorte de vaisseaux à quille et sans quille et de pescher avec toute sorte de rets et en tout temps, aux saumons,sardines et à toute autre sorte de poissons, dans toute ladite rivière Bidassoa,couche et rade, et d’entrer et sortir à la mer par la barre et embouchure comme rader et anchrer dans ladite couche, charger et décharger dans les vaisseaux qui seront dans leurs ports ou dans ladite couche,toute sorte de denrées et marchandises qui entreront ou sortiront par la dite rivière, et qui viendront, tant par icelle que par mer ou par terre, audit port de Hendaye, et autres lieux desdites frontières de France et d’Espagne, et de passer et de repasser de France en Espagne, et d’Espagne
en France, soit au devant de Fuentarabie, ou par les autres endroits de
ladite rivière, à toutes heures du jour et de la nuit, toute sorte de bestail
et de marchandises avec leurs dits bastimens à quille et sans quille, de la
mesme manière que ceux de ladite ville de Fuentarabie, et autres subjets
de Sadite Majesté Catholique font et en usent, et d’ayder à faire entrer et
sortir de ladite rivière leurs navires et ceux des Estrangers, avec leurs
chaloupes et pinasses, iceux rader anchrer dans ladite couche, si besoin
est, et de tenir en leur port de Hendaye et autres, toute sorte de navires,
barques, chaloupes et pinasses à l’anchre, pour les charger et décharger,
y vendre en détail, hyverner ou autrement, à la charge toutefois de payerà la tour de Hendaye l’ancien droit d’anchrage, et hyvernage desdits vaisseaux,
çavoir : pour chaque navire la somme de trois livres, pour chaque
patache ou barque, quarante sols, pour chaque pinasse vingt sols, pour
chaque chaloupe, gabarre ou autre petit bastiment, un carolus, valant dix
deniers, et de faire généralement toute sorte de navigation et de pesches
sur ladite rivière, couche et rade, sans aucune restriction, comme aussi
de labourer et cultiver lesdites isles et joncaux, et particulièrement la
grande isle appelée INSURA, avec faculté de faire bastir et construire des moulins sur ladite rivière, et qu’ils jouyront pleinement et paisiblement les passages de Biriatu, de Béhobie, de l’Hospital, et de Hendaye ensemble, des moulins, isles, nasses et pescheries qui sont sur ladite rivière du costé de France, aves les mesmes privilèges, franchises et avantages que les habitans de Fuentarabie, et autres subjets de Ladite
Majesté Catholique jouyssent de leur costé sans exception quelconque et
sans que ceux de Fuentarabie ny autres puissent exiger desdits habitans
de Hendaye et autres subjets de Sadite Majesté Très Chrestienne aucun
droit ni reconnaissance ; çavoir les habitans du quartier de Biriatu jouyront et possèderont le passage dudit lieu de Biriatu, et la moitié de ladite nasse appelée Martiascorenea ; les habitans de la paroisse d’Urrugne,
jouyront et possèderont le passage de Béhobie, et les habitans de Hendaye
le passage de l’Hospital S. Jacques, avec celuy de Hendaye vis à vis de
Fuentarabie, comme aussi jouyront et possèderont lesdits habitans de Hendaye
toute la grande isle appelée communément Insura et autres terres
appelées Joncaux, en la forme que lesdits passages et isles leur ont esté cydevant
adjuger et depuis confirmer par Sadite Majesté Très Chrestienne et
finalement que lesdits habitans de Hendaye, jurats, officiers, juges, Magistrats,
et autres subjets de Sadite Majesté Très Chrestienne pourront faire
tous actes possessoires, mettre et poser des balises ou marques dans les
endroits de ladite rivière où besoin sera pour la seureté des vaisseaux qui
entreront et sortiront et pourront exercer toute justice de police, jusques
sur le milieu de ladite rivière Bidassoa, couche et rade comme estant le
véritable limite des jurisdictions de Hendaye et Fontarabie, ensemble
dans toutes les isles, nasses et passages qui sont du costé de deça chacun
en ce qui le regardera ; le tout sans préjudice des prétentions que Sadite
Majesté a sur toute la rivière, couche et rade, isles, nasses, moulins et
passages qui sont des deux costés d’icelle, en vertu des droits légitimes à elle
acquis sur le Royaume de Navarre et ses dépendances, lesquels elle s’est
réservez par tous les traités de paix faits entre les deux Couronnes de
France et d’Espagne. Et à l’égard des excès et violences commis par les
dits habitans de Fuentarabie à l’encontre de ceux de Hendaye et des dommages
et intérests par eux soufferts par la non jouyssance de ladite navigation
et de la pesche, isles, nasses, moulins et passages, avons ordonné
et ordonnons que les informations et procer verbaux faits au sujet desdites
violences et non jouyssances seront incessamment remis devers Sadite
Majesté Très Chrestienne, pour y estre fait droit et par elle pourveu ainsi
qu’il appartiendra.
Fait dans ladite barraque de l’isle des faisans, située
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au milieu de ladite rivière Bidassoa, dans le pays de Labourt, province de
Guyenne, ledit jour vingt-sixième février mil six cens soixante sept. Ainsi
signé: d’Artagnan, l’Abbé de S. Martin Bares, commissaires, Rebouil,
Greffier et Bitac, secrétaire.

Sa Majesté ayant agréable ladite sentence et tous et un chacun des
articles d’icelle, Elle l’a agréée, approuvée et ratifiée, comme Elle l’agrée,
approuve et ratifie par la présente signée de Sa Main, veut et entend
qu’elle soit inviolablement gardée et observée et promet en foy et parole de Roy, de ne pas souffrir qu’il soit allé directement ou indirectement au
contraire, sous quelque prétexte et occassion que ce puisse estre. Fait à
S. Germain en Laye le vingt-cinquième jour de janvier mil six cens
soixante huit.
Signé : Louis. Et plus bas, De Lionne et scellé.
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Comme on vient de le voir par cette curieuse, importante mais indigeste ordonnance royale
, Louis XIV confirmait les privilèges
accordés par Louis XIII aux habitants de Hendaye. Ces privilèges
consistaient en l’attribution personnelle et perpétuelle aux
habitants, de terrains sur la rive droite de la Bidassoa en récompense de
la belle conduite des marins de Hendaye lors du siège, en 1628 par Richelieu,
de là Rochelle défendue, comme l’on sait, par les calvinistes.
La commission française conduite par le lieutenant d’Artagnan ne put
arriver, malgré sa longanimité et ses multiples appels, à rencontrer pendant
son séjour à Hendaye et à Béhobie, la commission espagnole pour régler de concert avec elle, les termes de la convention relative à la délimitation
frontalière. Force lui fût d’agir seule et de préciser nettement les droits d’Hendaye, afin d’essayer de mettre un terme aux exactions et violations
de territoire continuellement commises par les Espagnols.
C’est donc exactement à trois siècles en arrière qu’ il faut remonter pour
trouver l’origine des « Joncaux » de Béhobie, conquis peu à peu, renblayés et consolidés par la mains des anciens habitants de Hendaye et
celle des Joncaux de Chingudy suivis des dunes et de la plus belle des plages du golfe de Gascogne.
La plus incessante inimitié ne cessa de régner au cours des siècles entre
les populations des deux côtés de la Bidassoa. Nous savons qu’ il ne reste
absolument plus rien aujourd’hui de ces luttes fratricides, pas plus qu’il
ne reste d’animosité entre les habitants de nos anciennes provinces qui s’entre déchiraient autrefois. Mais, il y a un siècle encore, lors des invasions
de 1793 et de 1813, Hendaye fût mise à sac et brûlée par les troupes espagnoles qui ne respectèrent même pas l’église, incendiée elle-même
avec les archives municipales qu’elle contenait. Une précieuse source de renseignements nous fait maintenant défaut.
Ce ne fût que de longues années après que l ’on reparla des joncaux et des dunes de Chingudy.
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lui laissant d’abord que ses yeux pour pleurer. La manoeuvre se serait terminée en refermant les deux mâchoires de la tenaille et en absorbant les 33 hectares auquels Hendaye en était réduit. Pour un particulier, 33 hectares
constituent une superficie respectable, mais infime pour une commune……
Après s’être vu disputer son territoire par la nation voisine, Hendaye allait être obligée de se défendre « inguibus et rostro » pour se maintenir dans son intégrité
Mais qu’elle était donc faible ! Il sera facile de s’en rendre
compte en examinant son budget de l’époque : 1074 francs de recettes et, naturellement, un chiffre identique de dépenses.
On croit rêver. C’est le temps le bon vieux temps — comme disent encore les bonnes gens, où le maître d’école recevait 200 fr. d’appointements
annuels avec 50 fr. d’indemnité de logement, le secrétaire de mairie 100 fr.,
le desservant 100 fr., le garde-champêtre-messager 20 fr. et où un crédit
annuel de 10 fr. était ouvert pour les fêtes publiques. Le temps où les
centimes additionnels à la contribution foncière produisaient en tout et
pour tout dans la commune la somme de 7 fr. 30 ! Et que de vieux noms
Hendayais on retrouve dans la composition du Conseil Municipal de ce
temps-là : Durruty (maire), Barrieu, Hiribarren, Ansoborlo, Gorsabal,
Etchevcrry, etc.
Or, pour répondre à une lettre du Sous-Préfet de Bayonne et à un rapport du Directeur Départemental des contributions directes, voici ce que décide le Conseil Municipal :
1° Dans aucun cas, le commune d’Hendaye ne pourra être unie à celle d’Urrugue.
2° Les terres des Joncaux et d’Izpetia ne seront pas non plus détachéesde la juridication communale sous le simple prétexte de l’établissement du cadastre.
« Vu les motifs puissants qui nous en autorisent, ces terres, crées par « nous, furent concédées par notre monarque Louis XIV en récompense « de la délivrance de la Rochelle par les seuls habitants de Hendaye
« (haut fait à prendre en considération) ; que d’ailleurs la commune
« d’Urrugne qui a 6000 hectares de surface pourrait sans inconvénient « quelconque faire en faveur de Hendaye un abandon d’une étendue peu « considérable de terrain, tel que la portée droite du chemin qui conduit
« de Hendaye au port de Béhoby (sic), Dans ce cas, nos Joncaux et ceux« d’Izpeta se trouveraient dans notre juridiction et nous n’aurions pas le « mal au coeur de voir (nous qui n’avons presque donner de notre
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« terrain à une commune qui en a plus qu’il ne lui en faut. Le Conseil
« Municipal à l’honneur de prier Monsieur le Préfet de prendre en consi-« dération les motifs ci-dessus et d’avoir compassion d’une commune qui,
« depuis l’époque funeste de la révolution a toujours été écrasée sous les
« besoins les plus pressants et n’a l’air de vouloir renaître que depuis que
« la navigation à Terre-Neuve a recommencé.
Terre-Neuve, Hendaye ! Mais ceci est une autre histoire……
Hendaye n’eût pas satisfaction.
Puis, d’un bond nous passons à 1859 et, devant les empiètements antérieurs
d’Urrugne, le Conseil Municipal d’Hendaye décide d’ester en justice
contre sa voisine pour faire constater ses droits à la propriété et juridiction des terrains situés au dedans des onze pierres bornes aux initiales
H. V. et la continuation de cette ligne en comprenant les communaux
d’Izpeta et les Joncaux. Le 7 mars 1860, Hendaye votait 2000 fr. pour ses
frais de procédure contre Urrugne.
Le 19 février 1862, un jugement du tribunal de Bayonne faisait réintégrer
à la commune d’Hendaye les terrains contestés. Les Hendayais crièrent victoire, mais pour peu de temps, car Urrugne faisait appel. Enfin,un jugement de la cour impériale de Pau en date du 23 février 1863 confirmait celui de Bayonne en mentionnant que la décision administrativeseraient dresséspour chaque commune.
Le point final fût mis à cette affaire en juillet 1894 et Hendaye reprit la disposition de ses terrains des Joncaux, de la baie de Chingudy et des dunes. Cet accroissement territorial devait être suivi d ’un second en 1898 au détriment d’Urrugne, portant ainsi la superficie d’Hendaye à 726 hectares.

La naissance de l’idée

Durant la longue période litigieuse qui va de 1830 à 1864, des événements considérables s’étaient produits : deux Révolutions et un Coup d’Etat- Une transformation économique profonde s’était réalisée, dûe auxinventions nouvelles et au développement des chemins de fer. Dans le cadre local, ce changement n’avait pas été moins profond. On commençaità parler d’Hendaye où une gare internationale avait été créée en 1864 car, jusqu’à cette date, la voie ferrée ne dépassait pas Bayonne.
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Déjà, la municipalité avait reçu des propositions très étudiées pour
mettre en valeur les terrains communaux. D’ailleurs, la proximité de la
résidence impériale de Biarritz devait attirer les yeux sur Hendaye et quelques précurseurs du tourisme se rendaient vers la belle plage quel’Impératrice avait, en 1857, honorée de sa visite.
La première proposition d’achat de terrains que nous avons relevée, remonteà 1836 ; elle émanait d’un habitant dHendaye, Martin Hiribarren,désireux d’avoir une pièce de terre vague communale à la marée (mer).
Il se trouva que la somme offerte, soit 97 fr. 20 pour 54 perches métriques, fit passer des lueurs de convoitise dans les yeux des conseillers municipauxde l’époque, car la proposition fût acceptée afin d’avoir l ’argent nécessaire pour les réparations urgentes de la prison communale !
Les 2754 mètres carrés revinrent donc à Monsieur Hiribarren à 0 fr. 03 le mètre.
Vingt années passèrent, avant qu’une proposition intéressante ne fût faite ; mais les événements allaient se précipiter.
En 1856 un propriétaire de Fontarabie fit une demande de location de 100.000 mètres carrés moyennant une somme annuelle et totale de 60 francs-
Ces terrains se trouvaient près d’Izpeta et le locataire se chargeait « de « clôturer le dit terrain tout autour par des murailles solides, de le rendre
« cultivable et de le remettre à la commune en bon état de clôture e t d’ex- « ploitation à l’expiration du bail
La réponse de la commune ne se fit pas attendre : « Le Conseil Munici pal ne doutant pas que le dit terrain vague attenant aux communaux dits « Izpeta qui étaient de même nature dans le temps, n’ait été compris
« aussi dans la concession faite par S. M. Louis XIV aux marins d’Hendaye (quoique plage et y faisant partie). Considérant d’ailleurs que plute sieurs lopins de terre situés contre ce terrain ont été vendus par la
« commune à des propriétaires d’Hendaye avec autorisation de l’adminis-« tration supérieure, déclare le dit terrain, terrain communal et est d avis « à l’unanimité, vu que la commune par elle-même n’a pas de ressources
« pour le clôturer et le tirer de l’eau, voyant aussi en cela un moyen d’accroître ses revenus, que la susdite proposition soit acceptée.
Nous arrivons enfin à 1857 qui doit marquer, à notre sens, le début d’une ère nouvelle dans l ’évolution de la question des dunes de Hendaye-Plage et de la récupération des terrains de la baie de la Bidassoa.
La perche métrique valait 51 mètres carrés environ.
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L’Impératrice Eugénie qui villégiaturait à Biarritz, émue des ruinesd’Hendaye dont elle avait souvent entendu parler, vint apporter quelques
consolations aux habitants et se fit conduire à la plage et sur les ruines du vieux fort, d’où elle découvrait le magnifique panorama de la baie
Voyant alors la presqu’île de sable — communément appelée aujourd’hui la pointe — en direction du cap du Figuier ; voyant surtout, par l’effet dela marée, les eaux se retirer peu à peu de la baie et rentrer dans le lit du fleuve, elle demanda pourquoi on n’avait pas essayé d’isoler ces terrainspour les livrer à l’agriculture.
Nous ne savons ce qui fût alors répondu à l’Impératrice. Et comme notre but n’est pas de faire une histoire romancée mais de nous appuyer sur des textes précis et des faits indiscutables, nous retrouvons une délibération du Conseil municipal de 1860. M. Lissardy est maire. A la session de mai,
il donne connaissance à son Conseil municipal des dispositions d’une récente circulaire préfectorale recommandant aux corps municipaux de « s’inspirer dans l’intérêt de la commune de la pensée du Souverain, con-
« tenue dans sa lettre du 5 Janvier 1860 pour rendre productifs les terrains « communaux incultes. Considérant qu’il existe devant la commune « d’Hendaye un terrain de près d’un kilomètre de longueur sur 300 mètres« de largeur, baigné par les marées et qui serait d’une prodigieuse facilité
« s’ il était conquis à l’agriculture en endiguant le chenal de la Bidassoa.
« Que les dispositions de la dite lettre impériale fournissant les moyens « de rendre ce sol productif, à défaut des ressources communales toujours « insuffisantes pour entreprendre de tels travaux. Disposé d’y contribuer« dans la mesure des revenus communaux. Persuadé de l’immense avan-« tage pécunier qu’en retireraient l’Etat et la commune.
« Estime qu’il serait intéressant de faire étudier sérieusement cette « question par MM. les Ingénieurs et le sollicite de l’Administration. »
Comme on s’en rend compte à la lecture de la délibération ci-dessus, le problème était très nettement posé et l’idée de l’endiguement du chenal de
la Bidassoa était née.

Les hommes d’affaires arrivent
Le premier est M. Fargeot qui demande à acheter tout le terrain de la baie. Il lui est répondu que de multiples raisons empêchent la commune
de donner une suite favorable à sa proposition : Le litige avec Urrugne n’est, en effet, pas encore terminé ; l’offre ne fait apparaître que la spéculation comme motif, offre d’ailleurs illusoire puisque des habitants de la
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commune même, pourrraient offrir un prix trois fois plus fort pour conserver seulement les engrais qu’ils retirent de la haie. Il lui est fait comprendre enfin qu’il s’établira évidemment dans un avenir prochain une concurrence de sociétés qui seules, auront les capitaux suffisants et susceptibles
de donner des avantages réels pour la commune. M. Fargeot se letient pour dit et n’insiste pas.
L’année suivante, un professeur de dessin d’Aire-sur-l’Adour, M. Didelin
demande la cession d’une parcelle de terre inculte située dans les dunes près des ruines de la chapelle Ste-Anne pour y bâtir une maison et y aménager un jardin d’agrément.
« Attendu, dit l’acte, qu’il est dans l’intérêt de la commune de favoriser « la construction sur ce point pour y attirer les baigneurs, le conseil« municipal est d’avis qu’une parcelle de 10 à 12 ares soit aliénée à« M. Didelin sur le point précité à raison de 30 fr. l’are (0 fr. 30 le mètre
carré).
M. Didelin était un sage et sa place n’est point à ce chapitre…
* *
La même année, et comme suite aux prescriptions de la lettre impériale de 1860, le sous-Préfet sur le rapport de l’Ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées se préoccupe de la mise en valeur des dunes par des plantations qui y seraient faites. Malheureusement, la commune n’avait pas les fonds suffisants pour se livrer à cette dépense et, supposant que le conseilleur
serait peut-être le payeur, elle pria l ’Etat d’assumer les frais de l’opération.
On n’entendit plus jamais parler de rien…
*
* *
Le 28 septembre 1862, deux particuliers, dont les noms n’ont pas été conservés demandèrent à la commune d’ importantes aliénations de terrain à la Plage. Il leur est aussitôt répondu : « Considérant l’appel fait par «Urrugne au sujet du litige territorial ; considérant d’ailleurs que le « moment n’est point opportun pour faire des aliénations sur ce point,
« attendu l’importance d’avenir qu’est destinée à avoir la côte, refuse,et ci Il paraît donc hors de doute que, dès cet instant, la commune possède sur la question une idée qui lui est personnelle ou qui lui a été suggérée.
Nous verrons plus loin à qui cette suggestion doit être attribuée. Et nousvoyons, le 17 avril 1864, une demande d’un M. Boué Dominique subir lemême sort après avoir demandé lui aussi la concession des terrains des
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dunes : « Le Conseil municipal, considérant que le moment n’est point
« opportun pour vendre du terrain dans la côte, à moins de ne le faire à
« quelque société ou compagnie qui puisse y fonder des établissements de
« bains convenables pour y attirer le public et donner à la plage la répu-
« tation que sa beauté mérite, rejette etc. »
Par contre, la commuue désireuse de ne pas aliéner sa liberté d’avenir
consent facilement à louer pour 9 ans à MM. Ameline et Couret, 9 ares de
terrains à 5 fr. l’are, et par an, pour y installer un établissement de bains
provisoire qui sera un commencement pour attirer les baigneurs à la
plage d’Hendaye.
Le 25 septembre 1865, un nouveau refus de vente de terrains à la plage
est opposé à un sieur Pantaléon Palacin y Campo.

Le Projet Giraud
Le 10 novembre 1866, soit huit ans après que l’idée de l’endiguement
du chenal de la Bidassoa eût germée dans la pensée de l’impératrice
Eugénie, une proposition ferme s’inspirant de cette idée fut faite à la commune
par M. Giraud, de Paris. Celui-ci proposait d’acheter les dunes et
les grèves que la mer découvre à marée basse et qui seraient fermées au
moyen d’une digue. Il offrait 100 fr. l’hectare (soit 0 fr. 01 le mètre carré).
En donnant connaissance au Conseil municipal de la proposition Giraud»
le maire communiqua également une lettre du Sous-Préfet par laquelle
il était fait observer que les grèves devaient appartenir à l’Etat et, qu’en
conséquence, la commune ne pouvait en disposer. L’assemblée communale
laissa de côté la question du droit de propriété en se réservant le
droit de la discuter en temps opportun et elle exprima le désir de voir
exécuter le projet Giraud tout en exprimant à son auteur le désir de con –
naître exactement le point d’où partirait la digue et celui où elle aboutirait.
Enfin, ayant quelques réserves de première nécessité à faire dans l’intérêt
de la population d’Hendaye en cas d’exécution du projet, elle pria
M. Giraud de bien vouloir déléguer un expert à qui une commission choisie
parmi les membres du Conseil municipal expliquerait l’importance des
réserves reconnues indispensables.
Près d’une année s’écoula sans que M. Giraud ne fit connaître ses objections,
quand enfin, le 12 septembre 1867, il écrivit une lettre demandant
la concession pure et simple des terrains convoités et offrait le prix de
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25 fr. l’hectare (0 fr. 0025) le mètre carré… D’emblée cette proposition
dérisoire fut repoussée : « Attendu qu’un projet est à l’étude pour l’éta-
« blissement d’une route pour aboutir à la plage communale, le conseil
« municipal décide à l’unanimité qu’il ne veut vendre actuellement à un
« prix quelconque les dunes dont il s’agit »
La commune était en effet en pourparlers avec la Cie du Midi pour lui
vendre un terrain de 14.000 francs bordant la Bidassoa et les fonds
provenant de cette vente, devaient être affectés à la construction de la
route de la plage.
Propositions diverses
En août 1868 un refus est opposé à M. Mas d’Hendaye pour les mêmes
motifs qui avaient déjà fait écarter la proposition Giraud. M. Mas désirait
simplement louer et offrait une somme annuelle de 150 fr.
Mais, pressée par des besoins d argent, la commune faisait une vente de
56 ares l’année suivante à M. Séron, géomètre à Ciboure à raison de 50 fr.
l’are et le Conseil municipal informait l’autorité départementale qu’elle était
disposée à mettre ses terrains communaux de la baie en vente et ferait
préalablement rédiger les plans de ces terrains et diviser en lots afin de
se créer des ressources.
La réponse ne se fît pas attendre, car deux années avant, le sous-Préfet
qui avait émis des doutes vis-à- -vis de la commune sur la réalité de la propriété
des terrains de la baie, demanda, cette fois, communication des
titres de propriété. Ces titres lui furent envoyés : ils comprenaient l’ordonnance
royale du 25 janvier 1668 et l’arrêt de la cour impériale de Pau
de 1863.
Puis, la commune repoussa une offre d’achat de M. Séron en l’accompagnant
des commentaires suivants : « Aliéner aujourd’hui une partie
« des dunes serait (dit le rapport du commissaire-enquêteur) une faute ;
« que le Conseil municipal fasse faire un plan pour la totalité, qu’une
« division du terrain en soit faite avec intelligence et le chemin projeté arrivé
« à son terme, ces dunes auront une valeur bien supérieure à celle qu’on
« veut leur donner aujourd’hui et Hendaye pourra revoir son ancienne
« splendeur. Considérant aussi que si la commune veut, plus tard, fonder
« à ses frais un établissement de bains, elle sera bien aise de n’avoir pas,
« à ses côtés, et dans la partie la mieux abritée des dunes, un concurrent
« qui pourrait lui causer un tort immense. »
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Enfin deux autres propositions furent rejetés : celle de M. Waldteufel
de Paris tendant à élever à ses frais pour 99 ans un établissement de bains
à la plage et celle de M. Granier de Cassagnac demandant la concession
complète de la baie.
Le Projet Dupuy
Avec le projet Dupuy, le Conseil municipal allait avoir à examiner la
proposition la plus complète qui, jusque là s’était fait jour. M. Dupuy,
attiré dans la région en sa qualité d’ingénieur par les travaux de construction
du chemin de fer, fût frappé de la grande beauté des sites
d’Hendaye et de la possibilité qu’ il y avait à mettre en valeur leurs
richesses touristiques. Le 10 juillet 1871, il demanda la concession complète
de la baie de Chingudy et d’une partie des dunes pour l’exploitation
industrielle pendant 99 ans, mais, la commune ayant limité cette durée à
60 ans, M Dupuy retira son offre.
Ce fût pour peu de temps, car le 24 octobre 1871, M. Dupuy déposait
un projet de convention de 54 articles.
La lecture de ce projet serait fastidieuse pour nos lecteurs et alourdirait
cet exposé volontairement succinct.
Le projet Dupuy contenait d’ailleurs quelques impossibilités administratives
qui furent soulignées par le sous-préfet de Bayonne. M. Dupuy
demandait en effet que l ’accès de la plage soit interdit à tous ceux qui ne
fréquenteraient pas l’établissement de bains créé par lui. Or la plage est à
tout le monde. Il demandait que si l ’octroi était un jour institué à Hendaye
toutes scs entreprises s’en verraient exemptées, ce qui était une naïveté.
Il suggérait pour ses fournitures et matériaux une exemption de droits de
transport sur les chemins de fer, ce qui en était une autre. Il exprimait le
désir de voir surveiller seulement par le Maire, les travaux entrepris,
alors qu’il faut toujours l’approbation de l ’Administration supérieure. Il
demandait aussi à pouvoir céder ses droits sans autorisation de la
commune ou de l’Administration supérieure etc. etc..
Deux ans après, s’étant rendu à l’évidence, M. Dupuy déposa une nouvelle
proposition modifiant son projet de 1871. Il s’engageait à faire les
travaux suivants se montant à quatre millions de francs avec une société
d’une durée de 79 ans :
Construction d’un chemin de fer de la ville à la plage . . 400.000
Voies p u b l iq u e s …………………………………………………….. 500.000
Jardin p u b l i c …………………………. ……………………. . 46.500
Égouts ………………………………………………………………………………… 40.000
Plantations………………………………………………………………… 20.000
Réparation du clocher de l’église d’H en d a ye …………. 20.000
Somme à v a l o i r …………………………………………………….. 173.500
1.200.000
Construction d’un hôtel français………………………………………….. 887.000
— d’un casino……………………………………………………… 402,000
— de bains froids f r a n ç a i s ……………………………….. 79.500
— de bains c h a u d s …………………………………………… 126.500
— d’un café de la p l a g e …………………………………….. 131.500
— d’un hôtel espagnol ’ ………………………………… 473.000
— de bâtiments d’a dm in is tra t ion …………………….. 100.000
d’une usine à g a z …………………………………………… 60 000
de bains froids espagnols……………………………….. 25.000
Aménagement d’un parc à h u ît r e s …………………………. 20.000
Distribution d’eau potable………………………………………… 60.000
Somme à v a l o i r …………………………………………………….. 435.500
Terrains agricoles (pour mémoire)…………………………………….. »
2 . 8 oo.ooo
Le plan imaginé pour financer cette entreprise, considérable pour
l ’époque, était simple. Il consistait en l’émission de 1000 actions
de 500 fr…………………………………………………………………………. 500.000
et de 11.666 obligations de 300 f r ………………………………………….. 3.500 000
4.000.000
Les revenus présumés étaient les suivants :
Hôtel f r a n ç a i s ……………………………………………………………………… 30 000
— espagnol ……………………………………………………………………… 18.000
Casino……………………………………………………………………………………… 5.000
Bains froids f r a n ç a i s ………………………………………………………….. 25 000
— espagnols……………………………………………………………. 5.000
— chauds…………………………………………………………………………… 5.000
Distribution d’e a u ………………………………………………………………… 6.000
A reporter. . . . 94.000
— 19 —
Construction d’un chemin de fer de la ville à la plage . . 400.000
Voies p u b l iq u e s …………………………………………………….. 500.000
Jardin p u b l i c …………………………. ……………………. . 46.500
Égouts ………………………………………………………………………………… 40.000
Plantations………………………………………………………………… 20.000
Réparation du clocher de l’église d’H en d a ye …………. 20.000
Somme à v a l o i r …………………………………………………….. 173.500
1.200.000
Construction d’un hôtel français………………………………………….. 887.000
— d’un casino……………………………………………………… 402,000
— de bains froids f r a n ç a i s ……………………………….. 79.500
— de bains c h a u d s …………………………………………… 126.500
— d’un café de la p l a g e …………………………………….. 131.500
— d’un hôtel espagnol ’ ………………………………… 473.000
— de bâtiments d’a dm in is tra t ion …………………….. 100.000
d’une usine à g a z …………………………………………… 60 000
de bains froids espagnols……………………………….. 25.000
Aménagement d’un parc à h u ît r e s …………………………. 20.000
Distribution d’eau potable………………………………………… 60.000
Somme à v a l o i r …………………………………………………….. 435.500
Terrains agricoles (pour mémoire)…………………………………….. »
2 . 8 oo.ooo
Le plan imaginé pour financer cette entreprise, considérable pour
l ’époque, était simple. Il consistait en l’émission de 1000 actions
de 500 fr…………………………………………………………………………. 500.000
et de 11.666 obligations de 300 f r ………………………………………….. 3.500 000
4.000.000
Les revenus présumés étaient les suivants :
Hôtel f r a n ç a i s ……………………………………………………………………… 30 000
— espagnol ……………………………………………………………………… 18.000
Casino……………………………………………………………………………………… 5.000
Bains froids f r a n ç a i s ………………………………………………………….. 25 000
— espagnols……………………………………………………………. 5.000
— chauds…………………………………………………………………………… 5.000
Distribution d’e a u ………………………………………………………………… 6.000
A reporter. . . . 94.000
— 19 —
— 20 —
129.000
Ce revenu annuel de 129.000 fr. servait à rémunérer le capital engagé.
Puis au bout d’une première période de 20 ans on amortissait les obligations
pendant 30 ans au moyen des ventes de terrains. Il en était de même
des actions des 29 dernières années d’existence de la société.
Mais, le Conseil d’Administration, prévoyant, avait distribué des actions
de jouissance recevant 25 fr. 60 % (!) afin de pouvoir partager les plantureux
bénéfices laissés par l’amortissement progressif des obligations et
actions sans parler des énormes excédents annuels que ne manquerait
pas de laisser une gestion avisée…
La commune elle-même n’était pas oubliée puisqu’a la lin des 79 ans elle
devenait propriétaire du domaine inaliénable (chemin de 1er, voies
publiques, jardin etc.) ; elle touchait deux millions de la liquidation de
l’entreprise sans parler des sommes annuelles qu’elle aurait pu laisser
capitaliser ce qui lui procurait un capital de 6 millions. Total: 8 millions.
Las ! L’Espagne était proche… Que de châteaux !…
Et la Bidassoa continua de couler sous le pont international, et les intérêts
d’Hendaye et de ses habitants, de marquer le pas.

La “ Société d’Exploitation des Bains de la Plage d’Hendaye ”
Quatre années passèrent encore quand enfin, lassés de tant d’espoirs éveillés et non réalisés, plusieurs habitants d’Hendaye se concertèrent et décidèrent de fonder une « Société d’Exploitation des bains de mer de laplage d’Hendaye ». Ils se bornaient dans ce projet à fonder un établissement
de bains de mer d’au moins 30 cabines, d’un restaurant-buvette et faisaient appel à leurs concitoyens pour souscrire les actions. Voici d’ailleursle texte intégral de la séance du Conseil Municipal où fût présenté lademande de la société :
Report………….. 94.000
Distribution de gaz …………………………. . . . . 8.000
Parc à h u î t r e s ……………………………………. 9.000
Terrains a g r icoles ……………………………………………… 5 000
Chemin de f e r …………………………………………………. 8.000
Café de la p la g e ………………………………………………………. 5.000
\
Séance extraordinaire du 19 Juin 1877
Présents M. Ansoborlo maire, Meynier adjoint, Curutchet, Lalanne
Canuyt, Sallet, Anatol, Boussac.
M. le Maire expose que depuis longtemps les Espagnols fréquentent la
belle plage de Hendaye ; qu’ils s’y rendent en barques de Irun et Fontar
rabie. Une légère tente que le groupe apporte, abrite les baigneurs. C’est
ainsi que des étrangers jouissent de la plage française sans payer quoi que
ce soit à l ’Etat ni à la commune.
Jusqu’en 1864 la voie ferrée ne dépassait pas Bayonne. Le voyageur qui
se rendait en Espagne par la route N° 10 franchissait la frontière à Béhobie
sans soupçonner l’existence de Hendaye, que le mamelon d’ Irandatz dérobait
à sa vue. Cette localité ne serait pas encore sortie de l’oubli si les
nécessités de la stratégie moderne n’y avaient pas conduit le chemin de
fer. C’est de l ’ouverture de la ligne de Bayonne à Irun que date la renaissance
d’Hendaye. On vil dès lors la population augmenter, les ruines
disparaître, les maisons s’élever, le commerce s’établir et la prospérité
naître là où naguère végétaient pariétaires et orties.
Une chose cependant, indispensable, réclamée depuis quelque temps
avec insistance par les habitants, manque à Hendaye pour engager les
étrangers à se fixer dans un endroit où ils sont attirés par une plage sans
rivale, par les sites les plus pittoresques : un établissement de bains convenable
et un restaurant avec buvette où les baigneurs seraient sûrs de
trouver tout le confort des stations balnéaires.
C’est dans le but de combler cette regrettable lacune que divers habitants
de Hendaye, représentés par les sieurs Albrespy Auguste, Durruty
Alphonse, Ithurria Etienne, Muxica Joseph, Etchégaray Henry, Susperreguy
Ignace, tous propriétaires et domiciliés à Hendaye nous ont adressé
une demande tendant à obtenir l’autorisation de fonder l’établissement
dont il s’agit, suivant le cahier des charges ci-après.
Article premier. — Une société désignée sous le nom de : Société d’exploitation
des bains de la plage d’Hendaye, et composée de tous les actionnaires
qui désirent en faire partie est formée à Hendaye et se constituera
définitivement après approbation du projet par l’autorité supérieure.
Art. 2. — La commune d’Hendaye cède à titre de bail à ferme pour
9 années qui commenceront le 1er juillet 1877 et finiront à pareil jour de
l’année 1886 l ’exploitation des bains de mer de la plage de Hendaye à la
dite société aux conditions suivantes :
— 21 —
— 22 —
1° La Société s’engage de construire pour la saison balnéaire de l’année
courante, un établissement composé d’au moins trente cabines et d’un
restaurant-buvette dont le prix sera, y compris l’ameublement et le vestiaire
nécessaires de 6.000 francs au minimum.
2° La dite société s’oblige à payer à la commune de Hendaye 40 % sur
les bénéfices réalisés après prélèvement de 5 % du capital social.
3° Les opérations de la société seront contrôlées par les soins du Maire
de la commune ou d’un délégué par lui désigné à cet effet.
Art. 3. — La commune d’Hendaye cède à la dite société les terrains
qui lui sont nécessaires pour la construction de cet établissement, avec
faculté de développement suivant l ’urgence dûment constatée, après entente
réciproque des deux parties.
Art. 4. — Le Maire prendra un arrêté réglementant les bains, déterminant
les limites au moyen de poteaux indicateurs, approuvant les tarifs,
etc…
Art. 5. — La commune de Hendaye se réserve le droit de résilier le
présent bail et de se substituer à la dite société en lui remboursant de ses
propres deniers, le capital engagé, plus les intérêts depuis l’époque du
versement dans le cas où ils n’auraient pas été servis et 50 % en sus à
titre d’indemnité sur le dit capital, mais une autre société ne pourra se
substituer à celle déjà existante qu’autant que cette nouvelle société prouvera,
par des garanties qu’elle est en mesure de faire un établissement
d’une valeur dix fois plus forte que celui déjà fait par l’ancienne société.
Art. 6. — Les cabines existant actuellement seront tolérées pour l’année
courante, eu égard aux dépenses déjà faites par leurs propriétaires ;
mais à partir de l’année prochaine, la présente société aura seule le droit
d’exploitation des bains de mer.
Art. 7. — A l’expiration du présent bail, la commune aura la faculté)
soit de le renouveler, soit de le résilier en payant à la société la valeur de
l’établissement, au prix de l’estimation faite par deux experts nommés contradictoirement
par les deux parties, sauf en cas de désaccord la nomination
d’un troisième expert par le Tribunal de Commerce pour trancher la
difficulté.
Art. 8. — Les divers frais de quelque nature qu’ils soient se rapportant
au présent bail seront à la charge de la société.
– 23 –
Cette proposition n’allait pas être du goût de tout le monde. Une première
protestation s’éleva de M. Boussac, directeur de l ’établissement de
bains de la plage qui s’élevait contre une installation plus convenable et
plus importante que la sienne La seconde, plus sérieuse était signée
de MM. Lissardy, Légarralde, Anatol, Meynier, Dantin, et… Boussac,
tous conseillers municipaux M. Dantin, initiateur de cette protestation,
offrait des conditions plus avantageuses, ne réclamant qu’un intérêt de
5 % et employant le surplus en améliorations soit à l’établissement de
bains, soit en plantations dans les dunes ou à tous autres travaux tendant
à protéger ces dunes contre l’action de la mer.
Au conseil municipal, la thèse de M. Dantin obtint cinq voix et celle du
Maire cinq voix également. Il fût alors demandé au Préfet de prendre une
décision.
L’année suivante, aucune décision n’était encore prise. Mais les élections
municipales venaient d’avoir lieu ; M. Dantin n’était plus du conseil municipal
et M. Ansoborlo, maire, voulant en finir, fit adopter le projet
Albrespy, Durruty, Ithurria, etc. :
« Le Conseil considérant que la formation d’une société rencontre des
« difficultés inattendues, et des formalités dont la loi entoure les actes de
« société ; qu’ il est indispensable d’arriver à la solution de cette affaire ;
« que les susnommés, personnes honorables et de solvabilité reconnue ,
« offrent de prendre aux conditions ci-dessus. Décide, par 8 voix contre 3
« d’autoriser le Maire à signer un bail avec eux. »
A la fin de décembre 1878, aucune solution n’ayant encore été donnée à
l’affaire, les intéressés rédigent une nouvelle demande qui est également
envoyée au Préfet en le priant d’y donner la plus prompte suite.
En août 1879…… Mais nous touchons au point ou l’affaire devient d’un
haut comique que n’eût point désavoué Courteline. Quel dommage que
cette histoire ne lui fût contée, lui qui, pourtant, fréquenta notre station.
Une comédie, avec quelques scènes dramatiques, s’écrira peut-être un
jour……
Le projet Moreau
Moreau-Ville — Hendaye Moreau — Hendaye-Moreau-Ville
Comment le Docteur François Moreau, propriétaire du château de
Mauves, commune de Podensac (Gironde) fût-il amené à faire des propositions
à la commune d’Hendaye pour la mise en valeur de son territoire?
— 24 —
Nous supposons, et nous avons de bonnes raisons pour le croire, comme
on le verra plus loin, qu’il fût aiguillé sur cette affaire par M. Dupuy auteur
du projet dont nous avons parlé plus haut.
L’assurance du Docteur Moreau était telle que le 26 août 1879, le conseil
municipal décidait de concéder à la société (?) Moreau et Cie la moitié
de la surface des dunes, plus toute la partie de la plage baignée par la
haute mer qui venait de lui être attribuée par la délimitation du territoire
maritime du 18 mars 1878, à condition :
1° De désintéresser les créateurs de l’établissement de bains (qui venait
enfin de voir le jour).
2° D’élargir à 10 mètres le chemin de la ville à la plage.
3° D’établir un tramway.
4° De créer un établissement de bains avec soubassement en maçonnerie
comme celui de la grande plage de Biarritz.
5° De construire un casino avec café-restaurant.
6° De s’engager à fournir devis et plans en 6 mois pendant lesquels la
commune promettait de n’écouter aucune autre proposition d’aucun particulier
ou société.
Un mois après, l’affaire se corsait et le Docteur Moreau ajoutait la construction
d’un grand hôte! et une rente annuelle et perpétuelle à servir à la
commune. On lui enlevait seulement une bande de terrain de 10 mètres
de large, du chemin d’Ondaralxou à la pointe de Socoburu, longeant la
plage et destinée à la circulation publique.
L’emballement était général…
Les premières pluies de novembre vinrent probablement jeter quelque
fraîcheur sur cet enthousiasme, car le 17 novembre 1879, le Docteur Moreau
écrivait la lettre suivante au Maire d’Hendaye.
« Je ne peux donner suite au projet d’établir une station balnéaire sur
« la plage d’Hendaye qu’autant que figureront sur cette concession les
« Joncaux de Chingoudy en totalité ou tout au moins en plus grande
« partie……
… L’obligation que je contracte de faire construire par mes soins un
« établissement de bains, un hôtel et un casino, de donner un élargisse-
« ment de 10 mètres au chemin qui conduit du village à la mer, d’aplanir
« les dunes, de faire construire un nouveau chemin le long de la plage
« de planter des arbres sur le bord de toutes les voies, me conduira à d’é-
« normes dépenses, et comme conséquences à de grandes chances aléa

VUE PANORAMIQUE de L’ESTUAIRE de la BIDASSOA
———– HENDAYE-PLAGE et la CÔTE d’ESPAGNE ————

vue panoramique hendaye
On à chaque marée. C’est cet espace qui fait l’objet, ainsi que les dunes émergées plus à droite, des péripéties
décrites dans cette brochure. — On distingue très nettement à gauche, la ligne circulaire formée par la digue en
construction. Cette digue, tout en délimitant la concession accordée par l’Etat, a pour but de retenir les sables qui
seront dragués dans la baie de la Bidassoa et de permettre ainsi la récupération de vastes terrains admirablement
propices à la construction, sous un climat idéal et dans un cadre de féerique beauté. — On s’explique, ainsi, l’acharnement
déployé depuis 70 ans par divers particuliers et sociétés, pour s’assurer la propriété de cette inégalable
concession.
Haie de la Bidassoa
ou de Chingudy
Fontarabie
Le Jaizquibel
Digue en
construction
Terrains en cours de
récupération sur la mer
du Figuier
Parc des Sports
Le Casino
L’Hôtel
Eskualduna
L’Hôtel
Continental
« toires qui peuvent faire reculer les capitalistes surtout avec la charge
« d’une rente perpétuelle à servir si celle-ci n’est pas raisonnablement
« réduite. Je promets mon concours le plus dévoué à cette entreprise,
« comptant que le Conseil Municipal de son côté répondra à ma Bonne
« volonté en renfermant dans de justes limites les prétentions de la
« commune. Agréez, etc…
Mais l’assemblée communale maintint à l ’unanimité ses délibérations
antérieures, trouvant sans doute surprenant de voir le Docteur Moreau
demander déjà des modifications au projet qu’ il avait élaboré lui-même.
Aussi le 31 décembre 1879, le Docteur Moreau écrivait à nouveau au
Maire.
« . . . Je me renfermerai dans les termes rigoureux de ma soumission et si
« j ’ai tardé jusqu’à ce jour à confirmer ce que j’ai offert dans celle-ci, c’est
« que j ’attendais d’avoir appris à Paris si les capitalistes étaient dans les
« même dispositions de fournir le même capital, alors que je ne leur pré-
« sentais plus que 350.000 mètres carrés de terrain superficiel au lieu de
« un million que je leur offrais le jour qu’ils me promirent 500.000 francs.
« Quoi qu’ il en soit, et pour répondre à vos désirs, voici ce que j ’offre de
« dépenser dans mon projet de création d’une station balnéaire à la
« plage d’Hendaye en échange de la concession de tous les terrains de la
« plage à l’exception de la Sablière que se réserve la commune.
— 25 –
« Elargissement du chemin et construction d’un tramway. . 30.000 fr.
« H ô t e l ……………………………………………………………… 100.000 fr
« C a s in o ……………………………………………………… 100.000 fr.
« Café-restaurant 50.000 fr.
« 10 chalets……………………………………………………….. 50.000 fr.
« Etablissement de b ains 40.000 fr.
« Aplanissement des dunes, construction d’un quai et
frais généraux 130.000 fr.
« Total…………………………………………………………… 500.000 fr.
« Je partirai demain ou après-demain pour Paris. Vous verrez M. le« Maire, le dévouement et l’empressement que je mettrai à l’oeuvre que« vous souhaitez si ardemment et bientôt nous aurons réparé tous les re-« tards.
« En attendant le plaisir de vous informer de mes succès je vous envoie « l’assurance, etc…
Peu de jours après, le Conseil Municipal prenait acte de l’engagement
— 26 —
du Docteur Moreau de dépenser 500.000 francs en 3 ans et il demandait,
en outre, 1000 francs de rente la première année, 2000 francs la deuxième
et ainsi de suite jusqu’à 5000 francs pour se maintenir constamment dans
l’avenir à ce chiffre.
Il votait aussi l ’aliénation éventuelle d’une zone de terrains à conquérir
sur la baie et définissait les charges imposées à l’acquéreur pour l’endiguement
de la partie annexée à la terre ferme suivant une ligne A. B. C.
D. E. F. G. H. I. J. K.

plan d'ensemble des dunes

plan d'ensemble des dunescette image à été retourné pour une meilleur compréhension.

Plan dressé en 1880 par la commune d’Hendaye pour la construction de la digue
et la récupération des terrains de la baie de Chingudy.
— 27 —
Voici ce texte :
Article premier. — M. le Maire rétrocède à M. Moreau une zone de terrain
à conquérir dans la baie de Chingudy y compris l’anse de Belcénia ainsi
que la construction et l’exploitation d’une ligne de tramway à établir sur
le terrain des dunes vendues à M. Moreau, partie sur la rive des terrains
à conquérir, de l ’établissement des Bains du Vieux Port avec embranchement
par Belcénia jusqu’au pied de la rampe de la rue Parcheteguy.
Art. 2. – – M. Moreau s’engage à endiguer les dits terrains à construire et
à exploiter le tramway ci-dessus et à édifier dans ses propres terrains à
proximité de la Plage, un Casino, le tout en se conformant aux clauses du
cahier des charges ci-annexé.
Art. 3. — M. Moreau encaissera les recettes de l’exploitation des dits
établissements pour l’indemniser de ses dépenses, peines et soins. En
compensation des charges et des avantages ci-dessus M. Moreau paiera
à la commune aux mains du Beceveur municipal une somme de 30.000 fr.
Art. 4. — La présente convention ne sera définitive qu’après approbation
de l ’Administration supérieure. »
A cette convention était annexée un cahier des charges concernant les
terrains à conquérir de la part de Chingudy et à annexer à la terre ferme,
selon la ligne A. B. C. D., etc. de Socoburu au vieux port.
Le 25 février 1880, M. Moreau écrivait encore au maire :
« M. Dupuy m’a envoyé tous les plans dont je pouvais avoir besoin.
« Comment marche l’enquête? Par le même courrier, j ’écris à M. le Préfet
« à Pau pour le prier d’activer l’enquête qui me préoccupe.
« J’ajoute que je suis bien embarrassé ; mes pas et démarches auprès
« des capitalistes présentent, ou même, trouvent des difficultés. Je suppose
« que je prenne demain des engagements auprès d’eux, il peut arriver
« que je ne puisse remplir ceux-ci si l’enquête faisait tout tomber dans
« l’eau. Comme conséquence, il faut la presser, car ce ne sera qu’après
« elle que je pourrai terminer.
Puis le 1er avril.
« Je suis heureux de vous informer que je viens de terminer la forma-
« tion de ma société de capitalistes pour notre affaire d’Hendaye. A moins
« d’événements imprévus, nous n’aurons plus de retard et il vous sera
« bientôt donné de commencer les travaux.
« J’ai informé M. le Préfet de Pau du succès de mes efforts pour la
« formation de ma société de crédit.
— 28 —
On serait tenté de croire que ce jour du 1er avril est habituellement
réservé à d’innocentes plaisanteries… Mais voici une nouvelle lettre qui
suit la première à 3 jours d’intervalle :
« Monsieur le Maire ; Désormais, vous pouvez dormir tranquille ainsi
«que M. Le Préfet (sic). Les travaux seront bientôt commencés et marche.
« ront ; nos conditions sont parfaitement arrêtés et les paroles, données.
«Félicitons-nous donc de l’immense résultat que je viens d’obtenir, puisai
que nous marcherons vite après que les actes seront passés. »
C’est donc bien plus qu’un soupir de soulagement que pousse le Docteur
Moreau, c’est un cri de triomphe, un hymne d’allégresse qu’il entonne :
« Comme un aigle arrivé sur une haute cime
« Il cria tout joyeux avec un air sublime :
« L ’avenir, l’avenir, l’avenir est à moi !
C’est à ce moment précis qu’il fait paraître une brochure répandue dans
le monde touristique et financier, faisant le panégyrique de la ville qu’il
va créer, lui, Docteur Moreau. Et cette ville ne pourra porter qu’un nom,
qu’un seul, le sien : Moreau-Ville !
Ce fût une explosion de rires et de sarcasmes ! — Où passez-vous vos
vacances, cette année, chère amie ? »
— La question ne se pose pas : à Moreau-Ville ! »
« Vous vous rendez compte ! » comme dirait, de nos jours, Maurice
Chevalier.
Le ridicule tue parfois. Le Docteur Moreau ne devait pas se relever de
ce coup-là.
Il écrivit au maire une lettre où il disait « n’avoir pas voulu cela » et
que c’était la faute de l’imprimeur et même du « prote » (sic) qui aurait dû
mettre « Hendaye-Moreau » ou « Hendaye-Moreau-Ville » !!__
« Voulez-vous, écrit-il, et le conseil municipal avec vous, les dénomi-
« nations de « Hendaye-Moreau-Ville » ou voulez-vous seulement Hen-
« daye-Plage? Je suis complètement à votre disposition ».
Sèchement et dignement l’assemblée communale repoussa l’alléchante
dénomination du Docteur Moreau.
– 29 —
« Nous l’avons, en donnant, Madame, échappé belle » !
Une enquête administrative de commodo et incommodo avait été
ouverte antérieurement au sujet de la concession demandée par le Docteur
Moreau. M. Auguste Roumagnac, commissaire spécial de police, nommé
commissaire enquêteur avait reçu une lettre de MM. Dantin et Amyot
disant que le projet n’était pas complet et faisant des propositions plus
avantageuses. D’autre part, une pétition signée de 110 Hendayais avait
été favorable à la concession.
Mais, le 9 avril 1880, le maire envoyait au Docteur Moreau le coup de
massue suivante :
« Le conseil municipal n’a nullement à se préoccuper de la marche de
« vos affaires. Nous ne voulons pas prolonger au delà de deux mois le
« commencement des travaux. Si l’affaire ne devait pas se conclure et
« sans restrictions de votre part, nous serons à regret et dans l’obligation de
« vous retirer les avantages qui vous ont été accordés. Nous vous accor-
« dons jusqu’au 15 avril pour signer définitivement.
Ce qui fut dit fut fait, car par sa délibération du 17 avril, le conseil municipal
déclarait cesser ses relations avec le Docteur Moreau et lui retirait
le bénéfice des concessions des dunes et de la baie de Chingudy.
Le 1er mai, officiellement informé par la Préfecture de sa déchéance, le
Docteur Moreau brandissait quelques foudres : « J’ai protesté auprès du
« Préfet contre cette délibération et dans le cas ou sous trois jours ce
« magistrat ne casserait pas cette délibération, je vous ferais, par voie de
« justice une protestation en dûe forme. Je regretterais que le conseil
« municipal persistât dans la guerre acharnée qu’il semble vouloir me faire.
Le lendemain 2 mai, l ’assemblée communale repousse le projet Amyot-
Dantin car il ne porte que sur une partie du projet Moreau : les dunes,
en laissant de côté la récupération des terrains de la baie de Chingudy,
mais elle maintient également son refus de reprendre des pourparlers avec
le Docteur Moreau et le 19 juin 1880 elle précise les motifs de ce refus en
termes définitifs : « Attendu que par ses lettres des 1er et 4 avril, M. Mo-
« reau affirmait que la société était formée, que les fonds étaient prêts,
« qu’il n’attendait que le résultat de l’enquête et l’approbation préfectorale
« pour commencer les travaux et que nous pouvions dormir tranquilles,
« soit nous, soit M. le Préfet à qui il avait écrit que la société était fondée.
30 —
« Ecrivant ensuite le 24 avril pour dire que la société n’était pas consti-
« tuée. Que ces tergiversations, tantôt affirmant un fait accompli, tantôt
« disant le contraire, ont produit un tel effet dans l’esprit des conseillers
« que la méfiance s’est emparée d’eux et le considérant comme n’étant
« pas sérieux ou pour mieux dire qu’ il était un « faiseur d’affaires ».
« Considérant que la commune ne peut s’engager dans cette voie sans
« compromettre ses intérêts ainsi que sa dignité en traitant avec un homme
« qui n’a pas encore fondé de société malgré ses efforts depuis environ un
« an. Que des propositions autrement sérieuses n’attendent pour se pro-
« duire que l’évincement de M- Moreau. Que dans ces conditions il est du
« devoir de tout conseiller municipal qui a le souci des intérêts commu-
« naux de repousser énergiquement des projets qui en se réalisant n’au-
« raient pour résultat que le prolongement indéfini du statu quo de la
« plage d’Hendaye, demande à M. le Préfet de rejeter d’une façon défini-
« tive le projet Moreau. »
Aussi sévèrement et justement traités, certains, peut-être, eussent abandonné
la partie Mais le Docteur Moreau espère encore. Il s’abouche avec
une société locale en formation qui prend le nom de « Société de fondation
de la ville d’eau de Hendaye-Plage au capital de 100.000 francs, et,
triomphalement, le 18 août 1880, le directeur de la société, M. Liborio de
Ramery, écrit au maire : « J’ai l’honneur de vous informer que la société
« de fondation de la ville d’eau de Hendaye-Plage a traité avec M. le Doc-
« teur Moreau et, par suite, devient la société d’exploitation légalement
« constituée, prévue à l’article de la convention Moreau en date du 31 jan-
« vier 1880. Je viens vous prier, Monsieur le maire, de porter ce fait à la
« connaissance du Conseil Municipal et d’activer la solution de cette
affaire. Veuillez agréer, etc »
Passez muscade…
Mais la ficelle est trop grosse. Le conseil municipal demeure inébranlable,
il ne veut plus entendre parler du Docteur Moreau et adopte l’ancien
projet Dantin modifié et amélioré en faveur de la commune. Une commission
de 3 membres, MM. Ansoborlo, Roidot et Dilhurbide est désignée
pour s’entendre avec M. Dantin et associés sur les clauses et conditions
à arrêter sur son projet de la plage.
— 31 —
La “ Société Civile et Immobilière de Hendaye-Plage ”
Mais les événements se précipitèrent et le projet Dantin fut écarté une
seconde fois car de nouvelles compétitions s’étaient fait jour. Aussi, pour
éviter toute contestation, la commune se décida enfin à recourir à l’adjudication
publique, au lieu d’essayer de traiter de gré à gré. C’est la voie
dans laquelle elle eût dû entrer dès le principe admis, voie prescrite, d’ailleurs
par les lois et règlements. Il fut donc décidé que les terrains seraient
concédés par voie d’adjudication publique avec, à l’avance, toute la publicité
désirable.
Tout ce qui avait été fait jusqu’à ce jour fut annulé et une commission
composée des mêmes membres que précédemment fut nommée pour élaborer
toutes les clauses de l’adjudication.
Aucun compte ne fut tenu d’une lettre du 4 décembre 1880 d e M. Champuis,
ancien ingénieur à Bordeaux écrite au nom d’une société financière.
Il offrait 100.000 fr. pour 500.000 m‘2 de terrains de la plage et de la baie.
Il s’engageait à faire construire 20 villas de 25.000 fr. chacune soit :
500 000 fr- A construire un hôtel, un casino, des bains-chauds, un kiosque
pour les concerts, à aménager des jardins, etc. le tout pour 400.000 f.
Il s’engageait encore à construire un boulevard de mer de 10 mètres
de large et un mur de soutènement : 60.000 fr. Deux rues : 60.000 fr.
Des réverbères partout 5.000 fr. Un service d’omnibus, une publicité
considérable: 50.000 fr. Le financement de l’affaire était assuré par une
émission de 5.000 bons hypothécaires de 300 fr l’un soit : 1.500.000 fr.
La commune fut inébranlable et attendit l’adjudication en toute sérénité.
Des affiches furent apposées dans plusieurs grandes villes importantes
et des insertions furent faites dans « le Journal des Entrepreneurs, le
« Phare de la Loire », « La République Française », la « Gironde » et la
« Gazette des Travaux Publics ».
Devant l’importance des clauses du cahier des charges nous mettons
ci-dessous en entier ce document sous les yeux de nos lecteurs :

COMMUNE DE HENDAYE
Concession des dunes de la plage
pour la création d’une ville d’eau
TOPOGRAPHIE DE HENDAYE
Hendaye, petite ville des Basses Pyrénées, située à l’extrémité sud-ouest
de la France, à moitié ensevelie sous les ruines de la guerre de 1813 et
— 32 —
presque inconnue jusqu’à ce jour, commence à renaître, grâce à la grande
artère ferrée qui joint Paris à Madrid et qui passe à ses pieds, et à la
nature grandiose qui l’a dotée d’une plage admirable. Elle doit prendre sa
place parmi les stations balnéaires de premier ordre.
Son climat, doux et tempéré, pourrait se comparer à celui de Nice ; la
végétation y est luxuriante et les plantes les plus fragiles peuvent supporter
les hivers les plus rigoureux
La fortune s’est plu aussi à gratifier ce coin de terre d’une plage sans
rivale. Au nord, une mer immense déferle mollement ses vagues sur un
long lapis de sable ferme, d’une finesse microscopique que peut fouler
sans crainte le pied le plus délicat. A l’est, les derniers gradins des Pyrénées
lui servent d’amphithéâtre. Au sud le grand Piton des Trois Couronnes.
A l’ouest, les monts Jaizquibel, au pied desquels, insoucieuse et
gaie, Fontarabie vieille cité espagnole, ancienne capitale du Guipuzcoa,
étale ses ruines curieuses et ses méandres capricieux aux touristes de
toutes les nations ; et enfin, au nord ouest, le cap Figuier, dernier mamelon
des monts cantabriques, qui semble placé là pour lui servir de
rempart contre les rigueurs de l’Océan.
Ces beautés primitives de la nature, le génie de l ’homme doit les
compléter en ce qui leur manque pour leur donner le cachet de l’époque.
Aussi le conseil municipal, s’inspirant des idées de la population de
Hendaye et soucieux de l’avenir du pays, a-t-il décidé de faire appel aux
grandes sociétés financières, qui seules peuvent réaliser son désir et
donner à notre belle plage la prospérité qu’elle mérite.

E X T R A I T
du
Registre des Délibérations de la Commune de Hendaye
Séance du 31 janvier 1881
Présents: MM. Ansoborlo, Maire ; Dithurbide, Anatol, Meynier, Larraide, Roidot, Boussac, Légarralde, Gentils, Dantin, Dottax et Camino.
M. le Maire expose les difficultés qui se sont produites chaque fois
qu’on a voulu traiter la question de la plage de gré à gré ; que des vues
d’intérêts personnels ont fait supposer à des privilèges et ont toujours
paralysé ou retardé la solution.
— 33 —
Que telles seraient encore, d’après lui, les conséquences de tout projet
excluant la concurrence ; que des offres déjà présentées par divers pour
obtenir la concession des terrains de la plage pour établissements de bains,
imposent, en quelque sorte, à la commune l’obligation d’user de la voie
légale qui est celle de l’adjudication, comme c’est d’ailleurs prescrit par
les lois et règlements.
Il propose au Conseil de décider que les terrains de la plage soient mis
en adjudication publique suivants plans et cahiers des charges que la
commune aura intérêt d’ imposer à l’adjudicataire en vue d’établissements
de bains à y édifier.
Il invite le Conseil à nommer une commission pour rédiger un cahier
des charges à imposer à l’adjudicataire et basé sur les offres déjà faites à
la commune.
Le Conseil Municipal accepte à l’unanimité cette proposition.
Séance du 21 février
La commission lit son rapport et le cahier des charges qui sont adoptés
à l ’unanimité après discussion des articles.
Suivent les signatures.
Pour copie conforme :
Le Maire : B. A n s o b o r l o .
Séances des 21 février et 24 mai 1881
Première partie de la concession. — Dunes de la plage
Cahier des charges et conditions à imposer à l’adjudicataire des dunes
de la plage et à la vente éventuelle de la
baie de Chingoudy
Le présent cahier des charges a pour but la création d’une ville d’eau
appelée Hendaye-plage. La concession comprend deux parties : 1° les
dunes dont la commune peut disposer immédiatement après approbation
préfectorale ; 2° les parties de baies de Chingoudy et Belcénia pour l’acquisition
desquelles la commune est en instance auprès de l’Etat.
Les conditions pour chaque partie se trouvent définies en deux
des charges séparés.
— 34 –
L’adjudication ne porte définitivement que sur la première partie, la
commune n’ayant pas la libre disposition de la seconde. Dès que la
Commune aura obtenu de l’Etat la concession sollicitée, elle en avisera
l’acquéreur des dunes en le mettant en demeure d’accepter ou de refuser
l’acquisition de la seconde partie aux conditions du cahier des charges et
dans le délai de trois mois. Passé ce délai, l’acquéreur perdra tous ses
droits.
Si au moment où la commune se trouvera en mesure de livrer les terrains
qui font l’objet de la seconde concession, l’acquéreur de la première ne se
trouve pas au pair des obligations à lui imposées par le cahier des charges
de la première partie, il sera déchu de tout droit de préférence sur la
seconde,
Cahier des charges de la première partie dite des Dunes
Art. 1. — Les terrains faisant l’objet de la vente par adjudication sont
situés dans la commune d’Hendaye, section A du plan cadastral dite de
Subernoa, annexée à la dite commune par décret du 25 mai 1867.
Ces terrains se composent de trois parcelles contigues désignées par les
numéros 1, 2 et 3.
Elles sont limitées au nord par le rivage de la mer défini au procès-verbal
du 18 mars 1878 de la commission spéciale de délimination ; à l ’ouest
par la pointe de Socobourou ; au sud, par la baie de Chingoudy, les parcelles
nos 3, 4, 5, 6 et 7, et 11 et le chemin d’Ellisacilio ; et à l’est, par la
prolongation jusqu’à la mer vers le nord du chemin de Sascoenia et coupant
les parcelles 2 et 8 (la contenance approximative est de 27 hectares).
Art. 2. — La commune se réserve un hectare de terrain sur la portion
retranchée des parcelles 2 et 8 par la prolongation du chemin de Sascoenia
indiqué dans l’article premier et suivant le plan. Cet hectare de terrain
sera destiné à former une sablière publique pour les besoins de la construction
et de l’agriculture ; la commune s’interdit le droit de changer la
destination de cette portion de terrain. Dans la parcelle n° 8 se trouvent
enclavées deux petites parcelles nos 9 et 10 dites Santana, n’appartenant
pas à la Commune. Dans la partie des Dunes située à l’ouest du chemin
vicinal n° 2 de la plage, est un établissement provisoire établi sur le
terrain communal par un locataire en possession d’un bail régulier
— 35 —
comprenant neuf ares de terrain pour une durée de neuf années qui expirera
le 9 janvier 1883. La commune subroge l’acquéreur à ses obligations
et à ses droits en ce qui concerne ce bail. Dans la partie des dunes située
à l’est du chemin vicinal n° 2 existe un établissement élevé sur le terrain
communal par une société locale, en vertu d’un bail consenti le 2 août 1879
pour la durée de dix-huit années avec la faculté de résiliation stipulée à
l’article 4 du contrat du bail, au cas où la commune viendrait à créer sur
la plage des établissements balnéaires plus importants.
Article 4 du bail consenti le 2 août 1879. — « La commune de Hendaye
se réserve le droit de résilier en tout temps le présent bail et de se
substituer au preneur en le remboursant du capital engagé plus les intérêts
depuis l’époque des versements dans le cas où ils n’auraient pas été servis.
Le compte-rendu du produit des dépenses de l’Etablissement sera remis
tous les ans à M. le Maire de Hendaye ».
« L’acquéreur des dunes est tenu de désintéresser les propriétaires des
bains actuels conformément à l’article 4 du dit bail, et l’établissement
deviendra sa propriété ».
Art. 3. — L’acquéreur ou l’adjudicataire des dunes devra soumettre à
l’approbation du conseil municipal, dans le délai d’un maximun de deux
mois à partir de l ’adjudication, un plan de la ville d’eau dans lequel sera
indiqué l’emplacement des constructions et travaux obligatoires énoncés
ci-après.
Ce plan devra comporter au minimum cinq hectares de viabilité consistant
en places, rues, boulevards, etc…
Les constructions et travaux obligatoires sont :
1° Un mur de défense contre les eaux de la mer dont la longueur imposée
au minimum est de six cents mètres ; son axe devra être celui de la
route n° 2 de la plage et s’étendre de trois cents mètres de chaque côté.
2° L’élargissement du chemin vicinal n° 2 de la plage à partir de la
maison Ouhaldia jusqu’à la mer à une largeur de 11 mètres, comprenant
7 mètres de chaussée et deux trottoirs de deux mètres de chaque côté avec
plantations d’arbres en bordure, le tout à ses risques et périls. La commune
ne s’engageant qu’à obtenir les autorisations nécessaires tant pour l’exécution
des travaux que pour l’expropriation pour cause d’utilité publique
des terrains dont le prix sera payé par le concessionnaire.
Les parcelles communales se trouvant dans ce parcours seront cédées
gratuitement au concessionnaire pour le besoin de l’élargissement de cette
route.
— 36 –
3° Un établissements de bains comprenant cent dix cabines reposant sur
pilotis aux soubassements en maçonnerie.
4° Un hôtel à proximité de la plage.
5° Un casino.
6° Un boulevard longera le mur de défense et devra avoir au moins une
largeur de quinze mètres, ainsi répartis ; un trottoir de trois mètres de largeur
suivant le quai servant de promenade, avec bancs de distance en
distance ; une chaussée de dix mètres, et un autre trottoir de deux mètres
de large longeant les constructions.
Art. 4. — L’acquéreur sera tenu d’assurer dès la première année jusqu’à
la création d’un service plus complet et pendant toute la durée des
bains, c ’est à-dire depuis le 1er juillet jusqu’au 1er octobre, un service
régulier partant de la maison Ouhaldia jusqu’à la plage, composé d’un
nombre suffisant de voitures pour représenter un total de 40 à 50 places et
dont le prix d’aller et retour ne dépassera pas trente centimes, ce prix
pourra être porté à vingt centimes pour aller ou revenir seulement. Ce
service sera une obligation pour l’acquéreur sans créer un monopole à son
profit.
Art. 5. — La mise à prix de la vente des dunes est fixée à soixante dix
mille francs. La moitié du montant de l’adjudication sera payée à la
commune dans les quinze jours qui suivront l’adjudication. Le solde sera
payé un an après. L’adjudicataire pourra, après l’acceptation du plan de la
ville aliéner, la première année, le quart des terrains acquis sans
désignation de parcelles ; la deuxième année et après justification de la
somme des travaux à exécuter la première année, aliéner un autre quart
et ainsi de suite pour les deux années suivantes.
Le minimum des travaux obligatoires énoncés à l’article 3 sera de
600.000 francs. Après la justification de l’emploi de cette somme répartie
sur la totalité des travaux obligatoires, l ’adjudicataire sera dégagé de toute
obligation vis-à-vis de la commune.
Art 6. — Il pourra exploiter à son profit tant qu’ il le jugera convenable
à ses intérêts, le casino, l’hôtel, l’établissement des bains de mer. Il pourra
changer leur destination pourvu qu’ils soient remplacés par des établissements
plus importants, d’accord avec la Municipalité. Il pourra également
les revendre sous la réserve de leur conserver leur destination primitive
qui est l ’obligation de les exploiter.
– 37 —
Art. 7. — Les personnes qui voudront concourir à l’adjudication devront
déposer chez le Receveur particulier un cautionnement du vingtième portant
sur 600.000 francs, minimum des travaux à exécuter, soit 30.000 francs.
Les pièces à produire par tout soumissionnaire sont :
1° la soumission sous enveloppe cachetée ;
2° le récépissé du dépôt des 30.000 francs.
Le cautionnement ci-dessus énoncé ne sera remboursable qu’après
l’achèvement complet de ses engagements. Il produira un intérêt de 3%
l’an au profit de l’adjudicataire.
Les terrains sur lesquels devront être construits les travaux obligatoires
sont inaliénables jusqu’à complet achèvement des travaux. Au cas où
l’adjudicataire serait dans l’impossibilité de remplir ses engagements, le
cautionnement deviendrait, ainsi que les terrains inaliénables, propriétés
de la commune sans qu’il puisse réclamer aucune indemnité pour les
travaux en voie d’exécution.
L’adjudicataire s’engage à ne pas poursuivre le remboursement par voie
de justice ou autre.
Art. 8. — L’adjudicataire devra exécuter les travaux obligatoires spécifiés
dans les articles 3 à 6 de la manière suivante :
Chaque année, il devra dépenser 150.000 1rs. au minimum.
Le délai pour l ’exécution des travaux obligatoires commencera un mois
après l’approbation des plans par le Conseil.
Les constructions particulières élevées en dehors des travaux obligatoires
sur des lots vendus par l ’acquéreur ne pourront être portés en ligne
de compte sur ses engagements.
La valeur des travaux actuellement et régulièrement exécutés par la
société locale de Hendaye sera reconnue à l’adjudicataire acquéreur, dans
le montant des travaux obligatoires à exécuter.
Art. 9. — A la fin de chaque année, l’acquéreur devra justifier de l’accomplissement
de ses engagements, faute de quoi il sera passible d une
amende de 50 frs. par mois et par fraction de 10.000 frs. de travaux non
exécutés. Cette pénalité cessera lorsqu’il aura justifié qu’il se sera remis
au pair de ses obligations.
Art. 10. — Ces amendes seront au profit de la commune. L’entretien de
chaque partie de la viabilité ne sera à la charge de la commune que deux
— 38 —
ans après le parfait achèvement de chaque partie. La construction de ces
voies présentera un trottoir de chaque côté et une chaussée de 0.25 d’épaisseur
en empierrements.
Art. 11. — L’adjudicataire sera tenu d’élire domicile à Hendaye.
Art. 12. — Le Maire aura la police des établissements de bains. Il fera
les règlements nécessaires pour assurer le bon ordre et la tranquilité
publique.
Les tarifs des bains seront soumis à l’approbation du Maire
Art. 13. — Les frais de timbre et d’enregistrement et de publications
sont à la charge de l’adjudicataire.
Fait à Hendaye le 21 février 1881.
P o u r e x p é d it io n c o n f o rm e ,
le Maire : B. ANSOBORLO.
Vu pour êtré annexé à notre arrêté de ce jour.
A Pau le 13 juillet 1881.
le Préfet : P. LAURENS.
P o u r c o p ie c o n f o r m e ,
le Maire : B. ANSOBORLO.
Cahier des charges de la baie de Chingoudy
Le présent cahier des charges a pour objet de régler les conditions de
l’aliénation éventuelle d’une zone de terrain à conquérir sur la baie de
Chingoudy et de définir les charges imposées à l’acquéreur pour l’endiguement
de la partie annexée à terre ferme ; l’établissement d’un tramway
reliant Hendaye à la plage.
I. — Aliénation d’une partie de la baie de Chingoudy
Article premier. — Les terrains qui font l’objet de présente concession
éventuelle sont : 1° Les parcelles communales portées au plan cadastral
sous le n° 60 et 62 et des terrains vagues appartenant à la commune bor—
39 —
dant la terre ferme et consistant en un chemin d’exploitation ; 2° les terrains
à conquérir dans la baie de Chingoudy et à annexer dans la terre
ferme contournent la baie depuis la pointe Socoburu jusqu’au vieux port,
suivant une ligne A B C D E F G H I J K tracée sur le présent plan joint
au cahier des charges : A B est une parallèle au rivage de la mer à la distance
de 260 mètres de la ligne du rivage considéré dans la partie située à
400 mètres à l’ouest du chemin vicinal n° 2 ; C F E est un cercle de 300
mètres de rayon ; E F est un alignement tracé parallèlement au chemin
n° 2 et à 140 mètres de ce chemin ; E G H est un arcle de 309 mètres de
rayon ; H I est un alignement déterminé par deux points ; le 1er placé à
52 mètres du chemin vicinal n° 2 en face de la maison Innérarity, le
second point à 40 mètres de l’angle et de l ’ancien mur du quai du vieux
port I J K est un arc de cercle de 360 mètres de rayon et dont l’extrémité
aboutit à la cale d’embarquement du vieux port en un point situé à 40 mètres
du mur de la rive. Tous les terrains compris entre cette ligne et la
terre ferme y compris la baie de Belcenia, seront aliénés en faveur de
l ’acquéreur des dunes aux charges et conditions suivantes.
II. Charges
Art. 2. — L’acquéreur construira une digue entre terre perrayée assez
forte pour empêcher le retour des eaux de la mer et s’élevant à la hauteur
de 0.50 au-dessus des hautes marées. Cette digue ne devra pas faire
obstacle à l’écoulement des eaux naturelles. Le terrain conquis sera remblayé
à mesure des besoins. Trois passages à niveau avec cales inclinées
seront établis sur les points que signalera la commune pour permettre
aux chars à boeufs de descendre dans la baie à marée basse et d’en rap
porter des engrais.
Une bande de terrain de 10 mètres de largeur, mesurée depuis l’arête
extérieure de la digue, sera réservée à la circulation publique.
Art. 3. — La commune demandera à l’Etat de lui concéder, pour une
durée de 60 ans, un tramway depuis les établissements des bains jusqu’au
vieux port avec embranchement jusqu’au fond de Belcénia ; le tramway
établi sur les terrains à conquérir, en palier ou sur des pentes de quelques
millimètres seulement, longera la digue en laissant pour la circulation
des promeneurs un trottoir de trois mètres de largeur du côté de la
baie.
– 40 –
L’acquéreur accepte la rétrocession de ce tramway et s’engage à le
construire et à l’exploiter en se conformant au cahier des charges qui sera
imposé à la commune. Il est entendu que l ’exploitation de ce tramway ne
sera obligatoire que pendant la saison des bains. Ce tramway ne pourra
être prolongé dans aucun cas sans l’assentiment du conseil municipal.
Art. 4. — L’endiguement des terrains rétrocédés et l’établissement du
tramway seront faits aux risques et périls de l’acquéreur dans le délai de
trois ans après la remise des terrains à la commune et l’autorisation de
l ’administration supérieure pour la construction du tramway.
Art. 5. — L’acquéreur, entre les charges ci-dessus, paiera à la commune
aux mains du Receveur municipal la quote-part à raison de la surface,
dans la somme que celle-ci devra à l ’Etat pour la cession de la baie
de Chingoudy.
Plus la somme fixe de quarante mille francs, tant pour les parcelles
communales privées et vagues énumérées à l’article premier que pour la
concession du tramway et la rétrocession des parties de la baie de Chingoudy
et de Belcénia.
Art. 6. — L’acquéreur fournira dans le délai de deux mois tous les
plans et documents nécessaires pour constituer les dossiers de l’enquête
relative à l’établissement du tramway.
Art. 7. — La commune subroge l’adjudicataire à toutes ses obligations
en tout ce qui touche la baie de Chingoudy et celle de Belcenia envers
l’administration des Ponts et Chaussées.
Art. 8. — Les frais de timbre, d’enregistrement et de publications sont
à la charge de l’adjudicataire.
Fait à Hendaye, le 21 Février 1881.
SUIVENT LES SIGNATURES.
POUR COPIE CONFORME.
Le Maire : B. ANSOBORLO.
Dans l’intervalle de la publication du cahier des charges et de l’adjudication,
M. Liborio de Ramery, administrateur-directeur de la société de
fondation de Hendaye-Plage réclama au sujet de l’enquête faite les 1er, 2
et 3 mai 1881 par M. Granger commissaire-spécial. Mais dans une mise au
— 41 –
point définitive et tout à son honneur, le conseil municipal mit le point
final (un point de suspension si l’on veut) à cette irritante et grave question.
« Les réclamations du sieur Liborio de Ramnery ne sont pas fondées,
« car l’enquête du 16 mars 1880 ne conclut pas à l’approbation du traité
« Moreau, puisqu’ il a été rejeté à l’unanimité par deux délibérations suc-
« cessives les 17 avril et 2 mai 1880.
« D’ailleurs les conseillers municipaux d’Hendaye dont l’élection s’est
« faite principalement sur ce terrain savent que les électeurs ne les ont
« pas nommés pour faire les affaires de MM. Moreau, Dupuis et Consorts
« mais bien celles de la commune.
« Que sont MM. Moreau et Dupuy ? On le voit traitant tant en son nom
« personnel qu’au nom de la société en voie de formation. Plus tard sa
« personnalité disparait ; il ne reste plus qu’une société introuvable. Un
« jour, pour activer une délibération favorable, il annonce que son million
« est trouvé, un autre jour qu’il n’a encore rien pu faire (voir ses lettres
« du 1er et 4 avril 1880). D’un bout à l ’autre on ne rencontre que contra-
« dictions sur contradictions. Enfin, ne sachant plus à quel saint se vouer
« et se voyant évincé par la délibération du 2 mai 1880 et se décide à
« faire alliance avec la société locale d’Hendaye, il dit : « Voilà ma
« société constituée.
« Le Conseil municipal n’a pas à suivre dans ses évolutions la société
«locale d’Hendaye; pour lui, elle n’existe qu’en vertu d’un bail régulière-
« ment contracté le août 1879 et dont les conditions sont parfaitement
« déterminées. »
« M. Moreau s’est rendu impossible ; il a entièrement perdu la confiance
« de la commune. Il reste M. Dupuy que la protestation propose de lui
« substituer. M. Dupuy vint à Hendaye en qualité d’entrepreneur pour la
« construction du chemin de fer ; il put à cette époque apprécier le pays,
« principalement la plage ; il comprit tout le parti qu’on en pouvait tirer
« pour la création d’une station balnéaire. Plus tard, utilisant les loisirs
« qui lui étaient faits par les terribles événements de 1870-71, il revint à
« Hendaye où, en même temps qu’il fit un traité avec la commune, il dres-
« sait les plans d’un projet magnifique où rien n’était oublié. — Il y avait
« ville de plaisir, d’industrie métallurgique, région agricole ; tout y était
« prévu.. L’église devait avoir un clocher neuf; enfin les habitants
— 42 —
« croyaient déjà à l’âge d’or. Pendant plusieurs années, on attendit vai-
« nement. M. Dupuy ne donnait plus signe de vie. Son grand projet ne
« devait servir qu’à fermer la porte à toute autre initiative. — Ce n’est
« qu’en 1877 que les Hendayais fatigués d’attendre, signèrent une pétition
« à la suite de laquelle le Conseil Municipal le 4 février 1877 vota le rejet
« du projet Dupuy. Ce dernier supporta sa déchéance sans la moindre
« protestation. Il ne demanda même pas le plus petit délai.
« Aujourd’hui : plusieurs propositions. Le Conseil Municipal confiant
« dans les bons résultats que peut donner la vente par adjudication, croit
« devoir persister dans cette voie qui, seule, peut faire part égale à tout
« prétendant.
« En résumé, le Conseil Municipal repousse à l’unanimité la protesta-
« tion de M. de Ramery, le déclare mal fondé dans ses réclamations et non
« recevable dans ses prétentions.
L’adjudication eût lieu le 1er septembre 1881 et M. Le Roy de Bonneville
offrant 71.000 francs fût déclaré adjudicataire pour le compte d’ une société
constituée par acte passé chez Me Fargeot notaire à Saint-Jean-de-Luz
Cette société prit le nom de « Société Civile Immobilière de Hendaye-
Plage. » Les membres du Conseil d’Administration comprenaient :
MM. Le Roy de Bonneville, propriétaire à Paris.
Bertrand, architecte à Bayonne.
Amyot, avoué à Bayonne.
Sourbié, propriétaire à Bayonne.
Joly, entrepreneur à Bayonne.
Candido Lara, propriétaire à Madrid.
La société fût constituée au capital de 800.000 francs et le siège social
établi à Bayonne, 1, rue Jacques Lafitte.
Après quelques menus incidents tels que la réclamation de MM. Malleville
et Champon soumissionnaires qui n’avaient pas versé en espèces le
montant de leur cautionnement ; le rejet par la commune du premier plan
présenté etc., les travaux prévus au cahier des charges commencèrent si
bien qu’en août 1885, la Société Civile Immobilière de Hendaye-Plage
avait rempli le programme imposé et effectué pour (600.000 francs de travaux.
C’est dire qu’un mur de défense contre les eaux de la mer était édi-

hendaye plage
44 —
fié, que l’hôtel (l’Hôtel Continental actuel) et le casino ainsi que l’établissement
de bains étaient construits. Restait seulement l’élargissement de
la route de la plage qui fût bientôt effectué par un accord entre la ville et
la société et par l’abandon des droits de cette dernière à son cautionnement
de 30.000 francs déposé à la Recette des Finances au moment de
l’adjudication.
Dans cet accord il était notamment dit ceci :
Art. 4. — La commune reconnait et déclare au surplus, qu’au moyen
des présentes conventions et des stipulations et engagements qui précèdent
et dont l’exécution demeurera garantie par une hypothèque restreinte
uniquement sur l’immeuble Casino-Bains, la Société a définitivement et
complètement accompli toutes les obligations imposées par le
cahier des charges de la première concession, le miuimum des
travaux obligatoires ayant été largement dépassé.
Et voici ce que M. Vic , Maire d’Hendaye à cette époque pouvait écrire
au sujet de la déviation de la route de la Plage par le vieux port, route
qui, autrefois passait par le Bas-Quartier et Belcénia :
« C’est l ’unique point par lequel on puisse se rapprocher de la Plage
« par un accès facile, agréable, par une promenade autour d’une baie
« comme on n’en voit pas de plus belle, je puis dire en Europe. Le che-
« min de fer a fait beaucoup pour Hendaye. Depuis sa construction la
» population est arrivée de 400 à 2000 habitants ; il a donné à notre ville
« une vie vraiment exceptionnelle. Mais ce n’est pas tout ; il doit nous
« donner une vie nouvelle parce que nous l’avons du côté de la Plage et
« c’est là que nous devons trouver un second élément de prospérité.
« C’est là que doivent tendre tous nos efforts et si nous avons la foi
« nécessaire pour arriver au but, si vous êtes bien tous persuadés que
« le pays ne veut qu’un peu d’aide pour aller plus en avant : croyez-le
« nous allons arriver et nous devons marcher avec conviction dans la voie
« de ces améliorations parce que c ’est la volonté du pays et sa richesse
« De plus nous avons le devoir de compléter notre projet et d’exécuter le
« plan que nous avons approuvé parce que c’est le seul moyen de dégrever
« les contribuables. Par la vente des terrains nous rembourserons le Crédit
« Foncier. »
CONCLUSION
u e dire de plus et de mieux que ce que M. Vic , maire d’Hendaye
disait en 1885, il y a quarante-six ans, une fois achevée la
première tranche des grands travaux ? Il resterait la seconde :
la récupération des terrains de Chingudy.
Or, malgré la prise de possession, vingt ans plus tard, par la « Foncière
de Hendaye et du sud-ouest », soit depuis un quart de siècle, cette
question est toujours pendante.
Nous nous abstiendrons, à dessein, de commenter des événements trop
récents et présents dans la mémoire de tous. Mais nous dirons néanmoins
notre opinion très nette sur la question.
Hendaye en est arrivé à un stade de développement qui ne peut souffrir
ni une longue attente ni la médiocrité.
Voici 75 ans qu’est née l’idée de la récupération des terrains de la baie
de Chingudy. Les conseils municipaux qui se sont succédé pendant cette
longue période, ont toujours proclamé la nécessité d’en terminer, pour
donner à cette station fiuale de notre littoral océanique, tout son développement
et toute sa valeur.
Hendaye est d’une sauvage et altière beauté. Elle gagnera — comme les
beautés féminines s’affinent au contact d’une civilisation — à harmoniser
ses charmes naturels aux nécessités de la vie moderne qui devront respecter
son antique patrimoine de splendeur et de gloire.
Les Hendayais ne peuvent plus tolérer d’atermoiements nouveaux. Ils
veulent des solutions, non pour les générations futures, mais pour celles
qui vivent actuellement, qui travaillent et qui souffrent.
« Finite la Comoedia ».
Ils se disent qu’ils attendent depuis trop longtemps et avec trop de
– 46 —
patience, l’éclosion d’une oeuvre qui n’est pas seulement locale mais nationale.
Ils se disent, enfin, que le moment est venu de se retrousser les
manches et de donner à la Côte Basque une station nouvelle digne d’elle,
contribuant à la prospérité générale.
Mais que l’on y prenne garde : ce labeur doit être entrepris sans tarder
davantage. Il appartiendra surtout à l’assemblée communale, qui a déjà
donné tant de gages de clairvoyance et de ténacité, de prendre, sans
faiblir, ses responsabilités comme jadis ses devancières, en se souvenant,
toutefois, des travaux d’Hercule et de la tunique de Nessus.
Septembre 1931

Achevé d ’ imprimer
LE Q U IN ZE SEPTEMBRE MIL NEUF CENT TRENTE ET UN
SUR LES PRESSES DE P. N lC O L A S
M A ITR E – IMPRIMEUR A NIO R T

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HENDAYE
par
JOSEPH NOGARET
Bois d’Henri Martin.
CHAPITRE Ier.
Vue d’ensemble
On est frappé, lorsqu’on arrive à Hendaye, par la situation
pittoresque de cette ville, au bord du large estuaire formé par la
Bidassoa et au milieu d’un cirque de montagnes et de hauteurs
qui semblent créées pour le plaisir des yeux. Au sud, l’ermitage
de Saint-Martial, se profilant sur le massif des Trois-Couronnes,
à l’ouest, la ville espagnole et encore bien moyennâgeuse de
Fontarabie, ajoutent à la beauté de ce décor unique et l’on
comprend dès lors l’enthousiasme d’un auteur qui a qualifié cet
ensemble de : « site merveilleux que la Nature semble avoir disposé
à dessein, pour servir de cadre aux grandes scènes historiques
». Rien n’est plus vrai et l’histoire d’Hendaye, ainsi qu’on le
verra par la suite, est intimement liée aux événements qui se
sont déroulés dans ses environs immédiats.
Sa partie centrale et une des plus anciennes est située vis-àvis
Fontarabie, sur la rive droite de la Bidassoa qui forme, sur
un parcours de 15 kilomètres environ, la frontière entre la France
et l’Espagne. Mais, depuis quelques années, cette ville a pris un
développement considérable ; de la pointe du « tombeau », plus
couramment appelée « pointe Sainte-Anne », à son extrémité

sud, elle s’étend sur une longueur de plus de 4 kilomètres. Elle
est bornée, au nord, par la mer ; à l’ouest et au sud, par la
Bidassoa et à l’est par la commune d’Urrugne dont fait partie
Béhobie. Ses maisons bordent la mer, le fleuve et s’étagent sur
les coteaux, groupées en sept quartiers : le bas-quartier qui fut
le premier groupement d’où est sortie l’Hendaye moderne ; il
entourait autrefois une petite baie, bien réduite aujourd’hui,
alimentée par les eaux de la Bidassoa ; le quartier du centre ou
de l’église qui comprend l’église, la mairie, les services publics,
plusieurs hôtels et de nombreux magasins ; le quartier de la gare
formé autour de la gare internationale, lors de sa création, et
qui s’est développé au point de se réunir à ses voisins ; Santiago,
dont le nom vient d’un établissement religieux où l’on hébergeait
les pèlerins allant à Santiago de Compostelle ou en revenant
; Barandéguy, limitrophe des deux précédents ; Belcénia,
au nord du bas-quartier et confinant à celui de la plage ; enfin,
ce dernier, de création récente, est surtout composé d’hôtels et
de villas habités, pendant l’été, par une population de baigneurs
et de touristes.
Cette ville, si étendue et si prospère aujourd’hui, a connu, dans
le passé, bien des vicissitudes. Modeste hameau de pêcheurs à
l’origine, elle est restée, pendant des siècles, une petite bourgade
sans importance. Située entre la France et l’Espagne, elle
a beaucoup souffert de cette situation, au cours des nombreuses
guerres entre ces deux nations. Mais elle avait un fond de vitalité
qui lui a permis de résister à une longue série d’épreuves,
jusqu’au jour où la création du chemin de fer a été pour elle
l’origine d’un développement qui en a fait une des plus favorisées
de nos villes frontières. Plus récemment, la création, sur ses
plages, d’une véritable station balnéaire, a encore ajouté à sa
prospérité.
Hendaye a un caractère très particulier. On s’y sent dans une
ambiance très différente de celle des autres villes de bains de la
région, ce que l’on doit attribuer au voisinage de l’Espagne. Sa
— 8 —
proximité de ce pays ami et accueillant lui donne en effet un
charme auquel les plus indifférents ne restent pas insensibles.
Mais, parmi ses visiteurs, il en est qui ne sauraient se contenter
des satisfactions passagères du présent et qui aimeraient pouvoir
évoquer un peu du passé de ce pays, dont ils ont momentanément
fait le leur. C’est pour eux que les pages suivantes
ont été rédigées. Ils y trouveront, brièvement exposée, la relation
des principaux événements qui se sont déroulés au voisinage
de la ville d’Hendaye et quelques considérations sur sa situation
actuelle.
CHAPITRE II.
Histoire
I.— Des origines à la fin de l’occupation anglaise
On doit se figurer la vallée de la Bidassoa, dans les temps
anciens, peu différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Seule la largeur
du fleuve a dû varier. L’estuaire, qui se dessine en aval de
Béhobie, était beaucoup plus large et formait, à marée haute,
une immense nappe liquide atteignant le pied des coteaux qui
l’encadrent. A marée basse, toute cette étendue était fangeuse,
morcellée en de nombreuses îles, séparées par des canaux plus
ou moins larges et plus ou moins profonds qui se sont transformés,
au cours des siècles, et se transforment encore de nos
jours.
Par suite de cet état de choses, les communications entre les
deux rives étaient assez difficiles et on ne saurait être surpris
qu’on ait choisi, pour les assurer, le point de l’estuaire le plus
rétréci, ainsi que l’indiquent les anciennes cartes qui font mention
d’un gué, et plus tard, d’un pont à l’endroit où se trouve le pont
actuel de Béhobie. C’est par là que, pendant des siècles, se sont
faits les échanges entre les deux rives de la Bidassoa.
Existait-il alors une agglomération quelconque à Hendaye ?
quelle fut l’époque de sa fondation ? par qui fut-elle peuplée ?
Autant de questions auxquelles il n’est pas possible de répondre.
Sans doute autour de la petite baie occupée aujourd’hui par le
bas quartier, protégée des vents d’est et d’ouest par les hauteurs
environnantes, durent s’élever quelques habitations d’indi—
10 —
gènes qui se livraient à la pêche et pour lesquels cet endroit formait
un abri sûr. Peut-être étaient-ce des autochtones ; peutêtre
étaient-ils venus de contrées inconnues et se rattachaient-ils
aux Ligures mélangés de populations indo-européennes. Ce sont
autant de questions qui n’ont pas encore reçu de réponse.
On n’est pas mieux fixé sur les premiers temps de leur histoire.
D’après la tradition, la première localité bâtie sur les bords
de la Bidassoa aurait été Fontarabie fondée, en l’an 907, sur le
territoire de la Navarre qui confinait alors à l’Océan.
La création d’Irun serait postérieure à celle de Fontarabie et
remonterait seulement au XIe siècle, bien que, antérieurement à
cette époque, peut-être même dans les temps préhistoriques, les
gisements de fer de la montagne Les-Trois-Couronnes aient
donné lieu à une exploitation qui semble avoir été assez intensive.
Quant à Hendaye, ce ne fut, à l’origine et pendant longtemps,
qu’un tout petit village dépendant d’Urrugne, une des paroisses
les plus anciennes du pays de Labourd (1). Il en est fait mention,
au XIIe siècle, dans le cartulaire de la cathédrale de Bayonne et
elle englobait alors tout le pays compris entre la Nivelle et la
Bidassoa. Avec le temps ce territoire arriva à se peupler et il s’yforma
des quartiers importants qui finirent par se rendre indépendants
et formèrent d’autres paroisses. Ce fut le cas de Ciboure,
en 1613, et, plus tard, de Biriatou et d’Hendaye qui se
trouvait dans un vaste quartier appelé « Subernoa ». Il s’étendait
des hauteurs de la Croix des Bouquets à la crique d’Haïçabia,
tandis qu’à l’ouest, il était limité par la Bidassoa.
D’après la tradition, un gentilhomme labourdin, seigneur de ce
pays, Guillaume de Subernoa, conseiller intime du vicomte de
Labourd, Bertrand, fonda, sur les bords de cette rivière, vers
l’an 1137, un hôpital pour les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Cet établissement était tenu par des religieux de l’ordre
des Prémontrés dont la maison-mère était à l’abbaye d’Artous
(1) Le Labourd, la plus occidentale des trois provinces basques françaises,
était bornée, à l’Est par la Basse-Navarre, au Nord par l’Adour, à
l’Ouest par l’Océan et au Sud par la frontière d’Espagne.
— 11 —
près de Peyrehorade. Il faisait partie d’un prieuré portant le nom
de « Santiago » ou « Saint-Jacques de Subernoa » et était situé
sur les bords de la Bidassoa, dans le quartier encore appelé
« Santiago », un peu en amont du nouveau pont international.
Le nom « Hendaye » vient de deux mots basques : « Handi »
grand et « Baya » baie. Son orthographe a souvent varié. On
trouve Endaye, Endaiye, Andaye et Hendaye qui n’apparaît qu’à
la fin du XVIIIe siècle. Quant à la Bidassoa, elle s’appelait, dans
les temps anciens, « Almichu ».
Parmi les rares documents qui font mention d’Hendaye il en
est un qui fait allusion à un pont la reliant à Fontarabie. En
1309 en effet, des difficultés s’étant produites entre les habitants
d’Hendaye et ceux de Castro-Urdialés, sans doute sur des.
questions de pêche, deux députés français et deux espagnols se
réunirent « au milieu du pont de Fontarabie » pour aplanir ce
litige. Les cartes anciennes tant françaises qu’espagnoles indiquent
en effet les vestiges d’un pont qui dût sans doute disparaître
au cours des nombreuses guerres entre les deux pays.
Quoiqu’il en soit puisqu’un pont avait été justifié c’est qu’il y
avait sur les deux bords du fleuve deux localités assez importantes
et entretenant des relations suivies.
C’est tout ce que l’on peut dire car les documents que l’on
possède sur la région dans les temps anciens sont des plus rares,
les Anglais, quand ils durent évacuer le pays, en 1450, ayant
emporté leurs archives avec eux. Il faut donc arriver à la seconde
partie du XVe siècle pour entrer dans la période véritablement
historique, car on trouve alors, dans les textes officiels
des renseignements absolument sûrs.
II. — De la fin de l’occupation anglaise
au XVIIe siècle
Pendant tout le temps de l’occupation du Labourd par les
Anglais, les communications entre la France et l’Espagne se
— 12 —
firent surtout par Dax, Saint-Jean-Pied-de-Port et Pampelune.
Mais, après le retour de cette province à la France, cet itinéraire
fut un peu délaissé et on passa plus volontiers par Dax, Bayonne,
Hendaye et Tolosa. Très nombreux furent alors les rois, les
reines, les princes, les ambassadeurs, les généraux et les grands
personnages qui traversèrent la Bidassoa ou vinrent dans le
pays. On ne saurait les mentionner tous mais il n’est pas sans
intérêt d’indiquer les passages qui furent les plus sensationnels.
Un des premiers événements qui marqua le retour du pays de
Labourd à la France fut le voyage du roi Louis XI. Ce souverain
n’était pas mû seulement par le désir de visiter une province
rattachée depuis peu à son royaume, il était aussi chargé d’un
arbitrage entre Henri IV, roi de Castille, et Jean II, roi d’Aragon,
afin de rétablir la paix troublée par les Castillans. Ces derniers,
profitant des luttes engagées entre Jean II et son fils, Charles
de Viane, s’étaient emparés d’une partie de la Navarre méridionale.
Le roi de France alla s’installer au château d’Urtubie situé à
Urrugne. De cette résidence, il se rendait à Hendaye où avaient
lieu les conférences. Il prononça, dans ce village, le 4 mai 1464,
une sentence arbitrale en vertu de laquelle la province d’Estella
était enlevée à la Navarre et passait à la Castille. Par ses allures
et sa manière de se vêtir, le roi de France provoqua quelques
sarcasmes dissimulés car il eut été dangereux de faire la moindre
allusion désobligeante à son sujet. Il n’en fit pas moins une
bizarre impression sur les Castillans ainsi que le raconte Commines
dans les termes suivants :
« Notre roy se habilloit court et si mal que pis ne povaits et
» assez mauvais drap aucune fois ; et portoit ung mauvais chap-
» peau différent des aultres, et une imaige de plomb dessus. Les
» Castillans s’en moquèrent et disaient que c’était par chicheté.
» En effect, ainsi se despartit cette assemblée pleine de mocque-
» rie et de picque : oncques puis ces deux roys ne s’aimerent et
» se dressa de grans brouillis entre les serviteurs du roy de Cas-
» tille qui ont duré jusqu’à sa mort et longtemps après et I’ay
» veu le plus povre roy, habandonné de ses serviteurs que je veiz
» jamais. »
Avant de quitter le pays, le roi de France lui concéda quelques
privilèges, mais il ne semble pas que les Hendayais en aient eu
leur part.
— 13 —
Si, par la suite, ils purent assister à bien d’autres événements
historiques ils eurent aussi beaucoup à souffrir entre la France et
l’Espagne.
Ils ne devaient pas tarder à assister à un événement sensationnel.
Le roi de France, François Ier, fait prisonnier à la bataille
de Pavie, avait été conduit en Espagne où, emprisonné à
l’AIcazar de Madrid, il avait dû souscrire, comme prix de sa
liberté, aux conditions les plus dures. En vertu d’une des clauses
— 14 —
que lui avait imposé Charles Quint, il devait payer une rançon
de deux cent mille écus d’or et, en attendant qu’il ait pu réunir
une somme aussi considérable pour l’époque, il devait envoyer,
en otage, les deux fils aînés qu’il avait eus de la feu reine Claude,
le dauphin, âgé de huit ans et demi, qui ne régna pas, et le duc
d’Orléans, qui avait alors sept ans, et qui devait devenir le roi
Henri II. Les enfants devaient être rendus après paiement de la
rançon et François épouserait alors Eléonore soeur de Charles
Quint et veuve du roi de Portugal. Afin d’être sûr que le roi de
France tiendrait sa parole, Charles Quint avait exigé que
l’échange entre la reine, les enfants et la rançon eut lieu à la
frontière.
Cet acte historique se passa à Hendaye, le 15 mars 1526. Le
roi et ses fils qu’on appelait « Messieurs les enfants » se présentèrent
en même temps sur les bords de la Bidassoa et montèrent
dans deux bateaux qui se rejoignirent au milieu du fleuve.
Après une très courte entrevue qui permit au roi d’embrasser les
jeunes princes, ceux-ci débarquèrent à Fontarabie d’où ils furent
dirigés vers la forteresse de Pedrazzo de la Sierra, tandis que
François Ier trouvait à Hendaye tous les grands seigneurs du
royaume qui l’attendaient. Il monta à cheval en s’écriant : « Je
suis encore roi de France » et, suivi d’une brillante escorte, il
se dirigea vers Bayonne.
Quatre ans plus tard, eut lieu, au même endroit, l’échange de
messieurs les enfants contre les deux cent mille écus d’or. Pour
remplir l’importante mission d’escorter le trésor, de l’échanger
contre les enfants, de recevoir la reine au seuil du royaume et de
diriger son voyage, le roi désigna un des plus grands seigneurs
de France, Anne de Montmorency, grand maître, maréchal de
France et gouverneur du Languedoc. Montmorency était aidé,
dans sa mission, par le cardinal de Tournon.
De son côté, le roi d’Espagne avait chargé le connétable Don
Pedro Hernandez de Velasco de recevoir la rançon et de faire
la remise des enfants.
Le lieu fixé pour cet échange fut le milieu de la Bidassoa, à
égale distance entre Hendaye et Fontarabie. On y installa un
ponton. Deux gabarres de même grandeur, armées chacune de
douze rameurs et montées, celle d’Hendaye, par douze gentilshommes
français dont le grand maître, celle de Fontarabie par
douze gentilshommes espagnols dont le connétable, devaient

— 17 —
partir au même moment de chaque rive et arriver, en même
temps, au ponton. Dans la gabarre espagnole seraient les enfants
et la reine, dans la gabarre française, la rançon. La date de cet
échange fut fixé au 1er juillet 1530.
Au jour dit, le convoi arrivait de Bayonne à Hendaye. Il était
composé de trente mulets portant chacun quarante mille écus et
conduits par cent hommes de pied et trois cents hommes d’armes.
Une troupe de cavalerie et de gentilshommes, aux costumes éclatants,
éblouissaient de leur luxe les populations. Après quelques
malentendus et tâtonnements, provenant de la méfiance des uns
vis-à vis des autres, l’échange put se faire ainsi qu’il avait été
prévu. Il était huit heures du soir, quand les deux gabarres avec
leurs précieux chargements quittèrent les rives opposées et vinrent
se ranger aux bords du ponton sur lequel une ligne marquait
la limite des parties affectées, l’une à la France, l’autre à l’Espagne.
Ces illustres personnages n’y séjournèrent pas longtemps
et, peu après, Eléonore d’Autriche était en France où elle prenait
pied sur le territoire d’Hendaye en même temps que ceux qu’elle
appelait déjà ses enfants.
Les Hendayais assistèrent alors à un magnifique défilé. En.
premier lieu venait la reine, portée dans une litière de drap d’or ;
le dauphin et le duc d’Orléans l’accompagnaient à cheval tandis
que les nombreuses demoiselles d’honneur de la reine, assises
en selles, à la mode du Portugal, sur des haquenées luxueusement
harnachées et caparaçonnées de velours, suivaient la litière
deux à deux. Venaient ensuite la foule des gentilshommes dans
leurs costumes étincelants et enfin trois cents cavaliers qui fermaient
la marche. Ce fut un splendide spectacle dont on parla
pendant longtemps sur les bords de la Bidassoa.
Quelques années plus tard, le 13 juin 1565, les Hendayais devaient
voir un autre souverain, le roi Charles IX, qui se rendit
à Hendaye pour recevoir sa soeur Elisabeth, reine d’Espagne.
Mais on manque de renseignements sur cet événement qui ne fut
qu’un épisode après les dévastations que les Espagnols commirent
dans le Labourd, en 1542, sous Sanche de Leiva et, quelques
années plus tard, sous Bertrand de la Cueva, duc d’Albuquerque,
vice-roi de Navarre. Pendant plusieurs années, la concentration
— 13 —
sur la frontière de troupes espagnoles destinées à être envoyées
sur divers théâtres d’opérations de guerre, troubla bien souvent
le repos des Hendayais jusqu’au jour où la paix de Vervins
(1598) leur assura une période relativement longue de tranquillité.
III.— Le XVIIe siècle
En octobre 1615 eut lieu le passage de deux fiancées royales.
Le projet de ce double mariage avait été ébauché par Henri IV ;
il fut réalisé cinq ans après sa mort, en 1615. Elisabeth de
France, soeur de Louis XIII, épousa l’infant d’Espagne qui devait
devenir le roi Philippe IV, tandis que la soeur de ce dernier, Anne
d’Autriche, devenait reine de France par son mariage avec le roi
Louis XIII. Voici dans quelles circonstances se fit l’échange des
deux princesses.
Il existait, dans la Bidassoa, à proximité du lieu où l’on construisit
plus tard le pont de Béhobie, une petite île, à peu près à
égale distance, à cette époque, de la rive française et de la rive
espagnole. On l’appelait primitivement « île des cygnes », puis
« île de l’hôpital », lorsqu’elle devint la possession du prieuré de
Subernoa. Plus tard elle prit le nom « d’île de la Conférence »
après le mariage de Louis XIV, et enfin celui « d’île des Faisans »
sous lequel elle est surtout désignée de nos jours.
Depuis longtemps cette île était considérée comme un terrain
neutre entre la France et l’Espagne et c’est là que se réunissaient
les délégués des deux nations, quand ils avaient à régler des
questions de frontière. C’est sans doute pour cette raison que cet
endroit fut choisi pour l’entrevue et l’échange des deux reines.
Un pavillon avait été aménagé dans l’île ; deux autres, exactement
semblables, sur les deux rives du fleuve sur lesquelles
étaient rangées les troupes et de nombreux musiciens.
Les deux reines arrivèrent en même temps, l’une de Saint-Jeande-
Luz, l’autre de Fontarabie. Les barques qui devaient servir à
la traversée du fleuve étaient au pied de chaque pavillon, gardées
par des soldats et montées par des marins revêtus de costumes
uniformes. A son arrivée, Anne d’Autriche, donnant la main au
duc d’Uceda s’embarqua en même temps que Madame, accompagnée
du duc de Guise qui, lui aussi, la tenant par la main,
— 19 —
prenait place, de l’autre côté du fleuve dans l’autre barque, semblable
à la première. Les deux barques atteignaient l’île un instant
après et les deux reines entraient, en même temps, dans la
salle de l’entrevue.
Le cérémonial, minutieusement réglé à l’avance, comportait un
discours du duc de Lerma, au nom du roi d’Espagne, et une réponse
du duc de Guise pour le roi de France. Puis les deux reines
s’étant embrassées, chacune entra dans son nouveau royaume,
au son des vivats poussés par les troupes, des accords des
musiques et des coups de canons qui remplissaient de leurs
échos la vallée généralement si tranquille de la Bidassoa.
Cependant la guerre entre la France et l’Espagne ne tardait
pas à recommencer, pour durer, cette fois, presque sans interruption
pendant près de quarante ans. Les opérations antérieures
avaient permis de se rendre compte des avantages des Espagnols
sur les Français protégés qu’ils étaient par le fort de Béhobie
et la place forte de Fontarabie, tandis que la France ne possédait
aucun ouvrage de défense au nord de la Bidassoa. L’amiral
Bonnivet avait bien fait élever à Hendaye quelques terrassements
garnis de pieux, mais cet ouvrage était absolument insuffisant.
Aussi le roi désira-t-il mieux fortifier cette frontière et,
par décision du 20 août 1618, il ordonna la construction d’un fort
vis-à-vis de Fontarabie. On peut encore en voir quelques vestiges
au bas de l’esplanade sur laquelle se trouve aujourd’hui le monument
aux morts. Le projet comportait six grands bastions et
des logements pour trois ou quatre cents hommes.
Cette décision fut très mal vue des habitants qui adressèrent
leurs doléances au roi. Celui-ci chargea le gouverneur du Labourd,
le comte de Gramont, de les ramener à la raison. Mais
l’impartialité de Gramont était mise en doute car il avait été
nommé gouverneur du fort avant même sa construction. Les
choses traînèrent en longueur, beaucoup de temps s’écoula,
lorsque le roi, perdant patience, donna l’ordre formel de commencer
les travaux. Ceux-ci furent mollement exécutés et le fort
n’était pas terminé lorsque se produisirent les événements de
1636 à 1638.______________
— 20
En 1635 la guerre avec l’Espagne se poursuivait dans le Nord.
Les premières opérations n’avaient pas été favorables aux armées
françaises. La prise de Corbie et l’invasion de la Bourgogne
par les troupes ennemies avaient obligé Richelieu à concentrer
dans l’est des effectifs importants et, pour cela, à dégarnir les
frontières qui n’étaient pas directement menacées. C’était le
cas de celle des Pyrénées et les Espagnols en profitèrent pour
concentrer dans le Guipuzcoa des troupes qui ne tardèrent pas à
franchir la Bidassoa et auxquelles le duc de Gramont et le duc
de La Valette n’eurent à opposer que des effectifs insuffisants.
Aussi l’ennemi réussit-il à s’emparer de Saint-Jean-de-Luz et à
s’établir dans le Labourd qu’il occupa pendant plus d’un an.
Hendaye devint sa base de ravitaillement et les Hendayais durent
subir tous les inconvénients de cette situation. Elle ne cessa
qu’en 1637, mais les populations n’en avaient pas encore fini
avec les épreuves que la guerre entraîne toujours avec elle.
Cette longue occupation, la menace qu’elle avait constituée
pour Bayonne, avaient fait une mauvaise impression sur le roi
et son premier ministre. Richelieu pensa que le meilleur moyen
d’en éviter le retour était d’imiter les Espagnols-et d’occuper un
point stratégique sur la rive gauche de la Bidassoa. Il décida de
s’emparer de Fontarabie, place forte d’une valeur militaire de
premier ordre. Mais l’exécution de ce projet n’allait pas sans
présenter quelques difficultés.
Pendant les dernières opérations les généraux français
s’étaient montrés très insuffisants ; il y avait eu entr’eux de fréquents
désaccords, des rivalités de personnes et des questions
de préséance qui avaient fâcheusement influé sur les résultats de
la campagne. Pour en éviter le retour, Richelieu confia le haut
commandement à Condé, qu’on appelait « Monsieur le Prince »,
le père du grand Condé, qui par sa haute situation, devait, dans
l’esprit du cardinal, imposer son autorité à tous. Ses principaux
lieutenants étaient : le duc de La Valette, le marquis de La Force
et le comte de Gramont. Leurs troupes réunies dépassaient le
chiffre de douze mille hommes, effectif nécessaire, car Fontarabie
était défendu non seulement par des ouvrages modernes pour
l’époque, mais par des marais qui rendaient son approche des
plus difficiles.
— 2 3 —
Pour bloquer la place du côté de la mer, Richelieu envoya une
flotte de soixante voiles dont quarante-deux vaisseaux de haut
bord sous le commandement d’Henri de Sourdis cardinal-archevêque
de Bordeaux. Mais auparavant et pour éviter les attaques
de la flotte espagnole, Sourdis partit à sa recherche et la trouva
dans la rade de Guetaria. Elle se composait de quatorze galions
et de trois frégates sous le commandement de l’amiral Don Lope
de Hoces. La flotte française détruisit tous les navires espagnols
ainsi que le petit village de Guétaria. Tranquille de ce côté, Sourdis
ramena sa flotte dans la baie du Figuier et dans la Bidassoa,
établissant ainsi un; blocus serré de la place.
Le siège commença le 22 juin 1638 et l’investissement fut un
fait accompli le 10 juillet. Au début tout sembla faire prévoir
une prompte capitulation ; mais les choses ne tardèrent pas à
changer de face. Des questions de personnes intervinrent donnant
lieu à de fréquents conflits, des dissentiments s’élevèrent
entre ces grands seigneurs et La Valette, par jalousie et mécontentement
de n’avoir pas le commandement suprême, refusa de
faire marcher ses troupes. Condé lui-même ne put pas briser cette
résistance dans son conseil et c’est ainsi que, les choses traînant
en longueur, firent échouer une opération sur laquelle on avait
fondé les plus belles espérances. Les Espagnols eurent le temps
de former une armée de secours qui. fut amenée dans le plus
grand secret à Pasasges et à Renteria.
Le 7 septembre au matin cette troupe arriva à l’ermitage de
La Guadeloupe et se précipita sur l’armée française avant même
qu’elle eut pu reconnaître les assaillants et l’obligea à fuir dans
le plus grand désordre, après avoir subi des pertes importantes.
Les généraux s’échappèrent non sans peine. Condé lui-même
éprouva les plus grandes difficultés à gagner un des navires de
Sourdis qui l’amena à Saint-Jean-de-Luz.
Cet abandon du siège fut une véritable déroute à la honte des
Français qui s’enfuirent de toutes parts, donnant un lamentable
spectacle aux Espagnols tout surpris d’une victoire aussi facile.
Dès lors s’explique-t-on difficilement l’inscription que l’on peut
lire sur une maison de Fontarabie, d’après laquelle les conditions
de la levée du blocus y auraient été discutées.
Richelieu fut consterné. Ainsi traduisit-il devant un Conseil
d’Etat extraordinaire le duc de La Valette qui, par ses intrigues
et ses refus d’obéissance aux ordres de Condé, était responsable
HENDAYE. — 2,
— 2 4 —
du désastre. La Valette s’empressa de fuir en Angleterre. Condamné
par contumace pour haute trahison à la peine de mort,
il fut exécuté en effigie. Mais, à la mort de Richelieu, il s’empressa
de revenir en France et il ne tarda pas à être réintégré
dans ses honneurs et prérogatives.
Il est un intéressant épilogue au siège de Fontarabie. Il y avait
sur le Jaïsquibel une chapelle consacrée à Notre-Dame-de-la-
Guadeloupe, patronne de Fontarabie et que ses habitants tenaient
en grande dévotion. Dès l’arrivée des Français, ils sortirent sans
armes de leur ville et se rendirent processionnellement, sans être
inquiétés, à Notre-Dame-de-la-Guadeloupe pour y prendre la
statue de cette vierge ; ils la placèrent dévotement dans leur
église et ne cessèrent de l’implorer pendant le siège. La précaution
n’était pas inutile car le marquis de La Force, protestant
sectaire, qui avait établi son quartier général à cet endroit, s’empressa’de
faire faire un prêche par son aumônier dans l’oratoire
de la Guadeloupe. « Maintenant je mourrai content, dit-il, j’aurai
entendu, au moins une fois, exposer publiquement la religion de
Calvin eri Espagne. » Il transforma ensuite la chapelle en écurie
pour ses chevaux. Après la levée du siège, il fallut un an aux
Espagnols pour la remettre en état. La madone y fut replacée,
en grande pompe, en 1639, le jour anniversaire de la libération
de Fontarabie et, depuis lors, tous les ans, à la même date, une
procession d’actions de grâce se rend de la ville à la chapelle de
la Guadeloupe où l’on dit une messe.
_______________________
Passons vingt ans. Hendaye va être lé témoin d’événements
les plus gros de conséquences pour la paix de l’Europe, l’élaboration
du traité des Pyrénées, en 1659, et l’entrevue de la Cour de
France et de la Cour d’Espagne, en 1660.
Lors de la conclusion du traité de Wesphalie qui mit fin à la
guerre de Trente Ans, les négociations, en vue de la paix, n’aboutirent
pas avec l’Espagne. Il fallut encore plus de dix ans de
luttes et de négociations pour pouvoir arriver à une entente.
Mais, après la bataille des Dunes (1658) et la prise de Dunkerque,
qui livra les Flandres à l’armée française, l’Espagne, déjà
aux prises avec de sérieuses difficultés dans le Milanais et avec
le Portugal, se montra mieux disposée aux accomodements.
— 2 5 —
Aussi les négociations ne tardèrent-elles pas à entrer dans une
phase plus active et, dès le commencement de l’année 1659,
Don Antoine Pimentel, ambassadeur d’Espagne et le marquis
de Lionne, pour la France, avaient arrêté les grandes lignes d’un
traité de paix. Mais il était réservé aux premiers ministres des
deux monarchies, le cardinal Mazarin et Don Luis de Haro, de
convertir ce projet en un traité définitif.
On désigna, comme lieu des conférences, la petite île dont il a.
déjà été question. Le cardinal, parti de Paris le 24 juin 1659, arrivait
à Saint-Jean-de-Luz le 28 juillet accompagné du duc de
Créquy, du ministre d’Etat de Lionne, des maréchaux de Villeroy,
de Clerambault, de la Melleray, du commandeur de Souvray et
d’une cinquantaine de grands seigneurs. Son équipage était magnifique.
En plus de cent-cinquante personnes de livrée, il y enavait
autant composant sa suite, plus une garde de trois cents
fantassins, vingt-quatre mulets avec des housses brodées de soie,
huit chariots à six chevaux pour ses bagages, sept carosses pour
sa personne et quantité de chevaux de main.
De son côté, le ministre espagnol était arrivé à Saint-Sébastien
avec un équipage pouvant rivaliser avec celui de Mazarin.
Après des pourparlers assez longs sur des questions d’étiquette
qui avaient une importance capitale à cette époque, on fixa la
première entrevue au 13 août.
L’île avait été somptueusement aménagée. Dans la salle destinée
aux conférences, des deux côtés de la ligne imaginaire qui
la divisait par le milieu, étaient disposés deux tables pareilles,
deux fauteuils pareils et, un peu plus loin, la même disposition
pour les secrétaires. Deux ponts de bois permettaient les communications
avec les rives du fleuve.
Au jour fixé, le cardinal arriva en somptueux équipage. Trente
carosses, attelés de six chevaux chacun, le portaient lui et sa
suite. Ils étaient précédés et suivis par des gardes à pied et à
cheval vêtus de casaques d’écarlate aux armes de leur maître.
Mazarin mit pied à terre et s’engagea sur le pont entre les haies
formées par ses gardes et deux cents mousquetaires.
Un quart d’heure après, don Luis de Haro se présenta, accompagné,
lui aussi, de soixante personnes dont plusieurs grands
d’Espagne et escorté par deux cents cuirassiers.
Le coup d’oeil des rives du fleuve couvertes de troupes et d’une
foule considérable était des plus beaux.
— 2 6 —
Il y eut vingt-quatre conférences pendant lesquelles les Français
et les Espagnols firent connaissance et furent remplis de
prévenances les uns pour les autres. Au cours de la dernière
entrevue, le 7 novembre, le traité fut signé. La marche des négociations,
les difficultés que Mazarin eut à surmonter, les heureuses
conséquences du traité sont du domaine de l’histoire générale
et ne sauraient trouver place ici. Le 12 novembre les deux ministres
eurent un dernier rendez-vous pour prendre congé l’un de
l’autre. Ils échangèrent de riches présents et la séparation donna
lieu à un renouvellement d’effusions et d’accolades accompagnées
des plus vives protestations d’amitié, tandis que le duc de Créquy
prenait la route d’Aix, où se trouvait la cour, pour annoncer à
leurs majestés l’heureux événement.
_______________________________

mariage
L’île des Faisans retomba dans l’abandon, tout en conservant
ses bâtisses en planches qui avaient abrité tant de splendeurs.
Mais l’hiver passa et de nouveau les ouvriers prirent possession
de l’île et de ses abords. Il fallait faire plus grand et plus beau
pour l’entrevue des deux cours les plus puissantes de l’Europe et
pour les préliminaires du mariage du roi de France avec l’infante
Marie-Thérèze d’Autriche.
Le roi d’Espagne chargea le grand peintre Velasquez„ de la
direction des travaux. Celui-ci resta installé, pendant deux mois,
sur les bords de la Bidassoa employant à l’accomplissement de
sa tâche son goût sûr et son génie. Mais il fut mal récompensé
de sa peine, car il contracta une fluxion de poitrine dont il
mourut.
On transforma et on embellit les bâtiments qui avaient servi
pour les conférences, chaque nation tenant à honneur de les rendre
dignes des grands actes qui devaient s’y passer suivant un
cérémonial encore plus serré que précédemment. Chaque cour
désirait en effet rester sur son territoire, tout en étant dans une
salle commune. Aussi de chaque côté de la ligne de démarcation,
chaque partie était exactement semblable à l’autre. En outre,
pour permettre l’accès du pavillon, on avait construit de nouveaux
ponts à côté des précédents et on les avait recouverts de
galeries vitrées.
Tandis que Mazarin et don Luis de Haro revoyaient quelques
points du traité qui n’avaient pas été assez précisés, on mettait
— 2 7 —
_______________________________________
la dernière main aux préparatifs de la réception. Les entrevues
furent au nombre de deux, mais elles avaient été précédées d’une
autre cérémonie exclusivement espagnole. Le 3 juin, dans l’église
de Fontarabie, en présence du roi d’Espagne, don Luis de Haro,
représentant le roi de France, avait épousé, par procuration,
l’infante Marie-Thérèze.
Le lendemain, eut lieu, dans l’île, une rencontre intime, de
caractère exclusivement familial, entre la reine Anne d’Autriche,
son frère, le roi d’Espagne, l’infante, le duc d’Anjou et Mazarin.
Les Français arrivèrent en carosse tandis que le roi d’Espagne
et sa suite étaient transportés dans deux magnifiques galiotes
richement décorées de peintures artistiques représentant des
scènes de la mythologie. Anne d’Autriche n’avait pas vu son
frère depuis vingt-cinq ans. Aussi l’entrevue fut-elle des plus
cordiales, autant du moins que le permettait l’étiquette espagnole
renommée pour sa rigueur. On se sépara satisfaits les uns
des autres.
Deux jours plus tard, on assista à une rencontre solennelle des
deux rois. C’était un dimanche, par une belle journée de juin. La
rivière était sillonnée de centaines de barques richement pavoisées,
une foule immense couvrait les deux rives le long desquelles
s’échelonnaient des milliers de soldats. Quand les grands personnages
qui devaient se rencontrer et qui étaient arrivés dans
les mêmes conditions que la fois précédente, eurent pris place et
échangé quelques paroles de politesse, les deux rois se placèrent
à genoux sur des carreaux, en face l’un de l’autre, chacun avec sa
table, son écritoire, son évangile et son crucifix, le tout exactement
pareil. Après lecture du contrat, ils prêtèrent serment, la
main sur l’évangile. A ce moment le cardinal ouvrit une fenêtre.
C’était un signal convenu et aussitôt, des décharges de mousqueteries
parties des deux rives annoncèrent au monde la conclusion
de la paix.
L’infante regagna Fontarabie avec son père tandis que la cour
de France revenait à Saint-Jean-de-Luz. Le lendemain seulement
l’île des Faisans vit pour la troisième et dernière fois, les.
principaux personnages de la cour de France qui venaient chercher
leur nouvelle reine et on assista à la séparation émouvante
du roi d’Espagne et de sa fille qui ne devaient plus se revoir.
La petite île témoin de tant d’événements et appelée depuis
lors, « l’île de la Conférence », retomba dans le silence et l’oubli.
— 2 8 —
___________________________
Sous l’influence du courant elle se dégradait rapidement et menaçait
de disparaître, lorsque, sous le second empire, on se préoccupa
de la conserver et de l’embellir. On y planta des arbres, on
y éleva un monument commémoratif du traité des Pyrénées et,
un peu plus tard, fut conclu un arrangement entre la France et
l’Espagne, en vertu duquel les commandants des stationnaires
français et espagnols dans la Bidassoa sont chargés, à tour de
rôle, de la surveillance et de l’entretien de l’île et de son monument.
IV.— Du XVIIIe siècle à nos jours
Le traité des Pyrénées fut un bienfait pour les riverains de la
Bidassoa qui avaient tant souffert des hostilités entre la France
et l’Espagne. Depuis lors jusqu’aux guerres de la Révolution,
c’est-à-dire pendant plus de 130 ans, ils ne connurent plus les
horreurs de la guerre. Au contraire, les bonnes relations qu’ils
entretenaient avec leurs voisins furent une cause de prospérité
relative. Néanmoins la ville ne s’était pas beaucoup étendue. Au
commencement du XVIIIe siècle on constate l’apparition d’un
seul quartier nouveau dans les environs du prieuré de Subernoa.
Mais les divers documents sur l’importance d’Hendaye à cette
époque ne concordent pas. D’après les uns, la chapelle du prieuré
était très fréquentée par les habitants des maisons voisines. On
y aurait compté quatre cents communiants. D’autres évaluent à
trois cent cinquante seulement le nombre total des habitants en
1726. Quoiqu’il en soit, ceux-ci ne firent guère parler d’eux et
vécurent d’une vie uniforme et peu agitée qui fait penser que,
comme les peuples heureux, ils n’eurent pas d’histoire.
On ne peut noter, pendant cette longue période, que des passages
de grands personnages ou de troupes se rendant sur le
théâtre de la guerre. f

_______________________________
GAZTELU ZAHAR
____________________
Le fort, terminé en 1666, avait reçu une petite garnison. Il fut
même question d’en construire un autre à la suite de l’incident
suivant.
— 2 9 —
En 1685, Vauban était venu dans la région pour inspecter les
divers ouvrages militaires. Il s’adjoignit le marquis de Boufflers
et F. de Ferry inspecteur général des fortifications de Guienne.
Après avoir visité le fort d’Hendaye, ils passèrent la Bidassoa
et, s’étant rendus à La Madeleine, faubourg de Fontarabie, ils
essuyèrent des coups de feu qui furent par trois fois dirigés sur
eux par les Espagnols, Pour montrer le mépris qu’ils avaient de
leur « tiraillerie », Vauban et ses deux compagnons ne quittèrent
le territoire espagnol qu’une demi-heure après que leurs insulteurs
se furent retirés. Mais, dans le compte-rendu de cette visite,
adressé à M. de Seignelay, secrétaire d’Etat, Vauban proposait
de prendre Fontarabie pour avoir raison des injures qu’il avait
reçues ou bien de bâtir un fort pouvant contenir six ou sept cents
hommes de garnison sur une langue de terre à l’embouchure de
la Bidassoa, assurant que c’était le moyen de dominer la rade en
même temps que les Espagnols et de permettre àux habitants
d’Hendaye de sortir en mer, pour aller pêcher, sans que leurs
voisins pussent les en empêcher. Le roi avait d’autres préoccupations
et cette proposition resta sans suite. f
_______________________________________________________________________________
Si aucun fait saillant ne se produisit dans le courant du XVIIIe
siècle, les Hendayais n’en eurent pas moins l’occasion de voir
passer bien des grands personnages. Le roi d’Espagne Charles II
avait désigné, en mourant, pour son successeur, le duc d’Anjou
petit-fils de Louis XIV. Ce dernier ayant accepté le testament,
le nouveau roi se rendit dans son royaume en passant par Hendaye,
le 17 juillet 1701. Il n’y eut aucune réception officielle à
cette occasion. Les deux frères du duc d’Anjou, les ducs de Bourgogne
et de Berry l’accompagnèrent jusqu’à Hendaye, d’où ils
revinrent à Bayonne, tandis que le roi d’Espagne continuait son
chemin jusqu’à Madrid.
____________________________________________f
La guerre qui suivit cet événement, fut l’occasion du passage
de nombreuses troupes. Le maréchal de Berwick, chargé de porter
secours au roi d’Espagne, était passé le premier. En février
1704, on vit dix régiments d’infanterie, onze de cavalerie, deux
compagnies de canonniers, de nombreux détachements de recrues
et des convois de prisonniers. Ces passages intermittents
— 3 0 —
cessèrent après la victoire d’Almanza qui mit fin aux hostilités,
en 1709.
____________________________________________f
La guerre ayant recommencé en 1718, cette fois avec l’Espagne,
le maréchal de Berwick revint avec une armée et mit le,
siège devant Fontarabie qui capitula en juin 1719.
Les hostilités
se poursuivirent loin de la frontière, jusqu’à la conclusion de la
paix en 1720. Le 22 août de cette année, les troupes qui avaient
pris Fontarabie et Saint-Sebastien repassèrent la frontière.
Le traité de paix avait prévu le mariage du roi Louis XV avec
l’infante d’Espagne et celui de Mlle de Montpensier, fille du
régent, avec le prince des Asturies. L’échange de ces deux princesses
eut lieu à Hendaye avec le cérémonial accoutumé, le 9
janvier 1722.
Les Hendayais virent bien d’autres grands personnages : la
reine Marie-Anne de Neubourg, la princesse de Beaujolais,
Marie-Antoinette dauphine et beaucoup d’autres grands seigneurs
et grandes dames.
_____________________________________ f
Mais la Révolution approchait et les habitants d’Hendaye
allaient connaître, une fois de plus, les vicissitudes de la guerre
d’une manière encore plus cruelle que précédemment.
Le 7 mars 1793, la Convention avait déclaré la guerre à l’Espagne.
Or les Espagnols disposaient, sur la frontière, de vingtquatre
mille hommes sous les ordres du général Caro, tandis que
les Français n’avaient que huit mille hommes commandés par le
général Moncey. Ils n’avaient aucun ouvrage de défense, car le
fort d’Hendaye était dépourvu d’artillerie et de garnison. Le
général Reinier, qui commandait les troupes du Labourd, les
avait concentrées à Saint-Jean-de-Luz, en attendant des renforts
laissant Hendaye exposé aux coups de l’ennemi. Celui-ci
se hâta d’en profiter.
Sans que rien fit pressentir une attaque, le 25 avril 1793, un
feu subit s’ouvre de Fontarabie sur Hendaye, alors que les habitants,
sans méfiance, étaient plongés dans le sommeil ; la plupart
d’entr’eux sont écrasés sous les décombres des maisons
qui s’écroulent enflammées sous l’effet des bombes qui pleuvent
sur la ville, et pour achever sa ruine, profitant du désordre iné—
31 —
vitable qu’avait produit cette attaque inopinée, les Espagnols
traversent la rivière et, par le moyen de torches, mettent le feu
aux maisons que le bombardement n’avait pas atteintes. A la
nouvelle de cet événement, Reinier accourut avec ses troupes.
L’ennemi à son tour, est refoulé sur l’autre rive, l’épée aux
reins, par les Français qui se livrèrent, sur le sol espagnol, à
des représailles. Mais Hendaye n’en était pas moins un monceau
de ruines. f
____________________________________

Elle le resta lors des guerres d’Espagne sous Napoléon et lors
de l’invasion du territoire français par les armées de Wellington,
en 1813. Pendant longtemps encore Hendaye n’exista plus.
— Que sont devenus les habitants de ce lieu ? demandait un
voyageur, en 1820, à un vieillard d’Hendaye assis en guenilles
sur quelques ruines.
— Les uns sont morts, dit le Labourdin, en se levant, quelques-
uns ont émigré, la guerre a disséminé le plus grand nombre,
les autres sont ensevelis dans le grand champ derrière l’église.
— Quel champ ? demanda l’interlocuteur.
— Le Basque regarda fixement l’homme frivole qui ne l’avait
pas compris et, faisant du bras un geste solennel, il montra…
l’Océan.
Dans un autre ordre d’idées, voici ce qu’écrivait, plus tard,
en 1834, M. Lacour : « Hendaye n’existe réellement que sur la
» carte ; elle n’offre que des décombres. Ses habitants sont dis-
» persés, son industrie tuée. Je vois partout la dévastation, la
» solitude et le deuil. Quelques rares maisons s’élèvent à travers
» ses rues désertes et au-dessus dé ces pans de murs cachés
» sous le lierre qui se plaît à les tenir embrassés. On croit se
» promener au milieu de catacombes. » Et un peu plus loin,
l’auteur ajoute : « Pourquoi Hendaye, sous la protection de la
» grande famille à laquelle elle appartient, ne sortirait-elle pas
» de cet état de désordre, d’abandon et de stupeur dont elle offre
» la hideuse image ? »
Ce voeu a été exaucé. Quelques années plus tard, Hendaye
renaissait à la vie, grâce au chemin de fer, et, de nos jours, les
bains de mer et le tourisme l’ont porté à un degré de prospérité
qu’elle n’avait jamais connu, ainsi qu’on le verra dans les pages
suivantes. f
CHAPITRE III.
Monuments — Curiosités
Hommes célèbres croix
Ainsi qu’on l’a vu dans le chapitre précédent, Hendaye, quoiqu’ayant
des origines lointaines, est de création récente. On ne
saurait donc être surpris de n’y trouver aucun monument
ancien. L’église, bien que datant, tout au moins la partie la plus
ancienne, du XVIIe siècle, ne présente aucun caractère de style.
Il n’y a, dans toute la commune, qu’un objet jugé digne de figurer
sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques ;
c’est une croix de pierre.
Elle se trouvait autrefois dans le cimetière qui entourait l’église,
comme dans toutes les paroisses du Pays Basque. Depuis
son inscription sur l’inventaire supplémentaire des monuments
historiques, elle a été placée tout près de l’église, à côté d’un bras
du transept où elle est mieux protégée que précédemment.
La croix elle-même est des plus simples. Sur le bras, on peut
lire, gravée en champlevé, l’inscription courante : « O crux ave
spes unica » Mais ce qui attire surtout l’attention, c’est le socle
sur lequel elle repose. Il a la forme d’un cube sur les quatre faces
verticales duquel sont gravés des dessins assez curieux. Sur l’une
on voit un écartelé avec un A dans chaque canton. Peut-être
a-t-on voulu représenter l’initiale de la ville à une époque où
Hendaye s’écrivait Andaye. Sur la face voisine est sculptée une
grande étoile ; sur une autre, un croissant de lune à profil
humain avec un oeil largement ouvert. Enfin, la quatrième face,
ou plutôt la première, attendu qu’elle est parallèle au bras de la
croix, présente une tête de monstre avec une large gueule
— 3 3 —
ouverte. Si l’on rapproche ce dernier dessin de l’inscription de
la croix, on semble fondé à penser que l’auteur a voulu représenter
la porte de l’Enfer opposée à l’espérance du ciel donnée
par l’inscription. On trouve en effet assez souvent des motifs
similaires dans l’iconographie du Moyen Age. Il n’est pas possible
de fixer la date de cette croix. Tout au plus pourrait-on la
faire remonter au milieu du XVIIe siècle à l’époque de la construction
de l’église, lors de la création de la paroisse.
_____________________________________ f
Mais, si Hendaye est plutôt pauvre en monuments, on peut
dire que la qualité compense la quantité. C’est bien le cas en
effet du château d’Abbadia, situé à l’origine de la pointe Sainte-
Anne. Bien que de construction relativement récente, c’est un
superbe édifice qui ajoute encore à la beauté du magnifique décor
qui l’entoure.
Son premier propriétaire, M. Antoine d’Abbadie d’Arrast,
était basque, originaire d’Arrast, en pays de Soule. Passionné
pour l’étude des sciences, il se fit remarquer, de bonne heure,
par ses connaissances multiples qui lui valurent, à plusieurs
reprises, des missions dans les pays d’outre-mer. Il les remplit
avec un succès qui le désigna comme une des personnalités les
plus en vue du monde savant et ne fut pas étranger à sa nomination
de membre de l’Institut, en 1867.
Parmi ses nombreuses expéditions, il faut surtout mentionner
celle qui le conduisit en Abyssinie, en 1836. Il y fit un séjour de
quinze ans coupé par quelques voyages en France et ailleurs
et, pendant ce temps, il explora le pays comme il ne l’avait
jamais été par des Européens. Le Négus le combla de biens et
lorsqu’il revint en France, il rapporta une foule d’objets et de
documents précieux parmi lesquels une collection de parchemins
les plus rares, aujourd’hui dans la bibliothèque de l’Institut à
Paris.
Revenu en France, en 1865, à l’âge de 55 ans, M. d’Abbadie
renonça aux grands voyages et c’est alors qu’il acheta de grandes
étendues de terrains, au nord d’Hendaye et qu’il commença
la construction du château d’Abbadia. Il ne quitta plus cette
belle résidence jusqu’à sa mort survenue en 1897 et il s’y consacra
à des travaux sur l’Astronomie et la Physique du Globe.
— 3 4 —
Aussi, lorsque, vers 1880, sur l’initiative de l’amiral Mouchez,
alors chef du bureau des longitudes, un accord fut intervenu entre
les puissances pour l’établissement de la carte du ciel, il
accueillit cette décision avec enthousiasme et il donna à l’Institut
son château pour être affecté à un observatoire qui participerait
à ce travail. Depuis lors, Abbadia est devenu une sorte
de sanctuaire de la science où l’on vit, c’est le cas de le dire,
dans le ciel étoilé. Tandis qu’à quelques centaines de mètres,
dans les nouveaux quartiers d’Hendaye, on ne songe qu’aux
distractions et au plaisir, là-haut, par les nuits sereines et dans
le calme le plus absolu, des jeunes gens procèdent à la détermination
de coordonées d’étoiles, sous la surveillance d’un ecclésiastique
aussi modeste que distingué, M. l’abbé Calot, directeur
de l’observatoire.
Mais, à l’exception de trois grandes salles affectées aux instruments
et au personnel, le château d’Abbadia a été conservé
tel qu’il était du temps de ses propriétaires. M. d’Abbadie qui
n’était pas seulement un savant, mais aussi un homme de goût,
passait le temps qu’il ne consacrait pas à la science, à orner et à
embellir sa résidence. Aussi en a-t-il fait un véritable musée. Il
n’est pas une pièce, un panneau, un meuble, un objet qui ne soit
une oeuvre d’art et n’attire l’attention. Chaque salle a son caractère
individuel (Arabe, Allemande, Irlandaise, Abyssine, etc…)
et partout ce sont des proverbes ou des sentences morales, empruntées
au folklore de chaque pays, inscrits sur les murs ou
gravés dans le bois.
A l’extérieur, sur la porte d’entrée, c’est un vers anglais qui
accueille le visiteur : « Cent mille bienvenues ».
Dans le vestibule on peut lire quatre vers latins sur le même
sujet.
Dans un charmant petit salon d’attente, on lit ces proverbes
arabes : « L’aiguille habille tout le monde et reste nue », « Reste
avec Dieu et il restera avec toi », « Dieu, quoique bon ouvrier,
veut compagnon de travail ».
Sur un vitrail du vestibule « Plus estre que paraistre ».
Dans la bibliothèque : « Tout buisson fait ombre », et « il
suffit d’un fou pour jeter une grosse pierre dans un puits ; il faut
six sages pour l’en retirer ».
Sur chaque cheminée il y a une inscription relative au feu,
telle que celle-ci : « Je réchauffe, je brûle, je tue » ; et cette au—
3 5 —
tre, beaucoup plus poétique : « Que votre âme soit semblable à
la flamme ; qu’elle monte vers le ciel ».
Dans la salle à manger, toute tendue de cuir, chaque siège
porte une syllabe abyssine et, lorsqu’elles sont toutes réunies, ces
syllabes forment la phrase suivante : «Dieu veuille qu’il n’y ait
aucun traître autour de cette table ». Sur un mur de la même
pièce : « Les larmes sont l’éloquence du pauvre ».
Dans la chambre d’honneur l’inscription suivante entoure le
lit : « Doux sommeil, songes dorés à qui repose céans ; joyeux
réveil ; matinée propice ».
Dans une autre pièce, on peut lire quatre vers empruntés à
Schiller : « Triple est la marche du temps, hésitante, mystérieuse
: l’avenir vient vers nous ; rapide comme la flèche, le présent
s’enfuit ; éternel, immuable, le passé demeure ».
Nous terminerons cette énumération, déjà peut-être un peu
longue, en signalant les peintures murales du vestibule et de
l’escalier. Ce sont des scènes de la vie abyssine. L’une représente
un chef faisant un discours dont il désigne la ponctuation
par des coups de fouet. Un certain nombre de coups correspondent
au point, aux virgules, etc…
Dans une autre, on voit une école où le maître, un gros Abyssin,
à la figure rébarbative, est accompagné d’un esclave tenant
un martinet dont il menace les élèves. Ceux-ci sont attachés à
leur banc avec de grosses chaînes afin de les obliger à se tenir
tranquilles et éviter qu’ils ne fassent l’école buissonnière.
On comprend, d’après ces exemples, que l’intérieur du château
d’Abbadia soit bien en harmonie avec l’extérieur. fait

_______________________ fait Modeste maison
Celui qui en fit sa demeure, lui non plus, n’était pas
Hendayais ; mais les deux noms « Hendaye » et « Pierre Loti »
sont devenus inséparables et on ne peut prononcer l’un sans
penser à l’autre. Voici dans quelles circonstances Loti fut amené
à connaître Hendaye.
En 1892, alors officier de marine, il était nommé au commandement
du « Javelot » garde-pêche dans la Bidassoa. Le Pays
Basque fut pour lui une révélation. Il éprouva pour ce pays un
enthousiasme qui alla grandissant à mesure qu’il le connut mieux
et qui ne le quitta qu’avec la vie. Il acheta la maison mauresque
en bordure de la Bidassoa, cette maison qui est encore comme
il l’a connue et où se rendent, au moins une fois, en pèlerinage,
tous ceux que les hasards de l’existence amènent à Hendaye et.
que ne laissent pas indifférents nos gloires littéraires. Il y revint
souvent dans la suite et c’est dans ce coin qu’il avait tant aimé,
dans cette maison d’où il avait si souvent contemplé le magnifique
paysage qui se déroulait sous ses yeux, qu’il rendait le dernier
soupir, en juin 1923.
Voici quelques lignes, peu connues, qui sont ses adieux au
Pays Basque, lorsqu’il le quitta pour entreprendre une campagne
dans les mers de Chine :
Adio Euskualleria
« Partir ! Dans quelques jours, dans très peu de jours, je-
» serai loin d’ici. Et il y a, pour toute âme humaine, une intime
» tristesse à s’en aller de tel ou tel coin de la terre où l’on avait
» fait longue étape dans la vie.
» Elle avait duré six ans, mon étape imprévue au Pays Bas-
» que ; il est vrai, avec des intermèdes de voyages en Arabie ou
» ailleurs, mais toujours avec des certitudes de revenir. Et je
» gardais ici une maisonnette isolée qui, pendant mes absences,
» restait les volets clos ; où je retrouvais, à mes retours, les
» mêmes petites choses aux mêmes places ; dans les tiroirs les
» fleurs fanées des précédents étés… Lentement je m’étais attaché
» au sol et aux montagnes de ce pays, aux cimes brunes du Jaïs-
» quibel perpétuellement dressé là, devant mes yeux, en face de
» mes terrasses et de mes fenêtres. Quand on devient trop las et
» trop meurtri pour s’attacher aux gens, comme autrefois, c’est
» cet amour du terroir et des choses qui seul demeure pour
» encore faire souffrir…
» Et j’ai un délicieux automne cette année, pour le dernier.
» Les chemins qui, de ma maison, mènent au mouillage de mon
» navire, sont refleuris comme en juin. C’est là-bas, ce mouil-
» lage, au tournant de la Bidassoa, contre le pont de pierres rous-
» ses, décoré des écussons de France et d’Espagne, qui réunit,
» par dessus la rivière, les deux pays amis et sans cesse voi-
» sinants. Très refleuris, au soleil de novembre ces chemins
» qui, presque chaque jour, aux mêmes heures, me voient pas»
ser ; ça et là des brins de chèvrefeuilles, de troènes ou bien des
» églantines émergent toutes fraîches d’entre les feuillages rou-
» gis. Et les grands lointains d’Océan ou des Pyrénées qui, par
» dessus les haies, apparaissent en un déploiement magnifique,
» sont immobiles et bleus. Et de là-bas où je serai bientôt,
» l’Euskualleria que j’ai habité six ans, m’apparaîtra, dans le
» recul infini, comme un tranquille pays d’ombre et de pluie
» tiède, de hêtres et de fougères, où sonnent encore le soir, tant
» de vénérables cloches d’églises. »
______________________________
C’est encore un marin dont on peut apercevoir l’ancienne
demeure, plus en amont, au bord de la Bidassoa, maison toute
moderne appelée Priorena.
Elle est habitée par les descendants
d’un de ces fameux corsaires, bien Hendayais celui-là, dont les
aventures tiennent du roman. Il s’appelait Pellot-Montvieux et il
appartenait à une de ces nombreuses familles de marins basques
qui, de père en fils, « couraient sus à l’Anglais ». En 1627, lors du
siège de La Rochelle par les armées du roi Louis XIII, un de ses
ancêtres avait commandé un navire qui faisait partie d’un convoi
de ravitaillement pour l’île de Ré bloquée par la flotte de Buckingham.
Le succès de cette entreprise avait valu aux Hendayais
la possession de la rive droite de la Bidassoa jusqu’à l’île des
Faisans. Etienne Pellot-Montvieux avait donc de qui tenir et il
dépassa, en audace, ceux qui l’avaient précédé.
Embarqué, en 1778, à l’âge de 13 ans, il devint un de ces marins
dont le caractère indépendant ne pouvait pas se plier à la
discipline de la marine royale et qui, aux honneurs et aux dignités,
préféraient la vie imprévue et pleine d’aléas qui était celle
des corsaires encore à cette époque.
On ne saurait, dans un ouvrage comme celui-ci, raconter les
prouesses de Pellot. Nous renvoyons ceux que le sujet intéresse
aux biographies qui ont été écrites sur lui (1). Nous nous borne-
(1) Voir « Le dernier des corsaires ou la vie d’Etienne Pellot-Montvieux
de Hendaye » par le capitaine Duvoisin et l’ouvrage plus récent :
« Le Corsaire Pellot par Thierry Sandre » publié par « La Renaissance
du Livre ».
rons à dire que pendant les guerres de la Révolution, du Consulat
et de l’Empire, jusqu’en 1812, Pellot fit une chasse continuelle
aux Anglais avec des navires armés par les armateurs de Bayonne
ou de Saint-Jean-de-Luz et souvent à ses frais. Sa vie, pendant
ses 34 années de course, est un véritable roman d’aventures.
Six fois prisonnier des Anglais, il s’échappa six fois par les
moyens les plus invraisemblables. Il était la terreur des Anglais
comme, avant lui, Jean Bart, Duquesne et Tourville et aussi
Sùrcouf, son contemporain. A défaut d’autres preuves, il suffira
de rappeler qu’une prime de 500 guinées était promise à qui le
ferait prisonnier, tandis que cette prime était de 5 guinées seulement
pour la capture d’un capitaine ordinaire.
Retiré à Hendaye en 1812, il y vécut à Prioréna, maison familiale
récemment reconstruite, et il se consacra à ses enfants et
petits-enfants jusqu’au jour de sa mort survenue le 30 avril 1856.
Cet homme qui avait mille fois exposé sa vie au milieu des pires
dangers, la conserva jusqu’à 91 ans !
___________________
Non loin de Priorena, sur la hauteur, au milieu d’arbres centenaires,
on peut apercevoir une très ancienne maison qui conserve
l’apparence des habitations du XVIII0 siècle. On l’appelle
Iranda. De là est sorti un homme dont l’existence, bien différente
de celle de Pellot-Montvieux, n’en est pas moins des plus
curieuses et rappelle celle de certains héros de romans.
Iranda était une très ancienne seigneurie qui figure dans des
actes du XIIe siècle. Au XVIIIe siècle elle appartenait à un Hendayais,
Nicolas Arragorry, qui eut trois enfants, un garçon et
deux filles. Simon, le fils, après avoir passé quelque temps dans
son pays se décida à aller chercher fortune en Espagne et il l’y
trouva. En très peu de temps il arriva à une des plus hautes
situations que l’on put espérer même à cette époque ; il devint
un des favoris du roi Charles III qui le nomma conseiller honoraire
en son conseil des Finances. Il est probable qu’Arragorry
remplit ses fonctions avec distinction car, un peu plus tard, le
roi, en considération des services qu’il en avait reçus, lui conféra
un titre de Castille sous la dénomination particulière de
« marquis d’Iranda» pour lui et ses héritiers par lettres patentes
du 9 novembre 1764.

— 41 —
Devenu conseiller d’Etat, Arragorry fut chargé, en 1795, de
négocier la paix avec le général Servant, commandant en chef
de l’armée des Pyrénées Occidentales.
La fortune qu’il réalisa était considérable et il en fit un noble
usage en venant en aide à ses compatriotes lors de la destruction
d’Hendaye par les Espagnols. Il mourut sans postérité et
laissa son titre et ses biens à un neveu, fils d’une soeur mariée
au seigneur d’Arcangues. Ce titre fut reconnu pour la France
par lettres patentes de Louis XVI en 1782, confirmées par Napoléon
Ier et Napoléon III, en faveur des descendants du premier
titulaire. La famille est encore représentée dans le pays par M.
Pierre d’Arcangues, marquis d’Iranda.
____________________________________
Il serait difficile de citer d’autres demeures évocatrices du
passé dans une ville de construction récente. Cependant, sans
qu’ils présentent un caractère esthétique, il convient de faire
mention des vestiges de l’ancien fort que l’on peut encore apecevoir
au bord de la Bidassoa. Il a été dit précédemment dans
quelles circonstances cet ouvrage avait été construit. Son achèvement
fut suivi d’une longue période de paix, conséquence du
traité des Pyrénées, pendant laquelle il ne fut plus d’aucune utilité.
Aussi on le dépouilla de son artillerie, de sa garnison et il
n’était plus gardé que par quelques morte-paies lorsqu’arriva la
Révolution.
Il occupait tout l’emplacement traversé par la route conduisant
à Hendaye-plage et sur laquelle se trouve le monument aux
morts. D’après le plan que l’on possède et les soubassements qu’il
l’on peut voir en contre-bas de l’esplanade, on peut dire qu’il
était solidement construit et même que la question d’esthétique
n’avait pas été perdue de vue. Bien abimé par l’artillerie espagnole,
lors des guerres de la Révolution, complètement abandonné,
il ne formait plus qu’un amas de ruines lorsqu’il fut démoli
à la fin du XIXe siècle.
___________________________________________
On voit par ces quelques lignes qu’Hendaye est plutôt pauvre
HENDATE. — 3.
— 4 2 —
en monuments, ce qui ne saurait surprendre quand on se rappelle
son histoire. Mais cette ville réserve à ses visiteurs mieux que
des oeuvres de l’homme ; c’est le site admirable qui l’entoure, ce
sont les incomparables horizons qu’on y découvre, c’est, en un
mot, une situation exceptionnellement favorable et qui en fait
une résidence des plus privilégiées.
CHAPITRE IV.
Vie Sociale – Commerce – Industrie
Sports
Au point de vue social, Hendaye présente le double caractère
d’être une station balnéaire, dont la population fait plus que
doubler pendant les mois d’été et de vivre, pendant toute l’année
d’une vie qui lui est propre.
Ainsi qu’il a été dit plus haut, l’ouverture de la ligne de chemin
de fer de Paris à Madrid a été le signal de la renaissance
de cette petite localité qui, depuis les guerres du Premier Empire,
n’avait fait que végéter. Non seulement les formalités de douane
pour le passage des marchandises d’un pays à l’autre, mais
aussi leur transbordement, conséquence de la différence de voies
en France et en Espagne, amenèrent beaucoup d’étrangers qui
se fixèrent à Hendaye, en même temps qu’un nombre élevé
d’employés de chemin de fer. C’est alors que commença à se
former le quartier dit de la gare.
A l’origine, c’est-à-dire en 1857 on ne savait pas encore ce
que donneraient les chemins de fer. Beaucoup, parmi les personnes
les plus éclairées, ne pensaient pas qu’ils dussent prendre
une extension aussi considérable que celle qu’ils ont prise. Les
résultats de l’expérience n’ont pas tardé à lever les doutes et à
montrer que la conséquence de ce nouveau mode de transport a
été une véritable transformation de la vie sociale. Depuis cette
époque, le trafic de la gare d’Hendaye a beaucoup varié et a subi
_ 44 —
des fluctuations considérables qui ont eu naturellement une
grande répercussion sur les habitants en vivant directement ou
indirectement.
Voici quelques chiffres qui donnent une idée de son importance
:
Le tonnage expédié par cette gare en 1913 a été de 199.000
tonnes ; celui de l’année 1932 a atteint 390.581 tonnes par suite
de diverses circonstances et en particulier des suivantes. Ces
dernières années, en raison de nouveaux tarifs douaniers et d’accords
entre les compagnies de Chemins de fer, un très gros trafic
d’oranges s’est créé entre l’Espagne, la France et certains pays
du Nord qui en recevaient une petite quantité auparavant. Pour
s’en faire une idée, il suffira de citer quelques chiffres concernant
l’année considérée, c’est-à-dire 1932. Il a été expédié
d’Hendaye, venant d’Espagne, 32.000 wagons transportant
146.000 tonnes d’oranges et ayant rapporté aux compagnies
françaises 42 millions de francs.
On conçoit qu’un semblable trafic justifie l’emploi de beaucoup
de monde. Le nombre des commissionnaires en douane, qui est
habituellement d’une cinquantaine, atteint 105 pendant la campagne
des oranges et chacun emploie une moyenne de trois commis.
Le transbordement nécessite 60 équipes de manoeuvres à
hommes chacune, soit 300 personnes, sans compter les journaliers
permanents évalués à une centaine d’hommes. Le personnel
fixe de la gare est de 300 hommes ; celui de la Douane de 120.
Il faut dire que tout ce monde n’habite pas Hendaye ; beaucoup
vivent à Irun. On n’en peut pas moins évaluer à 600 ou 700 le
nombre de personnes dont la présence est justifiée par le trafic
transitant par la gare d’Hendaye. On voit donc l’influence considérable
que sa création a eue sur la renaissance de cette ville.
_________________________________________
Cependant il ne faudrait pas conclure de ce qui précède
qu’Hendaye n’a été une localité de transit que depuis la création
du chemin de fer. Sa situation sur la frontière l’a mise en relations,
à toutes les époques, avec les villes voisines de la France
et de l’Espagne entre lesquelles elle servait d’intermédiaire. Les
intérêts commerciaux en jeu étaient si importants que, même
pendant les guerres si fréquentes entre ces deux nations, il se
— 4 5 —
faisait des traités de commerce entre ces localités. Les députés
français et espagnols se réunissaient dans l’île des Faisans et
convenaient de tous les articles de ces traités qu’on appelait
« de bonne correspondance ». Ces traités étaient ensuite ratifiés
par les rois. Ainsi, pendant toute la durée des hostilités, les relations
commerciales continuaient au grand profit d’Hendaye qui
assurait les échanges. Ces traités s’appliquaient aussi aux relations
par mer. Le premier dont on ait trouvé trace porte la date
du 29 octobre 1353. Il y en eut beaucoup d’autres par la suite
jusqu’au XVIIIe siècle.
La mer, il paraît superflu de le dire, a toujours joué un grand
rôle dans l’existence des Hendayais, qu’ils fussent marins ou
pêcheurs.
Le régime incertain des eaux de la Bidassoa n’ayant jamais
permis d’y créer un port, les marins s’enrôlaient sur des navires
équipés par les armateurs de Bayonne ou de Saint-Jean-de-Luz.
Quant aux pêcheurs qui étaient le plus grand nombre, ils
pêchaient avec des embarcations en mer ou sur la rivière. Mais
l’accord ne régnait pas toujours entr’eux et les pêcheurs espagnols.
Les incidents étaient fréquents et se terminaient souvent
d’une manière tragique. Voici la relation d’une affaire qui montre
combien les rapports pouvaient être tendus entre les riverains
des deux nations.
Les Espagnols prétendaient que la rivière leur appartenait
sur toute sa largeur. Partant de ce principe et au mépris des
revendications françaises, l’alcade de Fontarabie vint, le 23 janvier
1617, jusque sur le rivage d’Hendaye, à la poursuite d’un
malfaiteur, étant porteur de son bâton de justice (1). Arrêté à
son tour, avec les bateliers qui le conduisaient, il fut envoyé par
les autorités d’Hendaye au gouverneur de la province, M. de
Gramont, qui les emprisonna à Bayonne jusqu’à ce qu’une enquête
eut été faite.
Mais, avant qu’elle fut terminée, les Espagnols, usant de
(i) Aujourd’hui encore, en Guipuzcoa, le bâton est l’insigne des alcades
et des agents de police.
— 4 6 —
représailles, arrêtèrent et emprisonnèrent plusieurs pêcheurs
français qui naviguaient paisiblement sur les eaux de la Bidassoa.
Ils firent plus ; ils saisirent trois navires de Saint-Jean-de-
Luz armés pour la pêche à la baleine qui, à cause du mauvais
temps, s’étaient réfugiés dans la baie de Fontarabie.
L’affaire se compliquait. Le comte de Gramont signala la situation
au roi Louis XIII qui traita la question par voie diplomatique.
Il donna l’ordre de relâcher les Espagnols contre remise
des prisonniers français. Cet échange eut lieu le 4 mai 1617.
Mais, au moment où les pêcheurs français libérés abordaient
sur la côte d’Hendaye, le château de Fontarabie leur envoya, en
guise d’adieu, une volée de dix coups de canon. Personne heureusement
ne fut blessé par ces décharges ; mais l’une d’elles
endommagea sérieusement le clocher de l’église.
Cette nouvelle affaire donna lieu à une seconde enquête suivie
de longues conférences internationales dont le siège fut,
comme toujours, l’île des Faisans. Les délégués français et espagnols
n’avaient pas encore pu se mettre d’accord, lorsque les
négociations pour la paix des Pyrénées commencèrent le 13
août 1659. Mazarin et don Luis de Haro abordèrent aussi la
question de la Bidassoa, mais elle ne fut pas suivie d’une solution
immédiate. Les négociations se poursuivirent entre d’autres
plénipotentiaires et se terminèrent par un traité signé le 9 octobre
1685 et qui reconnaissait des droits égaux aux habitants
des deux rives de la rivière.
____________________________________________
Depuis cette époque un stationnaire français et un stationnaire
espagnol séjournent en permanence dans la Bidassoa.
Leurs commandants veillent à l’exécution du traité et règlent
les différends de leur compétence qui peuvent se produire.
En ce qui concerne la pêche, à la saison du saumon et de
l’alose, c’est-à-dire pendant les mois du printemps, et pour éviter
les incidents entre pêcheurs français et espagnols, il fut décidé
qu’ils pêcheraient à tour de rôle. Au coup de midi, à l’église
d’Irun, un des stationnaires devait tirer un coup de canon et les
pêcheurs de sa nationalité pouvaient seuls pêcher jusqu’au coup
de canon de l’autre stationnaire le lendemain à midi, et ainsi de
suite. Le règlement de 1685 a été modifié à plusieurs reprises
notamment en 1856, 1857 et 1879. Plus récemment de nouvelles
conventions ont modifié cette situation et rendu la pêche libre
pour tous et en tous temps dans la Bidassoa.
— 47-
Cependant il faut ajouter que les intérêts en jeu ne sont pas
les mêmes qu’autrefois. Le personnel vivant de la pêche sur la
rive française a presqu’entièrement disparu. Une trentaine d’Hendayais
seulement, ayant une autre profession normale, font seuls
la pêche pendant quelques semaines, tandis que, du côté espagnol,
le nombre de pêcheurs de profession est assez élevé. Malgré
cela il se produit encore, de temps à autre quelques incidents,
dûs, le plus souvent, à une fausse interprétation des règlements
par des agents subalternes ; mais ils n’influent pas sur les relations
entre riverains lesquelles sont toujours excellentes. On en
a eu maintes preuves, notamment pendant la dernière guerre.
Les choses ne se passent pas ainsi qu’il vient d’être dit dans
la baie du Figuier comprise entre la pointe Sainte-Anne et l’extrémité
du Jaïsquibel. On peut remarquer sur ces deux promontoires,
sur la promenade de la plage et dans la Bidassoa, des
sortes de pyramides placées deux par deux. Elles forment des
alignements qui donnent les limites des eaux françaises et des
eaux espagnoles ainsi que des eaux neutres intermédiaires dans
cette baie. Celle qui se trouve sur le mur de la plage, donnait,
avec une autre qui semble avoir disparu, la délimitation des eaux
territoriales au large de la baie du Figuier. Cette délimitation
est l’oeuvre de la commission mixte des Pyrénées qui existe
depuis le traité des Pyrénées et qui est toujours en vigueur.
En dehors de l’industrie de la pêche et du commerce de transit
par le chemin de fer, Hendaye n’a ni industrie ni commerce. Sa
richesse vient exclusivement de ces deux facteurs, si l’on excepte
cependant les étrangers dont il sera question dans le chapitre
suivant.
Il n’en est pas moins vrai qu’on trouve à Hendaye tout ce qui
est nécessaire pour les besoins de la vie courante. Dans l’ancienne
ville on peut voir de beaux magasins bien achalandés et
dont les Espagnols forment une clientèle qui n’est pas négligeable.
Il y a aussi à Hendaye-Plage des magasins dont beaucoup ne
— 4 8 —
sont ouverts que pendant la saison d’été mais suffisants pour
que les personnes en villégiature y trouvent à peu près tout ce
qu’elles peuvent désirer. Du reste, le tramway qui relie les deux
agglomérations et sur lequel circulent plusieurs voitures par
heure permet entr’elles des communications rapides et fréquentes.
Enfin le voisinage de l’Espagne constitue pour tous une très
grande ressource. Malgré le change au profit des Espagnols, les
denrées et la plupart des marchandises sont, en Espagne, à des
prix bien inférieurs à ceux de la France et il y a là, pour les
étrangers comme pour les indigènes des facilités dont tous profitent
largement.
S’il en est ainsi de la vie matérielle, on ne peut pas en dire de
même de la vie intellectuelle. Il n’est publié à Hendaye ni journaux
ni revues, mais il y a plusieurs magasins qui font la librairie
et, à défaut de journaux locaux, on y trouve les grands périodiques
français et espagnols et aussi les publications les plus
modernes.
A Hendaye, comme ailleurs, les sports trouvent pas mal
d’amateurs. Un terrain de foot-ball à Hendaye ville, un autre à
Hendaye-plage donnent toutes facilités à la jeunesse pour ce
sport si à la mode de nos jours. Les parties y sont fréquentes en
hiver, car il y a beaucoup de jeunes gens, libres le dimanche, qui
s’intéressent à ce genre de distractions. Très fréquents aussi
sont leurs déplacements pour se livrer à des matches avec d’autres
sociétés.
Le golf lui-même est en honneur. Les terrains de la pointe
Sainte-Anne appartenant à l’Institut ont été affermés et transformés
en un terrain de golf des mieux aménagés tant comme
étendue que dans ses détails. Il présente 27 trous, sur un parcours
de 5700 mètres, longueur désormais exigible pour les
championnats. Si l’on ajoute à ces avantages, la situation éminemment
favorable de cet emplacement, où l’on jouit constamment
d’une vue superbe sur la montagne et sur la mer, l’air
essentiellement salubre qu’on y respire, on peut dire que ce terrain
de golf est de beaucoup le mieux situé de toute la région.
Enfin, il convient de mentionner aussi le sport de la natation,
dont il est question au chapitre suivant.
CHAPITRE V.
Hendaye
Station climatique et centre touristique
La Côte Basque ne jouit pas d’une très bonne réputation, au
point de vue du climat. Au dire de certains, l’a pluie y règne
presqu’en permanence ; elle est souvent accompagnée de tempêtes
et on y vit dans une atmosphère d’humidité continuelle. Il y
a une petite part de vérité dans cette appréciation et une grosse
part d’exagération. Evidemment, on ne saurait comparer le climat
de cette région à celui de la Côte d’Azur. Les deux contrées
sont très différentes l’une de l’autre à tous égard ; elles ont leurs
avantages et leurs inconvénients qui ne sauraient être mis en
parallèle.
En réalité le climat de la Côte Basque est un climat essentiellement
marin, avec des périodes de pluie au printemps et quelquefois
des dépressions du nord-ouest, principalement au voisinage
des Equinoxes. Mais, sauf dans des années exceptionnelles,
on ignore ce que sont les grands froids et les grandes chaleurs.
En été le thermomètre se maintient généralement à 2 ou 3
degrés plus bas qu’à l’intérieur des terres et il n’arrive pas à 30°.
A la chute du jour, il se produit un abaissement de température
qui rend les nuits fort agréables. En hiver le minimum se maintient
au-dessus de 5° et on traverse souvent des périodes assez
longues de vent de sud qui porte la température jusqu’à 15°, ce
qui est très apprécié des indigènes et des étrangers.
Du reste, il est une preuve certaine que le climat de cette ré—
5 0 —
gion est des plus sains, c’est qu’elle a été choisie pour des
sanatoria. Ces établissements sont au nombre de deux.
Le plus ancien appartient à l’Assistance Publique de la ville de
Paris. Il est situé à l’extrémité de la plage, abrité des vents d’est
par la pointe Sainte-Anne et se compose d’un certain nombre de
pavillons isolés les uns des autres et servant de dortoirs, de
salles d’étude et de réfectoires.
Créé en 1899, sous le nom de « Sanatorium d’Hendaye », il
reçoit les enfants de la ville de Paris provenant des hôpitaux
et qui ont besoin de grand air et d’un milieu sain. A l’origine il
avait 250 lits. Mais ce nombre devint rapidement insuffisant pour
des besoins croissants tous les ans et, en 1905, il fut agrandi et
put recevoir 712 lits. Grâce à ces nouvelles dispositions, il est
fréquenté par une moyenne annuelle de 1400 enfants des deux
sexes qui y font un séjour de 5 à 6 mois. Leur existence est partagée
entre un peu de travail, beaucoup de repos et surtout beaucoup
de grand air dont ils profitent par des promenades aux
environs et de longues stations sur la plage. Pendant l’été, les
bains de mer font naturellement partie du traitement.
L’autre établissement, voisin de ce dernier, est situé sur la
hauteur, où il est exposé à l’air marin que ne brise aucun obstacle.
C’est une oeuvre privée appartenant à l’« Union des femmes
de France, de Pau » et qui répond au nom poétique de « Nid
Marin ».
Fondé en août 1919, il se composait à l’origine d’une seule maison
comprenant une soixantaine de lits seulement. Mais il devint
rapidement insuffisant pour des besoins de plus en plus grands
et on l’agrandit, à deux reprises, en 1925 et 1929, de manière a
pouvoir disposer de cent lits de plus chaque fois. Actuellement
il peut recevoir 260 pensionnaires.
Le régime des enfants est, à peu de choses près, le même que
celui du sanatorium de la Ville de Paris. On est frappé de l’ordre
et de la propreté qui règnent dans cet établissement dont la
directrice, avec l’aide de plusieurs jeunes femmes, fait face, dans
les conditions d’économie les plus appréciables, à une tâche
matérielle et morale des plus lourdes et dont elle s’acquitte à la
satisfaction de tous.
Les enfants des sanatoria ne sont pas les seuls à profiter des
bienfaits de la mer, car Hendaye est une des stations les plus
appréciées de la Côte Basque, bien qu’elle soit de création récente.
Sa plage longue de plus de deux kilomètres de la pointe
Sainte-Anne à la pointe des Dunes que baigne la Bidassoa, absolument
unie, sans sables mouvants, sans pierres, sans rochers
et formée du sable le plus fin, sans parler du site magnifique au
milieu duquel elle se trouve, est certainement une des plus belles
des plages de France. Aussi, de tous temps, les Hendayais ont-ils
pris des bains de mer. Quelques étrangers même venaient pendant
l’été, ce qui conduisit, il y a une cinquantaine d’années, à
construire l’établissement de bains actuel, avec un casino.
Cependant cette station resta longtemps sans se développer.
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, il n’y avait qu’une immense étendue
de sable et des dunes avec quelques rares maisons au pied des
coteaux. Le sanatorium de l’Assistance Publique fut le premier
établissement moderne qu’on y éleva, postérieurement au casino.
Mais, plus tard, on comprit l’intérêt qu’il y avait à mettre en
valeur un site pareil et sous le nom de « La Foncière d’Hendaye
», il se fonda, en 1910, une société immobilière. Les premiers
travaux d’un grand programme aujourd’hui en partie réalisé,
consistèrent à construire le boulevard s’étendant du sanatorium
aux abords de la Bidassoa, le grand hôtel et à lotir les
terrains qui sont aujourd’hui presqu’entièrement construits. Les
villas s’élevèrent alors comme par enchantement et, après un
temps d’arrêt, pendant la guerre, leur nombre devint tel qu’on
voit maintenant sur cette terre, il y a 25 ans nue et désolée, une
véritable ville avec les magasins indispensables à la vie journalière.
Aussi nulle station n’est-elle plus appréciée et les baigneurs
deviennent tous les ans plus nombreux. C’est que l’attrait exercé
par cette nouvelle ville se comprend. En outre du site en luimême
et de ses environs, on trouve peu de plages aussi vaste
que celle-là. Quel que soit le nombre des baigneurs, ils peuvent
y stationner, y circuler à leur aise, sans se gêner les uns les
— 5 2 —
autres, comme dans beaucoup d’autres endroits. Elle a un autre
avantage bien appréciable, c’est que sa déclivité vers le large est
très peu sensible. Si c’est un défaut, au gré des bons nageurs,
c’est une grande qualité pour ceux qui ne savent nager que peu
ou pas du tout et qui constituent de beaucoup le plus grand
nombre. C’est surtout une grande tranquillité pour les mères de
familles qui peuvent laisser leurs enfants jouer à leur gré, en
toute sécurité.
Pendant l’été, cette plage présente, sur toute sa longueur, un
coup d’oeil unique. On y voit une véritable fourmillière humaine,
depuis les enfants du sanatorium prenant leurs ébats au pied de
la pointe Sainte-Anne jusqu’aux habitants de la pointe des
Dunes qui n’ont que quelques pas à faire pour aller de chez eux
sur le sable.
Station essentiellement balnéaire, Hendaye est aussi un centre
de tourisme de premier ordre. Il est vrai qu’il ne faut pas chercher
dans ses environs immédiats, comme dans beaucoup d’autres
stations des Pyrénées, des buts d’excursions de grande
envergure. On n’en peut pas moins faire dans ses alentours immédiats
des courses tout à fait intéressantes. Le parcours de la
corniche basque, entre la pointe Sainte-Anne et Socoa, qu’on le
fasse à pied ou par le tramway, est une des plus jolies promenades
que l’on puisse désirer.
La Croix des Bouquets, d’où l’on jouit d’une vue magnifique
sur la France et sur l’Espagne, ne le cède à aucun autre site du
pays.
Le petit village de Biriatou peut être donné comme le type du
village basque labourdin, dans un endroit charmant.
De l’autre côté de la Bidassoa, l’Espagne offre des sujets
d’excursions plus attrayants les uns que les autres. Sans parler
de Fontarabie et d’Irun où l’on revient toujours avec plaisir,
citons :
La vallée de la Bidassoa, desservie par un petit chemin de fer,
avec ses vallées convergentes où s’abritent les charmants villages
de Vear, Echalar, Yanci, Aranaz, Lesaca, Sumbilla, Mugaire
et enfin Elizondo d’où l’on peut gagner Baïgorry par le col
d’Ispéguy ou Ainhoa par le col de Maya.
— 5 3 —
Tout près d’Irun l’escalade de Saint-Martial permettra d’embrasser
d’un coup d’oeil tout le pays entourant Hendaye, en même
temps qu’elle évoquera bien des souvenirs historiques. Bornons-
nous à citer un des plus anciens. En 1522, pendant une des
guerres entre François Ier et Charles Quint, les Français avaient
traversé la Bidassoa à Béhobie et s’étaient emparé du fort de
Gasteluzar. Les espagnols, dissimulés dans les bois et les
bruyères qui couvraient la montagne, tombèrent sur eux et les
mirent en déroute. Pour commémorer cet événement, on construisit
une chapelle et un ermitage sur cette petite montagne et
on les appela Saint-Martial, du nom du saint du calendrier à cette
date. On arriva par la suite, à désigner la montagne elle-même
sous ce nom. On y fait un pèlerinage le 30 juin.
Parmi les excursions que l’on peut faire en Espagne les plus
jolies sont celles du Jaïsquibel.
De son extrémité, près du phare, on jouit d’une très belle vue
sur Hendaye et la côte, que l’on peut voir, par les temps clairs,
jusqu’au delà de Capbreton.
Une promenade à la Guadeloupe est chose aisée et l’on est
bien récompensé de la peine qu’on a prise pour effectuer le trajet
de trois kilomètres qui la sépare d’Irun.
Ces deux courses peuvent faire l’objet d’une seule promenade,
en commençant par la seconde.
Mais l’excursion la plus recommandée et qui laisse une impression
durable à ceux qui la font est l’ascension du Jaïsquibel
jusqu’à la redoute qui couronne son sommet. La vue, de cet
endroit élevé de 543 mètres, d’où l’on domine la mer et les
Pyrénées, ne saurait se décrire, surtout si on peut y aller en
automne par une journée de vent du sud. La descente peut s’effectuer
par Renteria, si on est pressé, ou par Passages (San Juan)
que l’on aborde par le goulet et que l’on traverse en entier avant
de gagner Renteria. Cinq à six heures suffisent pour cette randonnée,
sans se presser.
Enfin Saint-Sébastien, Passages, Renteria, Oyharsun sont des
buts de promenade très différents les uns des autres, mais ayant
tous leur charme et leur originalité.
Il convient d’ajouter qu’Hendaye réserve bien des satisfac5
4
tions aussi bien à ceux qui n’aiment pas à se déplacer qu’aux
amateurs de courses. Rien qu’à flâner sur la plage, à errer sur
la pointe des dunes ou sur les bords de la Bidassoa, à suivre le
va et vient de la marée qui transforme l’estuaire tantôt en un
bassin coupé de canaux, tantôt en un véritable bras de mer, à
contempler, au coucher du soleil, les teintes si variées dont se
parent le Jaïsquibel et les nuages jusqu’au moment où s’allument
le phare du Figuier et celui de Biarritz, aperçu entre les Deux
Jumeaux, on éprouve une sensation de bien-être physique et
moral qui font regretter les jours et les heures qui passent.
Et c’est ce qui explique que très rares soient ceux qui, après
avoir passé quelques semaines à Hendaye, regagnent leur chez
eux sans esprit de retour.
Bois d’Henri Martin
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE Ier.
Vue d’ensemble 3
CHAPITRE II.
Histoire :
I.— Des origines à la fin de l’occupation anglaise.. 9
II. — De la fin de l’occupation anglaise au XVIIe siècle 11
III. — Le XVIIe siècle 17
IV. — Du XVIIIe siècle à nos jours …. 27
CHAPITRE III.
Monuments — Curiosités — Hommes célèbres 32
CHAPITRE IV.
Vie sociale — Commerce — Industrie — Sports 43
CHAPITRE V.
Hendaye, station climatique et centre de tourisme 50
IMP. .T. GLIZE, RUE DURRIEU, SAINT-SEVER. — TÉL. 6 1 .

 

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Scan-002

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